CHAPITRE XIV
De la panUion de ceav qui ont inJoHé alliage de la croix, et combien elle eil hajfe par lea en- Demis de Jésus-Cbrist.
Dieu a tesmois;né combien il a agréable l'image du crucifix et de la croix, par mille chastimens qu'il a miraculeusement exercés sur ceux qui par faits ou parolles ont osé injurier telle représentation. Je laisse à part mille choses à ce propos , et enlr'autres l'histoire du cas advenu en Berylhe, recité par S. Athanase , duquel j'ay fait mention cy-dessus.
Un Juif vit une image de Nostre-Seigneur (sans doute que ce fut un crucifix) en une egliae : pouMé delà rage qu'il ami OQPine
L^ESTEROART 1» U SAI1ICTS CROIX.
le patron , il vient de nuict et frappe Vimage d'une javeline , puis la prend sous son manteau pour la brusicr en sa maison : chose admirable 1 qu'aucun ne peutdoubter eslra advenue par la vertu divine ; le sang sortit abondamment du coup qui avoit esté donné à Fimage. Ce meschant nes'en apercevant point , jusqoes à ce qu*enlrant dans sa maison , esclairé à la lumière du feu , il se void fort ensanglanté : tout esperdu, il serre en un coin cette image , et n'ose plus toucher ce qu'il avoit si moschammcnt dérobé. Cependant les chrestiens qui ne trouvent point Timage en sa place , vont suivant la trace du sang respandu , do reglise , jusqucs dans la maison où ello cstoit cachée : elle fut rapportée en son lieu , et le larron lapidé. Il y a près de mille ans que S. Grégoire de Tours escrivit cotte hkitoiro.
Consalve Fcmand escrit en une sienne lettre , que les chrestions avoient dressé une croix sur un mont du Japon : trois des principaux Japonnois la vont couper ; ils n'ont pas plutost achevé, que commençant à s'entrebattre, deux demeurent morts sur la place , et ne sccut-on jamais que devint le troisiesme.
Quelques troupes françoises vinrent ces années passées sur la frontière de nostre Savoye, en un village nommé Loëtto , et y avoit en ces compagnies quelques huguenots meslez , selon le 4palbcur de nostre aage : quelques-uns d'entr'eui entrent dons Tcglise un vendredy, pour y bauffrer certaines fricassées; quelques autres de leurs compagnons, mais catholiques, leur remonstroient qu'ils les scandalisoient , et que leur capitaine ne l'entendoit pas ainsi : ces gourmands commencèrent à gausser et railler à la reformée , disant qu'aucun ne les voyoit , puis se retournant vers l'image du crucifix : Peut-estie, disoient-ils , marmouset, que tu nous accuseras, garde d'en dire mot, marmouset, ot jettoient des pierres contre iceile , avec un nombre de telles paroUea injurieuses ; quand Dieu pour faire connoistre à ces belistres qu'il faut porter honneur à l'image , pour Thon* neur de celuy qu'elle ropre^nto , prenant l'injure à soy, la vengeance s'en ensuivit quand et quand. Ils sont tout à coup espris de ragOf et se riitet les uns sur les antfiaaitouria dei^ûB^». doÊk l^a» le meurt
sor la place , les autres sont mesnei sorte Rhosne, vers Lyon , pour chercher remède à cette fureur qui les bmsloit et defaisoit en eox-mesmes. J'aytantcmydetesmoiin asseures dececy, que me venant à propos, je l'ay deu consigner en cet endroictl
Honorer la croix, c'est honorer lecrad- ^x; la deshonorer, c'est le déshonorer.
Ainsi les Juifs, Turcs, apostats, et semblables canailles , ne pouvant offenser Nbslre- Seigneur en sa personne (car, comme dît nostre proverbe , la lune est bien gardée des loups), ilf> se sontordlnairement adressez à ses images. Les empereurs Honorfos et Theodose tesmoignent qne les Juife de leur temps , en leurs fesles plus solemtef les, avoient acooustumé de brusier dev images de la crucifixion de Nostre-Seigneur, en mespris de nostre religion ; dont ils commandent aux présidons des pro* vinces de tenir main a ce que telles insolences ne fussent plus commises , et qull ne fust permis aux Juifs d'avoir le signe da nostre foy en leur synagogue.
I^ vilain Persan Xcnaïas , arec tons les Mahometans, ont par tout renversé les croix : Julien Tnpostat leva du labare , oo estendard des Romains, la croix que Constantin y avoit fait former, afin d'attirer les gens au paganisme. Cette mesme haine qu*il portoit à Nostre-Sauvenr le poussai cet autre dessein. Eusebe escrit que la femmequi fut guérie au toucher de la robbe de Nostre-Seigneur fit peu après dresser, en mémoire de ce bénéfice , une tres-helle statue de bronze , devant la porte de sa maison , en la ville de Cesarée de Philippe, an tremen l dit Paneade , où Nostre-Seigneur estoit représenté d'un tîosté avec sa robbe frangée , et de l'autre cette femme à g^ noux , tendant la main vers iceluy. Julien sç-achant cecy, comme raconte Sozomene, lit renverser cette stalufe*, et mettre la sienne au lieu d'icelle ; mais cela fait, uo fen descend du ciel , qui terrasse et met en pièces la statue de Julien , laquelle demeura toute noircie , et comme bruslée, jusques au temps de Sozomene. En ce temps-là les payens brisèrent cette imago du Sauveur, et les chrestiens en ayant ramassé les pièces , les mirent en Fcglise.
Or je finiray ce second livre, disant qu'il y a deux raisons principales pour les^ quelles on honore pkitoit les eroii que les