CHAPITRE V
Ia croix doit et peut estre employée à la bénédiction des choses, à l'exemple do fEfUse . acioiine. *
Puisqu'on peut prier par les sainctes et légitimes cérémonies, pourquoy ne priera- Pon pas par le signe do In croix, saincte et direstienne cérémonie? Mais parlons pour ce coup de la bénédiction des créatures , qui a acroustunié d'eslre faite en l'Eglise , laquelle n'est autre chose qu'une prière et bon souhait , par lequel on demande à Dieu quelque gruce et bien-fait pour la créature, lur laquelle on a quelque avantage ou supériorité; car c'est sans contradiction que «Ce (4} qui est moindre est bcny par le
> meilleur. » Or monstrons Tusago que le ligne de la croix a en cet endroict.
En l'ancienne loy où tout se faisoit en ombre et ri;;uro, la bénédiction ordinaire que les prct^tres faisoicntavoil entre autres fes deux parties extérieurs : l'une estoit que les prostrés y cmployoient ces paroUes déterminées : (2) a Le Seigneur te bénie t et garde, le Seigneur te monstre sa face »
> et ave miséricorde de toy. Le Seigneur » retourne son visage vers toy, et te baille
> la piiix.» L'autre cstoit que le prestre eslevoit la main comme tesmoigncnt les rabbins, au rapportdu bonetdortoGenebrard, et qu'il est aysé à recueillir de la practique
/l) ll«k. viff,7. — (f) NSB. n, M . M.
qn'on Toit en l*E^tiire : « (1) Aàrte , iJtf- » il , eslevant sa main vers le pebpfe ,' 1^ » benist. > Gouslume laquelle prit son origine de la loy do nature, ainsi qu'il paroist en la bénédiction que Jacob (2) donna â s^ petits enfans , et a duré encore au tempe de Nostre-Seigneur, dont S. Matthieu ijTi c(3} Que les Juifs luv amenoient te » petits enfans, à ce qu'il leur imposast lee » mains, c'est-à-dire, à co qu'il les benist.» Et de fait S. Marc tesmoigne en termes ex? prez : « (4) Que Jesu^hrist ayant pris ces » petits en ses bras, mettant ses mains sur » eux, il les benist.»
On observe encore en toutes les benedi&> tiens ecclésiastiques ces deux choses, mais avec une plus claire manifestation des mys* teres qui y sont contenus.
4. On invoque le nom du Père, et du Fils, et du Sainct-Esprit. C'est ce que l'on faisoit anciennement à couvert; car où visoit, je vous prie, cette répétition ternaire: a Le Seigneur te bénie , le Seigneur te 9 monstre sa face , le Seigneur retourna » son visage vers toy, > sinon au mystère de la tres-saincte Trinité f Aussi bien q\ie la bénédiction de David : « (5) Dieu nous » bénie , nostre Dieu nous bcnic. »
2. Au lieu qu'anciennement on levoitei imposoit simplement les mains, maintenant on exprime le signe de la croix pour pro* tester que toute bénédiction a son mérite el valeur de la passion de Jesus-Cbrist , laquelle est encore appelée exaltation. Qae dira le huguenot? Si on levé la main pour
; bénir, c'est à limitation du Sauveur (6) , qui , montant au ciel, benist ses disciples eslevant les mains. Si on fait le signe de la croix , c'est pour monstrer d'où nos bene-
! dictions ont leur vigueur et force. Jacob
! toucha desjà cette forme , quand il croisa ses mains (7) , bénissant les enfans de Jo«
I sepb , pour préférer le moindre à l'aisné ;
i présageant que Nostre-Seigneur ayant les bras en croix , beniroit le monde , en sorte que les Genlils demeureroient en eflect préférez aux Juifs*
Mais , puisque le Sauveur , dira peut* estre le huguenot, bénissant ses apostres, n'usa point du signo de la croix » pourquoy esl-ce que vous remployez? Pour vray, je
(l).Lerli. u. n. « (1) Om. tvnn, ik. — (S) ItlL »i, 18, — (4j s. Mar. X, 16. — (8) Pfll. UTI, ». — (•> UO.
xsrr, 00» — (T) Gett. xuin, f «.
VKSmmMt Dl LA SAIRGTB CROIX
Bê sçay si le Sauveur fit ce signe ; car i*Escritare qui ne l'asseure pas, ne le nie pas aussi. Si sçay-je bien que le crucifix mesme, bénissant, n*a pas eu besoin d'user du signe de la croix; car qu*a-l*il besoin de s'invoquer 8oy-mesme, ou prolester que la bénédiction vient de luy? Au demeurant, le signe de la croix estoit assez es mains de Kostre-Seigneur sans qu'il fist aucun autre mouvement : qu'estoient ces trous et portais qu*il avoit en ses mains , mesme après sa résurrection, sinon des marques et signes eixprez de sa croix? qu'estoit-il donc besoin qu*il en fist aucuns autres? Mais les chrestiens eslèvant les mains pour bénir , ont toute raison de former le signe de la croix pour monstrer qu'ils ne prétendent aucune bénédiction, qu'au moyen de l'axaltation de Nostre-Seigneur, faite sur la croix.
Or combien que cette coustume aye esté practiquée en l'ancienne Eglise; voicy des preuves certaines : «Toutes choses qui pro-
> fitent à nostre salut sont consommées pur 1 la croix ,» dit S. Chrysostome. S. Denys pariant de ceux qu'on consacroit : « Or, » dit-il , l'evesque bénissant imprime en » chacun d'iceux le signe de la croix. » S. Cyprian atteste que sans ce signe il n'y a rien de saincl. Ainsi S. Hilarion benist avec la main ceux qui luy amenèrent un gentil-homme françois de la cour de l'empereur, pour estre délivré du malin esprit. EtRuffm nomme une douzaine d'hermites, « Par les muins, dit-il , desquets il eut cet ihonneurd'eslrebeny.» S- Augustin ayant visité un malade, chez lequel il trouva l'evesque du lieu : « Ayant , dit^il , receu la
> bénédiction de l'evesque , nous nous reti-
> rasmes.»
Ce fut sans doute par le signe de la croix sans lequel il n'y a rien de sainct. « Le
> prêteur d'orient arrivé en la cité d'Apa- » mée , voulut renverser un temple de Ju- » piter, selon le pouvoir qu'il en avoit de • Constantin; mais il le trouva tellement » cimenté et entre-.-icrré et lié avec du fer
> et du plomb , qu^l ne pensoit qu'aucune » force humaine le pust dissoudre. Un cer-
> tain simplehommepritchargede le faire,
> et creusant sous les principales colonnes » Tune après l'autre , mettoit du bois des- Bsous pour les appuyer : puis il voulut » mettre le feu , afin que les colonnes tom- » bassent ; mais le diable , en forme hor-
» rible et noire , venoit empescher k foroe
> et prise du feu. Ce qui fut soudain rap»
> porté à Marcel , evesque du lieu, lequel
> courant à l'église, fit apporter de l'eau, » laquelle ayant mise à l'autel , prosterné » en UTre il prioit nostre doux Seigneur » qu'il ne laissast pas faire plus grands » progrez à l'impiété, et faisant le signede » la croix sur l'eau , il commande à Equ- » tius, son diacre, qu'il coure et aille 9r^ » rouser le feu de cette eau beniste , ce » qu'il fit ; et soudain le diable , qui ne » pou voit souffrir la force de celte eao, » s'enfuit , et le feu allumé par Keau, son » contraire, comme sic'eustesléde Thuyle, » s'attache au bois , et en peu de temps le A consume , si que les colonnes n'ayant » plus leur appuy, cheurent , et tirèrent i » ruine après ellj^s toutes les autres avec ce » qu'elles portoient : le fraciis de celte » chcute fut oiiy par toute la ville, laquelle
> s'ussemblanià ce spectacle , et voyant la » fuite du malin , se mit à lotier Dieu loul- » puissant.»
Avez-vous veu , Iraitteur, faire l'eau beniste par le si{?ne de la croix ? Theodoret en est mon authcur. Un bon personnage nom* mé Joseph , voulant bastir une église en li ville de Tiberias, à quoy il avoit besoin d'une grande quantité de chaux, fit faire environ sepl fourneaux : les Juifs empeschcnt parsorcelleriesque le feu ne se puisse allumer, ny ne brusle, ce qu'appercevant Joseph , il prit un vase plein d'eau , et devant tous (car une grande troupe de Juifs estoit là à voir ce que feroit ce bonhomme) criant fort haut , il fait de sa propre main la croix sur icelle , et invoquant lo nom de Jésus , ildit : « Au nom de Jésus de Naza- » reth que mes pères ont crucifié , que » vertu soit faicte en cette eau , pour rejet-
> ter tout charme et enchantement faicti)ar
> ces gens.» Ainsi prend-il de Teau en sa maison , et arrousanl tous les fourneaux, et tout aussi-tost les charmes furent anéantis , et le feu sortit devant tous , dont le peuple présent s'en retourna jettant ce grand cry : < II n'y a qu'un Dieu qui ayde
> aux chrestiens. » Ce récit est de S. Êpiphane,qui met le signe de la croix en usage pour les bénédictions.
La mcre de S. Grégoire Nazianzene restant malade , ne pouvoit aucunement manger : si qu'elle couroit grande fortune de