LIVRE m ; CHAPITRE T
KNirir fatite de nourriture. Or voicy ommo le mesme S. Grégoire recite qu'elle it secouruo et nourrie, c II luy sembla, dit-il, que je venoîs à elle de nuictavec un pannier, et que je la paissois de pains Iros-blancs , bénis et signez selon ma façon ordinaire, et qu'ainsi elle estoit guérie, et avoit repris ses forces : et cette vision de nuict fut suivie de la vérité; car dès-lors elle revint àsoy, et conceut une meilleure espérance , comme on reconnut évidemment. » Ln couslume de faire le signe de I croix sur la viande estoit ordinaire à ce rend et ancien théologien.
Julien Tapostat fil peindre auprès de sa tatuë (laquelle estoit en la place publique, ?lon la couslume) Timage de Jupiter 3inme venant du ciel luy apportant la 3uronne et pourpre, qui senties habits nperiaux. Item , Mars et Mercure vis-àr Is de luy le regardant , comme pour tesloigner qu'il estoit homme et vaillant et ien disant, aOn que par là , sous prétexte B Fhonncur qu*on avoit décrété aux emereurs, il forçast tacitement ses subjecls honorer les idoles ])eintes avec Timage 'iceluy ; car voicy son projcct : S'il leur 9U voit persuader d'honorer ces idoles, sa )use s'en alloit gagnée. S'ils s'y rendoient ifBciles, il pouvoit prendre occasion de 5 venger d*eux comme de perturbateurs es couslumes romaines , qui auroient par 3 refus offensé et la republique et Tempe- »ur. Or peu s'apperceurent de cette tromerie , qui ne voulant plus adorer (c'est-àire honorer) , comme ils faisoient aupaivant , rimage de l'empereur , ainsi mise arniy ces idoles, comme elle estoit, en jrent enfm martyrisez : mais le menu euple allant à la bonne foy , sans y entcnre autre mal , pensant seulement rendre honneur ordinaire à l'empereur, faisoit 1 révérence à ces idoles.
Cependant l'empereur taschant tous-, ours plus à l'advancement de ce dessein , e temps estant venu de faire faire monstre lux soldats et les payer, il fit apporter près le soy et de ces idoles du feu et de l'encens, et faisoit commander aux soldats qui recevoient leur paye, de jetter de l'encens )ur le feu , comme si c'cust esté une ordioaire cérémonie militaire entre les Ro- Biains. Quelques-uns découvrant la ruse.
refusèrent tout-à-fait de commettre cetto impieté : les autres , plus simples , firent ce qu'on leur commandoit, sans autre malice; les autres, ou par avarice , ou par crainte , se laissèrent aller A ce pcché. Or aucunsde ceux qui avoient fait cet acte par ignorance et inconsideration, se trouvant le soir à table beuvant les uns aux autres selon la coutume, invoquoicnt Je^us-Chri.st sur leur breuvage, et faisoient le signe de la croix , un de ceux qui estoicnt assis leur dit comme ilsosoient invoquer Jesus-Christ et faire son signe, vcu qu'ils Pavoient renié peu auparavant. Eux ayant découvert la tromperie qu'on leur avoit faite, sor* tant aux places et ruèfs , crioient par tout lamentablement, qu'on les avoit trahis, qu'ils n'avoient commis le paganisme qu'avec les mains, et que leur cœur en avoit toujours esté très-esloigné : et venant à Tempereur, jettent à ses pieds l'argent qu'il leur avoit donné, luy demandant la mort en punition du crime qu'ils avoient commis , quoy qu'ignoramment. Sur qiioy l'empereur , bien qu'cxtresmemenl dépité, ne les voulut faire mourir, de peur qu'ils ne fussent tenus pour martyrs; mais les 6t simplement casser.
Sozomene qui raconte cette histoire, ne dît pas qu'ils firent le signe de la croix , aGn que mon adversaire ne se trompe à penser que je me sois trompé, comme luymesme a fait souvent; mais c*estS. Grégoire de Nazienzene. Ny ne faut pas trei(ver estrange que ces bons soldats fissent le signe de la croix pour boire; carc'estoit anciennement la coustume de bénir non seulement la table etlc repas, mais encore chaque viande à part, et le boire aussi.
Nous avons une grande preuve de cecy en la gracieuse histoire que S. Grégoire de Tours escrit d'un prestre hérétique, qui voulant prévenir non seulement à beoir, mais encore à manger, un bon prestre catholique romain , car le mot y est, qui estoit en mesme table, et l'ayant en effet prévenu aux premier, second et Iroisiesme plats qu'on apporta sur table, au quatriesme enfin l'ayant signé , l'humeur de son hérésie ne portoit pas de rejelter le signe de la croix , comme fait celle des reformateurs , mettant le premier morceau en bouche, il le trouva si chaud qu'il en creva, faisant un grand bruit, qui bailla
L*ESTEin>ABI DR I4K SàlNCTE CROIX.
occasion au nostre de dire : Periit mémoria hufus eum sonitu , et à celuy qui les a voit chez soy tous deux, de se faire catholique sur-le-champ.
Ainsi S. Chrysostome attesta qu'on faî- 8oit la croix » In symposiis et ihalamis , c'est à-dire, aux festins et licls nuptiaux. Tèrtulien, aux bains, aux tables, aux ehandeFIes. Ephrcm , soit qu*on bcust , soit qu*on mangcast. Cyrille, mangeant les pains , beuvant les coupes. Et de plus , mal est pris bien souvent à ceux qui ont mesprisé de faire ce sainct sfgne avant que de manger et boire. Tesmoin la religieuse qui mangea une laictuè*, et le religieux qai beust sans faire le signe de la croix , qui furent aussi-tost saisie du malin
Le trait tour fait deux reproches à ces tcsmoignages; Tun : a Qui ne void , dit-il, » que c*est fables? » L'autre , S. Paul dit : c (l)Que ta viande nous est sanctifiée par > la parolle de Dieu, et par la prière, » et ne parle point du signe de la croix » ny d'autre chose.
Il a tort ; car ces récits n'ont rien dlmpossible , rien d*inepte , et partent d'une bouche honorable. C'est de S. Gregoire-îc- Grand , qui vaut mieux que tous ces reformez, en doctrine et aulhorité. Sera-t'il donc permis au premier venu de desmentir ainsi les anciens? Au demeurant , le dire de S. Paul , que les viandes sont sanctifiées par la prière, confirme ce que nous avons dit; car parce que le signe delà Croix e<% une prière briefve , aysée , vigpurcuse , et ordinaire es bénédictions des viandes , dire qu'à faute de faire la croix, le diable saisit un religieux et une religîcirse , c'est-à-dire , que ce fut à faute de faire cette priere-fè, qui estoit la plus aysée et familière , et à plus forte raison qu'autre quelconque; bien qu'encore soi t- II vrny que le signe de la croix a une particulière force contre les diables, outre ceHe qui est commune à toute prière, comme bous verrons cy-après.