POUR LE JOUR DE SAINT BLAISE
Qmt non btfflai eruetm mnmi , «| ^enU pott me , non potcsl meut esse discipulus. Luc, i^. Qai ne prend sa croix, et ae Tient après moy, ne peut estre mon disciple.
Moug solemaisames hier la feste de la VlNTifîiiaUpi de ^Oitr^Pame , et ai^ourd*huy nous célébrons celle du glorieux
martyr S. Biaise. Il y a une telle conformité entre les Evangiles de ces deux feetev, que j'ay bien voulu les joindre " *
POUR LE JOtm DE S. BLAISE.
«f éhA deux en tirer le sujet de ce petit discours.
Nous trouvons premièrement en celuy de ce jour, ces paroles de Nostre-Seigneur, esquelles sent comprises toulo la doctrine et perfection chrestienne : ^t non bajulatcrueem tuam^ et venitpost me y non foteêt meui esse discipulus (4) : Qui no prend sa croix , et ne vient après moi , ne peut estre mon disciple. Mais pour porter nostre croix après nostre-Seigneur , il faut renoncer â soy-mesme : Qui vult venire fost me, abneget semeptipsum ; Quiconque veut venir après moy , qu'il renonce à soy-mesmo, dit-il en un autre lieu de TEvangile. Et pour tirer quelque instruction de ces paroles , je diviseray ce discours en trois petits poincls, au premier desquels ]e monstreray ce que c*est que renoncer à 9oy-mesRie : audeuziesme , comment nous devons prendre nostre croix : et en troisiesme lieu , comment nous devons suivro Hostre-Seigneur.
Quant au premier poinct, renoncera soymesme n*est autre chose que se purifier Boy-mestne. Et de cecy Nostre-Dame nous en donne un exemple admirable ; car VE- Tangile dit, que les jours de sa purification estant accomplis, selon la loy de Moyse , Posiquam Impleti sunt dies purgationis Mariœ secundum legem lûoysi^ Iulermt Jesum inHierusatemdi) : Elle vint ao Temple pour se purifier et pour olTrir son QIs, avec deux colombes ou deux tourterelles. Or Nostre-Dame et chère mais- Ursscn'avoit point besoin de purification, elle qui estoit plus claire que le soleil, plus pure que la lune , plus belle cl reluisante que Taurore , sans tache ni macules , ainsi qu'il est dict au Cantique des Cantiques , Çuasi aurora consurgem , pulchra ut hna^ electa ut sol, Totapulchraes arnica I ffif a, et macula non est in te (3).
Mais comment eust-ello eu besoin de pui rification, vcu qu*elle avoit produit son sacré fils plus purement que Testoile ne fait I ion rayon? elle vint donc , nostre glorieuse maistrosse et sacrée Dame, non pour se purifier en elle-mesme, ains seulement en l'imagination de plusieurs , qui ne sçachant pas qu'elle estoit exempte d'observer la loy, miFsent sans doute murmuré si elle n'cust fait conune les autres femmes ; et c'est en
iQiL Lm, snr^ (D s. Uo» u. - (D CtBt n.
quoy elle nous donne un grand exemple d'humilité et d'obeyssance, en s'assujcttis* sant à la loy à laquelle elle n'csloit point obligée. Mais, pour nous autres, il esi tresnecessaire que nous sçachions cette vérité, que tant que nous serons en cette miserai ble vie , nous aurons tousjours besoin de nous purifier et renoncer à nous-mcsmcs ; et c'est une erreur condamnée par l'Eglise, de croire qu'on puisse arriver à un si haut degré de perfection, qu'on n*ait plus rien à renoncer et purifier, d'autant que nostro amour propre va tousjours produisant quelque rejotton d'imperfection qu'il faut retrancher ; et pour cela, il se saisit de nos sens; et des que nous lui estons le puu^ voir de faire ses opérations çn l'un , il S9 saisit incontinent de Tautre pour essayer de nous surprendre : et s'il ne peut saisir celuy de la veuë, il va à celuy do Touyc, et ainsi des autres; et si nous ne veillons continuellement sur nous-mesmes, nous trouverons que nous ne faisons autre chose que chopper et tomber dans Timperfection ; c'est pourquoy Nostre Seigneur nous voulant enseigner la perfection , nous exhorte d'aller à sa suitte , et de renoncer à nous-mesmes.
Mais quel estce nous-mesmes (me direz* vous] qu'il faut renoncer? car nous avons deux nous-mesmes , c'est à dire deux par^ ties , lesquelles toutefois ne font qu'une seule personne, dont Tune est animale et terrestre , et l'autre spirituelle et céleste , qui est celle qui nous fait opérer de bonnes œuvrtfs, et aspirer à la jouissance do son infinie bonté en la vie cLernelle. Or ce nousmesmes spirituel est tres-bon, aussi n'estce pas ccluy-là que Nostre-Seigneur veut que nous renoncions; ains ce nous-mesmes animal et terrestre est celuy duquel procèdent nos passions , nos mauvaises inclinations, nos affections dépravées ; et pour le dire en un mot , c'est l*amour propre. It ne se faut point tromper ; car c'est une vérité tres-certainc , quo si nous voulons aller après Nostre-Seigneur , et accomplir sa saincte volonté, il faut renoncer absolument et sans réserve à ce nous-mesmes terrestre.
Or non seulement Nostre-Dame nous a donné rexeniple d'un parfaict renoncement en sa saincte Purification ; mais Nostre-Seigneur nous l'a aussi enseigné tout
SEEMIM
le ooorB de sa saincte vie , spécialement en sa mort et paseion , renonçant à I*inclînatîon qu'il avoit de vivre pour s'assujettir à la volonté de son père éternel , auquel il s'est rendu obeyssant jusques à la mort , et la mort de la croix : Factut obediens mêçue ad mortem , mortem autem cruciê (4). C'est ainsi qu'il faut que nous fassions, mes chères âmes, renonçant à nostre propre volonté ; et à tout ce qui est en nous contraire à la raison , et partie supérieure de nostre ame, laquelle, parl'inslinct que Dieu lui a donné, tend tousjours au vray bien.
Mais il faut encore passer plus outre ; car il nous serviroit fort peu de nous renoncer nousHnesmes pour en demeurer là.
Les philosophes payens ont fait autrefois des renoncemens admirables, qui ne leur ont de rien servy, d'autant qu'ils n'avoient pas une bonne fin : mais quant à nous , si nous renonçons à Thomme terrestre, il faut que ce soit pour fortifier le céleste ; c'est à dire, qu*il faut anéantir la nature pour faire régner la grâce, et mourir à nous-mesmes, pour ne vivre plusqu'àDieu, et pour Dieu , qui doit estre nostre unique prétention. En somme , renoncer à nousmesmes, n'est autre chose que se purifier de tout ce qui se fait par Tinstinct de l'amour propre, lequel produira tousjours, tandis que nous serons en cette vie mortelle, des rejetions qu'il faut couper et retrancher tout ainsi qu'on fait aux vignes. Et comme vous voyez qu'il ne se faut pas contenter de mettre la main une foij Tannée à la Vigne ; mais qu'il la faut coupper en un temps ; puis après la depoUiller de ses feuilles en un autre, et qu'ainsi plusieurs fois l'année il faut avoir la main à la serpe , soit pour la tailler, ou pour en retrancher les superfluitez. De mesme en estil de nos imperfections : mais j*ai desja parlé de cela autrefois , c'est pourquoy je ne m'estendrai pas davantage sur ce premier point, ains vousexhorteray seulement d'avoir bon courage , pour ne se laisser jamais abattre ni estonner de nos deflfauts , pour grands qu'ils soient , puisque tout le temps de nostre vie ne nous est donné que pour nous en défaire et purifier.
Venons à la seconde partie de cette exhortatioiif qui est qu'il faut prendre sa croix.
après que l'on a renoncé à soy-mesn poinct est un document de grande | tion ; mais je crois que vous aurez as courage pour en embrasser la prac Prendre sa croix ne veut pas dire chose, sinon, qu'il faut recevoir et Si toutes les peines, contradictions, affe et mortifications qui nous arrivent ei vie , sans exception quelconque , av tiere soubmission et indifférence, i noncement de nous-mesmes , nous ( encore, ce semble, quelque chose qu contente, parce cfue c'est nous-mesm choisissions nos'croix ; mais ici il faut dre la croix telle qu'on nous Timpc différemment. Il est donc certain , < a bien plus de difficulté , parce qu'il point de nostre choix , et c'est pou ce pdinct est d'une perfection biei grande que le précèdent : et NostJ gneur nous a bien monstre qu'il ne fi que nous choisissions nos croix, ain faut que nous les prenions et portions qu'elles noussont présentées; carlor voulut mourir pour nous racheter el faire à la volonté de son père celé ne voulut pas choisir sa croix , ains humblement celle que les Juife luy a préparée.
Escoutons, je vous prie, le grand a S. Paul , et voyons comme il embras tes les croix également,asseurantqu'c chose ne le pourra séparer de son maistre, parce qu'il est marqué de s que, etqu'en quelque partqu'il aille, tousjours recogneu pour eslre des Mais quelle estcette marque? si non 1 franco ; vous sçavez ce qu'il dit des gi peines , fatigues et tribulations qu'il durées; et de plus; comme il souffi son intérieur une peine insupporta cause que l'ardent amour qu'il poi Nostre-Seigneur, le tiroit puissamm -costé du Ciel , par le désir qu'il a\ jouyrdeluy.
Mais considérez, je vous prie, quel mens il a portez en son corps : vo qu'il en dit en la deuxiesme episti Corinthiens, où il rapporte qu'il ; foiietté trois fois, en sorte que les trs paroissoient sur ses épaules , après < esté lapidé , puis qu'il a fait naufra qu'il a esté submergé, emprisonné, « sieurs autres peines et souflhinces i