C'est chose claire , dit le traitteur
UTRE ni , CHAPITRB lUL
> que cette prophétie estoît proprement et » particulièrement dressée contre la ville »de HierusaJem, et rexeculion d*icelle » 8*esi veuë alors que les Babyloniens ont
> pris et rase la ville.de Hierusalem, et em- » mené quelque reste du peuple en capti- » vite. C'est donc hors de raison , que ce
> qui a esté dit pour un certain temps et »lieu, et pour certaines personnes, soit » destourné et assigné ailleurs , qui n*a ja- » mais esté Tintention de Tesprit de Dieu , >qui a parlé par Ezechiel. »
Icy j'aurois bien à dire; mais il suffit à mon dessein. 4 . Qu'encore que ces parolles d'Ezechiel soient dressées immédiatement contre Hierusalem , c'est neanlmoins une ignorante conséquence de conclure qu'elles ne doivent être appliquées à la Hierusalem spirituelle. Combien y a t'ilde prophéties qui visent à la vérité de l'Evan- |;ile, qui neantmoins, quant à leur premier sens , ne touchoient qu'à ce qui se faisoit en Tombre et figure de la loy ancienne ? Voilà le psalme 74 : (1) Deus judicivm tuum régi da : il vise du tout à nostre Sauveur et à sa royauté, quoy qu^immediatement il fust dressé pourSalomon , lequel y sert d'ombre et figure à représenter ^us-Christ, prince de la paix éternelle. Item , ce qui est dit es livres des Roys : € (2) Je luy seray père , et il me sera fils, » ne s'entend-il pas tout droict et en son premier sens du roy Salomon , fils de Bcthsabée?Neantmoins cela se rapporte et revient au Sauveur du monde ; sinon que pour retenir vos inepties en crédit, vous rejettiez encore Tepistre aux Hébreux (3) ; car ce texte y est appliqué formellement à Jesus- Christ, et celte parolle : « (4) Vous no bri- » serez pas un os d'iceluy, » est entendue de Jesus-Clirist par S. Jean ; et ncantmoins elle fut dite immédiatement de l'agneau pasclial (5). Qu'Ezechiel donc dresse sa prophétie contre Hierusalem , si ne laisserat'elle pas de devoir estre entendue pour le mystère de l'Eglise evangelique.
2. Mai^ quand ce n eust esté que pour la révérence des anciens , qui ont rapporté le Thuu d'Ezechiel à la croix , le traitteur devoit plusto.^t passer les années à en rechei cher les raisons , que do dire ainsi insolemment que c'esloit chose hors de rai-
(1) PMl. Lxxi. — (t)ll. Reg.. c. Tii. T. U. — (3) Hebr.i» Y. f. . (4) Joan , iix, T. M. — («) Eiod. ui, i. «e.
son , que ce texte estoît destourné , et que ce n'avoit jamais esté l'intention du Sainct- Esprit qu'il fustainsi entendu. Pour ne voir la raison qui a esmeu nos pères à dire quelque chose , on ne doit pas pour cela les juger déraisonnables. Il seroit mieux de dire comme cet autre : Ce que j'en entends est beau , et aussi crois-je ce que je n'entends pas.
Or combien de pères , lesquels ont rapporté ce Thau d'Ezechiel à la croix ? 4 . Origène : a Le massacre ayant commencé en » la personne des saincts, ceux-là seule- B ment furent sauvez, que la lettre Thau , » c'est-à-dire l'image de la croix, avoit » marquez. »
2. TertuUien : « La lettre grecque Thau » et la nostre T est la ressemblance de la » croix , laquelle il presageoit (il parle d'Ey> zcchiel) devoir estre en nos fronts vers » la vraye et catholique Hierusalem. »
3. S. Cyprien : a Qu'en ce signe de la » croix soit le salut à tous ceux qui en sont «marquez au front, Dieu le dit par Eze- 0 chiel. Passe par le milieu de Hierusa- » iem , et tu marqueras le signe sur ceux »qui gémissent y £i notabis signum, dit-il. »
i. S. Chrysostome : « Au nombre de » trois cents, le mystère de la croix est de- » monstre. La lettre T est la marque de » trois cents dont il est dit en Ezechiel : »Et tu escriras au front des gemissans, » Thau , et quiconque l'aura escrit sur luy, » ne sera point tué , car quiconque a i'es- » tendart de la croix en son front , celuy- 9 là ne peut estre blessé par le diable. »
5. S. Hierosme y est tout exprez desjà cité cy-dessus. S. Augustin , es questions sur les juges traittant du nombre de trois cents, rapporte aussi la letireTau mystère de la croix : je pourrois en alléguer plusieurs autres ; mais voilà presque la fleur des anciens, mesmement Origene, S. Chrysostome et S. Hierosme , pour les langues et propretez des mots de l'Escriture :
comme est-ce donc que le traitteur a osé si mal traitter nostre raison tirée d'Ezechiel , laquelle a esté si bien traittée par ces doctes et anciens maistres?
6. Passons au reste du dire du traitteur sur ce poinct : « Il ne se trouvera jamais , » dit-il, que les Juifs ayentesté marquez au » front de quel({ue marque que ce soit ^ et
L*ESntllDAIIT 0B LA SAlIICTe CROIX.
» moins encore dé la crois , qui ostoit nne » chose odieuse et ignominieuse pour lors , » parmy toutes les nations. »
Icyje vous arreste, ô traitteur, et vous somme de médire si les termes d'Ezechiel ne portent pos (jue les gémissons scroient marquez au front? vous no le sçauricz nier ; ou donc ils furent marquez, et lora vous parlez mal , disant qu'ils ne furent Jamais marquez ; ou ils ne furent pas marquez , et lors Je vous demande quand c'est que la prophétie fut vérifiée ainsi exactement comme oes termes \)ortent : Co n*a pas esté en la Hierusaiem temporelle , ce sera donc en la Hierusalem spirituelle , qui est l'Eî^iise.
Pour vray ces anciennes visions, figures et prophéties , ne sontjainais si parfaictement exécutées sur le premier subjct auquel elles sont immédiatement dressées , comme sur le subjet dernier et final auquel elles sont rapportées selon l'intelligence mysCerieqsd , comme déduit excellemment g. Augustin , au lieu que j'oy nagueres cité. Ainsi le psalme 74, le dire du livre des roys , et de Texode , que j'ay allégué , est bien plus entièrement observé en Jésus- Christ, qui en estoit le dernier subjct, qu'en Salomon, ou en l'agneau paschal, qui estoit le premier. Aussi quand leso[K)stres appliquent les prophéties et figures à nostro Sauveur, ou à l'Eglise , ils usent ordinairement de ces termes (4) : « Afin que » cà} qui est escrit fust nccomply. » Puis donc que les Juifs ne furent point marquez du Thau , comme veut le traitteur, je concluds que pour bien vérifier cette vision il faut r[ue Ws chrestiens , Israëlites spirilueU, en soient marquez, c'est-à-dire do la croix signifiée par le Thau.
. 7. Nountmoins le traitteur poursuit ainsi: « Or donc le vruy sens du passage d'Ezop chiol est que Dieu déclare que lorsque ce » grand jugement seroit exercé sur la ville » de Hierusalem , ceux-là seulement en se- »roient exempts, qui seroient marquez »par l'esprit de Dieu. Et cette façon de » dire est prise de ce qui se lit au chap. 42 »do l'exode (î) où il est commandé aux » Israelilcs de mettre du sang de l'agneau
* sur lo surseuil de leurs habitations , afin p que l'ange voye la marque de ce sang, et
• passe outre, sans offenser les Israélites;
O) Mat xiTU, U ; JotB. sa, M. — (1) IlOd. zii, 4«.
n ainsi au 7* de l'Apocalypse (f ) « mi bit 9 mention de ceux qui sont marquez, qui » sont appelez ailleurs esleus de Dieu , que » le Seigneur advouë pour siens, pourre » qu'il les a comme cachetez de son sctl, » et comme l'Escriture parle , a escrit \em »noms au livre de vie; car, comme dit » S. Paul (2) , c'est luy qui nous a oiog^ et » marquez et qui nous a doDoé le g^gs de » son esprit en nos cœurs. »
Voilà le dire du traitteur , sur lequel je remarque : 4 . Que si cette façon de dire du prophète est prise do la marque do sssg de l'agneau , faite sur les poteaux des Ur raë'lites, elle se doit donc rapporter à uae marque réelle et extérieure; car lessa^ seuils et posteaux furent réellement vm' que? et signez.
2. Que la marque des poteaux aynt esté figure et présage du signe de la croii, comme j'ay monstre cy-devant , le sigpe d'Ezechiel estant puisé de là , il doitauwi esiro ramoné et nccomply au signe ^ ^ croix.
3. Que les marques de l'Apocalypse dooi asseurent de plus fort; car ce sont ceoK qui pour protestation de leur foy , et invocation du Sauveur , auront esté signez du signe de la croix , comme ont dit les anciens intorprestcs : Autres no sont eleiis
ue ceux qui auront confessé de boucha, e cœur , par signes et par œuvres i autant qu'iU pourront, avec l'apostre (3) a Qu'ils n'ont autre gloire qu'en la croix de B Jésus- Christ. » Pour vray le suc de nostre bonheur est d'estre oingls et marques uu cœur de nostre maistre; mais le signe extérieur est encore requis, puisquoi no lo peut mespriser sans rcjetter l'intérieur ; et est raisonnable que les deux pa^ tics de l'homme estant à Jesus-Christ, l'i»' teri(nir et Icxtcriour , elles portent aussi toutes deu}( sa marque et son inscriptioot