POUR US JOUR DE S. BLÀISE
fBdmées, lesquelles estoient la marque de Nostre-Seigneur , par laquelle on le recognoîssoit pour estre des siens; ce qui lui faisoit dire qu'il estoit crucifié aTecJesus-Christ, Christo crueifixussum cmct.
Mais découvrons un peu , je vous prie , va abus qui se trouve en Tesprit de pluaeors , lesquels n'estiment et ne veulent porter les croix qu'on leur présente, si elles ne sont grosses et pesantes. Par exemple , un religieux se soubmettra volontiers à fiire de grandes austeritez, comme de jeusaefy porter la haire, faire de grandes et rudes disciplines, et aura de la répugnance iobeyr lors qu'on luy commandera de ne pis jetiSDer, ou bien de prendre du repos , et teOea autres choses cÂqueiles il semble tfoir plus de satisfactions que de peines. Or sçacèez que vous vous trompez, si vous croyez qu'il y a moins de vertu à vous nmiontereD cela, qu'es choses plusdifficHes ; car le mérite de la croix ne consiste pis eo sa pesanteur , ains en la manière iree laquelle on la porte. Je diray davantige, qu'il y a quelquefois plus de vertu à porter une croix de paille, que non pas une bien pesante, parce que plus les croix sont kgeres, et plus elles sont abjectes , et par eoosequent moins conformes à nostre indination , qui recherche toujours les choses apparentes. Et c'est chose asseurée , qu'il a souvent plus de vertu à ne pas dire une parole qui nous a esté deffenduè' par nos supérieurs , ou bien de ne pas lever la Teuë pour regarder quelque chose qu*on a bien envie de voir , et semblables , que non pas de porter la haire, parce que des qu'on l'a pc»ée dessus le dos , il n'est plus besoin d'y penser. Mais en ces menues practiques, il faut avoir une continuelle attention sur soy-mesme, pour se garder de tomber dans Timperfection.
Vous voyez donc bien maintenant que cette parole de Nostre-Seigneur, qui nous ordonne de prendre nostre croix, se doibt entendre de recevoir de bon cœur et indifSeiremment toutes les obeyssances qui nous sont données, et toutes les mortificalioDS et contradictions qui nous sont faictes, 00 que nous rencontrons, bien qu'elles soient légères et de peu d'importance, assenrez que nous devons estrc, que le mei^de ta croix n'est pas en sa pesanteur,
ains en la perfection avec laquelle on la porte.
0 Dieu ! me direz-vous, voilà un grand renoncement, et il faut bien estre attentive sur soy-mesme pour ne point suivre sa propre volonté , et ne point rechercher ce que nostre amour propre désire ; car il a bien de l'artifice pour nous tromper, et divertir nostre attention de dessus nousmesmes. Il est vray ; mais voicy le remède à cela. Ceux qui naviguent sur la mer, approchant du lieu où sont les syrennes, sont tousjours en danger de périr, et courent grande fortune de se perdre, à cause qu'elles chantent si mélodieusement, qu'elles charment et endorment ceux qui rament : de sorte qu'il y en a eu qui ont usé de cet artifice pour n'estre pas charmez de cette mélodie, de se faire attacher à l'arbre du navire, et par ce moyen ils ont eviié le péril. Il fautquenousen fassions de mesme, lorsque ces syrennes de propre volonté, de respugnances et de raisons de Tamour propre, nous viendront chanter aux oreilles, pour nous attirer à leur suite, et nous conjurer de leur obeyr, il faut semblablement que nous nous attachions fortement à l'arbre du navire, qui n'est autre que la croix, en nous ressouvenant que Nostre- . Seigneur, pour le second poinct de la perfection, nous ordonne de prendre nostre croi^ et d'aller après luy. Mais remarquez qu*il dit la nostre propre ; ce que je dis pour empescher Testravagance (le plusieurs, lesquels quand on leur fait quelques mortifications s*en faschent et se troublent, disant que si on leur eust fait telle ou telle, ou celle qu'on a fait à cet autre, qu'ils la souffriroient volontiers, et tout de mesme des maladies, car ils voudroient avoir celle que Dieu a donnée à un autre, en renonçant à nous-mesmes, et à nostre propre volonté, et non pas celles qu'ils ont : or cela n'est pas porter sa croix coromeNostre* Seigneur veut que nous la portions, et qu*il nous a enseigné par son exomple.
Donc, si nous voulons porter nostre croix après luy, nous devons à son imitation recevoir indifféremment toutes celles qui nous arriveront sans choix ny exception quelconque.
Disons un mot sur mon troisiesme poinct, et voyons comme après avoir renoncé à nous-mêmes, et pris nostre croix, nous
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SBRIOFI
deyoDB saÎTre Nostre-Seigneur . Pour mieux entendre oeey, il faut que nous sçachions qu'il y a différence entre aller après Nostre- Seigneur et le suivre. Tous les chrestiens qui aspirent au ciel , vont après Nostre- Seigneur, d*autantque c*cstparson mérite qu'ils en obtiennent la possession, en observant neantmoins ses commandemens :
mais suivre Noslre-Seigneur , c*est marcher sur ses pas, suivre ses exemples, imiter ses vertus, accomplir ses voIontez,etne se' pas contenter d*observer seulement ses commandemens, comme font les chrestiens qui ne désirent que de se sauver, si nous n'y joignons encore la practique des conseils, et tout ce que nous cognoissons luy estre plus agréable. Mais vous voudrez (peut-estre) sçavoir quelle recompense tous aurez de suivre ainsi fidellementNostre-Seigneur. 0 certes, mes chères âmes 1 si vous persévérez à le suivre do la sorte tout le long de vustre vie, à la fin d'icelle f! vous récompensera de la gloire éternelle, Où vous jouyrez de la claire vision de sa Divinité, et de là il s'entretiendra familièrement avec vous, comme Tamy avec son amy, et cet entretien ne finira Jamais.
Mois puisque nous sommes dans Toctave de la Purification de Nostre-Damo, disons encore un mot d'instruction sur l'Evangile Ile cette feste, et voyons comme elle apporta son sacré Fils au temple pour l'offrir 6u Pore Etemel, et par le moyen de cette offrande s*unir avec luy, et Punir encore au prochain . 0 qu'heureuses sont les om^-* qui savent bien faire cette practiquede s*:ffnr souvent à Dieu, et toutes leurs actions, en l'union de ce Sauveur. Mais considérons un peu cotte practique de Tunion que fit Nosfre-Oame de son sacré fils au prochain, en le donnant a tenir à S. Simcon et Anne la prophelesse ; laquelle, comme il est bien probable, eut Thonneur de tenir ce divin Sauveur de nosnmes entre ses bras, quoy que les Evangelistos n'en disent rien, d'autant quelle avoit excellemment bien renoncé à soy-mesmo. et porté sa croix, ayant espéré tant de temps nprcs la vcnutf de ce Seigneur, qu'elle voyoil alors de ses ycux.Nosire-DamcdoncsedespoUilladela consolation qu'elle avoit de tenir son sacré Fils sur son sein, pour lo donner ù S. Simeon , et par luy à tous les hommes , co qu'elle Ql, parce qu'elle savoit bien qu'elle
ne l'avoit pes reoeo pour ële seiriet oiv
pour le communiquer et donner à tontes les créatures; c'est pourquoy elle l'apporta au iemple, et le remit au bon S. Simeon, lequel ayant pris ce divin Sauveur entre ses bras, l'embrassa, le baisa, et le serra trasestroitement sur sa poitrine, pour marque de l'union intérieure que son ame avoit avec luy. Sur quoy je considère, qu'il y a trois manières de porter Nostre-Seigneur, bien différentes l'une de l'autre en perfection et mérite.
La première est de le porter seulement sur la langue par les paroles : ladeuxiesme sur le cœur, par les affections : et la troisiesme sur les bras, par les bonnes œuvres.
Plusieurs se contententde porter NoAre- Seigncur seulement sur la langue , disant merveille de luy, en le loiiant avec beaucoup d'ardeur. Il y en a d'autres qui le portent au cœur par des affections tendres et amoureuses , lesquels fondent presque en pensant et parlant de luy. Mais ces deux façons de porter Nostre-Seigneur ne sont pasgrand'chose, si on n'y adjouste la troisiesme, qui est de le porter dessus losbras en opérant de bonnes œuvres; car les bras représentent les œuvres; il faut donc joindre ces trois façons de porter Nostre-S^gneur ensemble, si nous le voulons porter à son gré : Pone me ut signaculum super cor tuum : ul iignacul\ msuper brnchium tuum : Mets-moy co'^«^ieun cachetsurton cœur , et comme ur« '~!gne sacré sur ton bras, dit-il à son épouse au Cantique des Cantiques; pour nous mcnstrer qu'il ne se contente pas que nous le portions seulement sur nostre lur.gue ny dessus nostro cœur ; mais qu'il veut encore que nous le portions dessus nos bras, par nos bonnes œuvres.
No vous contentez donc pas, mes chères filles , de porter ce divin Sauveur dessus vostrc langue, en parlant souvent do luy, et en chantant ses loiiangcs ; ne vous contentez pas aussi de le porter dessus vostre cœur , par des affections tendres et amoureuses vers sa divine bonté, si vous n'y adjouslez encore la troisiesme manière, qui est de le porter dessus vos bras, en vous exerçant généreusement en la practique des vertus, afin que vous puis icz avoir la g^ace do dire avec le grand S. Simeoa» A
POUR LE DIMAIfCHE DE LA SEPTUAGÉSIME.
^^decettevie : Nunc âimitHs servum ^Êwmy ihmÊkê, êeenndHm terb%$m fuum inpmeeilamei maintenant aller, ÔSeigneuTi mon ame en paix, à ce que sortant
de la prison de son corps, elle poisse a!ler jouyf de vous en ta bienheureuse éternité, où nous conduise le Père , le Fils et le Salnct-Esprit. Âmen.
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