‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 184 sur 356 · CHAPITRE VL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VL

Là dlfTereDee des honneurs ou adorttioDt glM H l'honneur de la volonté.

Puisque la propre et vraye essence de l'adoration réside en la volonté, et non en extérieure démonstration , la grandeur et petitesse des adorations, et leurs propres différences, se doit estimer selon l'action de la volonté, purement et simplement, et non selon l'action de l'entendement, ny selon les révérences extérieures. Tel connoist en son amc quelque excellent advantagc d'un autre sur luy, qui neantmoins ne le voudra pas rcconnoistre à proportion de ce qu'il le connoist, ains beaucoup moins, ou plus. Tesmoins ceux qui connoissant

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Dieu ne l'ont pas adoré comme Dieu. L'adoration donc , ou rbonneur n'aura pas la dîfierence de la grandeur ou petitesse de rentendement. [K) « De mesme toute l'E-

• glise, dit la sacrée pitrolle, bénit le Soi-

• gneur Dieu de ses pères, et sinclincrent m et adorèrent Dieu , et le roy après. » Ils font indubitablemenldeux adorations, Tune à Dieu, l'autre au roy, et bien différentes, toutesfois ils ne font qu'une inclination extérieure. L'esgalité donc de la sousmission externe n'infère pasesgalité d'iionnourou d'adoration.

Le patriarche (2) Jacob penché et prosterné à terre, adora sept fois son frère aisné Esaij : les frères de Joseph (3)radorerent, prosternez à terre : (4) la Thecuite cheut en terre devant David , l'adorant : les enfans des prophètes (5) venant à la rencontre d'Helisée, l'adorèrent prosternez en terre : (6) la Sunanite se jetta aux pieds de Gicsi : (7) Judith se prosternant en terre adora llolopherne ; ces sainctes amea, que pouvoiont-elles faire plus que cela , quant à l'extérieur, pour l'adoration de Dieu? L'adoration donc ne doit pas estre jugée selon les actions et démonstrations extérieures. Jacob se prosterne esgalement devant Dieu, et devant son frère; mais la différente intention qui le porte à ces prostrations et inclinations rend l'adoration qu'il fait à Dieu, se prosternant, toute différente de celle qu'il fait à son frère.

Nostre corps n'a pas tant de plis ny de postures que nostre ame. Il n'a point de plus humble sousmission que de se jetter à terre devant quelqu'un ; mais l'ame en a une infinité de plus grandes. De manière que nous sommes contraints d'employer les gonu-flexions, révérences et prostrations corporelles indifféremment , lantost à l'honneur souverain de Dieu , tantost à l'honneur inférieur des créatures : nous nous en servons comme des jettons , tantost pour dix , tantost pour mille , laissant à la volonté de bailler diverse valeur à ces gignes et maintiens extérieurs, par la diversité des intentions avec lesquelles elle les commande à son corps. Et n'y a peutestre aucune action extérieure, pour humble qu elle soit , qui ne puisse cslre employée à l'honneur des créatures; estant

(1) I. Parti, cap. qU. t. 20. — (J) Gen. xxxiii, 8. — (3) iè. »uii, m. — (^) U. Rep. xit.*. — (3) IV. hec II 1». — {%) IV. AH» IV. Vr. — il) JudiUi , XX, tO.

produite avec ufte ittteiilion bien fSgMe , sinon le «eul sacrifice, avec ses principales et nécessaires appartenances, lequel ne ëe peut dresser qu'à Dieu seul en reconnolê sance de sa souveraine seigneurie; caré qui ouyt-on jamais dire : Je t'offre ce sacrifice , ô Pierre ! ô Paul ? Hors de là tout l'extérieur est sortable à la révérence des créatures, n'entendant toute^^fois y comprendre les parolles entre lesquelles il y en a beaucoup qui ne peuvent estre appliquées qu'à Dieu seul.

Le traitteur qui met l'essence de l'adoration en la genu-flexion et autres actions externes, comme font tous les schismatiques de nostre aage, est obligé par conséquent de dire, que là où il y a pareille prostration ou révérence extérieure, il y a aussi pareille adoration. Il faut bien cela pour engeoler le menu peuple : mais que me respondra-t'il à cette demande ? La Magdeleine (4) est aux pieds de Nostre- Seigneur et les lave ; Nostre-Seigneur est aux pieds de S. Pierre (2) et les lave : l'action de la Magdeleine est une tros-humble adoration. Dittes-moy, traitteur mon ami , l'action de Nostre-Seigneur, que fut-elle? Si ce ne fut pas une adoration, comme il est vray, donc s'incliner, faire les révérences et plier les genoux n'est pas adorer comme vous avez dit.

Item , donc une mesme action peut estre faite par adoration , et la mesme sans ado*> ration : et partant on ne sçauroit tirer con* séquence de l'esgalité des adorations par i'esgalité des actions extérieures , ny la différence aussi , si l'action de Nostre^i^ gneur fut adoration , aussi bien que celle de la Magdeleine (vous estes assez bon pour le vouloir soustenir, principalement si vous estiez un peu surpris de colère), donc il adora les créatures : pourquoy dono ne voulez-vous pas que nous en fassions de mesme?

Pour vray, establir l'essence et les différences des adorations es actions extérieures, c'est la prendre sur Nostre-Soigneur, qui l'eslublit dans l'esprit, et sur le diable mesme, lequel ne se contente pas de de mander à Jesus-Christ qu'il s'incline, mais veut que s'inclinant il l'adore : (3) a Si te » prosternant (dit-il) tu m'adores, je te » (ionneruy toutes ces choses. » Il ne se

(1) Ldo, tu, T. M.— (S) Jotn. xu, t. e.^ (•) MaU. iv, •

VESnKDàXt DE LA SÂHICn GRODL

soucie point de rineHnatioii et prostration, ei l'adoration ne raccompagne. 0 reformation , en veux-tu plus sçavoir que ton mai&tre? Le nostre respondant au tien pour monstrer Thonneur deu à Dieu , ne dit point : c Tu t*inclineras, » d'autant que 1 inclination est une action purement indifférente ; mais il dit seulement : « (4) Tu • adoreras le Seigneur ton Dieu. » Et parce | que i*adoration n*est pas encore du tout ' propre et particulière ppur l*honneur de Dieu, mais peut estre encore employée > pour les créatures, il adjoute à Tadoration le mot de latrie, disant : c Tu serviras à » iceluy seul, s Aussi ne dit-il pas : a Tu » adoreras le Seigneur ton Dieu ; » mais oiiy bien : a Tu serviras à iceluy seul , » Ik où au grec le mot de latrie est employé. Cette observation est expressément du grand S. Augustin es questions sur la Ge- ' nese. On peut adorer autre que Dieu, mais non pas servir autre que Dieu , du service appelle, selon les Grecs, latrie, :

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