‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 187 sur 356 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

D'où se prend U différence de la grandeur oa petitesse entre les honneurs relatifs, et de la façon de les nommer.

L'honocur relatif doit estre prisé à la mesure et au poids de l'excellence à laquelle il vise, et selon la diversité avec luquello l'excellence se treuve en la chose hoDot ée. Par exemple , je veux mettre en comparaison l'unugc du prince avec le fils

Ion le plus et le moins qu'elles roches, ou qu'elles reçoivent ses n cette sorte nous ne partageons oralions ou honneurs, selon les s , mais selon les difierentes maparticiper aux excellences. Jedy : 4. Ou la chose que nous ado- [cellence pour laquelle nous l'an soy-mesme et de soy-mcsme ; tion absolue et indépendante, ) et supresme, luy sera due:

seul qui est capable de cet hon- :e qu'il est seul en soy , de soy, -mesme excellent , ains l'excelne.

Je l'aura en soy , mais non pas )mme ont plusieurs hommes, et qui ont réellement en eux les vertus pour lesquelles on les bois ils ne les ont pas d*eux-mesi par la grâce de Dieu. Et parieur qui leur est deu est à la vej, mais non pas supresme, ny nt, mais subalterne et depencomme ils tiennent leur excelieu , aussi Thonneur qu'on leur n d'icelle , doit estre rapporté à ette sorte d'adoration n'est cala créature intelligente et verr autre que celle-là ne peut avoir n soy , qui est l'excellence pour 1 honore.

1 chose adorable n'aura reellede soy , ny en soy l'excellence 3llc on adore; mais seulement rtaine imputation et relation , à alliance , appartenance , ressemroportion et rapport qu'elle a 3se qui en soy-uiesme a l'excelnté. Etlorsradoraiiondeuë'aux | d'un amy : si je considère la qualité des

VESTEJmÀM M LÀ SAIHOn CROIX.

e^tams povr liiqiiaUM j'honore et Vmn ei Tiiufcre, j'honeraray plus l'iqiage du prince qne le fii8 de i'amy (je «ippose que oe fiU ne me soit respectable que pour Ta- BUHir du père), parce que l'image du pnnce appartient à une personne qui m*est pluf honorable; mais si je eopsidere 1^ rang et le degré d'appartenance que chacune de oescboaestientà l'endroict des excellences pour lesquelles on les honore , j'honoreray beaucoup plus le ûls de mon amy que l'i'^ mage du prince ; car bien que je prise plus le prince que le simple amy , si est-ce que l'image appartient incomparablement moins au prince que le fils à Tamy.

De mesme, seloïi la première considéra* tion , rimage de Nosire-Seigneur est plus honorable que le corps d'un martyr, d'autant qu'elle appartient à une infinie excellence ( et le corpe du martyr n'appartient qu'à qne racellence limitée i mais, selon la aeponde considération , le corps du sainct est plus vénérable que l'image de Nostre- Seigneur ; car encore que l'image de Dieu appartient à une excellence infinie, si luy appartient^elle presque infiniment peu, au prix de ce que le corps appartient fort près au martyr, duquel il est une partie substantielle, qui ressuscitera pour estre faite participante de la gloire.

Pour donc donner le juste prix d'honneur, resipectif ou relatif , qui est dcu aux choses , il faut considérer çt peser Texcellence à laquelle elles appartiennent, et quant et quant le rang et grade d'appartenance qu'elles ont à l'endroict de cette excellence. Ainsi la vraye croix et l'image de la croix méritent un mesmo honneur, et) tant que l'une et l'autre se rapportent à Jesns-Chrlst : ipais elles le méritent bien différemment : entant que Iîîi vraye croix appartient plus excellemment à Jesus- Christ, que ne fait pas l'ii^age de la croix ; car la vraye croix luy appartient comme relique : instrument de la rédemption , autel de son sacrifice , et son image encore. Mais l'image de la croix ne luy appartient que comme rcmembrance de sa passion.

La différence de leur adoration ne se prend pas du subject auquel elles appartiennent, mais (le la façon en laquelle elles luy appartiennent : elles appartiennent à un mesmc subject ; mais non pas en mesme façon , ains diversement : o'est ce qui en

diversifie et rend diUifMtet les tiens.

Mais comme Bommepons-iioos cet aderations relatives , selon leurs difléreneest

4 . Pour vray il ne les faut jamais appeler edprations simplement, et sans bonnes limitations; car si le met d'adoration I penche plus A signifier l'honneur deu à ; Dieu seul que le subalterne , et que partant il ne doit pas estre employé à signifier le subalterne , sinon qu'il soit borné par quelque addition : combien moins le fauW il mettre en usage, pour signifier les adorations relatives et imparfaites , sinon qu'os aye limité ta course de sa signification ft la mesure de l'honneur qu'on veut noia* mer.

t. Il ne suffit pas d'appeller une de ces adorations , adoration relative ou imparfaite ; car par ces parollee on ne mcttrdt aucune diflèrence entr'eltes. Toutes ont part à ce nom d'adoration relative, comme à leur genre : cette estpffé leur est commune. Elles sont toutes de cette espèce d'honneur qu'on appelle adoration, et tontes de cette espèce d'adoration» qu'on appelle relative. II faut donc accoure! r encore ces deux noms par quelque additioa:

mais où prendra-t'on cette addition? Il la faut chercher en la qualité de l'excellence à laquelle vise l'adoration. Si elle vise à l'excellence divine , il la faut appeler ado* ration relative , de latrie ; car rhonnenr qui a pour son subjct la divinité est appelle latrie. Si elle vise à l'excellence su^ naturelle créée, on l'appelle adoration relative, dulie , ou hyperdulie , selon le plus ou le moins de l'excellence ; car ainsi appelle-t'on Thonneur deu aux excellences naturelles. Si l'adoration vise à une excellence purement humaine , elle se noiQmert adoration relative, humaine , ou civile.

3. Qui voudra encore plus particulariser ces adorations , selon le divers rang de rapport et appartenance que la chose qu'il en veut honorer tient à l endroict de Tefcellence à laquelle il vise, il le pourra faire aisément , disant par exemple : J'honore telle chose d'adoration de latrie respective , comme reliques , ou images , ou mémorial , ou instrument de Jesus-Christ, Ainsi faut-il parler des reliques , images ou instruments des saincts, laissant chaque chose en son grade * car, à la vérité , les

ralIqfMS, oomnM les dooz , la ^nraye croix, le Minet suaire , merilent plus d'honneur relatif de latrie , que ne font les images ou simples croix de Nostre-Seigneur, d'autant qu*elles appartiennent à Nostre-Seigneur, par une relation plus vive et estroite que les simples remembrances.

Au reste , personne ne doit treuver esirange que ces menus honneurs , imparfaits et relatifs , portent les noms des honneurs absolus et parfaits, de latrie, hyperdulie , et dulie ; ear comme pourroit-on mieux nommer les foiiilles que du nom de l'arbre qui les produit , et duquel elles dépendent? Les choses que nous honorons d'honneur relatif sont appartenances et dépendances des excellences absolues : les honneurs que nous leur faisons sont aussi des appartenances et dépendances des honneurs absolus que nous portons aux excellences absolut)s. La croix est une appartenance de Jesus-Christ ; l'honneur de la croix est appartenance de l'honneur de lesus*^Ghrist. L'honneur de Jesus-Christ (Rappelle justement latrie ; l'honneur de la croix est une appartenance de latrie : c'est une feiiille de ce grand arbre , c'est une plume de cet aigle qui vise droict au soleil de la divinité.

Pourquoy appelle - t'en l'image de S. Gaude , S. Claude, et le corps mortd'ieeluy encore, sinon pour la relation et rapport que l'une et l'autre appartenance ont à ce sainct vivant ? De mesme peut-on appeler rhonnour deu au corps et image de oe sainot« du nom de l'honneur deu au sainct mesme ; car autant de proportion que l'image ou le corps d'un sainct homme a à la personne du sainct propre , autant en a l'honneur deu au corps et à l'image d'un sainct , avec l'honneur qui est deu à la personne d'iceluy. L'homme en peinture est homme , un homme mort est homme ; mais non pas simplement homme, ains homme par proportion , représentation et relation. De mo»me l'honneur deu à Timage et au corps c)q cet homme , s'il est simplement homme , sera humain , non absolument, mais proportionné et relatif : s'il est homme sainct , Thonneur sera de dulie , mais respective et relative. Si c'est l'image de Jésus Christ, Thonneur sera de latrie , mais respective. Si on me demande quel anovr ne fait caresser le laquais démon

LITIIBIV,eHAPlTllSft. IH

frère , voire son éhien , Je ne sçanrols nier que ce ne soit l'amour fraternel , et que ces affections et beneficences ne soient fraternelles : non que j'estime le laquais, ny le chien de mon frère ; mais parce qu'ils appartiennent à mon frère : aussi la propension ou inclination que j*ay à leur bien n'est pas simplement fraternelle , et de mesme estoffe que celle que J*ay à Tendroict de mon frère ; mais elle y a son rapport et relation , dont elle peut estre dite fraternelle relative. Ces honneurs relatifo et imparfaits procèdent des honneurs absolus et parfaits : et non seulement on précédente mais s'y rapportent et réduisent ; ce n'est pas merveille s'ils empruntent le nom du lieu de leur naissance et de leur finale retraite.

Enfin, jamais il ne faut dire qu'on adore, de l'adoration de latrie simplement , autre que Dieu tout-puissant. Le docte Bellar* min le preuve suffisamment , et quand il ne produiroit que le concile septiesme gênerai, qui détermine clairement qu'il faut honorer les images, mais non pas de latrie, cela doit suffire ; car ce qui se dit à ce propos des images appartient à toutes autres appartenances extérieures de Dieu. Et certes, puisque l'honneur de latrie est le souverain , il n'est deu aussi qu'à la souveraine excellence qui est Dieu.

J'ay dit l'adoration de latrie simplement, d'autant que si on parle d'une latrie imparfaite et relative, avec semblables moderations et exténuations , on la doit attribuer à la croix , et autres appartenances de Jesus-Christ ; autrement non , en façon que ce soit : la raison est , parce que selon la règle des logiciens, le mot qui signifie deux, ou plusieurs choses, Tune principalement et directement , l'autre par similitude et proportion , estant mis à part seul, et sans limitation , il signifie tousjours la chose principalement signifiée : AnalO' gumper ie sumplum ttat pro famotiori significato. Si on dit homme , cela s'entend d'un homme vray et naturel , non d'un homme mort , ou peint; si on dit latrie , c'est la vraye latrie , et non la latne imparfaite et relative. Que si j'ay tousjoura dit qu'il ne falloit pas mesme dire simplement qu'on adoroit les créatures , sinon qu'on y employast des circonstances qui restreignissent la signification du mot ado>

L^ESTEIIDÀRT DE IX SàlHGTE CROIX.

rer» d*au.tant qu*il penche plus à Thonneur de Dieu qu*à celuy des créatures ; combien plusayoje raison de dire qu*il ne faut J jmaià mellre en usage le mot seul de latrie , pour aucun autre honneur que pour celuy de Dieu seul; puisque ce mot de latrie a esté particulièrement choisi et destiné à cette seule signiGcation , et ne peut désormais avoir autre usage , sinon par proportion et extension ? Pour vray, le mot équivoque se prend tou.-jours en sa principale signification , quand il est mis seul et sans limitation , et non jamais pour les significations accidentaires et moins principales. En voilà bien assez , ce me semble, pour les bons entendeurs.

CHAPimE X. Resolotlon necesMire d'ane difflealté.

n vaut mieux loger ici ce mot que de Toublier ; car il est nécessaire. Si Tadoration relative des appartenances de Jesus- Christ s*appelle latrie imparfaite, parce qu'elle se rapporte à la vrayo et parfaite latrie deuë à Jesus-Christ; et de mcsnie Tadoration respective qu*on porte aux apparlenances de Nostre-Dame s'appelle hypiTdulie, d'autant qu'elle vise à la parfuite iiyperdulie deuë* à cette céleste dame , où Tadoralion respective qu'on porte aux appartenances des saincts s*appelle dulie relative , d'autant qu'elle se réduit à la parfaite dulie deuë* à ces glorieux pères : pour(|uoy n'appellera- t'on adoration de latrie l'hunneur qu'on fait à la Vierge Mère de Dieu et aux saincts , puisque Tlionneur de la mère et des serviteurs redonde tout, et se rapporte entièrement à l'honneur et gloire du Fils et Seigneur Jesus-Christ , nostre souverain Dieu et Rédempteur?

Tout honneur se rapporte à Dieu , comme il a esté clairement déduit de l'avant-propos : donc tout honneur est et se doit appeler adoration relative de latrie.

Celte difiiculté mérite response. Je la prendray du grand docteur S. Bunaventure. Les honneurs subalternes se rapportent à Dieu en deux façons, ou comme à leur premier principe et dernière fin , ou comme à leur objet et subjet. Or, l'honneur subalterne, quoy que absolu et propre , se rapporte à Dieu comme à sou principe premierjet ûû dernière, et non comme à son

object. Mais l'honneur relatif se rapporte à Dieu comme à son objet et subjet , dont il est nommé honneur de latrie. U est neantmoins imparfait et relatif, d'autant qu'il n'a pas Dieu pour son objet , en tant que Dieu se considère en soy-mesme, ou en sa propre nature ; mais seulement en tant qu'il est représenté ou reconnir en ses appartenances et dépendances, par la relation et rapport qu'elles ont à sa divine Majesté. La révérence que S. Jean portoit aux souliers deNostre-Seigneur, s'estimant indigne de les porter, estoit une saincte affection de latrie ; mais de latrie relative, par laquelle il adoroit son maistre , non en sa propre personne , mais en cette basse et abjecte appartenance.

Les honneurs donc qui visent à Jesus- Christ , comme à leur principe et fin finale seulement, ne se peuvent ny doivent nommer en aucune façon latrie ; mais ceux qui se rapportent à Jesus-Christ, comme à leur objet, se peuvent et doivent appeller latrie, mais relative et imparfaicte. Or, l'honneur de la Vierge et des saincts a pour son objet leur propre excellence , qui se treuve réellement en leurs personnes: et parlant il a son propre nom de dulie et hyperdulie , bien qu'il se rapporte par après à Dieu, comme à sa fin et à son principe. L'honneur de la croix et autres appartenances de nostre Sauveur a pour Sun object Nostre Seigneur mesme , qu'il considère et rtconnoist en ces choses insensibles , par la relation qu'elles ont à luy, si qu'on appelle raisonnablement cet honneur-là , latrie relative. Ainsi donnel'on le pain aux pauvres en aumosne, et au preslre en oblation : l'un et l'autre don vise et tend à Dieu , mais différemment; car l'aumosne vise à Dieu comme à sa fin, et a pour son objet le pauvre; l'oblalico vise à Dieu comme à son propre objet, quoy qu'elle soit reçeuë par le prestre.

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