CHAPITRE Xn
Dees taire» »orte» 4'beAnear »ar U eieâb
H f a deux sortes de signes ; car les ufts représentent et signifient naturellement par la despendance , appartenance , rapport et proportion qu'ils ont à Tendwid des choses représentées par iceux. Ainrf les fumées et lesses des cerfs etsangNeis, ou leurs foyes et traces , tfont aiguës UMK
relfl des bestcs qui lc9 ont jettées et faites par la despcndance et rapport qu'elle^ ont avec ia'llcs : ains la fuméo est signe du feu , etl'ombrc du corps. D*autre part il y a des signes qui nerepresenleni ny signifient aucune chose naturellement; indis par Tinstitution et volonté des personnes, comme quand anciennement les commissaires des guerres , ou conlrolleUrs mettaient lo thita , 0 1 pour signe de mof t , et toThau^ il, pour signe de vie.
O multum antê alia$ in f dix liftera TMa I
Ou quand Raab (4) mit une cordelle rouge pendue à la fcncstrc , pour marque de la aaute-garde. que les Israëlites dévoient à fia maison ; câf quelle convenance ou proponion y a^t'il entfe les choses signifi(^ et tels signes, qui se puisse dire naturelle ? le ne dy pas que ees signes ayent esté in- SUtaez sans raison ny mystère , mais je dy qtte de leur nature ils n'avoient aucun nrpport d ce qnlls signifloient, et qu'il a esté bcsoiH que par Tinstitution humaine Os ayeflt esté assignez et contournez à cet usage; Iftoù les signes naturels, sans entremise d'aucune institution, par la naturelle liaison et proportion qu'ils ont avec leard objets, ils les signiGent et représentent.
Or la figure de la croix peut atoir et Tun et l'autre usage relie pcutcstreî^igne naturel , et signe volontaire on arbitraire. Certes la croix a une naturelle convenance cl proportion avec lo crucifix et la crucifixion : les mots mesmes le monstrent , et parlant elle représente et signifie naturellement le crucillx. C'est son ordinaire tfsagc, lequel n'excède point sa portée naturelle ; et considérée en cette sorte , on rhonore dé l'honneur que j'ay si souvent remarqué, à sça voir d'une latrie imparfaite et relative, telle que Toii porte au litre des Evangiles, et autres choses saerées, ainsi qu'il est déterminé au concile Éeptlesmo , acte septiesmo , et au concile huictiesme, acte troisiesme, ut êup. Laquelle est réellement et immédiatement portée et dressée à la croix , comme à 30h premier et particulier objet : puis tout d'un coup rap|)ortée et redressée au crucifix , comme ù son objet final , Universel «ft folidffinental ; puisque l'honneur porté à
<i) loê, u, ii.
LirnS IY4 CHAPlTItB XII.
la croix (en tant qu'elle est rémembraiico du crucifix et de sa crucifixion) n'est autre chose qu'une despcndance, appartenance et accessoire de la grande et souveraine latrie , deuèf h la majesté de celuy , lequel . estant esgal à Dieu son Pero, s*est humilié et abaiosé jusques à la mort de la croix. Voilà rhonneur deu à la ci^ix , comme i^gne naturel de nostre Sauveur aoufflrant et palissant pour nous, auquel, pour l'affranchir de tous reproches , il a esté expédient de faire entretenir l'Institution du peuple chrestlen; car ptiîsqtte la figure de la croix, selon la nature, n'a non plus de proportion à la croli du ftauveUr qu'à celles des larrons qui furent crueifiés près de luy , ou de tant et tdnt de milliers do crucifiés qu'on a falit mourir ailleurs < et 6n d'autres occasions, pourqtioy prend-^n ainsi indistinctement \eê croix ponr remombrancès et signes naturels de la seule passion du Sauveur^ pluldst que des autres? Certes, je i'dy desjd dlt^ il a esté beâOih que l'institution du peuple chreatien aye eti lieii eh cet etldroiet pour retrancher et raccoureir fa signification et représentation, que Id figure de la croix pouvolt avoir naturellement ^ à ce qu'elle ne fust en usage , potir autre chose que pour r'et)i'èsenter et signifier la saincte crin cifixion du Rédempteur.
Cecy a esté observé d#s le temps de Consldntlfl-le*Orand. Mais, comme je ne traitle icy que de la croix de Je3u»€hrist, aussi tt'efttends-jo parler d'Utte figure de croix que celle qui particulièrement et destinemerit est employée à représenter Jesus- Cbrist crucifié. Si bien qu'il n'y peut avoir auctine distinction , d'dutant que la figure de la croix de Jesus-Christ n'a autre naturelle proportion qu'à te fcmdfixion de Jesus- Christ, puisqu'on l'a ainsi limitée et bornée. Comme l'image de Ccsar n'a autre rapport qu'à César, si oh la cîonsidere ains particularisée, quoy que si on la considère comme image d'homme, elle puisse «voUr proportion à tout homme. Je maintiens dohc qtie les croix des chrestiens n'ont autre naturelle signification que de la passioft de Jesus-Christ , puisque les chrestiens ne pri* Sent autre image, od figure de la croix, Sinon celle en particulier qui est image dé lit croix de leur Saoïreur.
* Vcryené attHiiteiiaitt fil rimi$ê dt la
L'ESTENDÀRT DE LA SAINCTB CROIX.
croix de Jésus- Christ peut avoir quelqu'autre usage honorable , par le choix et institution du peuple chrestien , outre celuy qu*eile a de sa nature. La volonté des hommes n'a pas le pouvoir de bailler aucune réelle valeur aux choses, outre celle qu'elles ont de leur nature ; mais elle peut bien leur bailler un prix imaginaire , et une estimation supposée ou feinte, selon laquelle on les honore ou des-honore, plus ou moins. Par exemple, Tambassadeur du roy est aucune fois honoré comme ambassadeur, et lors il est luy-mesme honoré à proprement parler ; car aussi , à proprement parler, il est ambassadeur, qui est la qualité pour laquelle on Fhonore, bien que ce soit en contemplation d*autruy, à sçavoir du roy. Autresfois on honore l'ambassadeur, en guise du roy, de rhonneur propre au roy ; et lors, à proprement parler, c'est le roy qui est honoré en son ambassadeur, et non pas l'ambassadeur mesme : parce que proprement l'ambassadeur n'est pas le roy, il tient seulement lieu pour le roy, et le représente par la fiction et supposition que les hommes en font. De mesme quand quelqu'un prend possession de quelque chose |)Our un autre, il n'est pas proprement possesseur, mais celui pour lequel la possession est prise.
Item , quand on fait à l'endroict des statues des princes trespassez tous les honneurs et cérémonies qu'on feroit à l'endroit du roy vivant, comme quand, scion le tesmoignage de Sextus Âurelius Victor, Trajan desjà decedé triompha à Rome, et sa statue' fut assise pour luy au char triomphal. On ne sçauroit dire que tels honneurs soient proprement portez aux statues-; ains aux princes représentez par les statues, ncn d'une représentation natuirlle, mais d'une représentation arbitraire, feinte et imaginée par Tinstitution des homme»;
Le docte Bellarmin produit ces exemples. Il y en a d autres non moins à propos, comme celuy qui est recité parNicetas Clioniates, au livre cinquiesme des gestes de l'empereur Maduèi Commenus, de l'image de Nostre-Dume assise sur un char triomphal d'argent doré, et menée parmy la ville de Constantinople , en reconnoislance de la victoire obtenutf sur les Pas-
noniens , par Tempereur, à la faveur de l'intercession de la glorieuse Vierge; car« qui ne void en cette célébrité, que le triomphe est déféré non à rima^e, mais à Nostre-Dame, représentée par l'image?
et de plus que cette image représente la Vierge, non d'une simple représentation, selon sa portée naturelle, mais d'une représentation instituée par la Bction et estimation arbitraire des hommes?
Ainsi void-on ordinairement que les effigies et images sont des-honorées pour les mal-faicteurs qu'on ne peut attraper; oq pend et brusle leurs représentations en leur place, comme si c'estoit eux-mesmes, et lors le des-honneur ne se fait pas à rimage proprement, mais au mal-faicteur, au lieu duquel elle est supposée ; aussi ne dit-on pas : On a pendu Timage de tel ob tel mal-faicteur, mais plutost : On a pendn tel ou tel en effigie, d autant que telles exécutions ne se font sur les images, sîdob entant qu'en icelles on tient par la fictios du droict les mal-faicteurs pour chastiez, défaits et punis. Les images donc, outre leur faculté naturelle qu'elles ont de représenter les choses desquelles elles sobI images, par la convenance et proportion qu'elles ont avec icelles peuvent estre employées à une autre représentation et lieotenance par la fiction et institutions des hommes.
Et c'estainsi, pour revenir au point, que l'image de la croix, outre la naturelle qualité qu'elle a de représenter Jesus-Christ crucifié, qui la rend honorable d'un honneur de latrie imparfaite, outre cela , diâje, elle peut estre destinée et mise en œuvre par le choix et fiction des hommes, à tenir le lieu et la place du cruciGx, oo plulostdela vrayecroix,en tant que jointe au crucifix, et considérée en cette sorte, l'honneur et révérence qu'on luy fait ne vise proprement qu'au cruciGx , ou à la croix jointe au Sauveur, et non à l'image de la croix , qui n'a autre usage en ce cas que de près ter son extérieure présence, pour recevoir les actions extérieures deuës au crucifix, au lieu et place d'iceluy , qu'elle représente et signifie ; et cela sert à l'extérieure protestation de l'adoration que nous faisons au cruciûx.
Ce fut à cette considération que le glo* rieux prince des apostreSy S. Pierre, ettaat
UTRE IT, GflÀFnUE XII.
«ioBé tnr la croix , disoit au peuple : « Ces- » tuy-cy est le bois de vie , auquel le Sei-
> gneur Jésus estant relevé , tira toutes » choses à soy. Cesluy-ci est l'arbre de vie » auquel fut crucifié le corps du Seigneur » Sauveur. » Ainsi qu'Abdias babylonien recite (si le tiltre du livre ne ment) au livre premier du combat apostolique. Et l'autre . apostre aisné de S. Pierre : a Je te salue, » ô croix , qui a esté dédiée au corps de » Jesus-Christ et ornée par les perles de
> son corps. 0 bonne croix , qui as pris ta » beauté et ton lustre des membres du Sei- » gneur! » Et ce qui suit, au récit des prestres d*Achaïe : Qui ne void que les croix ny de Tun ny de Tautre des frères ii*estoientpas lavraye croix du Sauveur?
Et neantmoins ils s'adressent à icelles ne plus ne moins , comme si c*eust esté la mesme croix de salut.
D*où vient cela , sinon qu'ils consideroient ces croix-là en guise et au lieu de la Traye croix? Et c'est ainsi que TEglise ordonne que le jour du vendredy sainct, le peuple, prosterné à genoux , vienne baiser Timage de la croix ; car ce n'est pas à Timage que Ton monstre que cet honneur se fait, sinon entant qu'elle représente Jesus- Christ cruciûé, tel qu'il estoit au jour de sa passion , duquel elle tient la place pour recevoir cette action extérieure simplement, aans que l'inlention s'arreste aucunement à la figure présente.
Et qu'il soit ainsi , on use de parolles qui le découvrent assez; car cehiy qui fait le sainct office chante : Ecce lignum cruciiy « Voicy le bois de la croix auquel le » «alut du monde a esté pendu. » Et on luy respond : a Venez et adorons. » Or on ne regarde point si l'image proposée
est de bronze ou d'argent, ou d'autre matière, qui monstre assez que lorsqu'on l'appelle bois , c'est en tant qu'on la présente au lieu et en guise de la vraye croix.
Et de fait comme on attribue tous les honneurs des jours de la nativité, passion, et résurrection de Nostre-Seigneur, aux jours qui les représentent et tiennent leurs places, selon l'inslitutiondes anniversaires et commémorations qu on en fait, aussi faiton pareils honneurs à l'image de la croix , quant à Texterieur, qu'au crucifix : mais te n'est que pour commémorations et en
vertu de la supposition qne rontfait, que
l'image représente le crucifix , et soit en son lieu à la réception de ces cérémonies extérieures. Certes il est mal-nysé de contourner à autre sens les extérieurs honneurs faits anciennement à l'arche de l'alliance. Et les Anglois honorent à mesme considération le siège vuide de leur règne. Or, en quelque façon que ce soit , quand on honore ou la croix en guise de crucifix, ou autre chose, quelle qu'elle soit , au lieu de ce qu'elle représente, on les honore aussi improprement qu'elles sont improprement r^ qu'elles représentent. L'adoration donc faite à la croix en cette sorte n'est proprement adoration qu'à l'égard du crucifix , et à l'endroict de la croix ce n'est qu'une adoration impropre et représentative.
On peut dire que la croix est encore adorée, selon quelque extérieure apparence, quand on prie Dieu devant la croix, sans autre intention que de monstrer qu'on prie, en vertu de la mort et passion du Sauveur : mais on peut beaucoup mieux dire, que cela n'est adorer la croix, ny peu , ny prou , puisque ny l'action extérieure, ny l'intérieure, n'est dressée à la croix, ny plus ny moins que lorsque nous adorons du costé d'orient, selon l'ancienne tradition , nous n'adorons en aucune façon l'orient ; mais nous monstrons seulement que nous adorons Dieu toutpuissant , qui s'est levé à nous d en-haut, pour esclairer tout homme venant en ce monde.
Au demeurant , les pièces du vray bois de la croix , telles que nous avons aujourd'huy, estant mises en forme de croix , comme est la saincte croix d'Aix en Savoye, outre les sortes d*honneur qu'elles méritent par manière de reliques, peuvent avoir tous les usages de l'image de la croix. C'est pourquoy la bien-heureuse Paula adorant la vraye croix qui estoit en ilierusalem de son temps, se prosternoit devant elle, comme si elle y eust veu le Sauveur pendant, au récit de S. Hierosme en son epitaphe. De mesme le signe de la ctoix fait par le mouvement a tous les usages des images de la croix, et par conséquent part à tous les honneurs. Et outre cela i il a encore pour son particulier et drdinaire honneur d'eatre une briefYe et
L'ESTEMPART DE LA SllKGTE CROIX.
puissante ortfison , à raison de quoy il est
Ues-voncrable.