CHAPITRE Xm
Lliotinedr de ta croît n'est coniraire an preikitéf eororoatideiiient dd deealogse, et briefve idterprelatioD d'ioeluy.
Mais une grande objection semble encore demeurer sur pied; car il estescrit: (4) c Tu n'auras point autres dieux devant » moy ; tu ne te feras aucune idole taillée, » ny similitude quelconque des choses qui » sont au ciel , en haut, ny en la terre, à » bas; ny des choses qui sont es eaux souâ » terre ; tu ne les adoreras , ny serviras, » car je suis le Seigneur ton Dieu fort ja- » loux. » Il est donc dépendu d*avoir des images de la croix et autres quelconques. Les schismatiques ^ et autres adversaires de FEglise , font profession de puiser en ce commandement toutes les injures exécrables qu'ils vomissent contre les catholiques ; comme quand ils les appellent idolaslres , superstitieux , punais , forcenez, insensibles, ainsi que fait le petit traittear en plusieurs endroicts. Il ne sera donc que bon de le bien considérer , touchant la prohibition qu'il contient de ne faire similitude quelconque , qui est ce qOi touche à nostre propos.
Or j'en ay rencontré auatre signalées interprétations: 4. Les Juifs prennent tant à leur rigueur les mots de cette defîense, qu'ils rejettent toutes images de quelque sorte qu'elles soient, et leur portent une grande haine, comme le petit traitteur dit.
Cette opinion est du tout barbare. Les images des (2) chérubins , lyons , vaches, pommes , grenades , palmes (3) < serpent d'airain , b<int approuvées en TEscriture. Les enfuns de Ruben , Gad et Menasse (4), firent la semblance de Taulel de Dieu ^ et leur œuvre est appreuvée. Les iuifs mon»trentà Jesus-Christ l'image de César, et il ne la rejette point. L'Eglise a eu de tout temps l'image de la croix : ainsi que j'ay monstre au second livre. Par nature on fait la similitude de soy-mesme es yeux des regardans, en l'aire en l'eau, au verre; et la peinture est ua don de Dieu et de nature. Cette interprttatioa donc combat TËe-
(i> Miùé. n. i. f , •, I. ^It^Cxotf. txf. tl; m. ttfg.
criture , l'Eglise , la nature , et n'est «ue«^ nement sortable aux parolles précédentes, qui deffendent la pluralité des dieux,!
quoy la deffeùse dos images ne sert à rien: ni aux parolles suivantes , qui defifendtDi l'adoration des idoles ; oar à quoy faire dtf • fendre l'adoration s'il n'est loisible de lis avoir , ny faire i si on deffend d'avoir sis* plement aucune similitude i qo'eat^ ba> soin d'en dcffetidre l'adoration î
2« Un tas de scbismatiqnea 0i diMi« neurs confessent qu'il n'edt pat defleodi au commandement dont il est qaesikm d> Toir et faire des similitodee et ianafosi mais seulement de les eitoettre et Infe es églises et temples^ Cette opinion est ptas notoirement contraire à l'Escriture que li précédente ; car tee iuifs et Hahometali ont au moins prétexte es mots de commai* dément , qui portent tout net qu'on ne finis aucune similitude. Mais ceux de cette autre ligne ne sçautoient produire un moi de 41^ eriture qui porte qu'il soit irioina loisibli d'avoir des Images es églises qu*ailM«i< Les Juifs ont au moins quelque ecoree di FEscriture à leur advantage en ce point} mais pour ceux-cy qui lie font que crier YÉ^ crituf e, n'en ont ny suo ny ecoree : et neaoi^ moins qui ne les croira à leur perolle y Ui le proclameront idolastre et Ante-Cbrisl.
Mais où fut-ce. Je vous prie, que ha imageades chérubins , raCbes , lyons , gre» nades et palmes , estoient ancienoetneiA sinon au temple , et quant aux chérubins, au lieu le plus sacré? Voilà un grand exemple pour nous } qui nous le reut anê^ cher dos mains , il doit apporter une grandi authorité pour garant : nostre exemple e^ tanlTEscriture, il fautaèsi une grandes»
thorité pour nous en prohiber rimitation; il ne sufDra psis d'y apporter dee discours. Dieu proposa l'ornement des images ei ce vieux temple ^ à la veuë d'un peuple ii enclin à Tidolastrie ; qui gardera réglisè d'orner les siens des rcmembrances de H eroix , et àè» glorieux soldats qui soue cet estendard ont abattu toute l'idolastriet Aussi certes l'a-t'elle fait de tout lemps : jamaieelle n'eut temple (qu'on sçache}sail erchx , comme j'ay preuve cy ''dessus. Qil ai les églises sont maisonadu Roy des reïê, les ornemens y sont fort convenabtea# là temple est l'imago du paradis f pour^aïf s'y logara-t'oB lia portnneu éaietf qii lil
UlTRS IY9 CHAPITRE XUIi
iradis ? Quelles pA]S saînctes (apissepetit'ôn attacher.
outre tout cela , cette Interprétation )risée par les novateurs ne quadre lient â Timitation de la loy , qui veut r toute idolaslrie ; car ne peut-on pas des idoles et idolastrer hors les iemllssî bien que dedans *f Certes » Tidole ban (4] ne laissoit pas d*es(re idole, 9 qu'il ne fust pas en Teglise , ou aU e , ny le veau d*or (2) aussi. Ce corneroent donc ne rejeltoit pas assez idolastrie.
autres ont dit que par cette dépense itres ressemblances ne sont rejettées.
celles qui sont faites pour represenkmediatement et formellement Dieu, Tessence et nature divine. Et ceuxl dit la vérité , quant à ce point , que lages de Dieu , à proprement parler, defTenduè's. Mais ils ont mal entendu amandement, estimant qu^autres siides n'y soient dépendues , sinon cele Dieu. Qu'ils ayent bien dit quant emier point , il n'y a point de doute ; } parlent des images extérieures , corles et artlGcielles. Or ^ telles images prement parler, doivent représenter ens extérieurs la forme et figure des s dont elles sont images , pair la simi- ) qu'elles ont avec icellcs. Mais le sens leur n'est pas capable d'appréhender ucune connoissanc^ de nature de Dieu e et invisible . Et quelle forme ou ûgure avoir similitude avec une nature qui f forme , ûy figure y et qui est nom- Ile?
qui soit dit ; sans rejetter les images îlles on représente Dieu le Père en 3 d'un vieillard, et le Sai net-Esprit en ) de colombe ou de langues de feu ; les ne sont pas images de Dieu le Père I Sainct-Esp'rit, à proprement parler, sont images des apparences et figures ^quelles Dieu s'est manifesté selon rlture , lesquelles apparences et figu- 9 representoient pas Dieu par manière iges , mais par manière de simples si- Ainsi le buisson ardent, etsemblaipparences , n'estoient pas image» de , mais signes d'iccluy ; et ions les Iraicts des choses spirituelles ne soni intpourtraictsdeceâChoseft-là,coBUQM
M. mil ilb — (t) Xiod. xui^ 4.
des formes et apparenoeapar leaquettea o4b choses^là ont esté manifestéeiê
On ne rejette pas non plus les images oa figures mystiques y comme d*ua agneau pour représenter le Sauveur , ou de colombes pour signifier les apostres; car ce ne sont pas Images des choses qu'elles signifient , non plus que les mots ou les lettres des choses qu'elles dénotent 1 elles représentent seulement un sens eiterieur des choses ; lesquelles par voye de discours re» mettent en mémoire les choses mystiquement signifiées par quelque secrète oonrenance. Bienquejeseroisd'adris, aprôsie docte Bellarmin , qu'on ne nmltipliast pas beaucoup de telles images des choses invisibles , et qu'il ne fust loisible d'en faire sans le jugement de quelque discret theo*logien«
Mais au bout de là je dy que le commandement de Dieu a beaucoup plus d'estenduë que ne porte cette considération ; car si ce commandement ne deflénd que les images de la divinité^ à quoy faire serat'il particularisé de ne faire similitude quelconque des choses qui sont au ciel ^ eâ terre, et ô&eaux?Ilem, qui adoreroil Tidole d'une chose créée, ne seroit-il pas ido^ lastre contre ce commandement? Donc celte interprétation n*est pas légitime» ny sortable à la loy.
i. Voici donc enfin la droicte et cbres» tienne intelligence de ce commandement déduite par ordre le plus briefvement et clairement que je sçauray^
4 . L'idolaelrie gist en deux sortes d'ac* tiens : les unes sont intérieures , par le»quelles on croit et reconnoist pour dieu ci qui n'est pas dieu ; les autres sont exte^ rieures 1 par lesquelles on proleste de Tin* terieur par les inclinations et sousmissions extérieures. Les premières actiolis peuvent eslre sans les secondes ^ etsemblablemenl les secondes sans les premières ; car celoy qui est affectionné aux idoles , quoy qu'il n'en fasse aucune demoot»tration f est ido* lastre î et celuy qui volontairement adora ou boBore les idoles extérieurement , quoy qu'il ne leur aye aucune afiection , est id<>* lastre extérieurement, et tant l'un que l'autre oilense Thonneur deu à Dieu. Or les actions intérieures d'idolastrie sont deiendues par ces paroUes : c Ta n'av- » ras point d'autres dieux devant n^j» s
L^SnifDART DE LA SÂINGTE CROIX.
Les extérieures sont rejettées par les suivantes : « Tu ne feras point d'idole , ny » similitude quelconque , tu ne les adore- » ras point, ny serviras. ^Lc^quelle? deux prohibitions ne visant qu*à un nnesme but de rejetter toute idolastrie , ne font qu*un seul commandement constitué de deux parties.
Que sMl est ainsi , comme je n'en doute point , cette prohibition de ne faire aucune similitude se doit entendre , non absolument et simplement, mais selon la 6n et intention du commandement , comme s'il estoit dit : a Tu n'auras point d'autres dieux » que moy, tu ne te feras aucune idole, ny » aucune similitude ; » àsçavoir, pour l'avoir en qualité de dieu , ny ne les adoreras point, ny serviras en cette qualité-là. De manière que tout ce qui est porté en ce commandement soit entièrement rapporté à ce seul point , de n'avoir autre dieu que le vray Dieu , de ne donner à chose quelconque rbonneur deu à sa divine Majesté , et en somme de n'esire point idolastre.
2. Maissiviiuelqu'un veut débattre que la prohibition « De n'avoir autre que le seul vray Dieu , a soit un commandement séparé de l'autre deffense , « Tu ne te fe- » ras aucune idole ou semblance quclcon- » que, » pour ne m'amusera le convaincre par vives raisons que je pourrois produire à ce propos , je me contenteray qu'il m'accorde que la prohibiiion de ne faire aucune similitude , et de les adorer, n'est qu'un mesme et seul commandement. Ce que certes on ne peut nier en aucune façon , sinon que contre la pure et expresse Êscriture (1) on veuille faire plus de dix commandemens en la loy, et qu'on veuille ester a ces loyx le nom de decalogue ; car si ce n'est qu'un seul commandement qui deffende de ne faire semblance quelconque, et de ne les adorer, il faut que l'une ou Taulre des deux parties qu'il contient soit la principale et fondamentale , et que l'autre se rapporte à elle, comme à son but et projet * que si l'une ne se rapportoit à l'autre, et n'en dependoit, ce seroit deux commandemens, et non un seul. Or, je vous prie ,'quelle jugera-t'on estre la principale partie de ce second commandement (je parle ainsi pour éviter débat) ; ou cettecy : « Tu ne te feras aucune idole taillée ,
(l)Xio«. XUBT. li;OMil. vr, il.
» ny similitude quelconque » ; ou oellé-cy : « Tu ne les adoreras , ni serviras? »
Pour vray, on ne peut dire que la prohibition de ne faire aucune similitude >oit le projet et but de tout le commandement; car, à ce compte- là , il ne faudroit avmr ny faire image quelconque , qui est une rage trop expresse. Et d'ailleurs , comme pourroit-on réduire la prohibition de n'adorer les similitudes , à celle-là de ne les faire point? S'il est deffendu de ne les faire, à quel propos deffendre de ne les adorer? puisque sans les faire on ne les peut adorer ? II y auroit une trop grande superfluité en ce commandement de plus qu'aux autres. Donc , la principale partie de ce commandement , qui est toute sa substance, son intention et projet, est la prohibitîoii de n'adorer, ny servir aux idoles et similitudes des choses créées ; et l'autre prohibition de ne.les faire point, se rapporte! ne les adorer point, ny servir. Comme s'il estoitdit : « Tu ne te feras aucune idole, » ny semblance quelconque , pour les adorer et servir. »
Voilà le vray suc de ce commandement, ce qui se peut connoistre évidemment par les grands avantages que cette interprétation tient sur toutes les autres ; car 4 . Elle est puisée tout nettement de la parolle de Dieu , en laquelle ce qui est dit obscurément en un lieu , a accoustumé d'oestre dit plus clairement en un autre , notamment es articles d'importance et nécessaires: or ce qui est dit icy par reduplication de négative : « Tu ne te feras aucune idole , nj » semblance quelconque, tu ne les adore- » ras , ny serviras , » est mis au Levitique purement et simplement , ainsi que nous le déclarons en celte sorte : « (4) Vous ne » vous forez aucune idole et statue , ny » dresserez des titres , ny mettrez aucuee » pierre insigne en vostre terre poiu* Tado- » rer. » Et en TExode , Dieu en inculquant « son premier commandement : « (2) Voof » ne vous ferez point de dieux d'argent ny » d'or, » dit-il , monstrant assez que s*ili deflcndu de ne faire aucune similtude, oa ' n'est sinon afin qu'on ne les fasse pour idolastror.
2. Cette interprétation joint très-bien à toutes les autres parties , non seulement du premier commandement , mais de toute le
a) uni. n? I, T. 1. — (D li0d. kl, a».
UYRK IT, CHAPITRB HO.
première table , lesqnelles ne visent qu*à Testablissement du vray honneur de Dieu ; car elle levé toute occasion à Tidolastrie et à toute superstition qui peut offenser la jalousie de Dieu , sans néanmoins lever le droict usage des images, ny imposer à Dieu une jalousie dcsreglée et excessive ; selon ce que j'ay dit en l*avant-propos.
3. Et comme cette interprétation ne rejette aucunement le vray usage des images (en quoy les Juifs et les Turcs erreni), aussi rejette-tVIIe et abolit tout usage des images , statues et similitudes , qui est contraire à rhonneurde Dieu , non seulement es temples et églises, ce qui ne suffit pas , comme pensent follement plusieurs novateurs , ny seulement des similitudes faites pour représenter la divinité , qui ne suffit pas non plus , comme estiment plusieurs autres , mais absolument tout usage idola^ trique , qui est le vray et unique projet de ce premier commandement.
î. Àdjoustezia convenance de Tidolastrie intérieure avec rcxtcrieure. L*idoslatrie ne consiste pas à se représenter en Tame les créatures , par les espèces et images intelligibles , mais seulement à se les représenter comme divinitez. Tout de mesme ]*idolas(rie extérieure ne consiste pas à se représenter les créatures , par les ressens blanceset images sensibles^ mais seulement àse les représenter comme divinitez; si que comme le commandement : a Tu » n*auras autres dieux devant mov, » ne deffend point de se représenter intérieurement les créatures ; aussi la prohibition : c Tu ne te feras similitude quelconque, » ne deffend pas de se représenter extérieurement les créatures , mais de se les représenter pour Dieu f en les adorant et servant. C'est cela seul qui est deffendu , tant pour l'intérieur que pour Textcricur.
5. Et de plus y cette interpretalion est du tout conforme à la tres-ancienue et catholique coustume de la saincte église , laquelle a tousjours eu des images , notamment de la croix , qui est autant à dire , comme asseurer qu'elle est selon l'intention du Sainct-E^prit. Bref , le dire de Tcrtullien est tout vray : Non videntur simUi" tudimtn legi refragari non in eo similitudinis statu deprehensa , ob quem iinsilitudo prohibetur, « Ces choses - là » semblent contrarier à la loy des simili-
» tndes prohibées , lesquelles ne se retreu- » vent en Testât et condition de similitude, » pour lequel la similitude est deffenduë. »
Que Ton aye donc des images de le croix, aux champs, es villes, sur les églises , dans les églises, sur les autels. Tout cela n*est que bon et sainct ; car estant fait , institué et practiqué pour la conservation de la mémoire que nous devons avoir des bene- Gces de Dieu , et pour honorer d'autant plus sa divine bonté , ainsi que j'ai monstre tout au long de ces livres , il ne sçauroit estre deffendu en la première table , qui ne vise qu'à l'establissement du vray service de Dieu , et abolissement de l'idolastrie.
De mesme que l'on honore la croix en tout et par tout, puisqu'on ne l'honore que pour tant plus honorer Dieu ; que toute la vénération qu'on luy porte est relative et dépendante ou accessoire , à l'endroict de la supresme adoration deuë à sa divine Majesté; que ce n'est qu'une branche de ce grand arbre : cela n'est en façon quelconque deffendu , puisque cette semblance et figure n'est pas employée à l'action pour laquelle les similitudes sont prohibées, qui est l'idolastrie , car la croix prise en la façon que la prennent les catholiques , ne peut estre ny idole , ni subjet d'idolastrie , tant s'en faut qu'elle le soit , l'idole n'estant que la représentation d'une chose qui n'est point de la condition qu on la représente , et (4) « une image fausse , a comme dit le prophète Habacuc , et (2) l'apostre S. Paul. Or la croix représente une chose très-veri table , c'est à sçavoir la mort et passion du Sauveur : et ne la fait-on pas pour l'adorer et servir, mais pour adorer et servir en icelle et par icelle le crucifix, suivant le vray mot de S. Âthanase : Qui adorât imaginem , in illa adorai ipsum regem.
Si que non seulement le vray usage des sacrées et sainctes images n'est aucunement deffendu; mais est commandé et compris partout où il est commandé d'adorer Dieu , et d'honorer ses saincts, puisque c'est une légitime façon d'honorer une persoime d'avoir fait , pour la priser , son image et pourtraict , scion la m*.*sure (t proportion de la valeur du principal subjeu
(1> Hateo. u, 18. — (I) I. Cor vim i.
L^ESTHimAm DE LA fiAIffCTB CROIX.
CHAHTRE XIV.
Entre tous les noveteursct réformateurs, il n'en a point esté , à mon advi4 , de si hspro , gi hargneux et implacable que Jean Calvin. Il n'y en a point qui aye contredit à la sainole Eglise avec tant de véhémence et chagrin que celuy-lè , ny qui en aye recherché plus curieusement les occasions, et sur tout touchant le point des images. C'est pourquoy ayant rencontré en ses commentaires sur Josué une grande et claire confession en faveur du Juste usage des images , Je Tay voulu mettre en ce bout de livre, aOn qu'on conrioisse combien la vérité de la créance catholique est puissante, qui s'est échappée et levée des mains de ce grand et violent ennemy , qui la detenoit en injustice. Or afin que tout soit mieux pesé , je metlray , et son dire , et le subjet de son dire au long.
Les enfans dlsraèl estoient desjà saisis de la terre de promission , les lots et portions avoient esté assignez à une des tribus : si que le grand Josué estima devoir congédier les Rubenistes , (4) Gadites , et la moitié des Manasseens , lesquelles ayant desjà pris et rcceu le lot de leur partage au delà du Jourdain , avoient neantmoins assisté en tout, et par tout , au reste des enfans d'Israël, pour les rendre paisibles de la part du pays que Pieu leur avoit promise , comme se rendant eviclionnaires les uns pour les autres. Estant donc congédiées , les deux tribus et demie , pour se retirer au lieu de leurs partages , en la terre de Giilaad , arrivées qu'elles furent es confins et limites du Jourdain (2) , elles y dresseront un autel dMnfînie grandeur.
Les Israëjitcs qui estoient demeurés en Canaan eurent nouvelle de Tedification de cet autel, et doutèrent que les Rubenistes, Gadites, et ceux de la my-lribu de Manassé, ne voulussent faire schisme et division en religion , d'avec le reste du peuple de Dieu , au moyen de cet autel. De quoy pour sç^voir Ip vrayo vérité , ils leur envoverenl encore en ambassade Phinée , fils du grand sacrifirateur Eleazar , lequel présupposant une mauvaise intention en redificalion de cet autel , tançai bien aspremcnt de primafafio \f^ bastisscuri d1-
(t) Jof. zxii, I. * (I) 16. f , la
celny , comme s'ils eassent voalii Iqnofir en matière de religion , et pres^r àutçl contre autel. A quoy les deux tribus ^ demie firent response , qu'ils craignoieqt qu*à Tadvenir la postérité des autres tribgi ne voulust fbrclore leurs enfqns de Taocai du vray autel qui estoit on Canaan , sons prétexte de la séparation que le jQurdalt faisoit entre Thabitation des uns et dei autres, et d*autant que Tune estoitdeçè, d Tautre delà ladite rivière :« (4) Et pourtadi » nous avons dit (ce furent leurs parolles) » que s'ils veulent nous dire ainsi , ou i » nostre postérité , alors nous leur dirons: » Voyez la similitude de Tautel de PEtenid » que nos pères avoient faite, non point porr » l'holocauste , ny pour le sacrifice ; maisi » ce qu*il soit tesmoin entre vous et noosj Calvin traduit ainsi , et sur l'excuse da deux tribus et demie, fait ce conimentaiit: ff Neantmoins si semble-t*il qu'il y a m » encore quelque faute en eux, à cau^ qw » la loy deffend de dresser des statues da » quelque façon qu'elles soient , mais l'ex- » cuse est facile , que la loy ne condama^ » nulles images , sinon celles qui servent »de représenter Dieu. Cependant d'élever » un monceau de pierres , en signe de tnn » phée , ou pour tesmoignage d*un miracle » qui aura esté fait , ou pour réduire ç| » mémoire quelque bénéfice de Dieu ex- » cellent , la loy ne l'a jamais deffendu en » passage quelconque ; autrement , et Jo» » sué, et plusieurs saints , juges et rojs, 9 qui sont venus après luy, se fussent » soliillez en une nouveauté prophane. i Ce commentaire est considérable : car ce fut le dernier ouvrage de son autbenr ( comme ditBeze en sa préface sur iceluy) et qui le représente le mieux, et partant ce qu'il y a dit doit prévaloir contre tout ce qu'il a dit entre ses autres escrits inconsî* derement , et eschauffé au débat qu'il avdt suscité. Mais sur tout le texte porte une algnulée considération pour l'establissemeot du juste usage des images , et remem* brance des choses sainctes : consideron»le donc , et finissons tout ce traitté au noqi de Dieu.