‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 20 sur 356 · SERMON POUB LE DIMANCHE DE LA SEPTUAGÉSIME · texte numérisé non relu

SERMON POUB LE DIMANCHE DE LA SEPTUAGÉSIME

Ï)B U HISSION DES PASTBUaS KM L'ÉGLISB.

Wlgit Jêtnt âUrifmîit tuù paraholam hane : SimiU eti regnum eaïarum komini patrifamiiiat , f«« tsiiipHww mane conditeert opernriot in tineam tuam; eontenlione tmUm faetd eum «jMrartM êm éimmHû tftomo , miiil eot in tineam tnam, Matt. ix.

JtMM dll à lei ditclpte* celte parabole : Le royaume det cleax est semblable à un père de faroiUt, li^vel sorlii de grand maUn pour loQer des ouvriers, aDn de les faire iraTaillerà sa vigne, ei quand il OTl «•■feott tTM ettx d« denier qu'il leur devoit donner par Jour, il les y envoya pour la cultiver.

Get «neieB peuple dlsraM se monstra taqoofs dur aux commandemens de Dieu ; mais surtout il se monstra tres-bi- ^rra, iontqu'eprès l'honnorable reiacion éa Josué et de Galeb de la fertilité de la terre promise, et Texhortation qu'ils firent pear les eacourager d*y aller, ils conclunmi de a'y point aller : et par après Dieu ayant adverty qu'ils n'adyançassent , ils vaalureot à toute force y aller , et montereai la montagne , dont mal leur en prit. Or tout ce malheur advint de ce qu'ils piaaterent trop légèrement Toreille à quelques fausses relations des espions qui fulani envoyas en la terre de promission, et na voulurent pas croire Caleb et Josué qui Isa oonseilloient sainctemenl.

Ainsi une grande partie du mal qui est Kaîntenant entre les chrestiens , vient de ne qu'ils croyent ceux qu'ils ne devroient pas croira, et qu'ils no croyent pas ceux qu'ils devroient croire. £t éilexerunî homintê mafû ienehras , qmàm lue$m : Les bsmmes ont plus aymé les ténèbres que la lumière. C'est pourquoy voyant en l'Evangpla une infaillible marque de ceux auxqaeli nous devons croire , et par mesme moyen de ceux auxquels nous ne devons pas croire , de ceux qui sont vrais ouvriers, M de ceux qui sont plustost dissipateurs ;

Je me suis délibéré estant envoyé pour celte journée au milieu de vous autres , comme ouvrier en la vigne de Dieu , de vous monstrer comme il Tant fuïr quelquesuns de ceux qui font profession d'avoir espié la terre de TEscriture , et comme il faut se rendre obcyssant à la voix de c<;ux lesquels sont marquez à bonnes enseignes. Seigneur, arrousoz do la douce pluyede voslre grâce ceste votre vigne , afin que la houëet la pcsie y puissent bien entrer, rende2-la trait;iblc , et donnez à cet indigne vigneron la force et Tadrcsso d'ester les espines et supcrfluitez des mauvaises opinions que le temps y pourroit avoir ap« poBté , à celle fin qu'en son temps elle vous rende le f^uict,et le vigneron en puisse avoir le denier promis , qui est ce jour de l'éternité bienheureuse. Employons à ces fins l'ayde de la saincle Vierge, ^ve Mariû.

Moyse , ce grand capitaine de probité , estant appelé de Dieu, lors qu'il paissoit les brebis de son beau-père Jetro en la montagne d'Oreb , à la charge de la conduite et gouvernement gênerai du peuple d*Is« raël pour le délivrer des mains de Pharaon , la majesté de Dieu luy apparoissant en un buisson ardent, il practîqua tous les vrais moyens , et demanda à Dieu tovttti

SERMON

les Trayes qnalitex , marques et conditions avec lesquelles il faut entreprendre de parler de la part de Dieu , et de gouverner un peuple. Car tout premièrement il recognoist son indignité : Qui$ ium ego ut vadam ad Pharaonem , et edueam Israël ex jEgypto ? Qui suis-je moy , dit-il , pour aller parler à Pharaon , et retirer ce peu«> pie d'Egypte ?

2. Il demande le nom de celuy qui l'envoyé : Sidixerintmihi, quod estnomen ejus, quid dicam et«?S*il me demande quel est son nom , que diray-je?

3. Il demande des signes : Non eredent mihi , née audient vocem meam , sed dicent, non apparuit tibi Dominua ; Ils ne me croiront point, et n*obeïront point à ma parole , mais ils diront : Le Seigneur ne t'est point apparu. 0 sainct prophète 1 ô grand pasteur d*Israël ! 6 advisé Moyse 1 6 digne ambassadeur de Dieu 1 digne secrétaire de Dieu ! que lu sçavoisbien les conditions requises et fondamentales à une telle charge. Il se tient indigne , il demande le nom , il demande des signes , etc.

Dites-moy comme se pouvoit-il rendre digne , sinon se tenant indigne : comme la samclo Vierge se dispose à estre mère de Dieu , en se reconnoissant sa petite servante. Et pour digne qu'il eust esté , comment l'eust-on recçu, s'il n'eustsceu nommer le Seigneur qui Fenvoyoit ; et encore qu'il eust esté digne , et qu'il eust pu nommer son Seigneur , comment l'cust-on cru, s'il n'eust faict paroistre de bonnes marques de sa mission ?

C'est icy , mes frères , la pierre de touche , à laquelle vous connoistrez , si ceux qui se vantent de la parole de Dieu sont vrais ou faux prophètes : car il n'y a jamais eu secte qui n'aye tousjours dit qu'elle parloit de la part de Dieu , et que ses prescbementeries estoient les vrayes paroles de Dieu, et se soit vanté de l'Escriture. Luther, Calvin , et tous les autres, à Timitation du diable , lequel voulant tenter Jesus- Liirist, luy allègue l'Escriture: AngelU euh mandavit de te. Ils disent tous qu'ils sont envoyez, qu'ils nomment donc qui les a envoyés l Si c'est Dieu, ou c'est mediatement ou immédiatement : si mediatement , quMls monstrent la succession ; si immédiatement et extraordinairement , ^'iii en produisent les preuves, qu'ils

fassent desmiradea. Les eatfiolîqiies ea» voyez par légitime succesdion , pouvant dire : Sicutloeutue estadpatreenoêtrM, monstrent l'origine de leur mission : Jetm misit Petrum^ Petrus , ete. Nous pouvons dire : Deus auribu» noêtriê auêivimm^ Patreê nostri annuntiaverunt nohiê»

Nostre-Seigneur par Jeremie advertit : iVolite audire verba Prophetarum qui pro^ phetant vobis , et deeipiunt vos, Ftsionem cordis sui loquuntur , non de ore Domini. Et après : Non mittebam Prophetas , et ipsi currebant ; non loquebar ad eos , et ipsi prophetabant,

David se trouvant en un temps auquel il y avoit plusieurs errans , dit au psalme xi: Salvum me fae , Deus, quoniam defeeit sanctus , quoniam diminutœ sunt veritates à filiis hominum. Fana loquuti sunt unusquisque ad proximum suum :

labia dolosa in corde , et corde loquuti sunt : Disperdat Deus universa labia dolosa, qui dixerunt , linguam nostram magnificabimus, labia nostra à nobis sunt , quis noster Dominus est. Et en Jeremie 44 : Fatidnantur non mM eos. Au 23 : Ecee ego ad Prophetas^ ait Dominus, qui assumunt linguoi suas.

Mais a6n que nous sçachions la volonté de Nostre-Seigneur en cecy : ayant dit : Sicut misit me Pater , et ego mitto vo$; il adjouste : Aeeipite Spiritum sanetmm.

Joan. 20. Et après avoir dit: OmnispoteS' tas data est mihi in cœlo et in terré; il dit ensuite : Euntes docete omnes génies* Matth. 28.

0 mes frères , tenez cette preuve pour fondamentale , et demandez à ceux qui vous veulent retirer du sein de l'Eglise : Quis te misit ? S. Jean-Baptiste fut grand reformateur , et envoyé de Dieu extraordinairement , mais encore qu'il ne dit rien contraire à l'Eglise judaïque , pource qu'il venoit à un grand office , vous verrez qu*il a des marques pour se faire connoistre : m vie miraculeuse et sa nativité , contrai» gnoit de dire : Quis pulas puer iste eriif S. Paul extraordinairement envoyé, von* lut encore une marque visible par Timpo» sition des mains d'Ananie. Act. 9. Ut v^ deas , dit Ananie , et implearis Spiritm sancto.

Que diray-je? Nostre-Seigneur a|icei

POUR LE Dllf ANCHE DE LA SEPTUAGesIVE.

avoir esté prédit avec tant de circon&tpnces, oacore veut-il monstrer 8a mission , et se targue tousjours d'icelle ; disant tan- UmV Sieut miiii me Pater, Doctrina MM, non est mea , sed fjus qui misit me. Et puis il 8*escrie : £1 me sciiis , et unds iim eeiUt^ ei a me ip$o non veni ! Voilà dooc oomiDe il s^authorise de sa mission , de laquelle il n'avoit besoin de faire autre preuve que par l*Escriture; car il avoit esté si formellement prédit , qu*on le poufoit bien reconnoistre : Tous prophètes ne parient que de luy , tellement qu'il pouvoit bien dire : Serutamini seripturcs , iUœ fttljmonttf m perhibent de me. Mais nonobstant tout cela, non content do se dire cstre envoyé , non content de prouver sa mission par TEscrilure , il veut un tesmoignage perceptible et clair de son Père , au U|iïesme et en sa transfiguration : Bic eUfilius meus diiectus^ in quo mihi bene eomplaeui , ipeum audite. Et derechef en S. Jean , 43. Il reçoit ce tesmoignuge de la part de son Père Etemel : Et clarificavi, ïljlterum etarificabo. 11 atteste sa misnon par miracles , et proteste que sans les iairacies, aa mission n*estoit pas justement prouvée au peuple, de manière qu*il dit en S. Jean, 4i. Ferba quœ loquor vobis à me ipso non loquor. Et incontinent:

Aliùquin propter ipsa opéra crédite. Et sa ii^ chapitre : ^ï opéra non fecissem meiêt quœnemoaliue fedt, peccalum mm kaberent.

Tirons donc ces conclusions tres-certaines. 4. Que la mission ^^sl nécessaire, oommeditS. Paul : Quomodoergoinvocahmi in quem non crediderunt. aut quomodo credent ei quem non audierunt, ffÊOmodo audient sine prœdicante^ fuomodo t>erà prœdicabuni nisf mittan-

%, Qu'il ne suffit pas de dire qu'on est ctvoyé, car il faut justifier comment: si wdiatement , comme Timothée par à^.

Paul auquel il escrivit : Admoneo te ut rmuâcites gratiam quœ est in te^ quœ étUa est tibi per impositionem manuum meorum (2). Si immédiatement, comme S. Paul et S. Barnabe, auxAci'^s, rhupi- Ire 43. Segregate (dit le Suiiut-Dsprit) miki Saulum et Barnabam in opus ad fooâ asiumpsi eos. Tune jejunanies et

orantes imponentesque eU manus dimi»

serunt eon. Ce que Calvin confesse.

3. Quiconque allègue mission extraordinaire la doii prouver, car quelle règle pourrions-nous tenir , s'il ne falloit que dire qu'on estenvové? Ainsi Movse, S.Jean et Nostre-StMgneur mesme la prouvent.

4. Que jamais mission extraordinaire ne fut boiine, sans eslre approuvée de l'ordinaire. Voyez-vous S. Paul de l'extraordinaire comme il va à l'ordinaire, et puis qu*on m'en monstre un exemple. S. Jean ne fut-il pas approuvé par îcs scribes et prestres qui envoyèrent cette noble légation : Tu quis es? Et jamais ne trouvèrent que bonne sa doctrine. Quant a Nostre- Seigneur, il n'avoit à prendre authorité de personne, pource qu'il lui suffisoit de prouver qu'il estoitleFils du souverain Maistro, et neantmoins Simeon l'approuve, Zacharie, S. Jean et Caïphe qui prophétise. Mais depuis Jesus-Christ et la fondation de VEr glise , quiconque' n'est approuvé de l'Eglise : Sit tibi tanquam Ethnicus et Publicanus, Die Ecclesiœ, Ecclesia est firmamentum et columna veritatis. Ego vobiseum sum usque ad consummatio^ ntm sœcuH. Maiscscoulcz. si en l'ancienne loy cela estoil vray : Ponlifeœ ve»ter in ils quœ ad Deum pertinent^ prœsidebit {h) Au Doutcronomo, chapitre 47 : Qui aulem superbierit , nolens obedire Sacerdotis imperio. judicis sententia moriatur. Et ne faut point dire que l'ordinaire manque quelquefois : car liegni ejus non erit finis, îiegnum tuum^ regnum omnium sœculorum. Ego vobiseum sum usque ad consummationem sœcuH.

Enfin, que recueillons-nous, sinon que puis que nos hérétiques ne nous sçavent dire d'où ils viennent , ny qui les a envoyez, il se faut garder de les ouyr, car : AsitumunI linguassuas, et aiunt, dicit Dominus. Et puis qu'ils ne veulent ouyr l'Eglise , sint nobis tanquam Elhnici et Publicani. Et pouvons bien dire d'eux ce que S. Paul prédit aux prestres ephesiens aux Actes , 20 , les voulant laisser. Ego scio„ quoniam post discessioncm meam, intrabunt lupi rapaces in vos nonpar^ centes gregi, et ex vobis fpsi.s ex urgent viri loquenles perverse. ul ahdncantdis" cipulos post se, 4. Intrabunt , non mit^

(1) n , Ptiml. lu

SERMOM

têntut. 9. Lupi, non etmes ; Hlvestres, non cogniti; feri. nonptutoribus parentes. 3. ExTohisipm^CathoHci^nonex Cahiniêlfê, sed contra, qxiia prins Caiholici quamhetretici. 4 Utabducant difcipnloi Cathoh'ci, non abduxerunt diêripuloê Calvini, sed CaMnus Caiholieorum,

■ Voyez donc , Ils ne sont pas vrais ouvriers. Quia Paierfamilias non eondaxit eos, nonmisit, non diœit, ite, sed infraveruntjVenemnt, Currebant, et ego fion mittebam. Mais cela s'entend quant à la vocation des prédicateurs, docteurs et pasteurs de l'Eglise, laquelle n*est pas commune à tous : c^r si chacun est pasteur, où sont les brebis? mais seulement quelques-uns qui sont envoyez, comme Moyse, Aaron, S.Jean, Isaye, Jeremie, Elie et David, etc.

Or, il y a une autre vocôtiotl qui est commune, et comme chacunnedoitpenserestro apfieilé à ta prbmière, aussi chacun so doit tenir {)0ur appelé h la seconde : et comme <îescroit un grand péché que chacun se vouluftmeslff de la première, aussi cef«erolt un grand péché que chacun ne suivist la seconde. En somme, comhie c'est grand péché de suivre la voix des faux imsteurs, aussi est-il péché de n'ouyr la voix des vrais, et ne leur obeyr. Totet die, dit Nostre-Scigneur, expandi manus measad populum non credeniem et contradicentem mihi. Si guis sitit, veniat ad me ; ego sto ad ostium et pulso. Par les prédicateurs : Qui vos audits me audit, Hodie ai voeem ejus audieritis. Et quelle voix : Ut qnid statis totâ die otiosi, ite et vos in vineam meam. Feniet nox in quâ *enio potest operari, et in qua diceiur : yircumdederunt me gemitus mortis, pericuta ipfemi ciraimdederunt me. N'attendez pas caresme-prenant, car que sçavez-vous si vous le verrez? Ducunt in bonis dies suos, et in puncto in infemum descendunt. Usquequo, piger ^ dormies?

paululum dormitabis, et veniet tibipaupertes quasi vir armatus. C'est à dire, laquelle tu ne pourras csviter. Nisi pœnitenliam egeritis omnes simul peribilis.

An neseiê (dft 8. Paul) qma pMeàHsi Dei ad pcenitentiam te expeetat^ tu ««• tem secundum impœnitens eor tuum, etc.

Commencez dès aujourd*huy de pedr d'estre surpris : Foravi et rennistis^ ego quoque in interitu vestro ridebo. Etes tempus aeeeptabilê, ecce nnno dies tofutis. Dun^ tempus habemus optremnt bonum, Abner demanda à Joab, capitaine de David : Usqnequo mucro fuus desm^ viet? Fivit Dominus, â'ïi Joeh, simane ioquutus fuisses, reeemsset popklus persequens. Pharaon se veut retirer du milieu de la mer, et ne peut. Pœnitentibus ve^ niam promislt j tempus pœnitenéi nom promisit.

Quelles occasions n*avons-nou9 point de sortir de nostre paresse, tant de maux que nous voyons tous les jours, etc.

Nostre-Seigneur fuict comme le père, qui tenant les verges en main, dit à ses enfans lesquels il chastie ; Ne s6rez-f ous jamais sages?

Prières , etc. Contrition , etc. Confe»* sion, e(c. Bonnes œuvres, etc.

Mundus clamât, deficio : Caro clumof, infieio : Dcsmon eîamat, decipio : Ckriê* tus clamât, refido.

Ite et vos in vinsam Domini , quoi justum fuerit dabit vobis. 11 esl juste, que ceux qui estant appeliez , Tont tuivjr en ce monde, le suivent en l'autre. Ut uii ego sum, illie sic et minister mené, êi accipiat n,ercedem. Ego sum mereês Iini magna nimis. Courage, mes frères, tous sont appeliez, tous ne sont pas esleiis. D ne tiendra qu'A nous, si nous n'allons trt* vailler en sa vigne. Il y a de la peine : msia^ JV^on suni condignœ passiones hujus $m^ culi ad futuram gloriam, Pouranjoar de travail, une recompense eiernelle ; poir un jour de peine, un re|X)s éternel là haut en paradis : Hœc requies nostra in mpdulum sœeuli, hic habitabimus si etigsh mus eam. Là nous vous louerons en touls éternité , si nous vous servons en cetia brtefve journée de ce monde : c'est, o 8el^ gneur, de quoy nous vous prions nous faira la grâce , puis que vous estes le Dieu de miséricorde, Père , Fils , et Salacl-B8|itit

POUR LE OIMANCHb Ofi hk SEXAGÉSIMB.

SERMON

Page 1