POUR LE DIMANCHE DE LA SEXAGESIME
DE Là MANUBRB D'ENTENDRE LÀ PAROLE DE DIEU.
Qui kabet aurst audUndi , oudiat, Luc. tiik Qui a des oreilles poar ou jr, qu'il enlcnde.
La prise de la ville de Jcrico par le vailbot capitaine général des Israélites Josué, est bien !*uhe des plus remarquables qui tarent jamais faictea pour le stralagcmo avec lequel les murailles d'icelle furent du tout renversées, et cette ville demeura toute nuë et démantelée devant rarméo des Israélites.
Or le stratagème fut tel, au rapport qu*en laict Josué mesme es sacrez mémoires qu*il esrrivit des choses advenues sous sa conduicte en son sixiesme chapitre. Estant rarmée en la campagne de Jerico, Josué lei-ant les yeux, vid un homme vis à vis de luj, qui tenoit son esnée nuë' en main, duquel s approchant Josué, il hiy dit : Es-tu de DOS gens, ou de nos ennemis? Ce gendarme respond : Non , ny Tun ny Taulro, je suis prince de Turméc du Seigneur, me Toicy venu tout maintenant. Josué se jette à terre, l'adore, et luy demande les commandemens. Or le Seigneur luy dit par son an^ : Je vous veux livrer Jerico, environaez-la une fois le jour durant six jours; le beptiesme , environnez-la sept fois , et en oes environnemens, mettez ordre que Ton porte l'arche, et devant icelle, aillent sept prestres avec des trom|>ettes sonnant : et au dernier environnement, lorsque les prestres auront sonné plus longuement et puissamment, que tout lo peuple crie tant qu il pourra, et les murailles tomberont, et chacun entrera par Tendroitcù il se trouvera par de?sus les murailles. Qui ouït jamais raconter un tel siège? qui cognut amaisun ingénieur si subtil, qui au son des irompettes Gt renverser des murailles entières? qui vid jamais semblable batterie?
Josué levé les yeux en haut , d'eh tiaûl vient range, il Tadore, Tange luy enseigne de la part de Dieu lo stratagème, Josué croit et se fie en Dieu, il faictcequi lui est commandé, parmy son armée Tarche de Dieu y est, les prostrés sonnent , les murailles tombent.
0 les belles instructions pour nos capitaines, de lever leurs courages en haut vers Dieu, invoquer les saîncts, et s'appuyer en Dieu, le croire, obeyr à ses commandemens. Ha! si Pinlention estoit au ciel, si la confiance estoit en Dion, si l'honneur deu aux .serviteurs de Dieu estoit rendu , si on croyoit et obeyssoit à Dieu , il nV auroit rien d'imprenable, tout renvcrseroit devant les clirestiens. Mais je ne suis pas icy pour apprendre la manière comme il faut attaquer et prendre de force les villes terrestres : je voudrois plustost vous dire comme il faut prendre et subjuguer les villes et forteresses spirituelles, ennemies de Dieu et des saincts, pour le service de la divine Majesté ; adressonsnous pour ce sujet à la Ste Vierge, lui disant Ave Maria,
L'ame do Thomme, mes frères, est une belle ville, par nature sujette à Dieu, mais bien souvent par révolte et rébellion, et par les factions des affections et parties supérieures et inférieures, elle est rendue sous Tobeyssance du péché : car, qui facit pec* catum, servns est peccati^ qui fait lo péché, il est rendu serf du péché.
Qui trouvera mauvais que j'apelle Pamo de rtiommo une ville, puisque les philosophes l'ont bien appelée un petit monde^ et
SERMON
qu'elle est Tabrégé de toutes les perfections du monde, contenant en soy tous les grades plus parfaicls dlceluy ; comme toul le plus beau d'une province se retrouve en ta ville principale d'icelle? En ceste ame, encore vous semble-l-il pas qu'il y ait un magazin qui vaut plus que tous ceux d'Anvers ou de Venise? puis que la mémoire retire toutes les idées de tant de varietez de choses : vous semble-t-il pas qu'il y ait un brave ouvrier, puis qu'en l'entendement *possible, toutes choses s'y font en des espèces admirables? vous semble-t-il pas qu*il y ail un ouvrier, lequel avec cent millions d'yeux et de mains, comme un autre Argus, faict plus d'ouvrage que tous les ouvriers du monde, puisqu'il n'y a rien au monde qu'il ne représente,. qui est l'occasion qui a faict dire aux philosophes que Tame estoit tout en puissance. Cest cette ville laquelle plus que toute autre, se peut vanter que le sçavoir de son bâtisseur a esté rendu admirable en son édification, selon le dire du psalmistc, mirabilis facta est scientia tua ex me, vostre science est admirable en moy, et je ne la peux comprendre. C'est d'elle qu'on peut dire, Gloriosa dicta sunt de te , civitas Dei. Choses glorieuses sont dictes de toy, cité de Dieu.
Or cette forteresse a esté vendue au diable, lorsque le péché l'a environnée, dont le diable a esté appelé le prince de ce monde : Nostre-Scigneur parlant de luy comme d'un capitaine a dit , qu'il est conune un fort armé qui garde sa maison, enm foriis armatus custodil atrium suum, etc. Les murailles d'icellequi tiennent en la puissance du diable cette ame, sont ses iniquitez,. desquelles parlant le psalmiste, il dit: que l'iniquité environnera ses murs jour et nuit; Die acnocte cireumdabit super muras ejus iniquitas (4). C'est le péché qui empe^che que Dieu ne se rende mai^tre de nos âmes, et ne puisse entrer en nous, ains demeure à la porte : Ego sto ad ostium et puho. Je suis à la porte, qui heurte, dit-il : Peccata vestra diviserunt inter vos et Deum^ nos péchés ont mis division entre sa divine Majesté et nous.
Or ces murailles icy doivent tomber devant nostre Jésus, non pas ûis de I^avé,
mais flis de Marie, à celle fin qu*n enln dans nostre ame, et s*en rende poMcontar. Que si celles de Jerico tomberéht au an des trompettes des prestres, celles-ci dol* vent tomber encore au son de la trompette evangelique et à la prédication de la parole de Dieu, suivant ce que sa Majesté dict à Jeremie : Ecce dedi verbum meum in orê tuo,eonstitui te super gentes, ut evelias, et destruas, et disperdas, et dissipes. M œdificesy et plantes (4). J'ay mis ma parole en ta bouche, afin que tu arrache des âmes le péché, que tu le détruise, que tu le ruine, que lu le dissipe, et que tu y plante et édifie la vertu. Ainsi David fut fait maittre de Sion, suivant ce qu'il dit : Ego antem constitutus sum rex ab eo super Sion montem sanctum efus, preedicam prœceptum ejus, J'uy esté establi de Diea roy dans Sion , preschant ses commandemens.
C'est de ces murailles que nous pouvons dire : Aseendite muros ejus, ei diss^ pâte {2) '.'Montez sur^ses murs et les abbattez, comme dit Nostre-Seigneur de Hîe* rusalem. Mais à cet effect, je trouve trois conditions requises : la première, c*e8t la bonne intention; la seconde, l'attention; la troisiesme, l'humilité. La bonne intea* lion estoit bien aux Israëlites, puis quilg faisoient cela pour la terre de promission : l'attention, aussi parce que Josué leuravoit dit qu ils ne fissent point de bruit, et enfin l'humilité en leur obeyssance. Et avec ces trois conditions, au son de la trompette des prestres, il se rendirent maistres de Jérico.
Quant à l'intention, mes frères, je vendre s qu'elle fust conforme à celle de Nostre-Seigneur, lequel ne nous a pas voulu parler pour autre fin que pour nous sauver, ut fides sit ex auditu. et omnis qui crédit in eum non pereat , sed habeat vitam œtemam. Afin que la foy vienne en nos âmes par l'ouye, et quiconque croit en luy ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle. Je voudrois qu'elle fusl comme cellç de bons prédicateurs, qui est, comme dit S. Paul , de prescher un Jesus-Christ crucifié, qui est scandale aux Juifs, etc. Prœdicamus autem Jesum Christum crucifixum, Judœis quidem scandalum^ etc. , et aussi que rintentiM
(1) Jaramit, i. — (l) Jtrtato, t.
POUR LE DIKANCHE DE LA. SEXAGËSIVE.
ftntde reoevoirensoncœur Jesus-Christ. ( Od sont ceux qui ne vont à la prédication que par curiosité de voir les fjçons et les paroles. Que diriez-vous de ce malade, lequel sachant qu'en un jardin il y a une hert>o qui peut le guérir, n*y va que poar voir quelques fleurettes? Semblables î Herode, qui ne desiroit de voir Nostre- Seigneur que par curiosité et le mesprisa : lusaimespriscnt-ilsles prédicateurs quand ils en ont passé leur fantaisie, comme les femmes grosses, lesquelles non par nécessité de manger, mais par fantaisie, désirent des viandes. 0 non ! mais comme il faut désirer la viande pour se nourrir, liosî faut-il user de la parole de Dieu , qni est Taliment de nos âmes. LMiommo 18 vit pas de pain seul , mais de toule parole qui procède de la bouche de Dieu.
iVofi in iolo pane vivit homo^ sed in 9mm verbo quod procedit de ore Dei.
Eunies^ dit Nostre-Seigneur, prœdicate Etangelium omni creaturœ; qui cre- Merit ealvus erii. Allez et preschez rEvaogile à toute créature, et quiconque croira sera sauvé. Voilà la 6n. Ul co- §no$eant te solum Deum verum , et fuem mitiêti Jesum Christum. Âûn qu'ils vous connoissent seul vrai Dieu, etc.
î donc habet aures audiendi, audiat.
Quand l'homme entend la parole de Dieu cette intention, elle est en luy comme cette semence qui tombe dans le chemin. Jtiud eecidit êeeus viam. La vaine gloire et la curiosité la perdent. C'est escouter la prédication comme un motet de musique.
Es eis quasi carmen musicum (4). Ils eseoutent vos paroles , et ne les practiquent pas, et audiunt verba tua, et non faciunt M. Comme le malade qui se contenteroit de regarder la boite contenant la médecine de sa goerison, etc.
La seconde disposition qu'il faut avoir fNNir bien ouyr la parole de Dieu, c*e.-t Tuttention; car il y en a plusieurs qui viennent au sermon pour en faire leur profit , mais y estant, ou dormant , ou causant, oa pensant à autres choses, ils ne sont pas attentifs ; et ceux-ci sont encore de ceux qui se doivent sentir piquez do ccsto purole de Nostre-Seigneur. Qui habcl aures au- [ Hsmdi , audiat. Car ils ont des oreilles et j a*iicoutent pas, àures habent et non au- î
diunt. Or cecy n'est pas une potite in?"?!litô, que Dieu-pnrlantà nous, nous ne voulions pas réécouter , no phis ne m t'im que si nou^ parlions à Dieu sans y penser. Ah ! que le psnimiste n*esloit pas de cette façon, car il disoit : ^udiamquid loquatur in meDominn^Deus. J*cscouteray ce que le Seigneur Dieu dira en mon cœur. Ileli enseigne à Samuel la façon d*ouyr Dieu : Loquere , Domine, quia audit servus tuus. Parlez, Seigneur, car voslre serviteur escoule.
Dieu fuit lever un grand vent sur mer, si que chacun s*addresse à luy , et Jonas dort(l). Ainsi Dieu envoie (e vent de sa parole , et espouvante toute la barque, et Tauditeur dort.
L'attention est si requise, que souvent l'intention défaillant , Tattcnlion profite : S. Augustin dit en ses Confessions, livre 5, chapitre I i : f^eniebant in animum meum simul cum verbis quœ diligebam, rcs etiam, quas negligebam^ et dutn cor aperirelurad excipiendum quàm diserte diceret, pariter infrabaty et quàm vers diceret. 11 arrivoit que ces belles paroles que je cherchois, attiroient en mon esprit leschoses que je negligcois; et comme j'ouvrois mon cœur pour rc(5evoir Tolegance de son discours ( parlant de S. Ambroise), la force et la vérité de ses paroles y entroient aussi.
La troisiesmc condition est Thumble obeyssance à la parole ouye ; car ceux qui oyent, et pour cela ne s'amendent pas, lont voir qu'ils n'ont pas des oreilles pour entendre. iVon A aft^nf aures audiendi. Ce qui procède de plusieurs causes, l'une qu'ils ne reçoivent pas la parole de Dieu comme telle, ains comme la parole des prédicateurs; et toutefois Kostre-S:>igneur a dit une fois pour toutes : Qui vos audU me audit, qui vos spernit me spernit : Ceux qui! vous escoutent , m'escoutent , et ceux qu vous mesprisent, me mespriscnt. Et ailleurs : Non estis vos qui loquimini , sed Spiritus Patris vesiri, etc Ce n'est pus vous qui parlez, maisc'estrespritdc vooUe Père qui parle en vous. Do quoy se plaignant Noslriî-S«;igneur , il dit à Hz.M'hiol : Nolunt (taUre te y quia nolunl audire me (2). Ils refusent (lo vous ouyr, parce qu'ils ne me veulent pas ouyr. £t S. Paul
*l ) Job. b — (t) II. Cor. nu.
SERION
s'en vante : An experimentum quœritis efuê qui in me ioquUur Christus? No sçavez-vous pas que c'est Jesus-Christ qui parle, par moy? De là vient qu'ils se raocquent du pauvre prédicateur, et prennent garde s'il luy cschappe une parole impropre. L'autre cause*, c'est qu'ils rejettent tousjours sur autruy ce qui est dit par le prédicateur. Quand on est invité au banquet, on prend pour soy , mais ici on est exlresmoment courtois, car on ne cesse de donner aux autres. Visles-vous jamais un plus prompt jugement que celuy que fit David, lorsque Natiin lui piirlade sa faute en la personned'un tiers; pcul-eslren'eustil pas esté si facile, s'il eust parlé directement à luy-mesme. La troisiesme cause d*où ce mal vient , c'est que ia parole de Dieu chasse le péché de l'ame, et l'homme qui se plaist au péché, la trouve amere lors qu'elle le sollicite : Jd tempus credunt , et in tempore tentationis recedunt. Ils croyent pour un peu de temps, mais lorsque la tentation se présente , ils ne s'en souviennent plus. Ils la trouvent bonne do premier abord , mais par après quand il faut venir à l'œuvre, ils la trouvent amere. Aperui os meum et cibatit îm tolumine Hlo, et factum est sicui met duîce in ore tneo (4). J*ai ouvert ma bouche, et il m'a repeu de ce volume , qui m'a semblé doux comme le miel. In ore , mais non pas in stomacho. Quand il est question de faire opération, etc.
La parole do Dieu est une médecine, une manne. Beati qui audiunt verbum Dei, et custodiunt iUud, en digérant, etc.
C'est pourquoy , on voit si peu de fruict des prédications , et on rebat tant de fois une chose, manda, remanda, etc.
Les uns oyent par couslume ou curiosité , Et volucres cœli comedunt t7/ud.
Les oiseaux du ciel l'emportent et la mangent . après qu'ils ont dit leur opinion du prédicateur , c'est tout. Les autres avec si peu d'attention , que la parole de Dieu ne va pas jusqu'au cœur : Et natum aruit , quia non habebat humorem. Ayant pris
naissance , elle s'est incontînenl i parce qu*elle n'avoit point d'hum autres avec tant de vices et mauv clinations, si peu d'humilité et tao perbe , que cette divine parole « suffoquée. Et simul exortœ spin caverunt illud. Si bien qu'elle pas à son eOect.
0 que Nostre-Seigneur pourr faire les plaintes de Job : Quis i buat auditorem? Qui me donner diteur de ceux que je désire? qui ei la parole de Dieu de bon cœur, et i bonne intei*tion , en rapporte le patience. Qui in corde bono et audiens verbum retineat, et frui ferat in patientia. Qui habet a% diendi, audiat, etc.
Ceux qui ne font profit de la pa:
semblables à Urie, portant des Joab, sans sçavoir ce qu*elles coni Estote factorcs ver bis et non a tantum : Qui enim verbi audito non factor, htc comparabitur v sideranti vullum nativitaiis sua culo : consideraoit enim se ^ et i staiim oblitus est qualis fuerit, contentez pas d'entendre sculeme rôle de Dieu, mais mettez-la en pi car celuy qui Tescoute et ne la p est semblable à un homme lequ s'estre considéré dans un miroir, et oublie incontinent ce qu'il a ' frères, soyez donc fTvensà ouyr vine parole : car, Evangelium D est in salutem omni credenti : I de Dieu est vertu pour le salut à croyent. Escoutez-la avec humilité serve tuo etoquium iuum in tin Les murailles de vostre Jerico t( devant la parole. Emiltet verbu et liquefaciet ea. Nostre Josué en dans avec tous ses dons, et y lue nos mauvaises habitudes, mortifi nostre ame. Il n'y aura que Raal vée : Raab, nostre foy, laquelle point d'œuvres que bastardes. .
gneraNostre-Seigneur en nous. Aii
POUR LE DIMANC HB DM LA SEXÀGËSIME.