DISCOURS AU DUC DE SAVOIE
PAR SAINT FRANÇOIS DE SALES
(Tiré de la Fie du Saint, par Auguste de Sales, liv, ii, pag. 147,)
J'ai répondu dernièrement à votre altesse sérénissime (4 ) sur ce qu'elle désiroit savoir de moi pour l'aiTaire de la conversion du Chiiblais, et je lui dis franchement ce qui m'en sembloit : maintenant qu^elIc m'a appelé pour m'expliquer plus amplement, je dis encore qu'il est nécessaire absolument d'assigner des revenus certains pour entretenir les prédicateurs; qu'il faut restaurer les églises , appeler et établir des curés , bailler de la terre aux habitans par de bons édits, lever les offices aux héréli-
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ques, bailler de l'occupation à la jeunesse Ciilholiquc , par armes chasser les ministres , sur tout celui de Thonon , fonder un collège de jésuites , honorer des charges et des dignités les catholiques, et se moih trcr un peu libéral envers les nouveaux convertis.
J'ajoute maintenant , monseigneur, si votre altesse désire que je lui particulariflt l'affaire , qu'il est nécessaire d'avoir à pré sent huit prédicateurs pour le moins, qoi soient libres et débrigués de toute autre charge : et il faudroit pour rentreCiii
DE S. FlIATfCfMS Me SALES.
d'oii chacun ceftt éeus d'or Cous les ans. Quant à ce qui regarde les curés et les églises, parce qu*il y en a beaucoup de ruinées et renversées , il coûteroit infiniment si Ton les vouloit toutes redresser.
Partant il sera nécessaire de joindre plusieurs paroisses en une, et ainsi il suffiroit qu'il y eût environ quinze ou seize grandes paroisses avec leurs curés. Mais parce qu'il sera nécessaire à ces curés d'avoir des vicaires pour leur soulagement en l'administration des sacrcmens, vu que les paroisses seront éloignées les unes des autres, voilà pourquoi il faudra leur bai lier une double portion ; et encore afîn qu'ils ayent moyen de recevoir les prédicateurs qui les visiteront ordmaireroent , et faire quelques aumônes tant pour le devoir que pour l'exemple ; ce qui pourra venir A cent soixante écus d'or pour chaque curé , et outre la maison , le jardin , un pré , et quelque champ.
Toutefois la ville de Thonon, pour être le rapport de tout le duché , requerroit que l'office s'y fU à haute voix et décemment ; et pour ce il faudroit que le curé fût acoompagné de six prétrQs , et pourtant il aura besoin de quatre cents écus d'or.
Mais avant toutes choses il faut payer ce qui a été dépensé jusqu'à présent , et qui revient à la somme de deux cents écus d'or.
Quant à ce que j'ai dit des jésuites, si on ne peut pas les avoir si tét , au moins il faut avoir cependant un maflre d'écolo catholique. J'ai un autre avis outre cela.
Il y a parmi les huguenots un consistoire composé pour la plupart et presque tout de personnes laïques, où préside aussi un homme lai , et y assiste l'un des seigneurs de votre altesse, sans y avoir aucune voix décisive; et en ce consistoire sont corrigés, repris et censurés de paroles et dc*quelque légère peine les vices que le magistrat n'a pas la coutume de châtier, comme les iTrogneries , excès do bals , danses , jeux , Tétcmens, banquets, noises entre lo mari et la femme , désobéissance du fils au père, mauvais traitement du père au fils, luxure, adultères , paroles deshonnètes, chansons lascives, jv. remens , blasphèmes , et telles débauches de jeunes gens. En quoi le peuple se tient en discipline , non sans autant de froît que le mauvais fondement de la
retigioA sur laquetlo il B*appuie peut le permettre. H sera bon de laisser quelque forme de ce consistoire au peuple nouvellement converti à la religion catholique ^ mais avec ce changement, que , parce que ces corrections doivent être fyites des paroles et remontrances à la formo de l'Évangile, le président sera l'un des prédicateurs , tel qu'il plaira à l'évéquc de députer. Il aura pour conseillers les plus notables de la ville et des lieux circonvoisins , moitié ecclésiastiques , moitié laïques, vieux , graves, et de réputation ; et entre les laïques , assistera toujours l'un .des seigneurs officiers de votre altesse , qui aura voix décisive.
Là sera faite la correction selon le conseil évangélique, avec charité. On pourra châtier de quelque peine légère, quand on le jugera être à propos , même pécuniaire, (jui soit appliquée aux pauvres et aux réparations des églises. Quanta la peine cor^ porelle , elle pourra être limitée par votre altesse à quelques jours de jeûnes , qui se passeront es prisons , toutefois sans note d'infamie.
Ce sont là les choses qui pressent , monseigneur, à l'exécution desquelles il ne faut point de délai. El si votre altesse veut passer plus outre, et remettre entièrement sa province de Chablais en son premier état, elle doit savoir qu'il y avoil autrefois , depuis la rivière do la Duranco jusqu'à Genèvo , cinquante-deux églises paroissiales, et au bailliage de Ternier dix-neuf , sans compter les abbayes , prieurés , couvons et chapelles. Les biens stables do tous ces bénéficias ont été presque tous aliénés par les Bernois : quelques personnes ecclésiastiques en possèdent quelques-uns légilimcment, les autres fruits ont été mis à la milice de l'ordre des SS. Maurice et Lazare par le pape Grégoire XIII, le treizième jour du mois de juin Tan 4579, et de son pontificat le huitième ; et d'icoux quelques commanderies ont été érigées. Monseigneur, votre altcsso voit bien ce que je veux dire et ce qu'il faut faire : il est nécessaire, de prendre de ces fruits pour nourrir les curés et prédicsi leurs, et pour restaurer les églises ruinées; car quel moyen autrement? Vous avez pour cela la souveraine puissance et autorité , comme grand-mattre de cette milice
OPUSCDLES
Et tel est rétat de votre Chablais , monsei^^neur. Quand je dirois que c'est une province ruinée , je ne mentirois pas ; il touc!)e à votre grandeur d'y pourvoir.
Quant à moi, j'ai déjà employé vingt-sept mois (4) à mes propres dépens en ce misérable pays , afin d'y épancher la semence de la parole de Dieu , selon voire volonté qui fut si£;niriée à monseigneur l'évoque de Genève. Mais dirai-je que j'ai semé entre les épines ou bien sur les pierres? Certes ,
(I) D«pols le 9 septembre 1894 Ja»qa*aa tf décembre 1896, Il y t ▼fngt-tepl moU toot Jnste.
outre la découverte de M. d'Avully et de l'avocat Poncet , ce n'est pas trop grand cas des autres , mais je prie Diea qu'il nous baille une meilleure fortune : et votre altesse, selon sa piété, ne permettra point que tous ces desseins et tous ces efforts soient en vain ; mais plutôt, puisqu'elle s'est acquis la grandeur par sa pié(é même , elle préférera cette victoire qu'elle peut remporter sur la cruauté de l'hérésie, à toutes les autres qui sont préparées à tt vertu.