‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 205 sur 356 · DISCOURS AU DUC DE SAVOIE · texte numérisé non relu

DISCOURS AU DUC DE SAVOIE

(Tiré de la rie du Saint, par Auguste de Sales, liv. iv, pag. 120* >

En réponse à la demande qae loi fit et prinee sur ce qu'il y aToit à faire pour le bien dea peoplei

et ce qu'il pensoit sur la ville de Genève, il dit :

Qu'il n'y avoil nul doute que l'hérésie de l'Europe ne vint à être grandement débilitée , si cette cité étoit réduite et domptée ; parce que c'est le siège do Satan , d'où il épanche l'hérésie sur tout le reste du monde ; ce qui est évident par ces points :

4. Genève est cité capiUile du calvinisme ; car QUvin et Bèze y ont choisi le siège de leur domicile.

2. Toutes les églises prétendues réformées de France, es points de doctrine , se rapportentau minisire de Genève, comme aus>i en plusieurs choses la police.

3. Toutes les villes des hérétiques la respectent comme l'asile de leur religion , et comme une cité sainte.; en témoignage de quoi un homme du Languedoc est venu la visiter comme un catholique visiteroit Rome.

i. Il n'y a point de ville en Europe qui ait plus de commodités pour entretenir l'hérésie ; car vous n'ignorez point , monseigneur la commodité de son assiette et situation , à la porte de France , d'Italie , d'Allemagne, de sorte qu'il s'y trouve dos habi(ans de toutes nations , Italiens , Fiémçois, Allemands , Polonois,Espîii:nols , Anglois , et des provinces plus éloignées.

D'ailleurs chacun sait le grand nombre de ministres qu'il y eut rannée passée

(4596) : elle en a fourni vingt à la France; L'Angleterre même fait venir des ministres de Genève.

Que dirai-je dés belles et magniâques imprimeries par lesquelles cette ville remplit toute la terre de méchans livres, jusqu'à en faire distribuer aux dépens du public? Cette année (4596) , le livre de Rochandieu a été imprimé à en donner gratuitement pour sept cents écus d'or.

A ceci se rapportent les écoles, où l'on voit quantité de jeunes gentilshommes de France , témoin le sieur de Sponde ; d'Allemagne , témoin le père Louis , capucin, fils du grand-chancelier de Saxe , qui y a fait ses études.

II ne faut pas oublier les exercices continuels des prédications , leçons , conférences , disputes , compositions de livres, et autres semblables qui entretiennent merveilleusement l'hérésie.

5. Toutes les entreprises qui se font con* tre le Saint-Siège apostolique et les princes catholiques , ont leur commencement à Genève. Mais à quoi bon vous parler de ceci, monseigneur, qui avez si souvent découvert les tromperies et finesses de ces ri'bellcs criminels?

6. II n'y a aucune ville en Europe qui reçoive tant d'apostats de tout grade, eo-

DE S. FRANÇOIS DE SALES

désiastiques , séculiers et réguliers : la diose est évidente de soi-même.

De là je conclus, monseigneur, que Genève étant abattue , il est nécessaire que l'hérésie se dissipe. Et , si je ne me trompe point , ces moyens qu'il y a long-temps que j'avois pensés, ne seroient point inutiles : c*est à savoir, si on envoie de bons prcVlicatenrsen Chablais , Gex , Ternier et Gaillard , tels qu*on pourroit les tirer de la compagnie de Jésus et de l'ordre dos capucins. Mais il faut qu'ils soient permanens et zélés : or, je ne vois pas comment ils poissent être permanens, s'ils ne vivent , et n'ont un absolu commandement de Sa Sainteté.

Il seroit aussi nécessaire d'avoir à Thonon un collège do jésuites, et à Annecy un imprimeur qui puisse mettre en lumière les écrits que les doctes font contre les hérétiques , et ainsi repousser un clou avec un autre clou.

Votre altesse me demandera comment on pourra entrelonir un imprimeur en une petite ville? Le collège y contribuera de tout ce qu*il pourra , et si Ton supplie Sa Sainteté, elle octroiera volontiers une pension de cent écus , à prendre sur les revenus superflus de quelque abbaye. Et pourquoi ne pourroit-on pas appliquer à une si bonne œuvre la prébende que les moines deTalloires baillent à un laïque pour couper leur bois ?

Plusieurs sont en désir de se convertir, mais ils sont retenus par la crainte de la pauvreté ; et ceci je le sais par expérience. Maizt quel remède , monseigneur ? Il faudroit ériger à Annecy ou à Thonon une maison de miséricorde , afin que ceux qui ont appris les arls mécaniques y puissent travailler et vivre. El outre cela il faudroit encore ériger un séminaire pour ceux qui étudient ou qui ont étudié les belles-lettres. Combien est-ce que votre altesse a de grosses abbayes dans ses états de Savoie ; qui pourroient être employées à cet effet par le bon plaisir de Sa Sainteté ? abbayes, dis-je , dans lesquelles les moines , qui ne le sont que de nom , détruisent plutôt qu'ils n'édifient. Mais plait-il à votre altesse que je le dise ? Certes à faute d'argent plusieurs manquent de courage : tout aussitôt qu*il y aura un bon ordr^ afm que rien ne manque de tout ce qui est néces-

saire pour vivre , vous verrez combien do Genevois viendront habiter dans les autres villes.

C'est la vérité que ces remèdes sont petits . et portent à la longue ; mais que peuton faire davantage , puisque le malheur de ce siècle de fer n'en permet point d'autres?

« Vous dites bien , lui dit son altesse ; et » en même temps , levant les épaule» par » commisération , il se lamenta fort des in- » jures du temps. » Mais le prévôt de Sales ayant commandement de poursuivre son discours , il continua.

Les autres choses qui regardent proprement la destruction de la ville de Genève, ^ne sont point de mon gibier ni de mon humeur ; votre altesse a en main plus d'expédients que je ne saurois penser. Toutefois , afin que je ne sorte point du sujet de Genève , puisque votre altesse , par sa bonté ordinaire , me permet de parler, j'exposerai quelque chose qui concerne ses très-humbles et Irès-obéissans serviteurs et orateurs les chanoines de l'église cathédrale de Snint-Pierre de Genève.

Les années passées, monseigneur, que votre altesse étoît venue en Savoie pour faire la guerre aux huguenots, selon son zèle à la religion catholique , elleavoit déclaré par lettres-patentes , que sa volonté étoit que tous les biens d'église fussent restitués , spécialement à Téglise ciiihédralo de Genève, qui est des principales de vos états , et entre les principales la plus illustre et la plus ancif^nne ; et cette volonté vôtre a été entérinée par vos cours souveraines du sénat et do la chambre des comptes de Savoie. Maintenant que la très sainte foi catholique a de l'entrée en Chablais, nous supplions très - humblement votre altesse qu'il lui plaise étendre le même commandement , afin que ce pauvre chapitre puisse rentrer dans les biens qui lui appartiennent d'ancienneté, et principalement dans le bénéfice-cure de l'église d'Armoy.

Si voire altesse ne le savoil pas, je luy raconte rois les misères que ces pauvres chanoines souffrent tous les jours. Privés de tous secours humains, et chassés de leur cité comme des larrons, ils sont contraints de célébrer leur oftlce dans une église mendiée, que toutefois ils font si bkn , par la grâce de Dieu, qu'il n'y a

OPCSODLES

point d'église en Europe (que ceci 8oit dit sans envie) où les divins offices soient célébrés avec plus de solennité, ayant égard à leur pauvreté , qvii est presque pxlréme.

Le papo Paul III , en considération de leur misère , leur a voit concédé la moitié des fruits de chaque bénéfice du diocèse vacant la première année , afin que les autres églises secourussent au moins en quelque façon leur matrice. Le pape Pie IV et le pape Grégoire XIII les a voient exemptés du paiement des décimes , quelque grande que fût la nécessité : néanmoins, les années passées 89, 90 et 94, toutes les graines de cette église furent enlevées par les ofTxicrs de votre altesse , de sorte que les chanoines furent contraints de mendier leur vie chez leurs parena et amis.

Toutefois la souveraine chambre des comptes a jugé que pour ces graines ainsi enlevées on devoit au chapitre plus de deux mille six cents florins. Cest pourquoi t monseigneur» votre altesse est hum-

blement suppliée de vouloir rstifter kl volontés des souverains pontifes , et pour le paiement de ces deux mille six cents florins, s*il lui plaisoit dA faire faire des habits à Tusage de réglise, elle imileroit glorieusement la piété et la libéralité de ses sérénissimes ancêtres, spécialemoDide ce très-sage prince Amédée I , duc, lequel| après avoir cédé la papauté pour la traa* quillité de tout le christianisme , se cou* tenta de demeurer évèque de GrooèvOy el mourut sous Tauguste mitre de cette église. Je demande mille pardons à votre allesM sérénissime d'avoir fatigué ses oreiUes ds tant de misères et d'affaires si fécheusas, peut-ôtre plus amplement que je ne de»

vois ; mais les grands princes comme vous, monseigneur, doivent savoir jusqu'aoi moindres choses et les plus petites parti* cularités. Je me retire, monseigneur, es vous assurant de mon profond respect, pour attendre vos commandemens (4).

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