POUR LE PREMIER DIMANCHE DE CARESUÇ
Duelui ett Jetui t» deterlum à Spiriiu ut U%Uur§HÊr à diabolo, Katt. it. Jftos f^t ppA^uit df Dfl le d«f«rt par le Sainct-Esprlt pour ef Ire tenté do dieble.
Voicy bien la description du duel le plus grand et le plus mémorable qui fut jamais IKu; le^ parljes ^pt trc;$-puissantcs de çoBié et d*aif^e , bardîcs et cogfageuses à toote exftresmilé, les croies jdongereiiscs, rîDinutié irréconciliable, la On ne peut estre que la vjçtoire , car il i)*y a point de nPBdSjiion qui puisr^e termjncr ce combat : les parties ^nt Dieu et le diable, les |nne3 soi^t J^ parole de Dieu : Tinimitié Ml fondée sur UD^ rébellion. Description que rE;i;lise nous faict aujourd'huy pour BOUS donner courage semblable à oxcculion; car noys devops suivre no3tre capitaine qui se ^at a^ijourd'huy, et nostre vie a'est qu'un ))erpetuel combat sur la terre : ■ais surtout en ce temps de caresme où aoqs aspirpns à la pénitence. II vous faut attendre do recevoir des attaques plus rudes et plus fréquentes qu'en aucune autre saison. Voicy le temps de nostre récolte spirituelle, c*est ce qui fera mettre les forces ennemies en campagne pour nous l'cmpe^ier, il faut se battre ^ bon escient, reiemple de Nostre-Scignepr est devant Bûgyeux, Tenncmi n'est pas invincible, si lous taschons de suivre nostre Maistre, sans doute que la victoire nous en demeurera. C'est le subject de TEvangilo que je traitcray maintenant; mais que Tosprit aainct qui assista Nostre-Seigneur en ce eombat, m'assiste pour vous bien instruire, et vous pour me bien escouter, ce que nous loy devons demander par les intercessions de Nostre-Dame. Jve Maria.
n y a en ce monde trois sortes de biens pour rhomme, Tutile, le délectable, Thonnate, et sommes attirez à toutes entreprises et à toutes actions par i*un de ces
troi# moyens, ou pai: !*Mtiliié, ou par le pUisir, ou par rbonnesteté. ^lais il n'y a que rbonnesteté qui çoit justement proportionnée à nostre volonté^ car que la volonté s'entende tant qu'elle voudra sur le désir de l'bonnestcté, jamajs elle ne sera que bonne etloUubie :'que si elle s'adonne à Tujtjlité et ^u plaisjp hors ceptaine mesure et lifnites, elle en demeure mauvaise. Le désir de Futilité, ^'jl ust tpop grand, se tourne en avarice, qi^js le d^ir du plaisir se peut trouver en Tesprit e( au corps, et le corporel s'appelle luxure . le spirituel s'appelle gloire et superbe, qui sont les trois grands maux de ce monde : car comme dits. Jean : Omne auod est in mundo aut est concupisceniia çqrnis, qui coucupis^ cqitia oculorum^ aut sup^rbiavitœ (i).
C*est à dire, que nous noiis devons garder de trois choses, de j^ luxure, de l'avarice, et de la superbe, car nous pouvons excéder en désirant trop de moyens extérieurs , de commoditoz au corps, et trop d'honneur à l'esprit. Bi suivant ces trois sortes de vices, Sathan livre aujourd'huy trois puissans assauts à ce grand et divin capitaine : car quant aux plaisirs du corps, il luy dit : Si fiUus Dei es^ die ut lapides islt panes pjcrresse tu o$ le fjli^ de Djeu, dis que ces fiant. Si changent cq pains. Qqant h \^ superbe :A/t//f te deorsum^ Jette-toy en bas. Quanta l'avarice : liœo^mnia tibi daboJe te donneray toutes ces choses. Mais bien assailly, bien deflendu. Voyons un peu le temps et les occasions piir le discours de l'Evangile. Tune duclus est Jésus in de^ sertum à spiritu ut tentaretur d Jici* bolQ.
(1) Jmd. ni
sfiEyon
Posf hap^ismumut ostendat Chrhliarxos ad piijnam vocal os.
Tune {Aniequav.i prœdi^a et^ ut osicmlfii vilain pr . dicaloris obnoxiam lenlationihus,
Secessit in mor.iom, ut ostendat tentationes ubique sequi hominem.
Ductusest
Jaau8
desertum^
Ut tentaretur.
Exprimitur ductus saneti Spiritus ut inlenticogitemus de hâc tentatione,
Vt tpirituê nequam vietor in serpente vinceretur à Spiritu tancto in Dominoy etc.
Lûcuê idùneuê ad hane pugnam.
Ut qui vieit in horto^ vinceretur in Eremo,
Ut oculis^ auribusy omnibusque corPoris sensibus jejunaret.
Ut cum corporis castigatione adjungeret privationem rerum mortatium^ et inaniê gloriœ fugamin exemplum nostrum.
Ut neminem immunemêcia-
mus àpugna.
Ut fiduciamkaberemuêvin-
cendi.
Ut modum doceret vincendi,
et cujus munimur a uxilio
erudiamur exempta.
Jejunavit quadraginta diebus et quadraginta noctibus, curhoe, quceso?
Prima, Utjejunium suo exemple consecraret.
Secundo^ Utjejunium armaturam spiritualem ostenderet.
Tertio, Ut jejunium ad res spirituales percipiendas aptum esse médium ostenderet.
Quarto, Ut curaret temperantiâ, quod Adam vastdrat guld.
Prima ^ Ergo sequamur exemplum, 4 . Cor. 4 4 . Imitatores mei estote sicut et ego Christiy etc.
Secundo. Arma jejunii mmamm civilas diaboli famé vineenda. l nus dotmomorinn non ejidtur i oradone etjejunio. Afar. 9.
Tertio, Jejunio utamur ad ora Van. 10, vers. 12 Ex die quo p cor tuum ut te afpigeres in con Dei^ exauditasunt verba tua; t dixerat : Ego lugebam trium < madarum diebus , panem desié lem non comedi, earo et vinu\ introierunt in os meum.
Quarto , Ob remedium peceai 4 . Jonœ, 3. Jejunaverunt Dom vidit Deus opéra eorum.
Postea esu-) riit , ^
[Partim ostenditpote divinam, dum nof partim humanam ram, dum postea i
Et ecce ten-
Ille qui tentando vu mum Adam^ ut tr secnndum.
tator àïx\i{Tenlator malorum^ ei : j bono opère malum
Accusator fratrum^ trem etiam accuse
Si filius Dei ( Ut sciât an sit. Si n es, l ut buperbiam inge
Deus dicendo facit, cere paierai qui x AJoyxis in serpenlt terat.Exod. A.Ei deesl iUi amœnita rum, deest illi ce trix Eva,deestiUi rum speciosa dece\ quia non invenit quem offerrel esv postulat in cibuh mulari. Amb. Sei de jejunio Domini
Die ut lapides, ete.
Qui resp. / Dcuteronome 8, au pr dixil scnp-i la manne, elc.
tum est, (L'Escrilurc utile coi non in solo/ tentations, etc.
pane. ^ Providence de Dieu, e
Tune ass. eum in sanctam civ. el stat. cum. sup.
pin templi , et dixit ei : mitte te deors.scrip. est, etc.
Quomodo Ckr dœmom pari commit tit, qu mirum si te riis mirisque vexamur à di
fOm LS PREMIER DIMÀUCHE DE CàRESVE.
FUi
SERMON
POUR LE PREMIER DIMAxNCHE DE CARESME.
ad tervituUm Det, frœpara animam tuam ad tentalionem. Eco., n. fllSf qai as dessein de senrir Diea , prépare ton ame à la tentation.
Ces paroles sont de PEcclesiastique, par lesquelles il advertit ceux qui veulent prétendre à la perfection , de se préparer au oxnbat des tentations ; d*autant que c*eât M vérité infaillible, que nul, quoiqu'il «rit, n'en sera exempt, c'est pourquoy Nostre-Seigneur a voulu luy-mcsme estre tenté, pour nous apprendre comme nous devons résister à la tentation , ainsi que ks Evangelistes rapportent en l'Evangile de ce ^our, disant que Nostre-Seigneur fut eondoitpar leSainct-Espritau désert pour ettre tenté du diable, Vuctus est Jésus in iesertum à Spirilu, ut tentaretur à dia- Mo : Paroles sur lesquelles je tireray quelques documens pour nostre instruction particulière, le plus familièrement qu'il se sera possible.
Premièrement je remarque que , bien que nui ne puisse estre exempt des tentatioiis, nul pourtant ne les doit rechercher, Dy aller de soy-mesme au lieu de la tentatkm : car pour l'ordinaire celuy qui cherche le péril périt en iceiuy, Qui amat peficulum^ in illo peribU (1). Cest pourçuoy les Evangclistes disent que Noslre- Scignenr fut conduit par le Sainct-Esprit aa désert pour estre tenté, pour nous apprendre que ce ne fut point par son choix, je dis quanta sa nature humaine, qu'il alla au lieu de la tentation , ains qu'il y fut porté par l'obeyssance qu'il devoit à son Père céleste.
Je treuvo deux histoires dans l'Escriture aainctededeux prince^qui ont esté tentez, qui nous serviront d'exemples sur ce subject, dont Tun rcchorchn la tentation et périt en icelle ; el l'autre uu contrairo, la «BBOontrant sans la rechercher la surmonta
#)lcd.ui.
et en demeura victorieux. Le premier exemple est de David , lequel au temps qu'il devoit aller à la guerre et que son armée eàtoit au front de son enncmy, il s'en alla promener sur les gailerios de son palais, comme s'il n'oust eu rien à faire qu'à passer le temps, et se tenant ainsi dans loysivcté , il fut surmonté par la tentation; d'autant que Betsabéo cette dame imprudente se vint baigner en un lieu d'où elle pouvoit estre veuë da pahiis royal , et David s'amusant à la regarder, ce qui fut cause qu'il périt en la tentation, laquelle il avoit recherchée par son oysiveté. En quoy vous voyez comme loysivetéestuno grande amorce pour la tentation ; et ne dictes pas, je ne recherche point la tentation, mais je me tiens seulement sans rien faire , c'est assez pour estre tenté, et la tentation a une force merveilleuse sur nous qiu;nd elle nous trouve oyseux. Et si David fust allé à la guerre au temps qu'il estoit obligé d'y aller, ou qu'il se fust occupé à quelque chose selon son estât, la tentation n'eust pas eu la force de l'attaquer, ou du moins de le surmonter, comme elle fit. L'autre exemple est du jeune prince Joseph, vice-roy d'Egypte, qui ne rechercha nullement la tentation, de sorte quoja rencontrant il no périt point en icelle, ains en demeura victorieux : vous sçavez comme il fut Yv ndu par ses frères , et comme la femme de son mai sire le porta dans la tentation. Maisluy qui n'a voit jamais pris pUiisir aux caresses de sa maislresse, luy résista gcnorcusement et demeura vainqueur el triomphant, luy respondant ces paroles : Quonvodo possum hoc malum facere^ et peccareinJDominumih)^ Corn- ^
8£fiil(m
ment pourroîs-je faire ce mal et pécher cuntre mon Seigneur ?
Or si nous sommes conduits par Tcsprit de Dieu au lieu de la tcntalion , ne craignons point, ains tenons-nous as^eurez qu'il nous rendra victorieux, mais ne Talions pas chercher pour saincts et généreux que nous puissions estre, car nous ne sommes pas plus vaillans que David, ou que Nostre-Séignéur mesmè qui ne la voulut point rechercher.- Nostre ennemy est comme un chien attaché, si nous ne l'approchons, il ne nous fera aucun mal, bien qu*il tasche à nous espouvantcr en abboyant contre fions à guise d'un chien enragé, 6ommfe dit S. Augustin, Latrare poleil, sellMtare poUêt, mordere omnino nonpoieit^ nisitolentem.
Mars voyons un peu, je voiisl prie, la 'fèrilé des paroles que nous avoîïs prises l^r sujet de cette exhortation et comme c'est une chose certaine, que nul ne peut éviter la tentation venant au service de DicQ : Nousten pourrions donner plusieurs exemples, mais un seul me suffira, qui est rapporté par S. Luc aux Actes des apostres. Ananiaset Saphira firent vœu de se consacrer, eux et leurs biens, à Dieu, pour acquérir la perfection dont les premiers ch'restiens falsôient profession 6h se soubmettant à robeys:sancc des àpostres ; ils fi'eurcn pas plustost pris d^ dessein , que ^ôilà la tentiition qui les attaque , ainsi que dit S. Pierre à Afianias et à Saphira : Cùr iehtavit Salariai cor tuum mentiri ie Spirilui êavctô : (fuid Utique convertit tobiê tenlare Spiritum Domini ? Qui TOUS a tentez de \cnlt mentir au Saîncttspfit. De mesmc le grand apostrc S. Paul, dès qu'il commença à servir Dieu, et qu'il 8é fut rangé au Christianisme , le voilà inèôntinent attaqué d'Une tentation tres-facbeuse pour tout le rodte de sa vie, luy qui, cependant qu'il estoit ennemy de Dieu et qu'il persecu toit les chrestiens, n'avoitjanais senly les attaques d'aucune tentation, au moins n'en tesmoigne-t-il rien par ses éftcrits, aîns seulement après qu'il fut conièrty. C'est donc un document fort nécessaire à SQavoir que celuy que nous donne le Sainct-Ësprit de préparer nostrc ame à la tentation , puisque nous devons estre asscurez, qù^en quelque lieu que nous aoyonsi et pour parfaicts que nous puis-
sions estre, la tentation nous attaquera. C'est pou rquoy il se faut pre|)arerj etia pourvoir des armes nécessaires pour combattre vaillamment, afin de remporter la victoire , puisque la couronne n'est que pour les vainqueurs : Nemo corofiabitur^ nisi qui légitime certaverit (4), dit ie grand apostre, bien que nous ne devions jamais nous fier à nos forces, ny en nostre vaillance, allant de nous-mcsmes rechercher la tentation pour la penser combattre et terrasser : mais nous devons nous tenir fermes si nous la rencontrons où Tcsprilde Dieu nous aura portez, nous confiant qu'il nous fortifiera et protégera contre toutes les embusches et attaques do nos ennemis. Voyons mainicnanl de quelles armes se ôèrvit Nostre-Seigneur et souverain malsite, \Kmt surmonter Pennèmy qui le vià(l tôïitèr au désert : Certes elles no furcrft autres, smon celles de la foy, se servant des paroles dorEscritUrc sainctepourrek pousser ses tentations. Et c'estde ses armes dont parle le prophète dans le psaume nc^ nanfe, Qfti habitat fn adjutorio Attiêêimi (^), que rious disons Cous les jourft A Compiles, lequel contient une doctrine admirable. Il dit donc comme s*il eust parlé {TnX chrestiens ou à quelqu'un en' partira^ lier : 0 que vous estes heureux ! vous qui êistes armez de la vérité de Dieu ; car elle vous servira de bouclier contre toutes les attaques de vos ennemis, et fora que vous demeurerez victorieux : Non timebis à timoré noeturno , d fagitid volante M die, d negolio petambuiante in lenebriê^ ab incttrsii et dœmonio meridiano. Ne craigne^ donc point, ô âmes benistos, qui estes armées de l'af meure de vérité, lèâ craintes nocturnes , car vous n'y trcbuschorez point ; ny tes sagcttes qui voledt en Pair en plein jour, car elle rte voua
sçauroîent offenser ; ne crîigncz point aussi les negotiatioris qui se font en la ffuict, ni l'esprit qui marche et se faict voir en pleift ttidy.
0 ! que nostre-Seigneur et maisCre e#toit divinement bien armé de Tarmeure de vérité, puis qu'il estoit la vérité mesme? Or cette vérité dont parle le psalmiste, n'est autre que la foy; et quiconque est armé do la foy, ne doit rien craindre, parce qu'elle est l'unique arme nécessaire pour
(I) IL TiBOi. u. — (t) Psal. ta.
POUR LE PREHIER DIKAIfCBE DE G.iRESHE.
combattre et confondre nostre ennemy ; 1 pour surmonter nostre ennemy, et refuser
car auî est-ce qui pourra nuire à oeluy qui dira avec une véritable confiance , Credo in Deum Patrem omnipotentem, Je croy en Dieu , qui est nostre Père , et nostre Père tout-puissant. Certes , en disant ces paroles, nous monstrons bien que nous ne nous confions point à nos forces, ains que ce n*est qu>n Id seule vertu de Dieu , que nous espérons de remporter la victoire, D*allanl point de nous-mesmes au devant de la tentation , par aucune présomption (Tesprît, ains seulement, quand Dieu permet quelle noQs attaque et vienne rechercher an lieu où nous sommes, ainsi qu elle fit à Nostre-Sei^eur dafls le désert, lequel surmonta son enncmy, en se servant des pairoles de la sainclc Escritnre sur toutes les tentations qu*il luy présenta.
Sur quoy il faut que nous sçachiohs quo Nostre-Seîgnenr ne fut pas tenté comme Bons autres, parce que la tentation ne pnivoit pas estre en luy, comme elle est eti nous ; car 11 estoit comme un fort inexpugnable dans lequel elle ne pouvoit nul- InneAt entrer, estant tout de mesme qu'un bonttie qui seÉt)ît vesto du haut en bas et fin acier, lequel ne pourroit en façon qtffcMnqde estre offensé par Tepée, parce qu'elle gifsseroit de part et d'autre , sans ié pbavoîr aucunement endommager. La fentatîGfn poovoit bien environner Nostre- Seigneur, mais elle ne pouvoit entrer en loy, ny faire aucune lezion à son intégrité et pureté trcs-parfaîte. Ce qui n'est pas ainsi de nous autres, car si bien par la grâce de Dieu, nous évitons la coulpe et le péché, ne consentant pus aux tentations, nous demeurons neanlmoins pour l'ordinaire un peu blessez de quelque imporlaaité, trouble ou émotion qu'elles laissent en DOBtre cœur.
Hais pourquoy Nostre-Seigneur se serfit-il des armes de la foy pour résister aux tentations de Tennemy? car il ne la pcnvoit avoir, d'autant qu'il avoit dès Tintfantde son incarnation une cognoissanco Ires-parfaite en la partie supérieure de son ime, de toutes les choses que la foy nous enseighe : Il est vray, mais ce qu'il fit en teit ne fat pour autre subject que pour Bons enseigner ce que nous devions fuire ta UAÏC8 occasions. Ne recherchons donc point d*autre8 smies ny d'antres moyens,
nostre consentement à la tentation . sinon de dire ces paroles de la foy. Credo, Je croy ; et que croye^vous? Je croy en Dieu, mon Père tout-puissant, Credo in Deum Patrem omnipotentem.
S. Bernard sur ce psalme, Qui habitai in adjutorio Altissimi ^ appelle wlto crainle nocturne pusillanimité et couardise, et traitant do la crainte de Dieu, dit qu'il y en a de quatre sortes; à sçavoir, la crainte des mondains, la crainte des serviteurs, la en Into de ceux qui commencent à servir Dieu , et la crainte des enfans. Mais afin de traiter ce subject plus familièrement pour nostre instruction , jo me contcnteray de dire que les craintes nocturnes dont parle le psalmiste, sont de trois sortes. La premiero est la crainte des paresseux : la seconde, celle des enfans : et la troisiesme, celle des délicats.
La crainte est d'ordinaire la première tentation, que l'ennemy présente à ceux qui sont résolus de servir Dieu ; car des aussl-tost qu'on leur enseigne ce qu'il faut faire pour acquérir la perfection , ô Dieu 1 disent-ils, jamais jo ne pourray faire cela, et leur semble qu'il est du tout impossible d'y pouvoir parvenir, et ils diroient volontiers : la perfection qu'il faut avoir ccans, et cette sorte de vie et de vocation , est trop cminenlo pour moy, je n'y sçaurois atteindre. Ha I ne vous troublez pas, et ne faictcs pas ces chimères d'appréhension , de no pouvoir faire ce à quoy vous estes obligez, puisque vous estes armez et environnez de la vérité de Dieu et de sa parole, et que c'est luy qui vous a appelez à cette sorte do. vie, ou en cette maison : Ne craignez rien, mais confiez- vous, et soyez asseurez que tandis quo vous marcherez simplement dans le devoir de vostre vo» cation, il vous fortifiera, et donnera la graco de [:)erseverer, et de faire ce qui sera requis pour sa plus grande gloire et vostre salut. Ne vous estonnez donc point, et ne faictcs pas comme les paresseux , qui se troublent quand ils so reveillent la nuict, pour rapprehen.<ion qu'ils ont quo le jour viendra bientost, auquel il faudra travailler. Les paresseux appréhendent tout , rt trouvent toutes choses dures et difficiles, et cela parce qu'ils s'amusent plus è penser
SERMON
à rimagination qu'ils ont de la difficulté future, qu'à ce qu'ils ont présentement à faire : 0 Dieu! disent-ils, si je m*addonne au service de Dieu, il faudra tant travailler pour résister aux tentations qui m'attaqueront; vous avez bien raison , leur peut-on dire, car vous n'en serez pas exempts; d'autant que c'est une règle générale, que tous les serviteurs de Dieu seront tentez, ainsi que le remarque S. Hierome, en cette belle Epiàlre qu'il addresse à sa chère fille Eustochium : Mais à qui voulez-vous que le diable présente ses tentations, sinon à ceux qui les mesprisent? Les pécheurs se tentent assez eux-mesmes, le diable les tient dcsja pour siens, et ils sont ses confederez, parce qu'ils ne rejettent point ses tentations, ains au contraire ils les suivent, et la tentation réside en eux : C'est pourquoy le diable no se travaille pas beaucoup pour semer ses tentations dans le monde, mais aux lieux retirez, c'est là où il pense faire un grand gain, faisant descheoir les âmes qui désirent de servir la divine majesté plus parfaitement.
S. Thomas d'Aquin s'emerveilloit exlresmementde quoy les plus grands pécheurs alloient parmy les rues, aussi joyeux, comme si leurs péchez ne leur eussent point pesé sur leurs consciences ; mais qui ne s'estonniroit de voir une ame hors de la grâce de Dieu se rejouyr? à que leur joye est vaine, et leur allégresse trompeuse! Car elle sera enfm suivie de regrets et de douleurs éternelles. Mais laissons là, je vous prie, les mondains, et retournons à cette crainte des paresseux.
Le chemin des paresseux , dit le Sage, est comme une haye d'épines, iter pigrorum quasi sepes ipinarum (4), parce qu'ils trouvent des diifîcultez sur toutes choses, ils sont tousjours à se lamenter, de ce qu'il faut travailler pour acquérir la perfection : Hclus ! disent-ils , je pensoi» qu'il suffisoit de s'embarquer en la voye de Dieu et en son service, pour se reposer. 0 pauvres gens , que vous estes abusez ! ne savez-vous pas que l'oysiveté ût périr le pauvre David en la tentation? Vous voudriez ressembler à ces soldats de garnison qui ont tout à souhait dans une bonne ville , ils sont maistres en la maison de rboste, ils font bonne chère, et
(Dn«f If.
neantmoins ils s^appellent soldats, des vaillans et courageux, tandis q sont point à la bataille ny à la guer
Certes, Nostre-Seigneur ne vei de ces soldats en son armée, ains des combattans et des vainqueurs, pas des faineans; il a voulu luy estre tenté et attaqué , pour nous exemple de résister a la tentattuii^ craignez donc point, je vous prie, ; vous estes environnez de l'armeun rite de la foy : Levez-vous, ô par quand il en sera temps, sortez de lict, et ne vous épouvantez pas du de la journée ; car c'est une chose on que la nuict estant donnée pour l \ii jour est destiné pour le travail donc, je vous prie, de votre couan vous mettez bien avant dans Fespi vérité infaillible : Que tous les 1 doivent estre tentez, et que tous vent tenir prests pour combattre remporter la victoire; et puis que tation a une merveilleuse force su quand elle nous trouve oyseux ; Ions fidellement, et ne nous lasson si nous ne voulons perdre le repos qui nous est préparé pour reromp nos travaux. Confiez-vous en Dieu , vostre Père, et vostro Perc lo»t-pi en la vertu duquel toutes choses vou rendues faciles, quoy que d'abord ei épouvantent un peu.
La seconde crainte nocturne, se nous avons dit , est celle des enfa enfans, si vous y prenez garde, sor dément craintifs, quand ils sont 1 sein de leur mère ; de sorte que ai voyent ou entendent un chien qui { soudain ils se prennent à crier, et sent point qu'ils ne soyont auprès d entre ses bras, après quoy ils viven scurance, et ne croyent pas que ri puisse nuire ; et pourveu qu'ils tiei main de leur mère, ils ne craignen ainsi devons-nous faire, mes chère et que pouvons-nous craindre? N sommes armez de l'armcure de ve environnez du fort bouclier de la i nous apprend que Dieu est nostre nostre Père tout-puissant ; prionsnous tende la main , et ne nous cs( tons pas, car il nous sauvera et nou géra contre tous nos ennemis.