A LA TRÈS-SAINTE ET TRÈS-ADORABLE COMMUNION
Tous les docteurs' sont d'accord que | deux choses sont principalement nécessaires avant la communion; à savoir : le bon état de l'ame , et le bon désir. Mais |>arce que le bon désir est une pièce du bon état , on peut dire qu'une seule chose est requise ; à savoir : le bon état de l'amo. Voyons donc en quelle disposition nous devons mettre notro ame, autant qu'il nous sera possible , pour dignement communier. Et pour le sujet duquel nous parlons , considérons les facultés principales de l'ame.
Quant à l'entendement , il le faut épurer d'une chose , et le parer d'une autre : il le faut premièrement purger de toutes curiosités, en sorte qu'il'ne s'enquière point comment il se peut faire que le propre corps de Notre -Seigneur, avec son sang , son ame et sa divinité , soit tout entièrement en la sainte hostie , et en chaque partie d'icelle ; ni comment il se peut faire , qu'étant au ciel , il soit en terre ; ni comment il peut être vrai que n'étant qu'un seul corps , il soit néanmoins en tant de lieux, et sur tant d'autels, et en tant de bouches : non , il faut tenir notre entendement clos et couvert à telles sottes et vaines questions et curiosités ; car nous
n'avons que faire de savoir comme ce divin sacrement se fait , il suffit que nous sachions qu'il se fait , c'est-à-dire, d'avoir le soin de le faire ; nous n'avons pas besoin de nous empêcher ; c'est à nous seulement d'avoir le soin de bien croire , et de nous en prévaloir. Ce point est commun à tous les mystères de la sainte foi , et à plusieurs autres choses , comme à la création du monde , duquel nous ne saurions dire comment Dieu lit quand il le créa , ni comme il fit quand il créa notre ame et la mit dans notre corps. Qu'est-il donc besoin de savoir comment il met son trèssaint corps , son sang et son ame en ce sacrement? Cest à lui de le faire , c'est à nous de le croire. En figure de cela , la céleste manne tomboit jadis au désert ^ non de jour, mais de nuit, si que nul ne savoit comment elle se faisait , ni com* ment elle descendoit ; mais le matin étant venu , on la voyoit toute faite et descendue, ainsi cette sur-céleste et divine manne de l'Eucharistie se fait en une façon et ma* nière qui nous esl secrète et cachée ; nul ne peut dire conunent elle se fait , et vient à nous , mais par la lumière de la foi nous la voyons toute faite.
Que si contre cette pureté d*entende-
OraSTITLES
ment le mnlin esprit nous donne des tentations , il s'y faut opposer , s'immiliant devant la toute-puissance de Dieu , disant , ou de cœur, ou de bouche : 0 sainte et im« mense toute-puissance de mon Dieu , mon entendement vous adore , trop honoré de vous reconnottre , et de vous faire Thommage de son obéissance et soumission ; 6 que vous êtes incompréhensible , et que je suis joyeuse de quoi vous l'êtes 1 Non , je ne voudrois pas vous pouvoir comprendre ; car vous seriez petit , si une chétive capacité vous comprenoit. Puis retournant à son propre entendement : Et quoi ! petit moucheron , nourri parmi la pourriture do ma chair, voulez- vous brûler vos ailes à cet immense feu do la puissance divine , laquelle consumcroit et dévoreroit les séraphins , s'ils se fourroient à telles curiosités? Non , petit papillon , il vous appartient d'adorer et abîmer, et non pas de sonder ; et quelquefois on peut repartir au tentateur : 0 malheureux ! ton outrecuidance de vouloir voler trop haut t'a précipité on enfer , je m'empêcherai bien de faire un tel saut, moyennant la grâce de mon Dieu : tu trompas ainsi la pauvre Eve, lui voulant apprendre à savoir autant que Dieu , mais tu ne m*attrapperas pas ; je veux croire , et ne rien savoir. Il est aussi quelquefois bon de mépriser ces pointillés et tentations , et n'en tenir compte quelconque, laisser japper et clabauder ce malin , et passer outre en son chemin ; car encore qu'il est enragé , si est-ce qu'il ne mord que ceux qui veulent; et partant, tenant la volonté constante en la foi , qu'il aboie tant qu'il voudra , nous ne craignons rien.
Voilà de quoi il faut purger l'entendement : mais cela ne suffit pas ; car il le faut parer et orner d'une autre chose, il le faut tapisser de considération : et qu'estce qu'il faut considérer? Il ne faut pas considérer comme le sacrement se peut faire ; car ce seroit nous perdre , mais il faut bien considérer que c'est que ce sacrement : en figure de quoi les Israélites ne demandèrent pas comme la manne se faisoit ; mais la voyant toute faite , ils demandoient que c'étoit. Qu'est ceci , disoient-ils , qu'est ceci ? Considérons donc que c'est le vrai corps de notre Sauveur, ■ou sang, son ame, sa divinité. Cesl le j
mystère de plus intimé union que notre rédempteur pou voit faire avec nous. Ceit la plus entière communication qu'il poa* voit fhire de soi-même, par laquelle il m joint à nous d'une façon merveilleuse, et toute pleine d*amour. Enfin ce sacrement, c*est Jésus-Christ lui-même, qui d'une fti çon nompareille vient à nous, et nous tire à soi.
Quant à la mémoire, il la faut aussi nettoyer d'une chose, et la parer d'une autre; il la faut nettoyer de la souvenance dtt choses caduques et aflàired mondaines reâ figure de quoi , la manne ne tomboit qn'att désert et solitude , hors du commerce da monde, et non point es villes et bourgadei, et ceux qui mangeoient de l'agneau paschal retroussoient leurs robes, afin que rien n'y traînât et flottât sur la terre. II faut donc pour un temps oublier les choses matérielles et temporelles (quoique bonnes et utiles) pour se préparer à la sainte communion,' et faire comme le bon Abraham, qui voulant aller sacrifier son fils, laissa l'âne et lesse^ viteurs au pied de la montagne jusquesàœ qu'il eût fait, c'est-à^ire, qu'il faut retirer sa mémoire du souvenir des affaires dome^ tiques et temporelles, jusques après la oon»munion, toutes choses ayant leur temps.
Il faut, après cet oubli volontaire, parer la mémoire d'une sainte souvenanoede toos les bienfaits dont Dieu nous a gratifiés, b création, conservation, rédemption, et phisieurs autres, mais surtout de la sainte passion, en mémoire de laquelle il a vouin nous laisser le propre corps qui souffrit pour nous en ce divin sacrement, n'ayant pu nous en laisser une plus vive et expresse représentation. Quand on vous demandera (dit la sainte parole traitant de l'observation de l'agneau paschal) que c'est que voos faites, dites à la postérité que c'est en mé- , moire de ce que Dieu vous délivra d'Egypte, vous passant par le milieu de la Mer-Rouge; ainsi en ce divin sacrement nous devons réduire en mémoire la journée en laquelle Dieu , par son amère passion , nous délivrl de la damnation.
Quant à la volonté, il la faut pui^erd'one chose, et la parer d'une autre; ii la faut purger des afi<ections déréglées et désordonnées, même des choses bonnes ; c'est poa^ quoi ceux qui mangeoient l'agneau pasdial dévoient avoir des souliers en iaiirs pMi^
DE S. FRANÇOIS DE SALES
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afln qu'ils ne touchassent point la terre des pieds ; car les pieds de l'amo sont ses afTeetions, qui la portent partout où elle va (dit S. Augustin), et ses affections ne doivent pas toucher la terre , ni être à Tabandon , mais doivent être resserrées et couvertes en mangeant le vrai agneau paschal , qui est dans le très-saint sacrement. Ainsi Noire-Seigneur lava les pieds à ses apôtres avant Tinstitution d'icelui , pour montrer que les affections des communians doivent être fort pures ; et la manne devoit être cueillie à ia fraîcheur, avant le lever du soleil, parce que les chaleurs naturelles des amours et affections démesurées empêchent qu'on ne puisse cueillir cette cé-
leste viande. II faut venir avec une sainte ame, et une volonté fraîche, non échauffée, ni affectionnée à aucune autre chose qu'à la cueillette de cette manne.
Mais il faut parer la volonté d'une affection et désir extrême de cette viande céleste , de cette manne secrète ; c*cst pourquoi il étoit commandé à ceux qui mangeoient Tagneau paschal, de le manger avidement et vilement, et à ceux qui cueil* loient la manne, de se lever fort matin ; et Notre -Seigneur même, avant que d'instituer ce saint sacrement, Tavoit extrêmement souhaité : J'ai désiré , disoit-il , de manger cette pâque avec vous.
ËNSEIGNEMENS
PODl LA PBAnQD£ DE CETTE PRiPABlTION POUR L*AGTE DB LA COlIKUiaONy