‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 315 sur 356 · ET POUR LE FRUIT QU'ON DOIT TIRER DTCELLE APRÈS L'AVOIR FAITE · texte numérisé non relu

ET POUR LE FRUIT QU'ON DOIT TIRER DTCELLE APRÈS L'AVOIR FAITE

L'ame étant ainsi disposée en ces trois principales facultés, fait un fruit admirable en ia sainte communion : mais parce que cette préparation est déduite en termes généraux, je mettrai ici les avertissemens particuliers nécessaires à la pratique d'icelle.

Si vous n'êtes point agitée des tentations de curiosité, vous n'avez que faire de penser à ce que j'en ai dit ; car, en y pensant, TOUS lui ouvrez la porte pour la faire entrer dtkez vous : mais vous devez seulement remercier Dieu de ce qu'il vous donne la simplicitéde la foi, qui est un don très-précieux et très-désirable, et prier sa divine Majesté de le vous continuer : que si vous êtes agitée de cet esprit de curiosité, faites ce que j'ai dit, mais faites-le brièvement par forme de simple rejyet et détestation , sans vous amuser à disputer et contester avec Tcnnemi , lequel doit être combattu par abomination, non par raison, selon l'exemple de Notre-Scigneur, qui ne le fit fuir qu'en lui disant : Arrière, Satan , tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu.

Combien que la tentation ne cesseroit point , ne laissez paa de communier ; car •i vous laissiez pour cela , vous donneriez

gain de bataille à votre adversaire : allez donc vigoureusement , et sans avoir égard aux tentations , recevez le pain de vie , et ainsi faisant, vous demeurerez victorieuse de votre ennemi ; qui la quitte, la perd.

Pour vaincre la curiosité en ce point , vainquez-la en toutes choses, pour petites qu'elles soient, ne recherchant autre science que celle des Saints, qui est Jésus- Christcrucifié, et ce qui vous conduit à lui.

Touchant la considération il sera bon que le jour avant ia communion , aux heures de votre oraison mentale et r^ cueillement , vous dressiez quelque peu votre esprit à Notre^Seigneur en ce saint sacrement : et même en l'examen de conscience à la fin , et ce par quelque briève pensée de l'amour du Sauveur à l'endroit de vous , et même vous pourrez user de quelques élancemens de prières vocales»

lesquelles vous répéterez souvent, surtout depuis vêpres, comme seroit celui de S. François : Qui suis-je , Seigneur , et qui ètes-vous? ou celui de sainte Elisabeth ; D'où me vient ce bonheur que mon Sei* gneur vienne à moi? ou celui de S. Jean- Baptiste : Et vous venez à moi , Seigneur? ou celui de I'É^m^ «^^t^ \ Qj^a \siss^

OPUSCULES

époux me baise d'un baiser de sa bouche.

Que si vous vouliez parfois faire votre médilation sur la communion le jour précédent, vous pouvez aisément y accommoder les mystères de la vie de Notre-Seigneur, qui se rencontrent en la suite de votre oraison mentale , les appliquant , comme se devant exercer en votre endroit à rheure de votre communion ; car qui vous empêchera de vous représenter que Notre-Seigneur, ou vous y présente les bénéfices qu*il a faits, ou vous donne intérieurement les enseignemens qu*il a donnés , et ainsi des autres ; et il y a peu de mystères qui ne soient propres à cela.

J'approuveroi.-^ que pour aider à la compagnie à se ressouvenir des bienfaits de Dieu au.jour de la communion, chaque religieuse sût le jour de sa réception , et des autres grâces plus signalées reçues de Dieu, et qu'autant que l'humilité et simplicité chrétienne le peut permettre, le soir avant la communion elle en fit ressouvenir les sœurs en l'heure de la récréation , et sur la fin les priât d'en remercier Dieu avec elle , cela s'entend du jour anniversaire ; cela ne se rencontrera pas tous les jours , mais quelquefois.

Je m'en vais maintenant proposer plusieurs points , desquels vous pourrez vous servir tant pour aller à la cx)mmunion que pour rendre grâces à Dieu après icelle.

Avant que d'y aller, on peut exciter le désir par la comparaison du cerf, que l'extrémité de la soif faitdésirer les fontaines, comme fuit David au psaume il; qui est bon à lire, puisque vous les avez en françois ; et par l'exemple de la Magdelaine , qui partout le cherche avec ardeur, chez Simon le lépreux , au sépulchre et au jardin, qui pleure en le cherchant , et lui dit à lui-même qu'il lui enseigne le lieu où il s'est mis. Si tu l'as enlevé , dit-elle, dis-le moi, et je Tirai reprendre.

Tantôt comme l'enfant prodigue , nous excitant à nous aller jeter entre les bras de notre père , et lui demander de rentrer à son service ; tantôt comme la Cananée , Dous excitant à courir après lui, et demander la guérison de notre ame ; tantôt comn e Rébecca , laquelle étant interrogée si elle iroit trouver Isaac pour être son épouse, répondit tout court : J'y ir»i. Aussi devons-nous considérer qu'en ce céleste

banquet nous unissons notre ame par on liaison indissoluble avec Notre-Seîgnenr; c'est pourauoi nous avons raison de dire: Fadam^ J'irai ; et ainsi nous excitons ei nous le désir, l'amour et la confiance avee une grande révérence.

Après la communion nous devons se»

mondre nos âmes à plusieurs saintes alfi9^ tions , comme , par exemple , à la crainti de contrister et perdre ce saint hôte, comme faisoit David , disant : Seigneur, ne vous départez point de moi ; ou comme les deux pèlerinsd'Emaiis, qui lui disoient: Demeurez avez nous, car il seXait tard ; à la confiance et force d'esprit avec David : Je ne craindrai nul mal, parce, Seigneur, que vous êtes avec moi ; à la joie d'esprit, à l'exemple de la bonne Lia , laquelle voyant qu'elle avoil conçu un enfantensoa ventre, s'écrioit |H)urtant de joie : Ce sera maintenant que mon mari m'aimera ; car ayant ainsi en nous-mêmes le FilsdeDieo, nous pouvons bien dire : C'est maintenant que Dieu le Père m'aime ; ou bien comme Sara, laquelle ayant Isaac disoit : Maintenant Dieu m'a fait une joie, et quiconque l'entendra s'en réjouira avec moi; et il est vrai aussi que les anges font fêle autour de ce saint sacrement , et de ceux qui l'ont reçu (comme dit S. Chrysostome) à l'amour ; comme l'Epouse , laquelle en cette considération disoit : Mon bien-aimé est à moi , et moi je suis à lui ; et il demeurera entre mes mamelles, c'est-à-dire, sur mon cœur ; j'ai trouvé celui que mon ame chérit Je le conserverai joyeusement: à l'action de grâce , par les paroles que Dieu même dit à Abraham , quand il loi eut voué le sacrifice de son fils ; car nous pouvons humblement les adresser à Dieu le Père qui nous donne son propre Fils en viande . 0 Seigneur, parce que vous m'avez fait cette grande grâce, je vous bénirai de bénédictions immortelles , je multiplierai vos loiianges comme les étoiles du ciel; à la résolution de le servir, par les paroles de Jacob , après qu'il eut vu la sainte échelle : Dieu sera mon Dieu^ et la pierre de mon cœur ci-devant endurci sera sa maison : et ainsi on peut tirer mille affections de la sainte communion.

Encore se faut-il servir de l'imagination, pour vous aider à bien festoyer notre hôte: or nous les pouvons faire diverses, les plm

DE S. FRANÇOIS DE SALES

utiles sont de Notre-Dame et de S. Joseph; combien de goûts et consolations pendant l^enfance de Notre - Seigneur, quand ils le portèrent en leurs bras et sur leur poitrine, quand ils le baisoient, et que de ses divins bras il les accolloit suavement ; et puis considérer que nous sommes laits semblables à eux par la communion , en laquelle Notre -Seigneur vient bien plus à nous , que s*il nous baisoit et accolloit. Et quant à Notre-Dame , imaginons-nous quelle fut son ardeur intérieure , sa dévotion, son humilité, sa confiance et son courage, quand Tange lui dit : Le Saint-Esprit surviendra en toi, et la vertu du Très- Haut t'obombrera, et partant ce qui naîtra de toi sera nommé Fils de Dieu ; car il n*y a rien qui soit impossible envers Dieu. 11 ne faut point douter que son béni cœur no s'ouvrit tout entièrement aux rayons de ses paroles , qu'il ne s'approfondit dessus Isnt de bénédictions , et qu'à mesure qu'il entendoit que Dieu lui donnoit son cœur propre, qui est son Fils, il ne le donnât réciproquement à Dieu , et qu'alors celte Sïipersainte Dame ne fondit en charité, et pouvoit dire : Mon ame s*est liquéfiée ou fondue, quand mon bien-aimé a parlé. Or quant à nous , recevons une pareille grâce en la communion ; car non un ange , mais bien Jésus-Christ même, nous assure qu'en icelle la vie éternelle se rencontre , et que si nous l'aimons, le Saint-Esprit vient en nous , et lui et son Père y font leur demeure. 0 Dieu! que de suavités et douceurs ; et partant , Tame peut bien dire comme Notre-Dame, après cette considéra-

tion : Voici la servante du Seigneur, me soit fait selon sa parole 1 et quelle parole? selon la parole qu'il a dite do sa sncrée bouche , que qui le mange, il demeure en lui , et lui demeure en celui qui le mange, vivra pour lui , par lui , et en lui, et ne mourra point éternellement. C'est pourquoi il est mémement bon de dire , après la communion, le saint Cantique de Notre- Dame , appelle le Magnificat , et le bien considérer et peser, et pour ce faire il est requis d'en savoir la signification en françois.

Je n'ai rien dit du nettoiement de la conscience , qui se fait par la confession , parce que chacun sait qu'il le faut faire, ou le soir devant, ou le matin , et ce avec un grand soin et humilité.

Vous trouverez peut-être bien longue cette instruction ; mais il faut que vous sachiez deux choses : l'une, que vous ne devez pas faire tout ceci tout à un coup, mais seulement vous en servir à mesure que vous connoltrez en avoir besoin, et en prendre ce qui vous agréera ; l'autre, c'est que je vous ai couché cette préparation assez au long , afin que vous en puissiez aider les autres, qui en auront nécessité. Au demeurant, parce que le plus grand moyen de profiter en la vie spirituelle, c'est la dévote communion, je vous la recommande ; et ayez soin que nul ne la fasse par manière d'acquit , ou de coutume , mais toujours pour glorifier Dieu en icelle, et s'unir à lui, et prendre force pour supporter toutes les tentations et aillictions. Ainsi soit-il.

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