AU DEGBÉ ET A LA DISPOSITION INTERIEURE D'UN CHACUN
DiMAHVE 1. Quelle disposition est requise pour la communioii de iu'ii ou quinze jours?
G)nfessez-vous de quinze en quinze jours pour recevoir le divin sacrement de la communioD ; et n'allez jamais ni à l'un ni
à l'autre de ces célestes mystères qu'avec une nouvelle et très-profonde résolution de vous n monder de plus en plus dé voft imperfections , et de vivre avec pureté et perfection do cœur toiyours plus grandes.
OPUSCULES
Je no dis pas que , si vous vous trouvez en (lévolîon pour communier tous les huit jours , vous ne le puissiez faire , cl surtout si vous remarquez que , par ce sacré mystère , vos inclinations fâcheuses et les imperfections de votre vie s'aillent diminuant : mais je vous ai remarqué de quinze en quinze jours , afin que vous ne différiez pas davantage.
DiiAHDi II. S'il est nécessaire d'ouïr la meise pour communier?
Je vous ai dit qu'il n'étoit nul besoin d*ouïr la messe pour se communier tous les jours ouvriers , ni même les jours de fêtes , quand on en a ouï une devant > ou quand on peut en ouïr une après , quoiqu'entre deux on fasse beaucoup d'autres choses. Cela est vrai.
Dm AMDi III. Quelle disposition requiert la communion tous les dimanches?
Ne manquez jamais pour le commencement de communier tous les premiers dimanches de chaque mois , outre les bonnes fêtes , et le soir de devant confessez- vous, et excitez en vous une sainte révérence et joie spirituelle de devoir étrcïi heureuse que de recevoir votre doux Sauveur; et faites alors une nouvelle résolution de le servir fervemment ; laquelle, l'ayant reçu, il faut vous confirmer , non pas par vœu , mais par un bon et ferme propos.
DiHANDi IV. Quel doit dire notre cœur après la
co&munlon ?
Le jour de votre communion , tenezvous la plus dévote, que vous pourrez, soupirant à celui qui seni en vous , et le regardez perpétuellement de l'œil intérieur, gisant on assis dans votre propre cœur comme dans son trône , et lui faites venir l'un après l'autre vos sens , vos puissances , pour ouïr ses commandements , et lui promettre fidélité. •
Ceci se doit faire après la communion par une petite méditation d'une demiheure.
Dm AUDE y. Quel discernement est requis pour la fréquente ou la rare communion?
Ne portez pas mademoiselle votre fille à une si fréquente communion , qu'elle ne sache bien peser ce que c'est que cette fréquente communion.
fl y a différence entre discerner la coutmunion dans les autre» participations , et discerner la fréquente communion d*avee la rare. Si cette petite ame discerne bien que pour fréquenter la sainte oommunien, il faut avoir beaucoup de pureté et de fn^" veur, et qu'elle y aspire , et soit soigneuse à s'en parer, alors je suis bien d'avis qu'on l'en fasse approcher souvent (c'eat-à-di» de quinze en quinze jours) : mais ^ elle n'a d'autre chaleur qu'à la communion, et non point à la mortifiication des petites imperfections de la jeunesse, je pense qu'il suffiroit de la faire confesser tous les huit jours et communier tous les mois.
Je pense que la communion est le grand moyen d'atteindre à la perfection ; mais fl faut la recevoir avec le désir et le soin d'ôter du cœur tout ce qui déplatt à celai que nous y voulons loger.
Demande VI. Son sentiment sur le reltrdoMM de la sainte communion , et quel frait on doit en tirer?
Vous avez bien fait d'obéir à votre coafesseur, soit qu'il vous ait retranché la consolation de communier souvent , pour vous éprouver, soit qu'il l'ait fait parce qœ vous n'aviez pas assez de soins de vous corriger de votre impatience, et moi je crois qu'il l'a fait pour Tim et pour l'autre, et que vous devez persévérer en cette pénitence, tant qu'il vous l'ordonnera, puisque vous avez tout sujet de croire qu'il ne fait rien qu*avec juste considération. El si vous obéissez humblement, une communion vous sera plus utile en effet, que deux ou trois faites autrement, car il n'y a rien qui nous rende la viande si profitable que de la prendre avec appétit, et après l'exercice.
Or le retardement vous donnera rappêtil plus ç;rand ; et l'exerdce que vous ferez à morlifior votre impatience , fortifiera votre estomac spirituel. Humiliez-vous cepeJidant doucement, et faites souvent l'acte d'amour de votre propre abjection : demeurez un peu en la posture de la Cananée.
Demande VII. Si l'on doit obéir ao codmîI de communier soavenl?
Vous avez extrêmement bien fait d'obéir à votre confesseur, cl votre confesseur bien fait de vous imposer l'obéissance en w
D£ S. FRANÇOIS P£ SALES
rs
•ujet 61 agr jablo. Je ne serai jamais celui qui vous dlera voire pain quotidien , tandis que vous serez bien obéissante : je vous dirai plutôt que vous communierez tou- |ours hardiment , quand ceux à qui vous vous confesserez diront oui , outre les communions que je vous ai marquées.
DiMANOB VJU. Si l'on peuieiciterà la fréquente communion pour une ou plusieura années.
G I si vous pouviez doucement décevoir fotro chère ame , et au lieu que vous avez entrepris de communier tous les mois , un •n durant, mais un an de douze mois, quand vous auriez achevé le douzième, irom y ajoutassiez le treizième, puis le quatorzième, puis le quinzième, et que TOUS allassiez ainsi poursuivant de mois en Biois ; quel bonheur à votre cœur, qui à mesure qu'il recevroit plus souvent son nuveur, se convertiroit aussi plus parfaitement en lui 1 Et cela se pourroit bonnement faire sans bruit, sans intérêt des affaires , et sans que le monde eût rien à dire. L'expérience m'a fait toucher, en vingtxinq ans qu'il y a que je sers les âmes, la toute-puissante vertu de ce divin aacrcment pour fortiûer les coeurs au bien , les exempter du mal , les consoler, en un mot les diviniser en ce monde, pourvu qu'il soit enté aveo la foi , la pureté et la dévotion convenables.
Demaiob 1X« Si l'on doit faire communier lea enfans de bonne heure?
Oui , sans doute , il ne faut pas laisser passer les Pâques sans faire communier votre fils. Mon Dieu I c'est un docteur déjà. C'est une grande erreur, ce me semble , de tant différer ce bien en cet âge auquel lad enfans ont plus de discours à dix ans , que nous n*en avions à quinze. Vraiment j'eusse bien désiré lui donner la première communion ; ce lui eût été un sujet de se ressouvenir de moi et de m'aimer toute sa vie.
Dbvaiidi X. Si l'on doit se retirer de la communion pour les aridités et distractions?
Ne vous étonnez nullement de vos distractions, froideurs cl sécheresses , tandis que votre courage est immobile et invariable aux résolutions que Dieu vous a données. Cela se passe en vous du côté des moê$ et en la partie de votre csuur qui
n'est pas entièrement en votre disposition. Il ne faut pas laisser la très-sainte communion pour cette sorte de mal ; car rien ne ramassera mieux votre esprit que son Roi , rien ne réchauffera tant que son soleil , rien ne le détrempera si souefvement que son baume. Nous avons renoncé aux consolations mondaines, et non contens de cela , il nous faut encore renoncer aux spirituelles , puisque telle est la volonté de celui pour lequel nous devons vivre et mourir.
Demande XI. Comment interpréter l'Intention des directeurs au retranchement de la communion? Prudence et modesUe dn saint an cela.
Ne sachant pas les motifs de ceux qui vous retranchent les communions, il ne féut pas que j'en dise autre chose , ils ne savent pcut-ôtrc pas aussi les miens; c'est pourquoi ils ne les jugent pas dignes d'être suivis. En cela , chacun u son goût particulier, mais pour vous, je vous assure que vous ne perdrez rien , car ce que vous ne gngnerez pas en la suavité de la communion, vous le trouverez en l'humilité de votre soumission , si vous acquiescez simplement à leurs volontés.
Mais de cette crainte qu'on vous donne que vos fréquentes communions vous pourroient tourner à q^al , je pense que vous ne vous en devez pas mettre en peine , et qu'on ne vous a pas dit cela par discernement de l'état do votre cœur, mais pour vous mortifier, ou peut-être simplement par manière de défaite , comme quelquefois il arrive aux personnes mémo fort sages , de ne peser pas bien toutes choses.
Oevanob XII. Si l'on peut communier sans en* tendre la messe?
J'admire que monsieur N. ee soit pet^ suadé cette opinion, que l'on no puisse pas communier sans ouïr la messe. Non-seulement elle est sans raison, mais elle est sans apparence de raison ; puisque toutefois il faut que vous passiez |>ar là , multipliez tant plus les communions spirituellee , que nul ne peut vous refuser. Dieu vous veut sevrer et vous faire manger des viandee solides , c'est-à-ilire des viandes dures ; car de plus solides il n'y en a point m ciel, ni en laterreiquelaaaiDteoQfaHMto»
OPUSCULES
nion : mais son refus , qui est plus dur à votre ame , requiert aussi des désirs plus forts.
Demande X1I1. Si la f«im spiritucUe de la communion suffit pour en approcher souvent, et quelle est la bonne digestion de cette sainte viande.
Vous me dites que vous vous sentez affamée plus qu'à l'ordinaire do la trèssainte communion. Il y a deux sortes de faim , Tune qui est causée de la bonne digestion , Taulre du dérèglement de la force attirante de Testomac.
Humiliez-vous fort , et échauffez fort TOtre estomac du saint amour de Jésus- Christ crucifié, aGn que vous puissiez bien digérerspirituellement cette céleste viande. Et puisque assez demande du pain , qui se plain de la faim , je vous dis de communier les mercredis et vendredis de carême , et le jour de Notre-Dame , outre les dimanches.
Mais qu'en tendez- vous que Ton fasse digestion spirituelle de Jésus-Christ? Ceux qui font bonne digestion corporelle , ressentent un renforcement par tout le corps , par la distribution générale qui se fait de la viande en toutes les parties : ainsi ceux qui font bonne digestion spirituelle , ressentent que Jésus -Christ qui est leur viande , s'épanche et communique à toutes les parties de leurs ames~ et de leurs corps. Us ont Jésus-Christ au cerveau , au cœur, en la poitrine , aux yeux , aux mains , en la langue , aux oreilles et aux pieds.
Mais ce Sauveur, que fait-il partout là? il redresse tout , il purifie tout , il viviGe tout : il aime dans le cœur, il entend au cerveau , il anime dans la poitrine , il voit aux yeux , il parle en la langue , et ainsi des autres ; il fait tout en tout ; et alors nous vivons , non point nous mêmes , mais Jésus-Christ vit en nous.
01 quand sera-ce, mon Dieu, quand sera-ce !* Je vous montre à quoi il faut prétendre , bien qu'il faille se contenter d'y atteindre pctit-à-pelit.
Tenons-nous humbles , et communions hardiment : peu à peu notre estomac intérieur s'apprivoisera avec cette viande , et apprendra à la bien digérer. C'est un grand point de ne manger que d'une viande quand elle est bonne , l'estomac fait bien Bueuz soo devoir. Ne déairons que le Sau-
veur, et j'espère que nous ferons beima
digestion.
Demande XIY. Si l'on doit iravalller le Jmr de la communion, et de qaoi Ton doit t'abttaiir précisément?
Le jour qu'on s'est conununté , il n'y t nul danger de faire toute sorte de bonne besogne et travailler : il y en auroit plus à ne rien faire. En la primitive Église , où tous communioient tous les jours , pensavous qu'ils se tinssent les bras croisés pour cela ? Et saint Paul , qui disoit la sainte messe ordinairement , gagnoit néanmoioi sa vie au travail de ses mains.
De deux seules choses se doit^on garder le jour de la communion , du péché et des voluptés et plaisirs recherchés : car pour ceux qui sont dus et exigés , ou qui sont nécessaires , ou qui se prennent par une honnête condescendance, ils ne sont nullement défendus ce jour-là ; au contraire, ils sont conseillés , moyennant l'obsem* tion d'une douce et sainte modestie.
Non , je ne voudrois pas m^absteair d'aller en un honnête festin , en une honnête assemblée ce jour-là , si j'en élois prié , bien que je ne voudrois pas le rechercher.
Il y a un autre exemple aux gens mariés, qui ce jour* là peuvent et doivent rendre leur devoir, mais non pas l'exiger, sans quelque indécence , laquelle néanmoins ne seroit pas péché mortel. Je mets cet exemple exprès.
Demande XV. Quel froit doit-on tirer de la pritation de la commanion ?
Je ne trouve pas mauvais que vous soyez un peu privée de la très-sainte communion , puisque c'est l'avis de votre confesseur, pour voir si le désir de retourner à la fréquentation d'icelle ne vous fera point un peu prendre garde à votre amendement ; et vQus ferez bien de vous humilier toujours fort aux avis do votre confesseur, qui voit l'état présent de votre ame , lequel , quoique je m'imagine assez sur ce que vous m'en dit^s par vos lettres , si est-ce qu'il ne me peut pas être connu si particulièrement comme à celui à qui vous en rendez compte.
Or j'entends qu*encore que vous éloigniez un peu vos communions , vous ne laisserez pas pour cela de bien suivre la
DE S. FRANÇOIS DK SALES. 777
fMqiieiila commiinioD , car, de cellei-ci , | point faire es tort à TOnB-ntème , qaa d»
It n'y peut avoir aucune raison de les croire que ce que l'Église notre mère o^
éloi^er, au contraire elles vous seront donne puisse être mauvais ou inutile. Or,
utiles pour assujettir votre esprit qui de I elle ordonne que les laïques reçoivent là
li-niême n'aime pas la sujétion, et pour . communion ësespèces du pain seulement,
bu les.
IhtaiHDi XT1. Comme ipol oolni Soigntnr Ml
l'humilier et lui faire mieux discerner ses par lesquelles ils participent néanmoins * ' parfailementaucorpsetausangdeNMlr^
Seigneur, tout autant comme s'ils la rece-
<■!» •uiiDiK tuiiiaKi I». >■ «.mmuu.uu. voient encore sousl'espèce du
<■!» •uiiDiK tuiiiaKi I». >■ u»»muu.uu. ^ mémo Ssuveuf a dit : Qui me n
Toutes les deui prises que vous ferez j| vivra pour moi; et qui mange
nnt tablettes cordiales , surtout la pre-
mière , composée de la plus excellente poudre qui fut jamais au monde. Oui,N., car nostre Seigneur a pris une vraie chair, qui est en somme poudre ; mais en lui elle est si excellente , si pure , si sainte , que les cieux et le soleil ue sont que poussière au prix de cette poudre sacrée.
Or la tablette de la communion est cela même qui a été mis en tablette , aGn que DOusIa puissions mieux prendre, bien que ce soit la très-divine et trùs-grande tahie que leschérubins et les séraphins adorent , et de laquelle ils mangent par contemplation réelle comme nous le mangeons par réelle communion.
0 Dieu I quel bonheur que notre amour, an attendant cette manifeste union que nous aurons avec notre Seigneur au Ciel , t'unisse par ce mystère si admirablement iluil
puisque
paio , il vivra éternellement.
En sorte que ce qui se boit après la communion par la peuple , ce n'est pas le sang du Sauveur, mais seulement du vin qui se prend pour laver la bouche , et faire plus entièrement avaler le précieux corps et sang déjà reçu en la très-sainte communion : c'est pourquoi cela ne doit pas être présenté dans le calice , mais dans un autre vase , ou de verre , ou autrement. Que ai par ci-devant il a été autrement fait , c'a été par abus , et par la nonchalance et pfr resse des officiers de l'Ë^lise, el contre l'intention de la même Église.
PBMÂni XT1I. Qoella eandiUoD cil reqo!*» poor la BonuoDiiiap dabuit Jaurir
Je veux bien , puisque vous en avez te I V^.^t'itl^!^ . désir, que vous fassiez la sacrée communion tous les huit jours, m'assurent qu'à mesure que vous approcherez plus souvent de ce divin sacrement, vous tâcherez de lai rendre aussi plus d'amour et de Bdéli té en son service ; et que le jour de votre communion vous vous garderez de donner sujet à ceux avec lesquels vous conversez , de penser que vous n'estimez pas assez Tbonneur de la réception de votre salut.
>iXVlII. Quelle intirueliOD il hutdonnar IB peupla lonehant l'ibiulion iprta la comamsioD, etdtni quoi ladoonec' Ayant su que vous prenez quelque sorte de scandale de ce que l'on vous donne l'ablution dans un verre après que vous ■vex communié , je vous ai voulu faire ces den soU pour voua eihorter de ne vous
Communiez (eut assurément selon le conseildemessieursdeBérule et Gaiement, puisque vous vous y sentes inclinée et consolée ; et ne vous mettez nullement en peine de l'apparence qu'il y a de quelque irrévérence pour l'exercice de la condition . êtes : car il n'y a nulle irrévérence, mais seulementune apparence.
Cet eiercice-là n'es*, nullement déshonnéte devant les yeux de Dieu ; au conb^ire il lui est agréable, il est saint, il est méritoire , au moins pour la partie qui rend ce devoir , et n'en recherche pas l'acte , mai* seulement y condescend pour obéir â celui à qui Dieu a donné l'autorité de se faire obéir pour ce regard.
Il ne fuut pas juger des choses selon notre goAt , mais selon celui de Dieu , c'est le grand mot. Si nous sommes saints selon notre volonté, nous ne le serons jamais bien ; il faut que nous le soyons selon la volonté de Dieu. Or la volonté de Dieu est que pour l'amour de lui vous fassiez librement ainsi, et que vous aimiez franchement l'exercice de votre étal: je dis que voua l'aimies et ehiriMUn , w»'vn»> v» *^
OPUSCULES
qui est extérieur , et qui peut regarder la gensualité en elle-même; mais pour Tintérieur, parce que Dieu Ta ordonné, parce que sous cette vile écorce la sainte volonté de Dieu s*accompiit.
Mon Dieu , que nous nous trompons souvent 1 Je vous dis encore une fois qu*il ne faut point regarder à la condition extérieure des actions ,* mais à l'intérieure'; c'est-à-dire si Dieu les veut ou ne les veut point. Les conceptions mondaines se brouillent et mêlent toujours parmi nos
pensées.
En la maison d'un prince , ce n'est [Mis tant d'être souillon de cuisine comme ë'é- Ire gentilhomme de la chambre ; mais en Ja maison de Dieu , les souillards et souillardes sont les plus dignee bien souvent; perce qu'encore qu'ils se souillent, c'est pour l'amour de Dieu , c'est pour sa volonté et son amour ; et cette volonté donne le prix à nos actions , non pas l'extérieur.
Je me confonds souvent en cette considération , me voyant en une condition si excellente au service de Dieu. 0 Dieu!
faut-il donc que l'action , qui en Textérieur est si basse , soit si haute en mérite ; et que mes prédications , mes confirmations si relevées en l'extérieur, soient si basses en mérite pour moi, faute d'amour et de dilection?
J'ai dit ceci de la sorte , afin que vous sachiez que la communion n'est nullement incompatible avec l'obéissance en quelque sorte d'action qu'on l'exerce. En Tancienne Église on communioit tous les jours : néanmoins S. Paul ordonne aux mariés qu'ils ne se défraudent point l'un l'autre pour le devoir du mariage. Cela soit dit pour une fois, et qu*il vous suffise que c'est la vraie vérité.
Mais la partie pèche-t-ello point , si elle sait que l'autre ait communié? Je vous dis que non , nullement , surtout quand les communions sont fréquentes : ce que j'ai dit de l'Eglise primitive en fait foi, et la raison y est toute claire. Il y a plus , si la partie communiée recherchoit elle-même , le jour de la communion , le péché ne seroit que véniel et très-léger , à cause d'un peu d'irrévérence qui interviendroit ; mais ne cherchant pas, ains correspondant, «M grand mérité , aigrace de ta oomiau*
nion s'en accroît, tant s'en faut qa'ife
s'en amoindrisse.
Demande XX. Si poar It p«tz de famille on pwt se priter quelquefois de It eommanleo?
Exemple remarqueblt à w soJeL
Quand vous pouvez communier sans troubler vos deux supérieurs , faites-le selon l'avis de vos confesseurs : quand vous craignez de les troubler, contenlez-voos de communier d'esprit; et croyez-moi i cette mortification spirituelle , cette privation de Dieu agréera extrêmement i Dieu , et vous le mettra bien avant dans la cœur. Il faut quelquefois reculer pour mieux sauter : je veux dire que pour na peu Dieu sera serVi, si, pour regagner l'esprit de ces deux supérieurs qu'il vous a établis , vous souffrez la privation de la communion réelle ; et ce me sera une bien grande consolation, si je sais que ces ordres que je vous donne , ne mettent point votre cœur en inquiétude.
Croyez-moi , cette résignation , cette abnégation vous sera extrêmement utile:
vous pourrez néanmoins gagner des occasions secrètes pour communier ; car pourvu que vous défériez et compatissiez aux volontés de ces deux personnages , et que vous ne les mettiez point en impatience, je ne vous donne point d'autre règle de vos communions que celles que vos confesseurs vous diront; car ils voient l'état de votre intérieur , et peuvent connoitre ce qui est requis pour votre bien.
Je réponds de même pour votre fille:
laissez-lui la très-sainte communion jusqu'à Pâques , puisqu'elle ne la peut recevoir sans offenser son bon père , avant œ temps-là. Dieu récompensera cette attente. Vous êtes, à ce que je vois , au vrai état de la résignation et indifférence , puisque vous ne pouvez pas servir Dieu à votre volonté.
Je coonois une dame des plus grandes âmes que j'aie jamais rencontrées, laquelle a demeuré long-temps en telle sujétion sous les humeurs de son mari , qn*au plus fort do ses dévolions et ardeurs il falloit qu'elle portât sa gorge ouverte, et qu'elle fût chargée de vanités à l'extérieur , et qu'elle ne communiât jamais, sinon que ce fût à Pâques , qu'en secret , et à l'insu de lent U m.Qade \ autrement elle eût ezcilt aille
tempêtes CD sa maison ; et par co chemin elle est arrivée bien haut, comme je sais pour avoir été son père de confession bien souvent.
DcHAifDE XXI. Si les imperfections peotent empêcher la fréquente communion, et quelles?
Encore que plusieurs imperfections et mauvaises inclinations de temps en temps vous surprennent , ne laissez pas de faire la communion le jeudi et les fêtes sur semaine , et le mardi du carême : mais cela n'en doutez plus ; ains employez votre cœur à être bien fidèle en Texercico de la pauvreté parmi les richesses, de la douceur et tranquillité parmi les tracas , et de la résignation du cœur et de tout ce qui Yous doit arriver en la providence de Dieu. Qu'est-ce qui vous peut manquer ayant Dieu?
Dbhandb XXII. 81 la communion d'un mois doit cnpécber un plus fiéquent usage de la eonfession ?
Quant à Tusage des sacremens , vous ne devez nullement laisser écouler aucun mois que vous ne communiiez , et même dedans quelque temps , selon les progrès que vous aurez faits au service de Dieu , et selon l*ovi8 de vos pères spirituels , vous pourrez vous communier plus souvent. Mais quant à la confession , je vous conseillerai bien de la fréquenter encore plus , principalement s'il vous arrivoit quelque imperfection de laquelle votre conscience fût affligée, comme il en arrive bien souvent au commencement de la vie spirituelle. Néanmoins si vous n*avez pas la commodité requise pour vous confesser , la contrition et repentance suppléera.
Dbvahde XXIII. A qui Ton doit se rapporter sui- ▼tnt le désir de la fréquente communion?
Quanta la sainte communion , j'approuve que vous continuiez à la désirer fort fréquente , pourvu que ce soit avec la soumission que vous devez avoir à votre confesseur , qui voit l'état présent de votre ame, et est si digne personnage.
DumB XXIV. Quelle raison oa peut rendre du fréquent usage de la communion?
Laissez philosopher lesautres surle sujet que vous avez de communier ; car il suffît pour votre conscience , que vous et moi
DE S. FRANÇOIS DE SALE^. 779
sachions que cette diligence de revoir et do réporcr souvent votre ame , est grandement requise pour la conservation d'icelle. Si vous en voulez rendre compte à quelqu'une , vous lui pourrez bien dire que vous avez be^oin de manger si souvent cette divine viande , parce que vous êtes fort foible, et que sans ce renforcement votre esprit se dissiperoit aisément : cependant continuez à bien serrer ce cher Sauveur sur votre poitrine ; faites qu'il soit le beau et suave bouquet de votre coeur ; en sorte que quiconque vous approche sente que vous en êtes parfumée et coonoisse que votre odeur est l'odeur de la myrrhe.
Dem AN Di XXV. Ce qui peut consoler en la privation ou délai de la oommunionf
Conduisez- vous en la communion au gré de votre confesseur , car il lui faut donner cette satisfaction ; et vous ne perdrez rien pour cela , car ce que vous n'aurez pas par la réception du sacrement , vous le ren« contrerez en la soumission et obéissance.
Demakdi XXVI. Quelle intention on doit avoir aa la sainte communion?
Tenez-vous dans le train de la communion que nous vous dîmes, et dressez votre intention à Tunion de votre coeur tout ensemble ; puis ne vous amusez pas à penser quelles sont les pensées de votre esprit pour cela , puisque de toutes les pensées il n'y en a point qui soit votre pensée que celle que délibérément et volontairement vous avez acceptée , qui est de faire la communion pour Tunion , et comme une
union de votre cœur à celui de l'époux.
« Demande XXVIl. Si l'on doit porter quelque
émulation à celles qui communient plus ioa-
tent?
Que celles qui communient plus souvent n'estiment pas moins les autres qu'elles; puisqu'on s'approche maintefois plus de notre Seigneur en s'en retirant avec humilité, qu'en s'en approchant selon notre goût propre ; et que celles qui ne communient pas si souvent ne se laissent pas emporter à la vaine émulation.
Demande XXVIII. Ce que Ton doit croire de la très-samte cemmunioD, et les aenliflMM 4t respect qu*on y doit avoir?
Qui reçoit la trte-aainta oommuaioa^ il
OPUSCULES
reçoit Jésus-Christ vivant. C'est pourquoi son corps, son ame et sa divinité sont en Gc divin sacrement ; et d*autant que sa divinité est cellc-Ià môme du Père et du Saint-Esprit , qui ne sont qu'un seul Dieu aveclui, qui reçoit la très-sainte eucharistie reçoit le corps du Fils de Dieu, et par conséquent la sainte Trinité.
Mais néanmoins ce divin sacrement est principalement institué, afîn que nous recevions le corps et sang de notre Sauveur avec sa vie vivifiante, comme les habillemens couvrent principalement le corps de rhommc ; mais parce que Tame est unie au corps, ils couvrent par conséquent Tame, Tentendement, la mémoire et la volonté. Allez bien simplement en celte créance, et saluez souvent le cœur de ce divin Sauveur, qui pour vous témoigner son amour, s*est voulu couvrir des apparences du pain , aGn de demeurer très-familièrement et très-intimement en nous et près de noire cœur.
Voyez en esprit les saints anges qui environnent ce très-saint sacrement pour Tadorer, et en cette sainte octave répandent plusabondamment des inspirations sacrées sur ceux qui , avec humilité , révérence et amour, s*cn approchent.
Ces divins esprits vous apprendront comme vous ferez pour bien célébrer ces jours solennels , et surtout Tamour intérieur qui vous fera connoître combien est grand Tamour de notre Dieu , qui , pour se rendre plus nôtre , a voulu se donner en viande pour santé spiriluelle de nos cœurs, afin que les nourrissant ils fussent plus parfaits.
DcMANDi XXTX. Quelles sont les prépanUons requises à la sainle communion ?
Puisque le seul défaut de préparation est la cause pour laquelle, recevant si souvent les sacremens de pénitence et de Teucharislie, nous ne recevons pas toujours les grâces qu'ils ont accoutumé de produire dans les âmes qui sont bien préparées , il im[)orte de savoir comment il se faut préparer pour bien recevoir ces deux sacremens.
DiHAiiri XXX. Quelle doit être la pureté dlnlenlion, et ses marques?
La première préparatioD est la puf été
d'intention; la seconde, l'attention; elb troisième, l'humilité.
4 . La pureté d'intention est totalement nécessaire , non-seulement à la réception des sacremens, mais encore en tout ce que nous faisons. Or, l'intention est pure lors* que nous recevons les sacremens , ou faisons quelque autre chose , quelle qu'elle soit , pour nous unir à Dieu , et pour loi être agréables, sans aucun mélange di propre intérêt.
La marque de ceci est, si , désirant com munier. Ton ne le permet pas, ou si a|H^ la communion , ne sentant pas de consolation , vous ne laissez pas de demeurer en paix ; car l'inquiétude de n'avoir pa^ communié , ou de n'avoir pas eu de consolation en la communion, est une marque que votre intention éloit impure , et que vous ne recherchiez pas de vous unir à Dieu , mais aux consolations, puisque votre union avec Dieu se doit faire sous la vertu de l'obéissance.
Dbmardi XXXL Quelle doit être ratlentiou?
La deuxième préparation , c'est l'attention , qui est requise tant pour la grandeur de l'œuvre , comme pour ce que chaque sacrement demande de nous : ainsi , allant à la confession , nous y devons porter un cœur amoureusement douloureux , ^t à la sainte communion il faut y porter un cœur ardemment amoureux.
Dehandb XXXH. Quelle doit être rbumilitéf
La troisième préparation , c'est l'humilité, vertu toutrà-fail nécessaire pour recevoir abondamment les grâces qui découlent par les canaux des sacremens; parce que les eaux coulent bien plus fortement et promptement quand les canaux sont posés en des lieux penchans et tendant en bas.
Dbiaiidb XXXIII. Quel doit être l'abandonnemest à la TolonlédeDieu?
Une quatrième préparation , c'est l'abnndonnement total à la volonté de Dieu, soumettant sans réserve notre volonté et toutes nos affections à sa domination; je dis sans réserve, parce que l'amourpropre se réserve toujours quelque chose. Les personnes spirituelles, par exemple, allant à la communion , se rÀervent la volonté
DE S. PRAMÇOIS DE SALES
7il
d'avoir des vertus : les unes la prudence , pour savoir vivre honorablement; les autres un grand courage pour faire des œuvres excellentes pour son service ; d'autres rbumilité, si nécessaire pour donner le bon exonnpie ; les antres des consolations à Toraison : mais de simplicité , de douceur de cœur, de vraie humilité de cœur, qui font aimer la propre abjection , ou de vraie mortiHcation , point de nouvelles.
Le vrai moyen donc de faire cette union est que notre Seigneur se donnant tout à nous , nous nous donnions aussi réciproquement tout à lui , afin de pouvoir dire véritablement : Je ne vis plus en moi, mais c'est Jésus-Christ qui vit en moi.
DiMAHDi XXXIV. Quel doit être le dénuement da cœur à cet effet?
La cinquième préparation est de vider son cœur de toutes choses , afin que notre Seigneur le remplisse de tout lui-même , une seule communion bien faite étant ca^ pable de nous rendre saints et parfaits. La cause pourquoi nous ne recevons point cette grâce de sanctification , n*est autre chose sinon que nous ne laissons pas régner notre Seigneur en nous comme sa bonté le désire. Il vient en nous, ce bienaimé de nos âmes, et il trouve nos cœurs tout pleins de désirs, d'afl'aires , et de petites vplontés qui l'empêchent de s*en rendre le maître et le gouverneur.
Le cœur est vide à la vérité, absolument parlant , parce que Ton a rejeté et détesté le péché mortel et toutes sortes d affections mauvaises ; mais tous les coins et recoins de nos cœurs sont pleins de mille choses indignes de parOitre en la présence de ce roi souverain , qui lui lient les mains, et l'empêchent de nous départir les biens et
les grâces que sa bonté avoit désir de noua faire, s'il nous eût trouvés préparés.
Dmaiide XXXV. Quelles fins et intentions penten avoir principalement en la eommonion?
L'on peut communier pour diverses fins.
4 . Pour demander à Dieu la délivrance de quelque tentation ou affliction , soit pour nous , soit pour nos amis.
8. Pour demander quelque vertu sons cette condition de nous unir par ce moyen plus parfaitement à Dieu , quoique d'ordinaire l'affliction le fasse plus efficacement, parce que l'on se ressouvient plus souvent de Dieu, et qu'il est souvent meilleur pour nous de produire les actes des vertus, que de les avoir en habitude ; la répugnance qu'on ressent à les pratiquer servant davantage à nous humilier; et que l'humilité vaut mieux que tout cela.
Dbvardi XXXVI. Quelles sont les marques qu'on profite de la eommonion r
La marque qu'on profite delà réception des sacremens , est si l'on avance par les vertus qui leur sont propres, comme si de la confession on tire l'amour de sa propre abjection et l'humilité , parce que la mesure de l'humilité est la bonne marque de notre avancement; car quiconque s'humilie, sera exalté : être exalté , c'est être avancé.
Si par la sainte communion l'on devient plus douce , puisque la vertu de ce divin sacrement, qui est tout doux, tout suave, et tout miel , est la douceur. Mais si , au contraire, vous ne devenez pas plus humble ni plus douce, vous méritez qu'on vous lève le pain, puisque vous ne voulez pas travailler (4).
(1) EotraUra xviu.