‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 32 sur 356 · POUR LE JEUDY DE LA II* SEMAINE DE CARESME · texte numérisé non relu

POUR LE JEUDY DE LA II* SEMAINE DE CARESME

O mulier, magna eit fidet tua, fiai Hhi timt vtf. Matt. xv. O femme, que u foy est grande, qu'il te toU fait comme ta veux*

Bien que les prédicateurs ayent accoustoméde prendre en ce jour divers subjects pour louer les vertus do la Cananée, je me eontenteray de vous parler seulement de sa foy, afin de vous monstrer quelles sont les conditions qui la rendent parfaite, suivant ce que l'Evangcliste rapporte qui se •passa entre Nostre-Seigneur et celte femme, et par ce moyen vous cognoistrez ce que c'est que la vraye foy ; et quand Nostre- Seigneur dit : 0 mulier, magna est fides tua, 0 femme, que ta foy est grande ! savoir si c'estoit que la foy de la Cananée fust plus grande que la nostre : o non certes ; ne la pouvant estre quant à Tobjet, car la foy a pour objet toutes les veritez révélées de Dieu et de TËglisc, la foy n'estant autre chose qu'une adhésion que nostre entendement fait à ces veritez, qu'il trouve belles et bonnes, et partant il vient à les croire , et la volonté à les aymer; car comme la bon té est l'objet de la volonté, la beauté Test de Tentendement; et ainsi comme en noslre homme extérieur la bonté sensible est convoitée par nostre conçu piscence , et la beauté corporelle par nos yeux : de mesme en est-il de rhomme intérieur pour les veritez de la foy, lesquelles estant très-bonnes, douces et

véritables, ellesviennentà estre ayméespar la volonté , qui a pour son objet la bonté , et par Tcictcndement, à c^usc do la beauté qui se rrtrcuve en icelles; elles sont belles parce quelles sont véritables, car la beauté n'est point sans verilé , ny la vérité sans bonté, et les beautoz qui ne sont point véritables ne sont point bonnes, parce qu'elles sont fausses et mensongères.

Or les mystères de la foy estans trop véritables, ils sont aymcz à cause de leur beauté qui est l'objet de l'entendement et encore de la \olonlé; car l'entendement luy représentant la beauté des veritez des mystères de la foy , elle y découvre la bonté , et par conséquent elle vient à les aymer. Etc'est une chose tellement nécessaire pour avoir une grande foy , que l'entendement vienne à cognoistre la beauté d'icelle , que pour cela lors que Nostre-Seigneur veut attirer quelques créatures à la cognoissance de la vérité , il découvre premièrement sa beauté à l'entendement; lequel en estant attiré et espris, il attire après la volonté, et par l'amour que ces .deux puissances portent aux veritez cognuës , il arrive que la personne quitte tout pour les croire et embrasser; ce qui se fait par forme d'abstrao-

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