‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 34 sur 356 · POUR LE JEUDI DE I · texte numérisé non relu

POUR LE JEUDI DE I

feuilles , ny fleurs , ny fruicts : de mcsme la foy morte ressemble ))ien en Tapparcnce extérieure à la foy vivante , mais avec ceste différence, que la foy morte ne porte plus ny les fleurs , ny les fruicts des bonhes œuvres, el que la foy vive en porte tousjours et en toute saison. Cest donc par les opérations que faict la charité , que Ton cognoîst si la foy est vivante , piorto ou mourante ; de manière que quand elle B'a point de bonnes opérations , nous dilODS qu'elle est morte , et lorsque ses ope» rations sont petites , foibles et lentes , qu'elle est mourante ; comme au çontri^ire, quand elles sont fréquentes et ferventes, nous disons qu*elIo est vivante. 0 que cette foy est excellente , mes chereâ âmes , car estant jointe et unie avec la charité , elle Yivifie I ame et la rend ferme , forte et constante en la poursuite de |a vertu , luy faisant faire plusieurs grandes et bonnes operations qui mentent qu'on \^ Ipiio , ainsi que Nostre-Seigncur fît celle ^e la Canadée,Iuy disant : Omulier^ magna est fidei ha ^ fiai tibi ficut vis. 0 femme, que ia foy est grande , te soit faict comme tu veux.

Or quand on dît que la foy est grande , i) faut encore sçavoir que ce n*est pas en

Codeur extérieure , car elle n'a point de ne ny de ligure : mais on dit qu'elle est pande, tant î^ cause des bonnes œuvres jpeile opère, que pour la multitude des vertus qui rs^çcompagnei^t par le moyen do ^ cbafité ave.c laquelle ellp est unie , la Âarité estant comme une reyne qui com- |)at popr la defleose et la conservation des îrêritez do ia foy , et en ce que les vertus luy pbeyssent, elle monstre son excelleoce e^ sa grandeur: c^r comme nous ÏKDyoos que les roys ne sont pas grands , pour avoir beaucoup do provinces et grand nombre de vassdux sous leur puissance , si toutes ces provinces, c'est-à-dire leurs ^bjects , ne les ayment et no leur obeysfient, parce que sans cqla, quoy quils NBbcnt beaucoup de richesses, si leurs vassaux ne faisoient compte de leurs ordon- :iances oy de leurs loix , l'on ne diroit pas (^n'iissont grs^Qds roys, mais tres-pctits. Ai?si la grandeur de la foy unie à la charitu, ne vient pas seulement de ce qu'elle est suivie de toutes les vertus, mais bien de co qu'elle leur comoiaDde , et que tou-

JI« SENAINE DE GABESME.

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tes luy obey9sen^ et combjiUent pom ejiic , et selon son gré ; et de là vient la multitu/de des bonnes opérations que fait en nous cette foy vivante.

En second lieu , il y a une foy veillante qui dépend encore de l'union que la foy a ayejc la charité , et laquelle est contraire à jiu^e certaine foy pesapte , léthargique et endormie : or cettf» foy endormie est grandement djflerentede la veillante , d*autant qu'elle est fort la$che et tiode à s'appliquer à la considération des mystères de la foy , pç q})i est cause qu'elle ne pénètre point ses veritez , bien qu'elle les voye et les entende, parce qu'elle n'a pas les yeux entièrement fermez, et qu'elle ne dort pas du tout , estant semblable à ces personnes qui sont Utilement assoupies de sommeil, qu'encore qu'elles ayent les yeux ouverts elles ne voyent quasi rien , et bien qu'elles entendent parler, elles ne sçauroient comprendre ce que Ton dit , à cause qu'elles sont si appesanties et engourdies du somimeil , que leur esprit n*a pas la liberté de faire sies opérations et fonctions ordinaires : de mesxne l'ame qui a cette foy dormante a bien le$ yeux ouverts, car elle croit les mystères de la foy , elle entend bien aussi ce qu'on en dit, mais c'est avec une telle pesanteur et engourdissement d'esprit que cela l'empesche de les comprendre et bien entqndre.

L'on peut encore faire comparaison de ceux qui ont cette foy endormie , avec ces personnes qui ont l'esprit pensif et songeart; rc gardez- les , vous les verrez les yeux ouverts, il semble qu'ils pensent et soient attentifs à quelque choso , et neantmoins pour l'ordinaire ils ne sçouroient dire à quoy ils pensent : ainsi en est-il de ceux q ui on t cette foy dorma me ; i Is cioy en t bien tous les mystères de la foy en î^encral, mais demandez-leur ce qu'ils signihent en particulier, ils n'en sçavent rien et n'en sçauroient rien dire; et leur foy estant ainsi endormie , elle est en grand danger d'estre assaillie et séduite piir plusieurs ennemis , et de tomber en de périlleux précipices. Mais la foy veillante fait non seu* lement de bonnes opérations comme la vivante, ains encore elle pénètre etcomprend les veritez de la foy avec subtilité et promptitude , se rendant active et diligente à rechercher et embrasser tout ce qui la peut

* SERMOIf

agrandir, conserver et fortifier, estant tousjours aux aguets pour descouvrir le bien et éviter le mal , afin de se garder de tout ce qui pourroit servir à sa ruine ; et comme veillante elle marche fermement et sans crainte de tomber en des précipices.

Celte foy veillante est accompagnée des quatre vertus cardinales, prudence , force, justice et tempérance , desquelles elle se sert comme d*une cuirasse d*armes pour donner la fuite à ses ennemis , do maniero qu'elle demeure tousjours ferme , invincible etinesbranlable parmy leurs attaques.

Sa force est si grande qu'elle no redoute rien , d'autant qu'elle cognoist que sa force est appuyée sur la vérité mesme , qui est la chose la plus forte do toutes. Et quoy que nous ayons assez de force pour dominer sur tous les animaux et nous les assujettir; neantmoins, parce que nous ne connoissons pas la force qui est en nous , cela faict que nous craignons et fuyons devant les bestes, comme foiblos et craintifs. Mais il n'en est pas ainsi delà foy, car elle cognoist sa force, et en quoy elle consiste ; c'est pourquoy elle s'en sert aux occasions pour donner la fuite à ses ennemis, et de plus elle se sert de la prudence pour acquérir tout ce qui la peut fortifier et agrandir, ne se contentant pas seulement de croire toutes les veritez qui ont esté révélées de Dieu et déclarées par l'Eglise, lesquelles sont nécessaires pour le salut ; mais elle a encore une prudence qui la fait veiller continuellement, afin de pénétrer et descouvrir tousjours de plus en plus la beauté et bonté des veritez de la foy , pour en tirer le suc et la moiiellede laquelle elle se nourrit , se délecte, s*enrichit et s*agrandit. Or cette prudence no ressemble pas à celle des mondains , qui ne leur sert que pour acquérir des biens , des honneurs et telles autres choses qui 1rs enrichissent et agrandissent devant les yeux des honmics, mais qui ne leur profitent point pour la vie éternelle. Fausse prudence certes que celle-cy ; car je vous prie , que me profitera ma prudence pour acquérir les villes, principautez et royaumes, si avec cela je suis damné : QuxA enim prodest homini , Hfnundumunivenum lucretuVy animœ vero $uœ delrimenium patiatur (1 j ? Que me serviront ma vaillance et ma prudence,

(1) ft. Hat». xuL.

si je ne me sers d'icelles que poar acquérir les choses transitoires de cette vie mortelle ? Et quand bien je serois le plus vail* lant et prudent homme du monde , si je ne me sers de ma vaillance et prudence pour acquérir la vie éternelle , cela me sera plus nuisible que profitable, d*autant que la prudence humaine ne nous apporte que du dommage , et nous voyons que la plus grande partie de nos maux ne proviennent pour l'ordinaire d'autre cause. Il y aurcnt beaucoup de choses à dire sur ce subject, mais ne parlons à celte heure que de la prudence de la foy , parce que ceste pni* dcnce est nécessaire au chresUen pour éviter le mal et opérer le bien.

Si vous croyez tout ce qu'il faut croire pour cstre sauvez , vous le serez , dit saint Bernard , cela s'entend , si vous joignez les œuvres à vostre foy , c'est à dire , si vous faites ce qu'elle vous enseigne qu'il faut faire pour avoir /a vie éternelle. Mais , ô mondains ! vous direz qu'il ne se faut point meltre tant en peine , qu'il ne faut pas tant de choses pour se sauver , que Dieu se contente de peu , qu'il suffit de croire tous les mystères do la foy , et garder les comman* démens. 0 Dieu 1 que la misère humains est grande , la prudence des mondains s'ar» reste là et ne veut rien faire davantage que ce qui est nécessaire pour avoir la vie éternelle , ny fuyr que ce qui lui peut causer la damnation, se contenter pour ce subjcct de l'observance des commandemens :

mais quelle gloire après cela attendez-vous de Dieu? la vie éternelle ; il est vray, vous l'aurez , ce sera vostre recompense , mais avec cette condition , que vous serez déclarez serviteurs inutiles, ciir vous ne iravaillez pas pour Dieu , ains seulement pour vous-mesme , puisque vostre prudence ne s'estend pas plus avant , que de faire ce que vous savez qui vous peut empescher de vous perdre. Vous n'estes pas de ces serviteurs veillans , qui ont tousjours l'œil ouvert sur les mains de leur maistre , pour se rendre soigneux et vigilans à faire tout ce qu'ils sçavent qui luy peut rendre leur service plus afrreable. Oculi servorum in manibus dominorum suorum. En quoy ils monstrcnl bien qu'ils ne travaillent pas peureux, ains pour l'amour qu'ils lui portent, employant toute leur prudence à voir non seulement ce qu'ils doivent et sont

POUR LE JEUDT DE LA U* SBMAIME DE GARESHE.

oM^ez de faire, mais taschent encore de deeoavrir les des^irs et intentions de leur naKiCre, pour les suivre au plus près qu'il leur sera possible, afin de lui aggreerdaraoliige. Certes, ceux-cy sont des serrltfurs fidèles qui auront la vie elernello, nais avvc une très-grande gloire et plaisir en la joui8*%ancede Dieu. Vous vous contentez , âmes lascheset paresseuses, dit le KRind S. Bernard, parlantaux mondains, de faire seulement les choses nécessaires pour lUer au del : vous y irez, mais après cela wus serez toujours reputez des serviteurs inuliles.

Or la foy yeillante de laquelle je parle, a'en fait pas ainsi; car elle sert Dieu non Cl «ervi leur mercenaire, ou attaché à ses ialerests, mais fidelle; parce qu'elle employé toute sa force, prudence , justice et tempérance , à faire tout ce qu'elle sçnitet peut cognoistre luy estre plus agréable, M se contentant pas seulement des choses Mcessaires au salut, ains elle embrasse amonreusement , recherche et fait fidellement tout ce qui la peut le plus approcher de sa divine Majesté.

Outre ce que j'ay dict, il y a encore une koisiesme sorte de fuy, qui est la foy attentive, laquelle est très-grande et excellente, H c'est celle qu'avoit la Cananée ; car la foy, pour estre grande, doit estre non seuieoieot vivante et veillante, mais encore attentive, et par cette attention elle vient au plus haut point de sa perfection. Mais Toyons maintenant, mes chères sœurs, j(> TOUS prie , comme la foy do cette femme fat grande à cause de cette attention.

Nostrc-Seigneur, passant sur les conGns ou frontières de Tyr et do Sidon, et ne voulant p;is mcinifester sa gloire en ce lieu, il K voulut retirer dans une maison, afin de l'eslre point veu ou apperceu , d'autant que sa renommée alloit de jinur en jour ueîssant, ce qui e-toit cause qu'il estoit Hiivy d'une grande multitude de peuple, qoiestoit attiré par les miracles qu'il opérait continuellement. Se voulant donc ca- <^r, il entra duns une des maisons prodaines; mais voicy une femme piiyonne qui esloîl aux écoutes, et laquelle veilloil, frenanl ^oigneusement garde quand Nostie>S.*igneur, duquel elle avait ouy dire beaucoup de merveilles , passeroit ; so te- H&t, selon que le rapporte S. Matthieu ,

en attention , pour luy demander la gc^ rison de sa fille : C'est pourquoy lors que ce divin sauveur passoit, ou qu'il fut entré en la maison , cela importe peu , elle vint lui présenter sa requeste , s'ecrianl : A/ûerere tnei. Domine , /S/t David , filid mea mole a dœmonio texatur : Jésus, Fils de David, ayez pitié de moy, ma fille est cruellement travailléedu diable. Voyez un peu la grande foy de celte femme, elle demande seulement à Nostre-Seigueur qu'il ayt pitié d'elle, et croit que s'il en a pitié, cela serasuffisant pourguerir et delivrersa fille.

Or il est certain que cette foy de la Cananée n'eust point esté si grande, si elle ne se fust rendue attentive à ce qu'elle avoit ouy dire de Nostre-Seigneur. Ceux qui le suivoient ou estoient es mai?ons prochaines do celles où il se retiroit, avoient sans doute bien veu ou entendu parier des merveilles qu'il faisoit, et des miracles qu'il operoit, par lesquels il cor firmoit sa divine doctrine; ils avoyenk bien autant de foy que la Cananée, quant à son objet principal ; car une grande partie d'iceux croyoient qu'il estoit le M vssie, mais neantmoins leur fuy n*estoit pas si grande que celle de cette femme , parce qu'elle n'estoit pas attentive comme la sienne, d'autant qu'ils ne s'appliqnoient pas à ce qu'ils voyoient ou entendoient dire de Nostre-Seigneur : Et cecy nous le voyons communément parmy le vulgniro des hommes du monde.

Vous verrez de? pijrsonnes qui se trouveront dans une compagnie en laquelle on s'entretiendra do bon- discours et de choses sninctes; un homme avaricieux les entendra bien; mai:: au partir de là, demandez-lui ce qu*on y a dit, il n'en sçauroit dire un mot, et pourquoi cela? purce qu'il n'estoit pas attentif à ce qui se diaoit. d'autant que son attention estoit dans son trésor. Un voluptueux en fera tout de mesmc; car bien qu'il écoute, ce semble, ce que l'on dit, noantmoins il n'en sçauroit aprè^ rien dire, parce qu'il estoit plus attentif à sa volupté, que non pas à ce qu'il se disuit: Mais s'il s'en trouve qai*](|u'un qui so rende attentif à ouyr ce qu'il se dit , il rapportera fort bien ce qu'il aura entendu , d'autant qu'il y uvoit mis son attention, llél pourquoy voyons-nous, mes chères âmes, que nous faisons pour l'ordinaire si

SJEB»0!l

peu de proQt de^ prédications, ou dp»

mystères qu*on nous ezpiiqiae et enseigne, ou ae ceux mesmes qup nous mef)jU)p$ I c'est perce que la foy avec laquelle nous IjC§ entendons ou médians i n'est pas a^ tentive.

Or lii foy de 1^ (3an9n<ép n'estoit pas dq I^ sorte, à n^ulier, màgnà èstfides tua! 0 femqie , que ta foy est grande) non seulement à cause de cestc attention aveclaquelie tu crois (owtqs qu^onditdeNostrç- Seigneur; mais encore pour Tattention avec laquelle tu le pries, et luy présentes ta r^qucstp. 0 certes! il n'y a point do dQute que raltention que nous apportons pour entendre les divins mystères de nostre foy, et cejle avec laquelle nous les méditons en nos oraisons, ne la rendent plus grande. M^js j pie dira quelqu'un , qu'est-ce qu^ medjtaiion et contemplation? Je rcsponds qijp !>*excrcer jen la méditation ou contemplai ion,* pp yeutdi)ro autre chose que prier qu faire oraison, et pourveu que la pripre se fiasse avec attpption , c'est sigpe quo Tqp exerce la foy vive, veil)pnte, e^ jBttentivo, comme la Can^née. 0;*, cpslè foy pi] prière attentive, est suivie et accomjiagnée d'une grande variété c|e vertus marquées en la sainctc Espriture : mais parce qu'il y en a un grand nombre, je me coptenteray do toucher celles qui sont les plus propres et conformes à mon subjcct, et lesquelles reluisent plus particulièrement en la prière de la Cananée.

l^es vertus donc desquelles cette femme accompagna la requeste qu'elle fît à Nostre-Seigneur, furent quatre : à sçavoir, la confianca, la persévérance, la patience, pt rhumilité, sur cl}acune desquelles je diray briefvcment quelque chose , d'autant que je ne veu:| pas'estrc long.

Sa prière fut donc accompagnée de confiance, qui est l'uoe ()cs principales vertus qui rend noç prior^^ grandes devant Dieu : Seigneur, dit cette femme, ayez pitié 4o moy , parce que ma fille est grandement tourmentée du diabip, Miserere r^ei^ Domine, fili David^ plia mea maie a dœmth nio vexatur; Cccy est une phrase do ^ langue française, qui pst comme si elle eust voulu dire : Cet esprit malin tourmente continuellement ma lillo, et partant aypz pitié de mpy. 0 que sa confiance cstoit grande : par elle croyait fermement que si

Nostre-Seigppnr avcrit pitié d^lto, w %^ seroit guérie, en quoy elle n^ppstroit bipfi qu'elip ne douiplt ppint de spp pouvAir, oy de son vouloir, en jfjy disant, Spigneur, ayez seulement pitié de npy : je ^y bien, vou|oit-elle dire, que voi^ e^fessi doux et bénin à tous ceux qui opt recours à vous, que je ne f^y nul doute, r|ue vous priant d*9yoir pitié de moy, vous ne l'ayei , et aussi-tpst n)a TiUe sera gucrje. Certes, le plus grand defiaut qup nous commettons ep nos pripres^ et en Uf^\. ce qui nous a^ rive , sppciijtlemèpt pn ce qui regarde les tribulations , est le manquement de confiance en pieu ; cq qi)j cp^ q^uso que nous ne méritons pas de recevoir |e secours de sa bonté ^ toi qup pous desirpns , pt que nous luy demandons par nos prières.

Or ceste confiance accompagne tou;«jour9 la foy atteptivp, laquelle est grande ou petite, selon la mesure d'icelle (4). S. Pierre estant une fois descendu d'une nasselle,et cheminant sur les eaux par le commandement de son bon Maistre, voyant un veot impétueux qui s'e|pvoi^ , il commepça à craindre et invoquer ^n seppurs, luy criant : Ha 1 Seigneur, sauvez-moy. ^ors Nostre-Seigpeur luy tend^pt la main, luy dit : 0 homme (|p petite foy, pourqyoy as-tu doutjé? Coipme luy voulupt dire, A Pierre, que ta foy est petite, d*aubint qu'en cette occasion où tu la devois faire voir, tu manques de confiance ; et parce que la confiance qui te reste pst petilp, ta foy lest aussi. Mais la Cananée eut une grande confiance, ce qu'elle fit paroislre continuant sa prière parmy les bourasqucs et tcmpestes des contradictions, lesquelles ne furent point suflisantps de l'ébranler tant soit peu , ny faire ontrer en défiance.

La prière de cette femme fut encore i^»cpmpagnée de persévérance, paf iaqueijs elle contipua tousjours à crier, Miserere mei. Domine, fili f)avid; Jésus, Fil^de Davi^d, ayez pitié de moy : Mais np disojV elle autre chose? non , elle n'avoit poi^t d'autres paroles en la bouche que cel!|§cy, et persévéra é s'en servir tout le teui^ qu elle fut à crier après Nostre-^eignour. 0 que c'est uno grande vertu, me^ cberiss amcs, quo la persévérance! Si vous eM9siez demandé à ce bon religieux de S. Pf-

(1) s. MatUi. «IV.

POUR LE JEUDT DE Li II* 8f.lI\l!fE DE GARESHE.

Imi9. qui ostoit jardinier, s*il ne desiroit imals faire autre chose que le jardin et \g^ nattes' licn autre, cust-il dit; car M9Q qUft.Cft fu«t Toccupation qu'on luy fTOÎl donnée dès qu'il entra au monaseie, il no pretcndoit point neanlmoins ï$n avoir d*putro tout lo reste de sa vie. )rjeii*entendâ pas parler maintenant de i persévérance finale que nous devons noir pour e>tre sauvez, ains seulement h colle qui doit accompagner nos prières pir cq qu'il y a peq de personnes qui eoteadenl bien en quoy elle consi:>tç.

Par eiemplq, vous verrez des persçnnes qui ne font que commencer à prier et suiire Nostre-Seignour, lesquelles demandent et veulent aussi-tost avoir des gousts et eoQSolations, et ne peuvent persévérer a Il prière qu'à force de douceur et de suafilé; et s'il leur arrive quelque desgoust , ci que Dieu leur retire ou soustraye la suavité qu'elles a^Dient en leurs oraispns, elles le plaignent , s^affligent , et veulent tout quitter: Helast disent-elles, c'est que je i*iy point d'humilité, et cela est cause que Di^ n'écoute point mes prières, et ne me ngarde point; car il ne regarde que les hanble», et par telles et semblables penléet elles se laissent aller à l'ennuy et au éBOQuragemcnt , et voudroyent tousjours mirdes lumières extraoïdinnires, |)Our tÊlmtBÎre leur amour propre ; de manière qoB si Dieu ne leur donne prom|)ten)ont ce qu'elies luy demandent, ou qu'ij ne fasse pas semblant de les écouter, elles perdent courage et ne peuvent persévérer à prier, •Iquelquesfois quittent tout là.

Mais la Cananée ne fit pas ainsi ; ear bien qu'elle vid que Nostre-Sei;;neur ne bisoit pas semblant d écouter sa prière, et qu*U ne luy repondoit rien, neantnioins rile persévéra tousjours a crier après luy, Fili David, miserere met', Fils de David, ïïftn pitié de moy ; tellement que les apostats furent contraints de luy dire qu'il la coDgedîast, parce qu'elle ne faisoit que «ierapres eux, Dimiiteeamquia damât foêi fioi. Sur quoy quelques docteurs di- KBk, que voyant que Nostrc-Seigneur qo ky repondoit rien , elle s'adressa à ses apostres, afin d'obtenir de luy par leur calremisc ce qu'elle deniandoit, et que CB fut pourquoy ils luy dirent : Elle ne lit que crier après nous. D'autres disent

qu'elle ne di( rien aux apostres, ains qu'elle continua tousjours à crier après ce divin Sauveur ; et bien qu'il lUi semblant de faire la sourde oreille à toutes ses paroles, elle ne laissa pas neantmoins decon> tinuer tousjours son oraison accoustumée, en quoy elle fît bien vQir sa persévérance. Or ne pensez pus que ce soit une petito vertu, que de persévérer à faire tousjours mesme prière.

Mais quelle est la prière ordinaire que nous devons faire? Nostre-Seigneurnous l'a dictée de sa propre bouche, nous ordonnant de dire : Pater notter qui ee in cœlii^ êanctificetur nomen tHum^ etc. (4) Mais la recommencerons -nous tous les jours? N'en forons-nous point d'autres?

Non, Nostre- Seigneur ne nous a enjoint que celle-là. Ce n'est pas neantmoins que je veuille dire que ce soit mal fait de diversifier ses oraisons et méditations ; car l'Eglise mesme nous l'enseigne, en la variété des offices qu'elle dit. Mais outre ces prières, vous en ferez qui sera quotidienne ; et cette prière sera : Nostre Père qui estes es cieux, vostre nom soit sanctifié. 0 que nous serions heureux , si nous accompagnions nos prières de cette persévérance ! et si lors que nous avons des dcsgousts, des soicheresses, et que la suavité de l'oraison nous est soustraite, nous avions une esgale fidélité à les continuer sans nous lasser, ny nous plaindre, ny rechercher la consolation , nous conteatant, à l'exemple de la Cananée, de crier : Miserere mei. Domine, fili David ^ Fils de David, ayez pitié de moy, persévérant tousjours on ceste prière.

Cicoron en quelque lieu de ses escrits, nous voulant faire entendre la difficulté de la persévérance, dit : qu'il n'y a rien qui ennuyé tant le voyageur qu'un long chemin quand il est ]»lein , ou un court quan^ il est raboteux ou monlueux. Il ne m . souvient pas de ses mesmes termes ; mais voicy pourtant ce qu'il veut dire, que c'est une chose bien difficile que la persévérance ; et que le voyageur, quoy qu'il chemine par un beau chemin , si est-ce que quand il est plein , su longueur l'inquiète et i'onnuye; cîir il prendroit bien phisde pldisir et de récréation , qu'il fust diversifié de quelque vallée ou colline : comme

|f; S. HaUh. Ti : 8. Lw, xi.

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SERMON

aussi le chemin raboteux , et montueux, quoy qu*il soit court, ennuyé et lasse les pèlerins, d*auti)nt qu'il faut tousjours faire une mesmc rhoso; mais il est court, cola n'imporlo ; ils aymcroient mieux qu'il fust plus long , et qu'il eust quoique diversité. Mais iïifù vient cela, sinon de Tincons- , tance de l'esprit humain, qui ne veut point de persévérance en ce qu'il fait ; et partant, les mondains qui suivent tous ces luouvemcns. ;fr:ivent si bien diversifier les saisons par des passe-temps et récréations, faisant des ballets, des danses, des promenades, et autres telles badineries : en somme, ils diversifient les saisons d'une variété d'actions, qui ne servent qu'à entretenir celte inconstance, â laquelle l'esprit humain est naturellement porté. C'est pourquoy la persévérance qu'on doit avoir en la religion, pour ne faire tousjours que les mcsmes choses, est estimée un martyre continuel , d'autant qu'il faut sans cesse renoncer à ses inclinations, mortifier ses propres volontez, sans qu'il soit jamais |>ermis de les suivre. Persévérant en la prière, faisant tousjours les mesmes exercices, selon les heures marquées, soit que nous y ayons dos consolations, ou des seichercsses, sans avoir la liberté de les changer?

Or s'il nous semble quelquesfois que Kostre-Scigneur ne nous écoute pas, gardons bien do nous décourager, car ce n'est pus pour cela qu'il nous veuille econduire, mais c'est afin de nous faire jettcr nos clameurs plus haut, pour nous faire par après davantage sentir la grandeur de sa miséricorde, comme il fit à la Cananée; car c'est une chose certaine, que quand il nous soustrait en nos oiaisons les douceurs et consolations, ce n'est pas pour nous econduire ny décourager, ains pour nous exciter à nous approcher plus près de sa bonté, et pour nous exercer à la persévérance, et tirer des preuves de nostre patience, qui fut la troisicsme vertu qui accompagna la prière de la Canant^e, d'autant que Nostrc-Seignour voyant sa perbeverance, voulut encore faire preuve de sa patience.

Or celte vertu de patience est tres-necessuiro [)our la perfecti m, car c'est par Sun moyen que nous conservons i'esgalité

dens de oeste vîe mortelle. Et ponr y exercer ceste femme, Nostre-Seigneur répondit nno parole, laquelle ce semble la. devoit bien picquor : Non est bonum tumere pa> nemfiliorum, et mittere eanihtu. Il n*eit pas raisonnable, luy dit-il, que j*08te le pain de la main des enfans, pour le donner aux chiens. Non sum mUsusnisiad ovef quœ perierunt domtu Israël. Je ne suis envoyé, dit-il à ses apostres, sinon aux brebis perles de la maison d'Israël. Hé I quoy donc , Seigneur, ceste brebis , pour n'estre pas de la maison d'Israël , aera-U elle perdue? N'estes-vous pas venu pour sauver tout le monde, et pour le peuple gentil, aussi bien que pour les Juifs? Ooy certes, c'est une chose indubitable que Nostre-Seigneur estoit venu pour tous, cela est tout clair dans l'Escriture sainte : mais quand il dit , qu'il n'estoit venu sinon pour les brebis perdues de la maison d'Israël, il veut faire entendre qu'il csloit seulement promis aux Juifs : cela veut -: dire que c'estoit eux qui avoient recev ' les promesses de la venue du Messie, et ' que c'estoit premièrement et spécialement pour eux qu'il operoit tant de merveilles, les enseignant de sa propre bouche, guérissant leurs malades de ses propres mains, conversant continuellement avec eux ; c'est pourquoy il dit , qu'il ne falloit pas ester le -: pain de la main des enfans, qui estoyeot les Juifs, pour le jetter aux chiens, c'est à dire au peuple gentil, lequel alors ne co* gnoissoit point Dieu, qui est autant qns > s'il eust dit : les faveurs que je fais aux Gentils pour lesquels je ne suis pas pre- : mierement envoyé, sont si petites et en : si petit nombre , au regard de celles que . je fais au peuple d'Israël, que ce peuplent nul subject d'en avoir de la jalousie.

Mais comment est-ce donc que se doivent entendre ces paroles de Nostre-Seigneur, puisqu'il est venu pour les Grentîls, aussi bien que pour les Juifs }^ Cela vont dire qu'il estoit spécialement venu pour marcher de ses propres pieds parmy les enfans d'Israël, mais qu'il devoit marcher par les pieds de ses apostres parmy les Gentils; qu'il devoit guérir leurs malades, non par ses propres mains, mais par celles des apostres, et enfin chercher à ramener cesto brebis cganîe parmy son trou|)eau,

d*eirprit |)anui i'iiies^^aUté des divers ucci- 1 qou par son labeur, mais par celuy dea

POUR LE n« lEUDT DB hk SEMAINE DE GARESIIE.

voilà pourquoy il dit à la Ganaoée ees paroles si rudes et picquanles el qui sentent tant lemespris et le dédain de cette pauvre femme payenne.

Certes, l'on voit ordinairement qu'il n'y • rien qui offense tant que les paroles pictpanteSy et qui sont dictes pour mépriser cea à qui on parle, spécialement quand dks sont dictes par des personnes de marqoB et d'authorité; et l'on a veu quelqucsfoii mourir des hommes de douleur et depinâr, pour avoir reoeu des paroles de nespris de leur prince, quoy qu*elles leur cotent esté dictes par un mouvement de promptitude, ou surprise de quelque pasnon. Mais celte femme entendant celle que hif disoit Nostre-Seigneur, n entra point en impatience, ny ne s'en attrista, ny of-

roistre qu'elle estoit bien fondée en cette vertu.

II se trouve souvent des personnes qui disent qu'ils ne sont rien , quMls nn sont qu'abjection, misères et imperfections, et le monde est tout plein (le toiles humilitez; ce qui n'est rien moins que la vraye humilité, d'autant qu'ils ne sauroient souffrir qu'on leur dise la moindre petite parole de mes-estime, qu'aussitost ils ne s'en picquent. Mais la Cananée non seulement no s'offcnça pas de se voir appelée chienne par Nostre-Seigneur, ains elle crut et confessa qu'elle estoit telle, et que comme telle elle ne luy demandoit que ce qui appartenoit aux chiens, en quoy elle fit pa roistro une si profonde humilité, qu'elle mérita d'estre louée de la bouche de Nos-

fiença nullement, ainsen s'humiliantetse | tre-Seigneur mesme, lequel enfin lui re-

prostemant à ses pieds, luy respondit EHmm Domine^ il est vray , Seigneur, que Jenesuîs qu'une chienne, je le confesse; nais pennettez-moy de vous dire, que les chiens suivent leurs maistres, et se nourris- MDtdesmiettesqui tombent sous leur table; JVim rf catelli edunt de mieis quœ caitaf de meniâ dominorum iuorum ; ce qo'elle dit avec une très-grande humilité, qui fut la quatriesme vertu laquelle aocomyayia sa foy et sa prière : humilité qui plut tint à Nostre-Seigneur, qu'il luy accorda tout ce qu'elle demandoit, luy disant eei paroles : O tmUier, magna est fide$ Aw. fiai tibi sicut vii , o femme, que ta fcy est grande, qu'il te soit fait comme tu veux; car bien que toutes les vertus soyent tres-agreables à Dieu, toutesfois l'humilité hiy plaist par dessus toutes les autres , et Kinble qu*il ne luy puisse rien refuser. 0 queœtte fenune fit bien voir qu'elle estoit véritablement bumble , en confessant qu'elle n'estoit qu'une chienne , et que cooune telle elle ne demandoit pas les faveurs qui appartenoientaux Juifs, qui estoient les enfans de Dieu, ains seulement de ramasser les miettes qui tomboient latablOy en quoy elle fit bien pa*

pondit : O tnulier, magna est fidei /un, fiât tibi sieut vis, 0 femme, que ta foy est grande, te soit fait comme tu veux; et par cette loîiango qu'il donna à la grandeur do la foy de la Cananée, il loîia aussi toutes ses autres vertus.

Finissons, c'est assez parler sur ce sujet, et taschons, mes chères âmes, à l'exemple de ceste femme, d'avoir une grande foy ; vivifions-la par le moyen de la charité, et par la practique des bonnes œuvres faictes en la charité ; veillons soigneusement à la conserver et augmenter, tant par les considérations attentives des mystères qu'elle nous enseigne, que par Pexorcicc des vertus dont nous avons parlé, et particulièrement de rhumililé, qui est celle, comme je vous ay monstre, par laquelle la Cananée a obtenu de Nostre-Seigneur tout ce qu'elle lui demandoit; à ce que, persévérant tousjours à crier pendant ceste vie mortelle, après nostre-Sauveur : Fils de David, ayez pitié de moy. Miserere mef ^ Dominé p fiii David, il nous aise a la tin d'icelle :Te soit fait comme tu veux; et pour recompense de ta Gdelité, viens jouyr de moy en la vie étemelle , sa bonté nous en fasse ia grâce. Ainsi soit-il*

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