‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 36 sur 356 · POUR LE JEUDY DE LA III* SEI^IAINE DE CARESHE · texte numérisé non relu

POUR LE JEUDY DE LA III* SEI^IAINE DE CARESHE

1mm qmidmm ermi liÎMf , et induehatur purpura , êi 6yfM , «I êpulûbûlur quoiidiê tpUndidê : êi êrmê futâmm fÊunéieut nominê Lazarut , qui jaeebat ëdjauuam ejut, uleeribut pUmu , eupiêut foltirart éê mieU quœ cadebant de menta dtrt/it , et neww illi dabat. Luc. xvi.

il y tvoii un homme riche , (|oi te refestoil de pourpre et de fin lin , qui faiioit tooi Ici Jours bonne il BagniCque chère : ei il y avoii un pauvre nommé Luizare couché à m porte, plein d'niceret ; lequel dtftiroit d'esire rasMsié des miettes qui tomboieni de la table du riche , et perfonne im lui es doonoîL

J*ay pensé de vous entretenir en ce jour delà fin mal-heureuàe du mauvais riche, et de celle de Judas, et de la An bicn-heurense du Lazare et de S. Malhias, pour vous monstrer le grand subject qu'il y a de craindre en toute sorte de vocation : Multi nrim iunt vocati , pauci vero electi (4) ; Car plusieurs sont appelez , dit Nc>stre- Sngneur , mais peu sont eleus : comme voulant dire , que plusieurs sont appelez à la perfection , mais que peu y parviennent, parce qu'ils ne coopèrent pas à la

grâce : Perditio tua ex U hraèU et auai- Hum tuum lantum ex me{\); Ta perdition vient de toy , o Israël , mais de moy seul vient ton secours , dit Dieu par un prophète, paroles qui condamnen; ceux qui censurent et parlent injustement contre la providence de Dieu , ne voulant pas approuver ny adorer les effets admirables qu*elle permet arriver touchant l'élection des bons, et la réprobation des mauvais: car lors que la prudence humaine considère la reprobation des pécheurs , elle se met

SERMON

trembler toutes sortes de personnes, de quel estai , condilion ou vocation qu'elles soyent.

Voyons maintenant , pour mon second poinct, la ressemblance qu^il y a eu du progrcz de la vie du mauvais riche avec celle de Judas. Homo quidam erat dives; Il y a voit un homme riche , dit TEvangeliste , mais avec ses richesses il esloit avarîcicux. Pour bien entendre cccy , il faut sçavoir qu'il y a deux sortes d'avarice , dont Tune est naturelle, qui fait que l'on a une grande avidité d'acquérir des richesses; d'où vient que l'on voit tant de personnes dans le monde , qui semblent n*avoir autre chose à faire qu'à amasser trésors sur trésors , et mettre possessions sur possessions : Or c'est à ces personnes à qui le prophète dit ces paroles : 0 pauvres gens ! pensez-vous que le monde ne soit fait que pour vous? comme s'il disoil : 0 misérables , que faites-vous , croyez-vous toujours demeurer en la terre , et n'y estre que pour amasser des biens temporels? 0 certes I vous n'estes pas créez pour cela , ains pour aymer et servir Dieu. Biais quoy, dit la prudence humaine , la terre , et par conséquent tout ce qui est en icelle , n'esta il pas fuict pour l'homme ? Et Dieu ne veutil pas que nous en usions? Il est vray qu'il a créé le monde pour Thomme , avec intention qu'il usast et se servist des biens qu'il trouveroit en iceluy : mais non point aûn qu'il y mist son affection pour en jouyr , comme si c'estoit sa fin dernière.

Dieu créa le monde avant que de créer l'homme , pour luy servir de maison et de demeure , et le déclara maistre absolu de tout ce qui est en la terre , voulant qu'il s'en servist et en eust l'usage : mais non point qu'il en jouyst ny y logeast son affection , luy ayant donné l'estre pour une fin plus haute, qui est luy-mesme : mais la cupidité et avarice a tellement renversé le cœur et l'esprit de l'homme, qu'il est venu à ce poinct de vouloir jouyr de ce dont il devroit user, et user de ce de quoy il deirroit jouyr, et qui tasteroit le poulx de la plus grande partie des mondains, et regardcroit un peu de près les mouvemcns de leurs cœurs, l'on decouvriroit facilement qu'ils veulent jouyr du monde , et de ce qui se retrouve en iceluy ; mais quant à Dieu, ils se contententd'en user, d*où vient

que tout ce qu'ils font n'est que pour l'i quisition et conservation des choses temporelles, et ne font quasi rien pour acquérir la félicité éternelle. S'ils prient , s'ils gardent les divins commandemen«, ou font quelques autres bonnes œuvres, c'est crainte que Dieu ne les chastie par quelques desastres et infortunes, ou afin qu'il conserve leurs biens , leurs femmes et enfans, se contentantd'user de luy pour ce subject ; ce qui est la cause de tous leurs maux.

Il y a une autre sorte d'avarice qui serre et ne veut point quitter ce qu'elle possède; or cette avarice est grandement dangereuse, parce qu'elle se glisse partout, mcsme dans les reli liions et dans les choses spirituelles. L'on se peut facilement garder do la première sorte d'avarice , dont nous venons de parler, et l'on trouvera plusieurs personnes qui n'ont pas cette avidité d'amasser, et acquérir beaucoup de biens temporels , mais peu qui quittent franchement ce qu'ils possèdent; L'on trouvera quelquesfois des hommes qui ne se scmcient point d'acquérir des biens, qnfiif qu'ils ayant une famille à entretenir, pour laquelle ils auroient besoin d'avoirquelques commoditez, ains au contraire ils mangent et dissipent tout ce qu'ils ont, en sorte qu*ils se rendent pauvres et misérables pour toute leur vie ; mais ils sont tellement avaricieux de leur liberté, qu'ils en font leur trésor, et la tiennent si ferme qu'ils ne la voudroient quitter ny assujettir pour chose aucune , ains en veulent jouyr pour suivre toutes leurs fantaisies. Certes , il est vray aussi que l'on trouve quelquesfois des personnes riches, qui ne se soucient plus d'a<^ quérir des biens ; mais ils ont leur corar si attaché à ceux qu'ils possèdent, qu'il est presque impossible de leur ester cette affection. L'on voit mesme des amcs spirituelles qui possèdent ce qu'elles ont avec tant d'attaches, et prennent tant de plaisir à voir et regarder ce qu'elles font, qu'elles commettent une espèce d'idolastrie, faisant autant d'idoles que d'actions par la oom« plaisance qu'elles y prennent.

Or Judas et le mauvais riche estoient avaricieux de ces deux sortes d'avarice que nous venons de dire, d'autant que non seulement ils dosiroient de mettre argent sur argent, et d'amasser beaucoup do biens; mais encore ils les aymoient si démesure-

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