POUR US JEUDT DE LA IU« SEMAINE DE GARESME
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nent» quils en faisoîent leur Dieu : C'est une façon de parler de TEdcriture saincte. L'aTaricienz feit son Dieu de son or et de son argent, et le voluptueux de son ventre : ifuarum Deut venter eet (1 ), dit S. Pnul. Certes, il y a bien de la diflference entre boire du vin et s'enyvrer, et entre user des richesses ou les adorer. Celuy qui boit du vin ce qu'il fnut seulement pour sa nécessité, no fait point de mal ; mais celui qui en prend avec tel ezcez, qu'il vient à s'enyvrer, offense Dieu mortellement : de mesme il y ■ aussi bien de la différence entre user dc richesses, ou en faire son idole ; car en mer comme il faut selon son estât et condition, c'est une chose permise : mais d'y Mgogor par trop son cœur et son affection « m sorte qu'on vienne à en abuser, c'est une chose digne de condamniiiion. En un DOt, il y a bien de la différence entre voir et regarder les choses de ce monde , ou en vouloir jouyr comme si en iceiles consisloit Bostre félicité : le premier est licite, mais le dernier est deffendu.
Le traistre Judas ( pour ne parler que de loy» et laisser le mauvais riche ) estoit grandement cupide d'amasser de l'argent ; non seulement pour ce qui esloil requis è Teotrelenement de Nostre-Seigneur et de Msapostres; car pour cela il falloit peu de choses , d'autant que Nostre-Sei>aieur eslablissoit son apostolat sur la pauvreté, el devcit envoyer ses aposlres prcr^cher son Evangile, avecdeffunse de ne porter ny bourse , ny besace , ny baston, et qu'ils ne Basent aucune provision pour le Ipndemain; mais qu'ils !^econ6assent à leur Perc céleste, qui les nourri roi t pa r sa providence, parce que le noviciat des apostres , cl tout te reste de leur vie, devoitestre fondé sur celle béatitude : Beati pauperes spihhi (2),Bienheureux sont les pauvresdVspriu Mais comme les apostres ne dévoient (ftre envoyez qu'après quils auroient re- CM le Saint-Esprit, et qu'ils vivoient tous cuenible avec Nostre^igneur, il leur fennetloitbiend'avoir quelque petite chose n commun, pour subvenir à la nécessité JMraalière, non point en particulier, et leoloit que l'un d'eux portast la bourse, et «■tsoin de la depence; car luy qui estoit le parfait modelle de toute saincteté, ne Se iMloit point mesler de cela. C'est ce que S) nmp». m.— (t) itiife. V
remarque fort bien S. Bernard , faisant un mot d'avertissement au pape Eugène : Nostre-Seigneur souverain pontife , et chef du collège apostolique, luy ditil, ne semesloit jamais des choses requises pour son entretien temporel , n'y pour celuy de ses apostres, et partant il falloit qu'il eust quel*qu'un qui prist ce soin ; c'est ponrquoy il choisit Judas , mais ce misérable ne s'y comporta pas en œconome fidelle, ains en larron et avaricieux; ce qui fut cause que d'apostre qu'il estoit, il devint apof^tat, vendant son divin Bfai>tre pour amasser de l'argent.
Tous les SS. Pères condamnent grandement cette faute, quoy qu'il y en ait quelques-uns qui disent , que Judas ne pensoit point, en vendant Nostre-SiMgneur , le li«vrcr à la mort ; car bien que les Juif:; l'achetassent pour le faire mourir, si est-ce (disent-ils) que ce misérable croyoit qu'il feroit un miracle pour se délivrer de leurs mains, et qu'il ne mouroit point. Mais il est néantmoins véritable que Judas est convaincu de la plus grande perfidie et trahison qui se puisse jamais imaginer, et il n*est nullement excusable, comme Nostre- Seigneur mesme le Ot voir, parlant de luy en la cène , quoy que courtement : Amen^ amen dieo vobU^ guia unus exvobii Iradet me : En vérité, je vous dit qu'un d'entre vous me trahira. Biais qui sera celuy d'entre les apostres qui trahira son Soigneur; c'est celui qui garde la bourse, et qui pour la remplir d'argent pur avarice le livrera à la mort. Or eslre avaricieux en la vie religieuse et apostolique , c'est vendre Noâtre-Si igneur, comme Judas; et l'avarice est la plus grande tare et le plus grand vice qui puisse estre en un ecclésiastique , ou religieux , mais spécialement en un religieux , d'autant qu'elle est entièrement contraire à sa profession. Passons au troisiesme point
Il y en a plusieurs qui demandent quel le a esté la cause de la cheute de Judas : certes, c'est une chose tres-difficile a dire que le commencement de la cheutu des pescheurs; il est quasi impossible do sçavoir comment ils ont commencé à deschoir de la grâce ; mais c'est pourUint chose tresasseurée, comme disent les théologiens, que ce n'est pas que la grâce suffisante leur ayt jamais manqué, mais que c'est eux qui
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ont manqué à la grâce ; mais de sçavoir comme iliont commencé de manquera la grâce , c*est une chose bien diflicile.
Quelques-uns des anciens pères disent , quo cela peut arriver pour avojr rejette un adverlissement ou une inspiration, et quoy que ce rejet ne «oit souvent qu'un péché véniel, qui ae nous este pas la grâce, neantmoins par ce péché venici , nous amoindrissons la ferveur de la charité, et empeschons le cours et progrez de la grâce , en sorte que Tame s*affoiblit contre les vices, et aujourd'hui que nous avons manqué à la grâce iuy refusant nostre consentement, en commettant œ pcché venici , nous nous disposons pour en commettre bien-tost un autre, et ainsi par la multiludc des pochez véniels , nous venons peu ù peu à commettre les mortels.
0 Dieu S que c'est une chose redoutable que le péché, pour petit et léger qu'il soit : c'estoit ce qui faisoit dire au grand S. Ber^ nard : Marchez tou^'ours , et gardez bien de vous arresler en vostre chemin , mais allez tousjours plus avant ; car il est impossible de demeurer en un mesme estât en cette vie, et celuy qui n'avance, il faut de nécessité qu'il recule. Et le 5ainct-Esprit par Tapostre nous donne cet advcrtissement : Qui se exittimat tiare , videal ne codât (1 ). Que celuy qui pense estre debout, prenne garde de ne point tomber.
Tene quod hahes ; ut nenxo accipial coronam tuam (2), Tenez bien ce que vous avez, de peurqu*un autre n'emporte vostre couronne ; ayez un grand soin, et travaillez incessamment, afin d'asseurer par bonnes œuvres vostre vocation : Sat agite ^ ut per hona opéra certam veetram vocationem et etectionem faciatis (3), dit le chef des apostres. Advertissemens qui nous doivent faire vivre en grande crainte et humilité en quelque lieu et estât que nous soyons , et élever souvent nos cœurs vers la divine bonté , pour invoquer sa grâce et son secours, faisant le plus d'eslans de nos esprits en Dieu que nouspourrons,souspirantaprès iuy par fréquentes prières et oraisons.
D'autres disent que nous tombons dans le précipice du péché, à cause des mauvaises inclinations qui sont eu nous. Certes, il est vray quo nous avons tous des inclinations au mal , les uns sont subjects à
(I) I. Cor. E..4- (1) Apo«. III. ~ (3) U, Petr. s.
la colère, les autres à la tristesse, d*aatrai à l'envie, d'autres à l'ambilioii et vaint gloire, d'autres à l'avarice ; et si nous vh vous selon ces mauvaises iaclînationa, S n'y a point de doute que nous nous per* drons. Il y en a quelquefois qui s'excusent sur leur mauvais naturel , et qui disent qu'ils ne pourront jamais arriver £ la pei^ fection. 0 certes! cette excuse n*est' pas bonne : car la grâce, pourveu que voua Iuy soyez fîdelles, est plus forte que la nature : S. Paul avoit un naturel aspre, rude et revesche ; mais la grâce de Dieu se saisissant de ce naturel , le rendit après d'à»* tant plus ferma au bien, et si constante endurer toutes sortes de peines et de tr^ vaux , que rien ne pouvoit ébranler aoa courage, et d'un grand persécuteur des chrestiens qu'il estoit, il devint un grand apostre, tel que nous le voyons par apràs se prévaloir de la grâce disant qu'il est ca qu'il est par la grâce de Dieu : Gratia Otttem Dei sum id quod luoi. En sommai jamais le mauvais naturel ny les maovaises inclinations, quand on veut les mot^ tiGer et assujettir à la raison, ne nooi peuvent empescher d'arriver à Ui perfie^ tien de la vie chrestienne : mais quaiii nous vivons selon nos mauvaises inclinations, et que nous les suivons , nous noua perdons, ainsi qu'il arriva à Judas; leqiKl suivant l'inclination qu'il avoit à ravaricBp il se perdit.
Plusieurs recherchent la cause de la cheute de Salomon, et il y a diverses opi* nions sur ce subjet ; mais entre toutes lea raisons qu'on en rapporte , je me conten* teray d'en marquer une qu'il dit à lufr mesme : £t omnia quœ desideraterwù oculi met, non negam eii : Je ne refusois jamais, dit-il, à mes yeux, de regarder tout ce qu'ils avoicnt désir de voir; comms s'il vouloit dire : J'eslois un grand roy, tres-riche et puissant ; de sorte que j'avoÉ plusieurs choses propres à recréer ma veoif et prenois grand plaisir à regarder les magnifiques et somptueux palais qui m'appa^ tonoient, les belles et riches tapisseries, il la variété des vestemens précieux ; bref» j| ne refusois point à mes yeux de voir toak ce qu'ils desiroient. Et de là nous poovons conclure que la mort entra par sse yeux , et que cela fut la cause de sa cheute ; d'autant que par les yeux enue
POUR LE lEUDY DE LA IH. SËMAUfE DE GARESME.
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Or quant à Jadas, il est certain qa'il desdieut de la grâce par son avarice , ainsi qne noim avons dit, et ayant 6ny malheureusement sa vie, les apostres par inspiration divine, .aprto Tascension de Nostre- SeigneA*, s'assemblèrent pour en élire un •otre en sa place. Et comme ils furent tous MBemblez avecles disciples, S. Pierre qui SBloil le chef de l'Eglise prenant la parole leurdit : fVarres. oporletimpleri seriplfi^ ram^quamprœdixitSpiritussanctuspêr of David de Juda , qui fuit dux eorum, qmeomprehenderuntJesum, qui connu»
meratuê erat in nobis (4) : Mes frères, il DOQS faut choisir un d'cntro nous (parlant des disciples de Noslrc-Scigneur) pour le mettre en la place de Judas, qui s*esl fait apostat; il en faut nommer un autre pour le mettre en son apostolat, afm que la pro* pbetie de David soit accomplie : Ut épis- Cùpatum ejui tu^cipiat aller (2). Ce qui DOQS enseigne qu'encore que Judas quittisl Fapostolat, ncantmoins son apostolat se périt pas pour cela, ains demeura tousjours en estre ; et non seulement le collège daiapostreB dura pendant la vie de Noslrefieigpeur, qui les appelle et receut à cette ncaiion, mais après sa mort les apostres M mirent un autre en la place de Judas. Cmt ce qui confond les hérétiques; qui diieni que l'apostolat a manqué quand les apostres sont morts, ce qui est très-faux ; car bien que les apostres soient morts , Tapostolat toutesfois ne Test pas : d'autant (pe comme S. Pierre et les apostres se fuiMl assemblez, ils en mirent un autre en la ptace de Judas; et les mesmes apostres atleurs successeurs ont establ y des hommes apostoliques pourgouvemer l'Eglise les uns a^rss las autres : et ainsi consécutivement raposlolai a passé jusques à nous, eldurera Jsaqueo à la fin du monde. D*où nous devons tirer cet avertissement, de travailler soigneusement à bien garder nostre vocation , de peur que venant à descheoir, un •olrs ne soil mis en nostre place : car si 'quittez la religion, la religion ne manpas pour cela , d'autant que la Providence divine y en envoyera d'autres; il y a grand danger que quittant la que vous y aviez , vous ne perdiez
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par conséquent oelie qui vous estoil préparée dans le ciel , et qu'après comme Judas vous n'ayez vostre place dans les enfers. C'est pourquoy tenez bien ce que vous avez, et gardez qu'un autre ne vous este vostre couronne : Tenê quod habei^ ut nemo aecipiat eoronam tuani.* Veilles continuellement sur vos exercices ; obser^ vez soigneusement tout ce qui dépend de vostre manière de vie ; en somme, serves fidellement Dieu en vostre vocation craints qu'elle ne vous échappe ; car si vous la per^ dez , elle ne se perdra pas pour cela, mais un autre y succédera.
Or les apostres choisirent deux des disciples de Nostre-Seigneur, qui estoient d'une grando sainctelé et pureté de vie, à sçavoir Joseph surnommé Juste, et S.
Mathias, pour en mettre un en la place de Judas; ce qui fut cause qu'il y eut un peu de difCculté, pour sçavoir lequel des deux seroit apostre ; tellement que pour cognoistre plus asseurement la volonté de Dieu, l'Ëscriture saincte dit qu'ils les mirent au sort : Et dederunt tortes eis, et cecidit sors super Mathiam, et annumeratus est cum undedm apostolis : Et le sort estant jette, il tomba sur S. Mathias, et par ce moyen il fut fait apostre. Et quoy que Joseph fust un homme de grande saincteté, neantmoins il ne feut pa^esleu à l'apostolat; pour nous apprendre que Dieu ne choisit pas tousjours les plus saincts et les plus justes pour gouverner et avoir des charges en son Eglise, non plus que dans la religion; et partant, ceux qui y sont appelez ne s'en doivent pas glorifier ny présumer d'eux-mesmes, pensant estre meilleurs ou plus saincts que les autres. Et ceux qui ne sont point receos à tels offices et charges ne se doivent point troubler, puisque cela ne les empeàchera pas d'estre justes et agréables à Dieu. Voilà donc comme S. Mathias succéda à Judas, et a esté un grand apostre; mais quelle fin fit Judas? il se désespéra, puis se pendit misérablement.
Doncques, pour conclurre ce discours, je dis derechef que c'est une chose trèsdangereuse de se laisser emporter à la suite de ses mauvaises inclinations, et ne pas vivre selon le devoir de sa vocation ; car il est certain que c'est ce qui a esté I la cause de la perte du mauTsis rieho sC
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de Judas! 0 Dieu! que c'est une chose redoutable, mes chères âmes, que do descheoir de sa vocation, et que nous devons avoir un grand soin d'y correspondre fidellement, et de morliner nos mauvaises inclinations, nous appliquant soiL^ncuscment aux choses de nostre devoir sans rien négliger, nous défiant tousjours de nousmesmes pour nous confier en la bonté de Dieu, Icquoi sans do\ile ne manquera jamais de nous donner les grâces qui nous seront nécessaires pour persévérer à son sainct service. Marchons donc courageu-
sement en la toye de nostre perCsetioii, avec humilité et fidélité. Correspondons promptement aux divines inspiraUons : et par ce moyen nous éviterons de foîre une mal-heureuse fin, comme le mauvais riche et Judas, qui furent ensevelis aux enfers; et parviendrons après cette vie à la jouyesance de Teternité bien-heureuse, ^vec te Lazare, qui fut porté dans le sein d'Abraham, et de là dans le ciel, pour y jouyravee le grand S. Matbias de la claire vision de Dieu, où nous conduise le Père, le Fils, et le Sainct-Esprit. Âmen.
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