‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 38 sur 356 · POUR LE TROISIESMR DIMANCHE DE CAHE8ME · texte numérisé non relu

POUR LE TROISIESMR DIMANCHE DE CAHE8ME

Owmê rêgnum im te ifuum dMtnm dê$olaMHir. S. Luc. ii. ToDt roYaame qui fera divisé et qni ne fera pat uni en •oi-meime fera detolè.

Tout royaume qui sera divisé , et qui ne sera pasuny en soy-mesnie, sera désolé , dit Nostre-Seigneur en l'Evangile de ce jour fr comme au contraire , tout royaume qui sera bien uny en soy-mesme par la concorde , ne donnant point d*entrée à la division , sera indubitablement remply de consolation; car les propositions estant contraires, les conséquences doivent estre de mesme.

Ces paroles de TEvangile sont des plus remarquables et considérables que Nostre- Seigneur ayt dites; c'est pourquoy les saincts pères se sont beaucoup arrestez à en tirer Finterpretation, et la plus part disent qu'il y a trois sortes d'unions , desquelles Nostre Sauveur et Maistre entendoit parler, et desquelles les divisions doivent enfin estre suivies de désolations. La première est l'union et concorde que doivent avoir les subjects avec leur roy, demeurant soubmis et obeïssans à ses lois ; la seconde est l'union , que nous devons avoir en nous-mesmes, au royaume de nostre intérieur, où la raison doit estre la reine , et à laquelle toutes les facultez de ^ noetre esprit, et puissances de nostre ame,

tous nos sens, et nostre corps mesme, doivent demeurer absolument soubmis el obeïssans, et sans cette obeïssance et aoubmission, nous ne pouvons nous empescher d'avoir de la désolation et du trouble ; nXm plus que le royaume, où les subjets ne sont pas obeissans aux lois du prince. Et la troîsiesme est l'union que nous devons avoir avec nostre prochain.

Mais d'autant qu'il faudroittropde temps pour parler de toutes ces unions, je m'arresteray seulement à la tfx)isiesme, qui est celle que nous devons avoir les uns avec les autres; union et concorde que Nottre- Seigneur nous a tant recommandée, et enseignée par ses exemples et par ses pardea, mais avec des termes si admirables, qall semble qu'il oubliast de nous reoomma^ der l'amour que nous luy devons porter et à son Père céleste , pour mieux inculquer dans nos esprits l'amour , la concorde el l'union qu'il vouloit que nous eussiona lee uns avec les autres , appelant le commandement de l'amour du prochain, son commandement, tiocestprœceptummêumfUi diligatis invicem sicut dilexi vos, comme estant le sien pius chery, voulant dire»

POUR LE nie DIMANCHE DE GARESME.

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qu'A astoit venu en ce monde pour nous renseigner comme un Maistre divin. C'est ponrquoy il n*inculque rien, tant ny avccdes paroles si preignantes , comme l'observatioD de ce commandement , non sans grand subjet, puisque son bien-aymé disciple S. Jean asseure , que quiconque dit qu'il ayme Dieu , et n*ayme pas son prochain, il est menteur; car on ne peut aymer Dieu sans aymer le prochain , qui est créé à son image et semblance : i^t fuît dixtrit, quoniam diligo Deum , et frairem suum odiî^ mendax ett : qui emim non diligit fratrem iuum quem vidett Deum quem non videt quomodo fotest diligere ^^)t

Or quelle est cette union et concorde que notts devons avoir par ensemble ? 0 certes 1 elle doit estre telle , que si nostre divin Sauveur ne nous Teust expliquée, nuk n*eust jamais eu la hardiesse de le faire aux mesmes termes qu*il a faict. Voicyces paroles : Mon Père, dit-il , en sa dernière œne lors qu*il eut rendu ce tesmoignage incomparable de son amour envers les hommes , en instituant le tres-sainct Sacrement de rEuchwrislie , je vous supplie que tous ceux que vous m*avez donnez Mieot unis ensemble comme vous , mon Vere, estes uny avec moy, et moy avec foos, et qu'ainsi eux soient un en nous : Ut amnes unumsint , sicut lu Pater in M, ei ego in te, ut et ipsi in noMs unum imf.Mais pour nous montrer qu*il ne parlât pas seulement pour les apostres , ains auàsi pour tous les chrestiens, il adjouste : le ne vous prie pas seulement pour ceuxey,maîs encore pour tous ceux qui croiront m moy par leur parole : Non pro eis auîm rogo lantum^ eed et pro eis qui ere^ amuri $unt per verbum eorum in me.

Mol, dis- je, mes chères âmes, n'eust jamais <aé (aire cette comparaison , ny demander fie nous fussions unis avec Dieu, et les ■s avec les autres , ainsi que le Père, le Fib ei le Sainct-Esprit , sont unis par enmble.

Cette comparaison certes semble estre da tout extresme , que nous soyons unis «Memble de cette union incompréhensible fM nulle créature ne sçauroit imaginer, artant une chose du tout admirable , que CBtte unité si incomprehensiblement sim-

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pie des trois personnes divines, qui nn peut estre comprise de nos petits esprits , nous soit donnée pour modello de l'union que nous devons avoir les uns avec les autres : aussi ne devons-nous pas prétendre de pouvoir parvenir à l'esgalité de cette union, car il ne se peut, ains il nous faut contenter d'en approcher le plus près qu'il nous sera possible , selon nostre capacité; carNostre-Seigneur ne nous oblige pas à rc5gaiité de cette union, ains seulement à la qualité et ressemblance , c'est à dire, que nous devons aymer et estre unis par ensemble le plus parfaictement , et le plus purement qu'il se pourra.

Or j'ai pris d'autant plus de plaisir à traitter de ce subjet aujourd'huy, que je treuve que S. Paul nous recommande cet amour du prochain avec des termes admirables, dans l'Epistre que nous avons leuë' en la saincte Messe, en laquelle il dit, escrivant aux Ephesiens : Eêtote imitatores Dei sicut filii churissimi^ et ambulate in dilectione, ticut et Christut dilexit nosy et tradidit êemetip$um pro nobis oblationem et hostiam Deo in odorem servitutis : Soyez imitateurs de Dieu , comme enfans trcs-chers , et marchez en la voye de dilection , et vous aymez les uns les autres, ainsi que le Christ nous a aymez , et s'est livré soy-mesme pour nous en oblation , et sacrifice à Dieu en odeur de suavité. 0 que ces paroles sont ay niables et dignes d'estre considérées et pesées ! Certes ce grand apostre nous fuict bien entendre, quelle doit eslre nostre concorde et dilection des uns envers les autres : concorde et dilection qui ne sont qu'une mesme chose, car le mot concorde veut dire union des cœurs, et dilection veut dire, élection des affections, ou union des affections.

0 Dieu, mes chères âmes 1 que la dilection que nouQ debvons avoir pour le prochain, doit estre parfaicte : mon Père, dit Nostre-Seigneur, je vous prie qu'ils soient un avec nous, comme vo*is et moy sommes un : Ut omnes unum sint, sicut tu Pater in me , et ego in te : ut et ipsi in nobis unum sint. Paroles par lesquelles il nous vouloit faire entendre comme quoy il desiroit que nous fussions tous unis ensemble, d'une saincte et tres-estroitte union , par le moyen d'une véritable dilection ; c'est pourquoy son glorieux apostre nous l'a r9>

SERMON

commandé s! particulièrement on son Epistre, nous exhortant de marcher cîi la voyc de la dilcction , comme enfans trcs-chers de Dieu, c'est à dire, que comme Dieu, qui est nostre Pcre, nous a aimez si chèrement qu'il nous a tous adoptez pour ses enfans , ainsi montrez que vous Timitez en vous «ymant chèrement les uns les autres , en toute bonté de cœur. Et aGn que nous marchions en cette t^aincte dilcction , d*un pas de géant, et non pas d'enfant, ce sainct aposlre adjouste , aymez-vous tous les uns les autres, comme Jesus-Christ nous a aymez ; or Nostrc-Seigncur ne nous a point aimez pour aucun mérite qui fust en nous, vins seulement à cause qu*ii nous a tous créez à son image et scmblance : £t créa' vit Deus hominem ad imaginem suam , ad imaginem Deimasculum ei feminam ereavil eos. Image et semblance, que nous devons aimer, et honorer on tout homme , quel qu'il soit, et non autre chose qui soit en luy, d^autant que rien n'est aymable en Iqy que cela : mais helasl au lieu de conserver et embellir celte divine image et ressemblance comme il devroit, il Penlaidit et souille en sorte par ses défauts, qu'elle n'est presque plus rcconnoissable ; et c'est ce qu'il ne faut nullement aymer au prochain , car Dieu ro le veut pas.

Mais pourquoy il a voulu que nous nous aymassions tous les uns les autres, comme il nous a aimez? et |)Ourquoy, disent les pères, il a pris tant de soin de nous inculquer ce précepte, et ce commandement de l'amour du prochain , comme estant semblable au commandement de l'amourde Dieu? Secundumautemestêimile t7/t(4) : cela certes les fait grandement estonner, do voir qu'il dit , que ces deux commandemens sont semblables, veu que l'un tend à aymer Dieu qui est la bonté mesme et duquel tout bien nous arrive, et l'autre tend à aymer l'homme qui est si remply de malice et par lequel tant de maux nous arrivent , car ce commandement de l'amour du prochain n'exclud personne, il contient mesme en soi l'amour des ennemis. Mon Dieu I quelle disproportion entre les deux objccts de ces amours I et cependant ces deux commandemens sont semblables, en telle sorte, que l'un no peut subsister $ans l'autre, et faut

nécessairement que l'un périsse , ou s'accroisse en mesme temps que l'autre perit| ou s'augmente, ainsi que î'nsseure S. Jean. Pline rapporte que Marc-Ântoine achep* ta un jour deux beaux jouvenceaux qu^ luy présenta un certain maquignon ; car, en ce temps-là comme l'on faict encora maintenant en quelques contrées, Tod vendoit des enfants, et il y avoitdeshonh mes qui en faisoient traÔc, comme l'on faict des chevaux en ces contrées deçà. Or ces deux jouvenceaux se ressembloicnt al parfaictcmcnt que le maquignon luy Gta<v croire qu'ils estoient jumeaux, et n'estoit quasi pas croyable qu'ils pussent avoir une si parfuicte rcs<^cmblance autrement, car estant séparez l'un de l'autre, l'on ne pEnivoit nullement juger lequel c'esloit des deux, et pour cela Marc-Antoine en fit un si grand estât, qu'il les achepta fort chèrement : après quoy les ayant faict conduire chez lui, il trouva qu'ils parloient un langage bien dlQcrent l'un de l'autre, d'autant que Pline rapporte que l'un cstoit du Dauphiné et l'autre estoit d'Asie, lieux ex trememont éloignez l'un de l'autre. Ce qv Marc-Antoine ayant sceu, et voyant que ces deux enfants non seulement n'estoieni point jumeaux, mais de plus qu'ils n'es* toient pas de môme pays, et qu'ils n'estoient pas nez sous un mesme climat, il » mit grandement en colore contre celuy qo les luy avoit vendus. Mais un de ses courti sans lui ayant représenté que la ressem blance de ces deux esclaves estoit d'autan plus admirable, qu'ils estoient de divera contrée, et qu'ils n'avoient point d'alliano ensemble, il demeura tout appaîsé , et ei fit tousjours depuis un si grand estât, qu'i oust mieux aymé perdre tous ses biens qa ces deux esclaves à cause de la rareté d leur conformité et ressemblance. 0 qn ces deux enfans qui esUmt d'un pays i extrêmement esloigné l'un de l'autre, c qui avoient neantmoins une si parfaict ressemblance , nous représentent mervcil leusement bien ces deux commandenien de l'amour de Dieu et du prochain; ca quel plus grand esloignement y peutavoir, que celuy qui se relreuvo entre 1 Créateur et la créature, l'infiny et le fin^ entre l'amour qui regarde Dieu immortel et l'amour du prochain qui regarde l'homm mortel, entre le premier de ces amours qi

POUR LE m* DIVikKCilE DE GARESME.

reçirde le del , et l'autre qui regarde la terre. Certes la ressemblance de ces deux amours est d'autant plus admirable, qu'ils sont plus éloignez l'un de Tautre.

C*est pourquoy nous devons faire comme Marc-Antoine , acheptant bien chèrement ces deux amours, comme jumeaux qui sept tous deux sortis des entrailles de la divine Miséricorde, et ce en mesme temps, cardes que Dieu créa Thomme à son image et semblance , il ordonna des cet instant mesme , qu^il aymcroit Dieu de tout son cœur, et son prochain comme soy-mesme, et la loy de nature a loQsjours appris ces deux préceptes , et les a comme gravez au tond du cœur de tous les hommes : de aorte qu'encore que Dieu ne leseust point doonez , toui^ les hommes neantmoins i n'eussent pas laissé de savoir qu'ils sont I obligez non seulement d'aymcr Diey mais \ lussi d'aymer le prochain ; et cecy , nous k voyons bien, en ce que Dieu trouva extrêmement mauvaise la réponse que luy fil ce misérable Caïn, lequel eut bien la bardiease , quand il luy demanda ce qu'il avoit fait de son frère Abcl, do luy dire qu'il n'estoit pas obligé de le garder : Aum iutot frairU meisum «yo[ 1 j? Parce que aulne se peut excuser ni dire qu'il ne Bçait (as qu'il faut que nous aymions nostre vwhain comme nous^mesmos, Dieu ayant mprimé cet amour au fond de nostre (XEur, en nous créant tous à l'image et {en4)Iance les uns dos autres; car portant tous l'image de Dieu en nous , nous somnes tous par conséquent l'image les uns des autres, ne représentant tous qu'un Desme portrait, qui est Dieu.

Cela estant donc ainsi , voyons un peu , ]a vous prie , mes chères sœurs , les ternes admirables par lesquels Noslre-Seigneur nous recommande l'amour du prodiain lAfandatum novum do vobii, ut di- Ugatii invicem sicut dilexivos (2), Je vous donne, dit-il , parlant à ses apostres, un commandement nouveau qui est que vous vous aymiez les uns les autres, ainsi que je vous ay aymez. Mais pour quelle cause ippelle-t-il ce commandement nouveau?

puisqu'il avoit esté desjà donné en la loy de Moyse , et qu*il n*avoit pas aussi esté i^noniDl en la loy do la nature, ayant esté ODgpu et mesme observé de quelques-uns

des le commencement du monde. En voicj les raisons.

Premièrement, Nostre-Seigneur appelle ce commandement nouveau , parce qu'il le vùuloit renouveler, et comme nous voyons que lorsqu'on met du vin nouveau en quantité, dans un tonneau où il y en avoit encore un peu de vieil, qui estoit restée l'on ne dit pas que ce soit du vin vieil qu*U y a dans ce tonneau, ains du vin nouveau, à cause que la quantité du nouveau sur-i passe sans comparaison celle du vieil : de mesme Nostre-Seigneur appelle ce coinmandement pouveau, parce que si bien il avoit esté ââimi aupar«vai>t ea la loy dP Moyse il n*£^y(ût pa^ neantmoins esté À serve , qua par un fort petit nombre de personnes. C'est pourquoy Nostre-Seigneur vouloit qu'il fust entièrement renouvelle i et qu'il rcceust les derniers traits de sa perfection , et que nous nous aymassionf les uns les autres, ainsi que faisoient lef premiers chrestiens, lesquels , au rapport de S. Luc, practiquoient si parfaictement ce commandement qu'ils n'avoient touf qu'un cœur et qu'une ame, ayant une tetle union par ensemble que jamais on n'y voyoit nulle division : AluttUudinis cr^^ dentium eratcorunum etanimauna^ nu quisquam eorum qui po^nidebat aliquid suum esse dicebat. Aussi jouyssoient-ils d'une consolation très -grande, par le moyen de leur union , qui estoit telle que tout ainsi que de plusieurs grains de fro* ment estant moulus et pestris ensemble , Ton n'en fuict qu'un seul pain , qui est composé de tous ces grains de bled , lesquels , bien qu'ils fussent auparavant se* parés et divisés l'un de Tautre, t^ont après tellement joincts et unis ensemble , qu'ils ne peuvent plus estre séparez , remarquez ny connus en particulier : de mesme les chrestiens avoieut une si grande union et un amour si fervent les uns pour les autres , que leurs cœuiu et lei^s volontoz estoient tout pej^le-mesle , et sainclement confus, sans que cette saincte confusion et meslange leur apportait aucun empeschcment ; ce qui faisoit que ce |)ain |)estry de tous ces cœurs estoit ex trememen t agroable à la divine ninjoslé. Et couune nous voyons encore que de plusieurs raisins no se faict qu'un seul vin, estant pres;>urez les uns parmy les autres, n'estant plus

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possible par après de remarquer quel est le vin qui a esté tiré de tels ou tels grains, ou de tels ou tels raisins ; ains tout estant pesle-ffiesie, ce n'est plus qu*un vin composé de plusieurs raisins : de mesme, ces cœurs des premiers chrestiens, dans lesquels la tres-saincte charité et diiection regnoit, estoient tous comme un vin mystique composé de plusieurs cœurs, comme de plusieurs grains de raisins. Mais ce qui faisoit qu*il y avoit une si grande union entr'eux tous, n'cstoit autre chose que la fréquente communion, laquelle venant à cesser ou à se faire rarement , la saincte diiection est venue* par mesme moyen à se refroidir entre les chrestiens, et a beaucoup perdu de sa force et suavité.

Le commandement de Tamour du prochain est donc nouveau, pour la raison que nous venons de dire, qui est, parce que Nostre-Seigneur Test venu renouveller par le tesmoignage qu'il nous a rendu que sa volonté estoit que ce commandement fust mieux observé qu*il n'esloit auparavant.

Il est encore nouveau, parce qu'il semble que Nostre-Seigneur Tait ressuscité. Et comme l'on appelleroit un homme nouveau, oeluy qui estant mort viendroità ressusciter : autant en peut-on dire de ce commandement, d'autant qu'il estoil tellement négligé entre les hommes qu'il sembloit cstre comme mort et a nean ti , si peu de personnes il y avoit qui s'en ressouvinssent, ou du moins qui l'observa 3Son t. Cest pourquoy Nostre-Seigneur le donne de rechef aux hommes, et veut que, comme un nouveau commandement, il soit practiqué fidellcmentet fervemment. 11 est aussi nouveau à cause de la nouvelle obligation que nous avonsde l'observer. Ha ! que nous nous devons rendre souples à l'observation de ce divin précepte, puisque Nostre-Seigneur est venu luy-mesme pour nous renseigner, non-seulement de paroles, mais beaucoup plus par ses exemples , d'autant que ce Maistre divin et tres-aymable ne nous a rien voulu enseigner qu'il n'ayt premièrement practiqué, et ne nous a donné nul précepte qu'il ne l'ayt premièrement observé devant que de nous h donner : car avant que de renouveller ce commandement de i'amour du prochain il nous a ayuicz et monstre par exemple, comme nous devons practiquer cet amour, et afin que

nous ne l'accusassions point de nonsavoi ordonné une chose impossible, il se donii premièrement à nous au tres-saînct sacn ment, puis il nous dit, aymez-vous les un les autres, comme je vous ay aymez.

Il est certes très-certain que les homme qui ont précédé de la loy evangelique M ront damnez s'ils n'ont pas aymé leur prc chain, puisque la loy de nature et la loy d Moyse les y obligeoient. Mais les chrestien qui ne s'aymeront pas les uns lesautrei et qui n'auront pas observé ce divin pit cepte de l'amour du prochain, après avoi eu l'exemple do Nostre-Seigneur, seroii damnez d'une damnation incomparabk ment plus grande.

Les anciens, je veux dire ceux qui es loient devant l'Incarnation de Nostre Sai veur et Maislre , peuvent avoir quelqn'ei cuse, s^ls n'ont pas bien observé ce coiii mandement ; car si bien l'on sçavoit des j dès ce temps-là que Nostre-Seigneur vioi droit reparer l'image et ressemblance d Dieu qui est en nous, par l'union de sa os ture divine avec la nature humaine, et pi sa mort et passion, ce n'estoit que quel ques-unsdes plus saincts qui avoientoeti cognoissance, comme les patriarches et le prophètes, car pour le reste des homme ils ignoroient quasi tous ces divins mystc res. Mais maintenant que nous sçavoni non qu'il viendra, ains qu'il est venu, < qu'il nous a recommandé tout de nouvea cette sainte diiection des uns envers le autres, combien serons-nous dignes de pi nition, si nous n'aymons nostre prochain

Mais se faut-il estonner, mes chère sœurs, si ce divin Sauveur de nos ame veut que nous nous aymions les uns les au très , comme il nous a aymez , puisqu* nous a tellement reslablis à cette parfaici ressemblance que nous avions avec luy, e unissant nostre nature à la sienne, qu* semble qu'il n*y ait plus de différence I certes, nul ne peut plus entrer en doute qu Timage et ressemblance de Dieu , laqueU estoit en nous auparavant rincarniUion d Nostre-Seigneur, no fust grandement îm parfaicte, et grandement distante de ] vraye ressemblance de celuy que nous n présentions, et duquel nous eslionslepoj traict et l'image 4 car quelle proportion ; pouvoit-il avoir entre Dieu et lu (roulure La couleur de ce poriraict estoit extreemc

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