‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 40 sur 356 · POUR LE JOUR DE L'ANNONCIATION · texte numérisé non relu

POUR LE JOUR DE L'ANNONCIATION

OwMiir 1» oicuh orU wri ■• qitim wuUora mê»i ui»r»Hm vino firûgr*nliamitgy«»li$eflbmii.Ctm

Qoe Je reçoive an baiser de tt propre booche : car toi mammeUet sont meilleurw

que lo Tin ol répandenl an plus doux parfum.

La divine amante jettent un profond aoupir, se prit à dire, qu'il me baise ce cher amant de mon ame , qu'il ma baise

d'un baiser de sa bouche ; car vos melies sont meilleures que le vin , et pandentdes odeurs grandement agreablaa

MUR LE lOUR Dfi L*Aim01fCIATI01f.

Otmm effkunm nmnen Ititim, Etvoetre nom est comme un huile respandu, lequel asiani composé de tous les parfums les plus précieux , exhale des odeurs souveninement délectables : Jdeo adoieêeentdm dilexerunt te. C'est pourquoy les jeunes filles vous ont aym6 et sont allées ipres TOUS : TVahe me poêi ie^ airremus h odorem Hnguentorum (uorum, Tirez- Boy après vous, et nous courrons à l'odeur de vos onguents.

Les pereà considérant ces paroles du GtnUqoe que Tespouse dit à son espoux : qnll me baise d'un baiser de sa bouche, disent que ce baiser qu'elle désire si ardemment, n'est autre que l'exécution du nystere de l'incarnation de Nostre-SeigMor ; baiser qui avoit esté si long-temps attendu et désiré par une si longue suite d'innées, de toutes les âmes qui méritent le nom d'amante : mais enfin ce baiser qui ivoit esté si long-temps refusé et difieré, fnt accordé par le divin espoux en ce jour de l'Annonciation que nous célébrons aujourd'huy, à cette amante sacrée Nostre- Onne, laquelle seule mérite le nom d'esponse et d*unique par excellence, au-dessus detoutes les autres, au mesme temps qu'elle tint à lancer ce soupir amoureux : OscU" khtrme o$euio orU «ut, qu'il me baise d'un baiser de sa bouche : car ce fut ibis que cette divine union du Verbe elemel, avec nostre nature, représentée per ce baiser, se fit dans les entrailles tres-pures de la glorieuse Vierge Nostre- Bime.

Mais voyez, de grâce, comme cette di- TJne amante exprime bien merveilleuse- Bentses anaours : qu'il me baise, dit-elle, œ cher amant de mon ame, c'est à dire, que ce Verl>e divin qui est la parole du Père éternel sortant de sa bouche, vienne enmoy s'unir à la nature humaine par Teatremise du Sainct-Esprit , qui est le soupir amoureux du Pore envers son Fils, ctdu Fils réciproquement envers son Père. Vais quand fut-ce que ce divin baiser fut donné à œste espouse incomparable ? ce lot aussitost qu'elle eut dit à l'ange cette parole tant désirée : liai mihi secundutn verbum tuum : Qu'il me soit fait selon votre parole. 01 consentement digne de pande réjouyssance pour les hommes , d'autant que c*est le commencement de

leur bonheur étemel. 0 alliance inoiiie, A grâce incomparable I le Père prend Nostre- Dame pour sa fille bien-aymée; le Sainct- Esprit, pour son espoux très-cher; et le Fils s'unissant personnellement à nostre humanité, l'a choisie pour sa Mère, qui sont leseffects admirables que ce divin baiser opéra en elle pour nostre salut au moment de l'Incarnation. Cela estant donc ainsi présupposé, nous ferons une petite méditation sur la suite des paroles que la divine amante dit à son bien-aymé, par lesquelles elle lu y donne des louanges nompareilles.

Premièrement après avoir demandé cet amoureux baiser, elle luy dit : Meliora iwnt ubera tua vino , Vos mammelles sont meilleures que le vin , respandant des odeurs extresmement suaves. Considérez, je vous prie, comme elle s'exprime merveilleusement bien. Les mammelles de Nostre-Seigneur sont ses amours : vos amours, veut-elle dire, mon bien-aymé, sont incomparablement meilleures que le vin de toutes les consolations terrestres. Les manunelles représentent les amours, d'autant qu'elles sont posées sur le coeur, et comme disent les médecins, le laict dont elles sont remplies est comme la mouelle de l'amour maternelle des mères envers leurs enfans; l'amour le produisant pour leur nourriture : c'est pourqiioy, dit la chère amante, vos amours qui sont vos mammelles, 6 mon bien-aymé! produisent une certaine liqueur tres-odori forante, qui recrée merveilleusement mon ame, si que je n'estime nullement la bonté des vins les plus précieux et délicats; les plaisirs de la terre ne sont rien en comparaison, ils sont plustost des ennuis que des contentemens. Le vin représente la joye et les plaisirs de la terre, d'autant qu'il resjouït le cœur de l'homme, et le fortifie : Finum lœtificat cor hotninii , dit le sainct prophète David. Les amours do Nostre-Seigneur ont une force incomparable et une propriété indicible au dessus des plaisirs terrestres pour recréer le cœur humain, car rien n'est capable do lui donner un contentement parfaict que le seul amour de Dieu. Regardez, si vous voulez, tous les plus grands de la terre; considérez leurs conditions, les unes après les autres, et vous verrez qu'ils n'ont jamais un parfaict con-

IN

SkMIOlf

(entem«ht; enr sMTs sont HChM «t eslet^t aux plus hautes digfiitéjk du monde, ifl en désirent toujours davantage.

LVxemj)!e d'Alexandre, que les mondains appellent le Ofand , nous renseigne assez et fortifie mon dire, parce fju'ay an t plus de bien que nul autre qui eustesté de vant luy, possédant presque l'empire universel de ^)ute la terre, cfl bslnni malstre et seigneur absolu , 6i que tout le monde observoit le silence en sa présence , les princes mesmes n*osoient dire mot, et ttrmbloient sous son aulhorité, pour le grand repecl qu'ils luy portoient. Néant* moins uii Jour entendant dire à Un certain philosophe qu'il y avoit endoro plusieurs autres mondes que celuy-cy , il se prit à pleurer tomme un enfant , d'autant , di- 8oit-il, qu'y ayant plusieurs mondes, il n'en avoit pas encore conquis un seul en* tierement , si qu'il desesperoit de no les pouvoir pas avoir tous en sa domination. Folie certes très-grande, Thomnie se peine eitremement à faire un grand trafic en cette vie pour trouver du contentement et du repos , et pour l'ordinaire son trafic est vain , et il n'en retire nulle utilité î n'esti* merci t-on pas, Je vous prie, un marchand bien fol et privé de jugement , lequel se travailleroit beaucoup à faire quelque trafic duquel il ne tireroit que de la peine?

Ceux donc qui savent asseurement , leur entendement estant esclairé de la lumière t^eleste , qu'il n'y a que Dieu seul qui puisse donner Un vray et parflAict contentement à leur cœur, ne font-ils pas un trafic vain et inutile , logeant leur cœur et leurs affe6tions aux créatures quelles qu'elles soyent, les bienë de la terre , les maisons , l'or , l'argent, les richesses , mesme les dignités et honneurs que nostre ambition nous faict rechercher et poursuivre si esperduëment, ne sont-ce pas des trafics bien vains ; puisque tout Cela est périssable , n'avons-nous pas grand tort d'y loger nostre cœur? puisque toutes ces choses , au lieu de luy donner du repos et de la quiétude, no lui fournissent que des subjets d'empressement et d'inquiétude , soit pour les conserver ou accroistre si on les a , oupour les acquérir si on no les a pas.

Je veux que nous donnions nos affections et nostre amour aux hommes qui sont créatures animées et capables dô raison, qu'esl-

eè qui nous en arriveHl? HùêXté triM lik Jier&-l-il pdè vain ? puié Qu'estant hotniMfe eomme nous esgaux en nature , ils ne pëdvent que nous donner un contre cschattg^ d'amour , nous aymant pbree qUe nous tel aymons; mais après cela ce sera tout ; Ëàr n'estant pas plus que nous , nous ne feroitl nul gain en nostre trafic , et ne recevroflft pas plus que nous leur donnerons.

Je passe plus avant , et veux que fiott aymions les anges ! quel gain , parlattt communément, en retirerons -nous? ne sont'-ils pns creUtures comme nous , esgi* lement subiettes à Dieu nostre commun il souverain Créateur? nous peuvent-ils esltfi ver de deux doigta? comme l'on dit ; nulle*' ment : les chérubins ny les séraphins n*dnt aucun pouvoir de nous ag;randir, ny de nous donner un contentement parfaict, d'autant que Dieu s'est res(;rvé cela à \\xf seul, tant il est jaloux de nostre amou^, ne voulant pas que nous trouvions où Ith* ger nostre cœur et nos affections hors de luy.

Il arriva une fois qu'un pape avoit Ufi chantre qu'il ayndoit extrêmement , d*aik> tant qu'il chantoit merveilleusement bien, mais ce chantre estoit grandement bijam et fantasque, et bien qu'il fust tant aymfi de Sa SainCteté , il luy prit un jour une fhntaisie de s'en aller et sortir de la cônt du pape ; ce qu'il fit, laissant son maistK bien fasché de sa sortie , lequel pensant et Soy-mesme, par quel moyen il le pourroil faire revenir en sa cour , il s'advisa d*uii artifice , qui fut d'escrire à tous les princes et grands seigneurs, que si ce chantn â'alloit présenter à eux , qu'ils rie le receufr sent poinct à leurs services , Jugeant que par ce moyen ce pauvre chantre seroit M fin contraint de revenir à luy, ne trouvaiH point de meilleure retraitte, te qui arHvt ainsi que le pape l'avolt désiré ; c^r estaAl rejeté par tout où il se presenloit, il s'en revint servir l'incomparabre chapelle de Si Saiuctcté.

Le cœur humain , mes chères âmes , an un chantre infiniment aymé de Dieu <}iii est la souveraine saincleté; mais céchaii« tre est plus bi jarre et fantasque qu'il ne SI peut dire ; car bien qu'il sçnchc que Diao prend un grand conten lement à ouyr ta louanges que le cœur qui l'aymo luy donné, et se plaide extrêmement aux eslans de nos esprits et en l'harmonie de nostre m»

POUR LB joim vit

riqw nteriNfi, llprend ttratefois Boutoni iBTieA ce roBorde 8*aller protneoer, ne M oofitontant pas de contenter Dieu , s'il ■e se contente encore soy^^mesme : folie et fantaisie certes insupportable: car quel bonheur, mais quel honneur, et qui^Ite plus ptnmde grâce? Et quel subjet d'un ferîtabte et parfait conlentemeftt pou?ons- Boos rechercher ou désirer , que d*estre aymé de Dieu « de le sertir , et d*eslre hp% en la tnnison de sa divine Majesté , e^8 dimd'atoir logé en luy tôiit nostre aBMNir ec nostre cœur» n*ayant d*âutre prelenUon que de lay èstré agréable ; et sependant voilft queoeccen^, se laissant tinporier à ^es fantaisie: , il va de créature eb createre, comme de maison en maison » pOdf TOir s'il en pourra trouver -quelqu'une qui le veuille recetolr , et qui liif donne un contentement parfaict. Mais c^est en vain « car Dieu qui s'est réservé ttchantrepottrluy seul , adeffendu à toutes les créatures de quelque nature ou con- -dition qu'elles soient de iuy donner une mitiible satisfaction , afin que par ce ■oyen tl soit contraint de s'en retourner à loa bon et incomparable malstre : et si bien oe chantre revient plus par furce que pir amour , il ne laisse paâ ncantmoinsde b recevoir en sa grâce, et Iuy dotmer le bB»merangel le mesmeoffice auprès de Iuy fn'auparavHnt, ouy niesme il >emble qu*il beareâsedavantageiaulieudelorabroUcr. 0 que la bonté de Dieu est grande enfers les hommes de teS trailter ainsi t Cest I iMmrquoy rBspouse a tre^-jaste raison de I s'escrier : Meliora êunt ubera tua vino, Omon bîen-aimé , que meilleures sont sans tDmperaison vos mammelles que le vin !

^e mille fois sont plus agréables vos Imours et vos délices, que toutes celles ds la terre et des créatures, pour précieuses et relevées qu'elleb puissent eslre , fuslent-elies des anges ; car elles ne nous fieuvenl aucunement satiafaire , ny contenter. Hét pourquoy donc, mes chères I lonirSf nous amuserons nous autour d'elles, espérant quelque contentement au iraOe que nous ferons à la recherche de hw amour? Taschonsdonc do n'aymer qoe Dieu , puis qu'il est eh nostre pouvoir d'acquérir son tres-pur amour qui seul peut contenter.

O^twdeate di?ine aouuite, Nostre-Dame

l>AlfIfOKGlATI01ll.

il»

et tree-«here MalatresBei avoitbien gooM la bonté de ses ditineé maMmelles, lort qu'en l'abondance des divines consolations qu'elle reoevoit en le contemplation de eoil bien-aymé, toute transportée d*aise et d'un oonlenlement indicible, elle se prist à louer ces divines mammelles , pour nOus incitersans doute à faire de mesme^etqult* ter toutes les autres prétentions des con« solations et Conientemens de la terre , afin d'avoir Thonneur et la grflee de les f^uccee, et recevoir le laict de la divine miséricorde qui en distille goutte A goutte sur céuk qui s'en Bppfoeheni. Mald elle ne s'nrreste pëB là. Car poursuivant, ôiéHm ffaiUih fké* men tuiim^ Voslre nom, ô lAon bieH^ aymé, dit-elle, est comme und huile respanduë qui est composée des plus excellentes et précieuses odeurs qui se puissent imaginer! voulant dire, mon blen-eyiiié n'est pas seulement parsemé, ains il est le parfum mesme ; c'est pourquoy , ad-* Jouste^t^elle, jidoîeBàénîHfib ditexerunf te , les Jeunes filles vous ont aymé.

Or qu'est-ce que cette amante veutquë nous entendions psr ces jeunes filles? Céi Jeunes fliles en ce sujet représentent cer* taines amôs lesquelles n'avant pas encorlt logé leur amour en aucune (lari, sont et* tremement propres pour aymcr le divin amant de vos cœurs , qui est Noslre-Sei^ gneur Jesus-Glirist, non que je veuille dire quo celles qui l'ayant desjsi donné à quelqu'un , venant par après à le retirer pour le donner à ce céleste Espoux , il ne le reçoive de bon cœur, et n'agrée le don qu'elles lui font de leurs aSbctions : mais pourtant il agrée grandement ées Jeunes umes qui Iuy dédient tout à fait leur» cœurs, pour la seule prétention de son shinct amour,

Vostre nom, poursuit celte âalnclo Es- (vouse, respand des odeurs si délectables ^ que les jeûnes filles vous ont aymé, voud dédiant tout leur amour et toutes .eurà affections. 0 Dieu ! quelle grâce do donner tout son aniour à celuy qui nous recompense si bien , en nous donnant lé bieû qui est d'un prix inoî^timablc. En donnant nostre amour aux créatures, comme J*a]^ dit, nous n'en recevons nul gain, d'autant qu'elles ne nous donnent pas plus que nous leur donnons : mais Dieu, ce devin Espout de nos âmes , nous donne le sien qui est comme un baume précieux, rependant detf

odeurs gomrerainemeiit suaves en toutes les facultez de nostre esprit.

Or comme cette saincte amante Nostre- Dame ayma souverainement ce divin Espoux, aussi fut-elle souverainement aymée de luy : car en mesme temps qu'elle se donna à luy et lui onnsacra tout son amour, qui fut lorsqu'elle prononça ses divines paroles : Ecce ancilla Domini , fiât mihi êêcundûm verbum iuum , Voicy la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon que vous me dites, et selon qu'il luy plaira ; voilà que soudain ce Verbe divin descendit dans ses entrailles sacrées , et se rendit ûls de celle qui se dedioit pour estre sa servante.

Mais ceste Espouse sacrée passant plus avant dans l'entretien qu'elle faict avec son divin Espoux : Tirez-moy , luy dit-elle, et nous courrons ; Trahe me post te, curremus. Les SS. Pères, considérant ces parolea, disent que c'est autant comme si elle disoit : Bien que vous ne tiriez que moy, nous courrons toutesfois plusieurs.

Et quand elle dict à son bien-aymé qu'il la tire, elle proteste par là qu'elle a besoin d'estre prévenue de sa grâce, sans laquelle nous ne pouvons rien faire. Mais après quand elle adjouste : Nous courrons; elle veut dire : Vous et moy, mon bien-aymé, nous courrons par ensemble, vous m'ayderez à courir, et j'auray l'honneur d'estre voslre cooperatrice ; ou bien , comme disent quelques docteurs, plusieurs courront avec moy, à ma suite, et à mon imitation plusieurs âmes vous suivront à Todeur de vos onguents : Currem^a in odorem unguentorum tuarum.

Nous voicy maintenant à la seconde partie de notre exhortation , qui est , mes chères filles, la profession et la dedicasse que vous venez faire de vos cœurs au service de la divine Majesté , dedicasse et offrande que vous n'eussiez jamais eu envie de faire , si le souverain Espoux de nos âmes ne vous eust tirées et prévenues do sa grace, ainsi que nous l'asseure cette divine amante, quand elle dit : Trahe me post te, curremus; Tirez-moy après vous et nous courrons.

La très-saincte Vierge fut tirée seule et la première par le céleste Espoux, pour se consacrer et dédier totalement à son service : car elle fut la première qui consacra

SERMON

son corps et son ame à Dieu per leimn de virginité: miiis soudain qu'elle enst ealé tirée, elle attira après elle quantité d'ames qui luy ont fait offre d'elles-mesmea pour marcher sous ses auspices sacrées, eo l'observance d'une parfaite et inviolable virginité et chasteté , Jdducentur r^gi virgines post eam, si que depuis qu'elle t tracé ce chemin elle a tousjours esté auivie d'un grand nombre d'ames qui se août venues consacrer par vœu au service de la divine Majesté. Ames tres^heres, et lesquelles la glorieuse Vierge regardoit quand elle disoit: Curremus, Nous courront, asseurant son bien-aymé que. pluaieura suivraient son estendard pour batailler soubs son authorité contre toutes sortes d'ennemis pour la gloire de son nom.

0 quel honneur pour nous, de pouvoir batailler sous cette vaillante capitainessa? Mais le sexe féminin semble avoir une obligation particulière à la suivre? car die l'a infmiment relevé et honoré : 0 si la More de Dieu eust esté de la nature angalique, combien les chérubins et les séraphins s'en glorifieroient et s'en tiendroien^ ils honorez? Nostre-Dame est bien aussi l'honneur, le prototype et le patron des hommes, des femmes et des veufves, qui vivent vertueusement : mais pourtant nul ne peut nier que les filles , à cause de la virginité, n'ayent une certaine alliance avec elle plus particulière que les autres, parce que cette ressemblance de la virginité leur donne une grande capacité, et un avantage tout particulier pour s'approcher de plus près de cette Ste Vierge.

Et pour moy je pense que ce qu'on a fait de tout temps une solemnité plus grande pour l^entrée et profession des filles en la religion , qu'on ne fait pas pour celle des hommes, n'est pour autre raison, sinon que ce sexe estant plus fragile , et faisaat un acte de si grande générosité conune il faict alors , il requiert aussi plus d'bon* neur, et Dieu mérite plus d'estre bonoré et admiré en la profession qu'elles font de vivre en la religion , que pour celle qoa font les hommes , d'autant qu'ils ne font pas un si grand renoncement de leur lî* berté comme font les filles qui se tiennent resserrées dans les célestes prisons de Nostre -Seigneur, qui sont les religions* pour y passer le reste de leu» joure.

POUR LE JOUR DE L^AIfNOIfGIATlOK.

SB pouvoir jamais sortir, si ce n*cst pour

kt occasions fort rares et signalées; si

lue Doos pouvons bien dire qu'elles font

me chose au dessus do la nature , estant

leoessaJre que Dieu leur donne une force

nmaUirelle pour faire cet acte si parfaict,

le se dédier à son divin service par un

vionceinent si grand , comme est celuy

lo'eUes font. Car on ne leur dit point ,

({D'estant religieuses, Nostre-Seigneur les

eooduira sur la montagne de Thabor, pour

dire avec S. Pierre, bonum est nos hic

MM (4), il fait bon icy ; au contraire , on

fefur dit, soit qu'elles veulent faire profes-

BOD y ou entrer au noviciat, il vous faudra

aller sur le mont du Calvaire pour vous y

crnciOer continuellement avec Nosirc-Sei-

gneur; il vous faudra cruciBcr vostre en-

toidement afin de restraindre toutes vos

pensées pour n*en admettre volontaire-

iDent aucunes que celles qui vous seront

narquées, selon la vocation que vous choi-

nsez. U faudra de mesme crucifier vostre

ncmoire , pour n'admettre jamais aucun

KMOuvenir de ce que vous avez laissé au

Boode. Il faudra enfin que vous crucifiiez

et attachiez à la croix de Nostre-Seigneur

lOCre volonté particulière pour ne vous en

phis servir à vostre gré, ains il vous faudra

ntre en parfaite soubmission et obeyssance

tout le temps de vostre vie.

INtes-m'oy donc, s'il vous plaist, n'estce pas un acte de très-grande générosité , et digne d*eslre honoré , que celui que looft faictes , mes chères filles, en faisant T06 vœux, bien qu'on ne vous représente que croix , qu'espines , que lances , que doods, et enfin que mortifications en la religion. 0 âmes grandement généreuses , que vous monstrez bien qu'en vérité vous bataillez et marchez sous les auspices de Dostre saincte et glorieuse Maistresse , la tres-saincteViergelO sans doute il faut bien que vous ayez considéré que c'est le propre de l'amour de rendre léger ce qui est pomt, doux ce qui est amer, et facile ce qui est insupportable sans amour : Vostre l^eux père S. Augustin a grandement Utxk exprimé cette vérité, disiint que cefaiy qui aime ne trouve rien de fascheux, de difficile ou de trop pénible : le travail , dit-ii , ne se trouve point en Tamour, ou s'il s'y Ireuve, c'est un travail bien-aymé,

Ubi amatur non lahoratur, aut si labO' ratur labor amatur.

Allez donc, mes chères filles, ou plustost venez amoureusement vous dédier à Dieu, et au service de son tres-pur amour, et bien que vous rencontriez du travail , la peine vous en sera bien douce en i'asseurance que vous contenterez Dieu, et vous rendrez agréables à vostre chère patronne, laquelle bien qu'elle n'aye pas eu le nom de religieuse, n'a pas laissé pourtant d'en practiquer très- parfaitement les exercices , et laquelle , bien qu'elle soit protectrice de tous les hommes, et de chaque vocation en gênerai, s'est neantmoins rendue particulière protectrice des Vierges qui se sont dédiées au service de son divin Fils en la religion ; d'autant qu'elle a esté comme une abbesse qui leur a monstre l'exemple de tout ce qu'elles dévoient faire pour vivre religieusement : et qu'ainsi ne soit, je vous presenteray seulement trois poincts à con sidérer, lesquels je ne feray que toucher en passant, qui se trouvent dans l'Evangile de ce jour, auquel il est dit que l'ange s'adres sant à cette Ste Vierge pour luy annoncer le mystère incomparable de llncamation du Verbe éternel, il la trouva en Galilée , et en la ville de Nazareth , retirée toute seule dans sa chambrt».

Quant au premier poinct , qui est que Nostre-Dame estoit au pays de Galilée, est une diction hébraïque, qui vaut autant à dire que transmigration ou passage. Mais pour entendre cccy, il faut que vous sçachiez qu'il y a de deux sortes d'oy seaux; les uns qui sont passagers, et les autres qui ne le sont pas : ceux qui sont passagers font la transmigration , d'autant qu'ils passent d'un lieu à l'autre , comme font les arondelles et les rossignols qui ne demeu* rent pas ordinairement en ces quartiers , ains ils n'y sont qu'au temps des chaleurs et du printemps, et l'hy ver venant ils font la transmigration , se retirant aux autres pays , où le printemps et les chaleurs sont en mesme temps que nous avons icy les froidures de l'hiver : mais le printemps revenant, ils reviennent et font de rccbef la transmigration , c'est à dire le passage d'une contrée à l'autre , nous venant re» créer par leur petit gazouillement.

Les 'religieux et religieuses ne sont-i!s pas au païs de transmigration , ot ne foal*

sfeMtotr

fin pas lé pasftfigé du monde eh ta religion, comme en un lieu de printemps, pobr chadterled divines loUahges, ëi pours*exempier de souffrir les frrtidures ëi les gelées du hiondel Hél n*ëâU« pas poub cela qu'ils entrent en la religion, où il n*y a que printemps et que chaleur, le soleil do justice dardant fbrt ordinairement ses rayons sur les coeurs des religieux , lesquels il n'esliliauiïe pas moins en leâ esclairant quMl les ^solaire en les ëschauiïant.

Or qu'est-ce que le monde, sinon un hytèf extrêmement frdid , où il n*y a mie des imes gelées et froides comme glace ? J'entends ceux qui estant du monde , vivent selon les \t>\t du mbnde : car je sçay bien qu*on peut Vivre parfaitement en toute aorte de vocations, mesme dans le monde, aussi bien qu'en la religion; etpouryeu ({u'on veuille vivre vertueusement, l'on peut en tous lieux parvenir à un très-haut degré de perfection. Mais pour parler selon que nous voyons estrë le plus ordinaire , Ton ne rencontre presque au monde qiie des cœurs de glace, tant ils sbht froids , et peu esehauifez de ce feu siiprdsmé de l'amour de Dieu , dont tous les autres feux prennent léilr origine et leUr chaleur , car comme le sUleil est celuy qui donne de la chaleur à toutes les choses de la terre , laquelle ne produiroit rien sans luy : ainsi l'amour de Dieu est ce divin soleil qui donne de la chaleur au coeur humain quand il est disposé pour la recevoir, et sans ce feu sacré 11 demeure plus froid qu'il ne se peut dire.

Nostre-Dame done, comme les religieuarn, estoit au pays de transmigration ; mais à Dieu, qu'elle fit admirablement bien cette transmigration i passant d*un degré de perfection en un aulhe plus relevé ! Bref , sa vie ne fut autre chose qu'un passage continuel de vertu en vertu ; en quoy toutes les religieuses la doivent imiter le plus parfaitement qu'elles pourront , puis e^u elles sont celles qui l'approchent de plus près que tout le reste des créatures : car saUs doute elles sont de ces vierges, dont parle le psatmiste , quand il dit , qu'elles seront amenées au roy, les plus proches d'elle : jiddHCetKur Jiegi Firgines post eam proœimœ ejus (1). L'amour ne dit jamais iufficitf c*cdt assez; il veut qu'on aye le

M Pfftl. XUT.

courage de vouloir tousjoufa aller (dis avant eu là vOyé dés volontêz du bieiiaymé.

La seconde remarque que le fais sur lei naroles de PEvangile, est quoNosti^-bame lut trouvée par l'ange en la elle de Naxarelh : or Nsizârcih veut dire (îèUrs , elle fut donc trouvée en la cité des fleurs, ou en la citée fleurie. 0 t\\ie cette cite rious représente bien i propes la religion i car qu'estce que la religion ,^ sinon une maison , oo une cité fleurie et toute parsemée de Qeurs, d'autant qu'on n'y fait chose quelconque (quand Un y vit ^elori Its règles et statuts d'icelle) que ce ne soit autant do fleuri*, les mortiGca lions, les humiliations, leaorai sons , bref tous les exercices qu'on y prattique, qu'est-ce autre chose que des actes de vertus, qui sont comme autant de belles fleurs, qui resbandënt une odeur extrême ment suave aevant la divine Majesté? Dohc l'on peut dire que la religion est un

Earlérre tout parâèmé de fleurs, tres-agrefr le à la vcuè' , ot d'odeur tres-«alutaire i ceux qui tes veulent odorer.

Il ëetdonc dit de là tres-saincto Vierge, qu'elle estoit en la cité fleurie : mais qu'e^ toit-elleelle-mesme, sinon une fleur choisie entre toutes les antres heurs pour û rare beauté et son excètlehce ; fleur qui par son odeur incomparablement suave , a la propi*iélé d'engendrer et produire plusieurs autres fleurs : fforius conclusus toruf mea sponsa : Vous estes un jardin clos el ferme, dit l'espoux sacré du Cantique, à la tres-saincte-Vierge ; jardin qui est loutempcHé et émaillé des plus belles fleurs qui aa puissent trouver. Mais à qui appartiennent, je vous pHe, tant de belles et oidoriferantês fleurs dont l'Eglise a esté remplie et oméei sinon à la tres-sainctc Vierge, l'exempledé laquelle les a toutes produites? Et n'est-ce pas par son moyen que l'Eglise a esté pa^ semée de roses des martyrs invincibles eb leur constance? des soucis de tant dé saincls confesseurs, et des violettes ié tant de saincles veufves qui sont peliteii humbles et basses comme ces fleurs , mail qui respandent une très-bonne et suave odeur : et enfln n'est-ce pas à elle A qiii appartiennent plus particulièrement tant do lys blancs , do pureté et de virginiié toutes candides et innocentes; d'autant que c'a esté à son exemple , quo tant de

POUR LE JOUR DE I.'APiNOIfCUTIOIf.

Ul

▼M^get OQi eoDuoré leurs oœurs et leurs corps à Ja divine Mejesté, par -une resolutkm et un vœu tre&-indissoiuble do conserver leur vii^inité et pureté.

Il y a quelques docteurs qui tiennent qu'elle a institué des congrégations de tHeêf et qu'estant allée à Ephoso avec son bien-aymé fils adoplif S. Jean, elle en dressa une, auxquelles elle donna des relies et constitutions. 0 quelle divine abbttse I Et que ces religieuses estoient heureuses d'avoir été instituées par celte diviae doctoresse, qui avoit puisé sa science dans le cœur mesme de son Fils , Noslre- Seigneur, qui est la sapience du Père Eternel.

La troisiesme remarque que je fais sur les Paroles de TEvangile est , quelle fut tieuvéo toute seule dans sa chambre, quand Fange la vint saluer, et luy apporta eette tant gracieuse nouvelle de Tlncarnalion du Fils de Dieu dans ses chastes entrailles : et les religieuses que font-elles «itre chose, sinon de se tenir retirées dans leurs cellules? Et non contentes de cela, elles se retirent encore en elles-mesmes pouresCre plus seules, et par ce moyen se rendre plus capables do jouyr de l'entretien de leur bien-aymé, se retirant au fond de leur cœur, comme dans un céleste cabinet où elles se tiennent en solitude : mais vous avez bi^au vous cacher, les anges rousBçauront bien trouver; car ne voyezvous pas que Nostre-Dume estant retirée toute seule, elle fut bien trouvée par rarcbangeS. Gabriel.

Or les sainctes vierges et les vrayes religieuses ne sont jamais plus à leur contentement, que lorsqu'elles sont toutes seules alÎQ de mieux contempler la beauté do leur oelesto amant , et pour cola, elles se reti* reni encore en elles-mcsmes : ausï>i est-il dit par lo psalmisle , que toute la gloire et la beauté de la fille du ruy est au dedans , c*est à dire en rinlerieur : Omnis gloria jUiœ régis ab intus (1). Et pour conserver et aocroistre cette beauté intérieure , elles sont lousjours attentives , afin de rclrancàer à tous propos ce qui la pourroil tant mi peu ternir, parce qu'elles .savent bien que le divin Ëspoux regarde luy seul dedans , bien que les hommes no voyent que le dehors. C'est pourquoy cesto espouse

(1) ftÊL XUT.

bien aymée, je veux dire l'ame qui 8*est consacrée à la suite de ses divins -amours , afm de ne plaire qu'à luy seul, se retire en olle-mesme pour luy préparer dans son cœur imo demouro qui soit agréable à sa divino Majesté. C'est pour ce subjet qu'en la religion Ton recommande tant la soli^ tudo , et nous voyons son utilité, en ce que Nostre-Dame la practiquant, et estant retirée , elle mérita dans ce temps-là mesma d'estre choisie pour estre More du Fils de Dieu.

Considérons un peu, je vous prie, avant que de finir, les vertus que cette sacrée Vierge pracliqua, et nous fit spécialement paroistre au jour de l'Annonciation glorieuse. La première fut une virginité et pureté si pajrfaite, qu'elle n*a point de semblable entre les pures créatures. La seconde fut une tres-saincte et très-profonde hunulité, qui fut joincte et unie inséparablement avec une tres-ardente clubriié.

La virginité et parfaicte chasteté est une vertu angelique : mais bien qu'elle appartienne plus particulièrement aux anges qu'aux hommes, si est-ce pourtant que Nostre-Dame les surpasse infiniment en cette vertu ; sa pureté et virginité ayant trois excellences très-grandes au-dessus de celle de^ anges ; ce que je vous feray voir par trois raisons que je deduiray briefvement.

Le première raison est, que la virginité de Nostre-Dame a cette excellence, ce privilège, et cette sureminence au dessus de celle des anges, qu'elle est féconde, et celle des anges est stérile et ne peut avoir de fécondité : celle de Nostre-Dame est non seulement féconde, en ce qu'elle a produit et porté ce doux fruict de vie de Nostre- Seigneur : mais elle est encore féconde, d'autant qu'elle engendre plusieurs vierges, et que c'est à son imitation (ainsi que nous avons dit) que tant de filles consacrent, voilent et dédient à Dieu leur pureté. Or non seulement cette glorieuse vierge a cette fécondité, mais elle a encore cette propriété de pouvoir reparer et restablir la virginité et pureté de l'ame qui a esté souillée et taschée; et du temps qu'elle vivoit, elle a appelle à sa suite plusieurs vierges, qui la suivoient etaccompognoient par tout, comme Ste Marthe,

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SERVOn

Ste Marcelle , et antres : mais en particulier, ne fut-ce pas par son moyen que Ste Magdelcine, qui avoit l'ame noircie d'immondicitez , fut après sa conversion enroUée sous l'étendard de la pureté virginale? car estant convertie, elle devint comme une phiole ou un beau vase de christal tout resplandissant et transparant, capable de recevoir et retenir en soy les eaux les plus précieuses de la grâce.

La virginité de Nostre-Dame n'est donc point stérile comrne celle des anges , ains elle est tellement féconde que dès Pheuro qu*clle Teut vouée à Dieu jusqu'à maintenant, elle a tousjours faict de nouvelles productions; et non seulement elle produit des virginilez par elle-mcsme , mais elle faiçt encore que les vierges qu*eile produit en produisent d'autres, parce qu'une amc qui se dédie parfaictement au service de Dieu ne sera jamais seule , ains elle en attirera plusieurs à son exemple et à la suite des parfums qui Tont attirée elle-mesme; c'est pourquoy l'amante sacrée dit à son bien-aymé : TYoke me post te, curremust tirez-moy et nous courrons (4)-

La seconde raison pour laquelle la virginité de Nostre Dame surpasse celle des anges , c'est parce que les anges sont vierges et chastes par nature. Or l'on n'a pas accoustumé à proprement parler deloiicr une personne do ce qu'elle a de nature, d'autant que ce qui est sans élection ne mérite point de loUanges. L'on ne loiie pas le soleil de ce qu'il est lumineux , car cela luy estant naturel, il ne peut estre autrement. Les anges ne sont pas non plus loiiables de ce qu'ils sont vierges et chastes, d'autant ((ue n'ayant point de corps, ils ne peuvent estre autrement. Mais la tressaincte Vierge a une virginité loiiable, parce qu'elle l'a choisie , esleuëet voilée : et si bien elle a esté mariée, ce n*a point esté au préjudice de sa virginité, parce qu*elle fut mariée à un mary vierge, et qui . avoit comme elle voilé sa virginité.

Pour troisiesme raison , la virginité de Nostre-Dame surpasse encore celle des anges, en ce qu'elle a esté combattue et esprouvée, ce que celle des anges ne peut estre, d'autant qu'ils no peuvent deschoir do leur pureté, ny recevoir aucune es-

(i)CaBt.i.

peu ve. Sur quoy le grand S. ilugnstin dit, parlant aux-angies : il ne vous est pas difficile, ô esprits bien-heureux, d'estrepon et d'estre vierges; puisque vous ii*est8S pas tentez, ny ne le pouvez estre.

L'on trouvera peut-estreestrangeoe qne je dy, que la pureté de Nostre-Dame a esté esprouvée et combattue; mats cela est pourtant vray , et d'une espreuve très** grande. Mais à Dieu ne plaise que nous pensions que ces espreuves ressemblent aux nostres , parce qu'estant toute pure et la pureté mesme, elle ne pouvoit recevoir les attaques que nous recevons en nostre pureté, car les tentations n'eussent nullemeot osé aborder ce mur inexpugnable de son intégrité virginale, ainsi qu'elles nous importunent nous autres qui portons la tentation en nous-mesmes : tentation si importune, que le glorieux apostre dit qu'il prioit plusieurs fois lejourNostre-Seigneur de la luy vouloir ester, ou bien de la modérer en telle sorte qu'il y pust résister sans roffenser(l). Nostre-Dame ne reoeutelle pas une espreuve bien grande quand elle vit range en forme humaine? Ha! ne le voyons-nous pas , en ce qu'elle commença à craindre et à se troubler, si que Fange luy dit : Ne timecu , Maria (t): Marie, ne craignez point : car si bien vouloit-il dire , vous me voyez en la forme d'homme , je ne le suis pas neantmoins, ny ne veut point vous parler de la part des hj>mmes ; ce qu'il dit voyant que sa pudeur virginale commençoit à entrer en peine.

La pudeur , dit un sainct personnage, est comme la sacristine de la chasteté ; et tout ainsi que le sacristin d'une Eglise vt toujours regardant autour de l'autel pour voir si l'on n'y a point pris quelque chose, et a un très-grand soin de bien fermer les portes , crainte qu'on ne vienne desrober quelque chose sur l'autel : de mesme Ui pudeur des vierges est tousjours aux aguets, pour voir si quelque chose ne viendra point attaquer leur chasteté , de laquelle, ou pour la conservation de laquelle j elles sont si jalouses, que dès qu'elles voient quelque chose, mesme quand ce no seroit que Tombre du mal, elles s'osmeuvent et se troublent, ainsi que Gt la très < saincte Vierge , qui ne fut pas seulemenl

(IJ Cor. IL — (1) s. Lue, 1.

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