‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 67 sur 356 · POUR LE JOUR DE U PENTECOSTE · texte numérisé non relu

POUR LE JOUR DE U PENTECOSTE

CkàHha Dêi Hffkiû têt in eotdihui nàilrii , per Spiritum tanrtum , qui datm et I nohii. Ko«.l^ La ehtrilé a« Dimi êêi ré|iaiidiit dam noi cours par le Sainct-Esprit, qui nous est donné. .

Toutes lesoBUvres de Dieu qui regardent le salut des hommes et des Anges, sont attribuées d'une façon particulière au Sainct- Esprit , d'autant que le Sainct-Esprit est l'amour du Père et du Fils. Dieu n'est qu'un en essence, toutesfois la divinité est en trois personnes, Père, Fils etSaincttisprit , qui ne sont qu'un seul vray Dieu , et par conséquent il est impossible que ce que fait Tune des personnes divines , les autres deux ne le fassent semblablcmcnt ; et comme dit le symbole de 8. Âthanase, fe Père eet créateur, le Fils est créateur et le Suinct-Esprit est créateur, et toutes les œuvres de la création ont esté et sont esgalement faites par les trois personnes divines. Neantmoins , parce que le Suinct-Esprit est l'amour du Père et du Fils , on luy attribue les œuvres qui procèdent de la bonté de Dieu , comme sont la juàtiûcalion et sanctification des âmes , ainsi que les œuvres qui procèdent immédiatement de la toute-puissance, comme celles de la ereation sont attribuées au Père; c'est peurquoy nous disons : Credo in Deum Fûtrem omnipotentem , creatorem cali et terrœy Je croy en Dieu le Père tout-

puissant, créateur du ciel et de la terfëf mais les œuvres do la sagesse sont attrir buées au Fils, parce qu'il est Ferhuié Patrie , La parole du Père ; c'est pourquoy l'œuvre do la rédemption luy appartient, d'autant que comme un Ires-sage medechi, il a sceu guérir lu naluro humaine , et ld|^ appliquer la médecine propre à tous sw maux.

Les œuvres donc qui procèdent de II bonté de Dieu sont attribuées au Sainci» Esprit, parce qu'il est l'amour, c'est à dirs le souspir amoureux du Perc et du Pilt. Or on cette festc ayant à considérer lei œuvres du Saincl-Ësprit, les uns les regar* dent comme fruicts, ainsi qu'ils sont dea» crilâ par l'aposlre S. Paul en lepistre aux Galatcs : Fruclus autem Spifitus esi charilas, gnudium, pax, patieniia, ion*' ganimitas, bonitas, benignilas, mansuê^ tudo^fides, modestia, continentiayCûsH^ tas; Les fruicrs de l'Esprit, dit-il, sont charité, joye, paix, patience, longanimité; bonté, bénignité, mansuétude, foy, modal^ tie, continence et chasteté. Les autres Tel

considèrent et partagent et» dons de science; d'interprétation, et autres, que rapporté le

POUR LA PiniTECOSTE.

\ eposire en son epistre 4 aux Cor.

lor les ramasser il nous les faut con- ' 80US les sept dons desquels il est m Isayo.

t dit au livre des Nombres (4) que ominanda à Moysc de mettre un ihandelier d'or auprès du tuberna- »qucl portoit sept lampes pour esperpctuelloment. S. Isidore, et dojy S. Cyrille Hierosolomitain , ont ce chandelier d*or et ses sept lam- >resenloient le Sainct-Espril et ses DS : et il est vray que grâce, lumière, *, clarté et bénédiction procèdent ict-Espiit , c'est à dire de Dieu , en 11 est iimour ; mais ces gi acos et ces I lumières et bénédictions, sont paren sept dons du Sain'cl- Esprit, verge sortira de la racine de Jessé , prophète Isaye [2], c'est à dire la , et de la Vierge une fleur , c'est à î FilsNostre-Soigneur Jesus-Chrisl, :etle fleur le Suincl-Espril reposera communiquera Tcspril de sapience tellect , l'Esprit de conseil et de l'Esprit de science et de pielé , et il ;mply de la crainte du Seigneur; \elur virga de radice Jesse, et flou iee ejiis ascendet et requiescel sum SpiriluJ! JDomini, Spiriius sa- 9 et intellectus, Spiriius consilii et diniSt Spiriius scientiœ etpielatis, bit eum Spiriius limoris Domini.

e que riiumanilé sacrée de nostre ra esté comme une divine fleur sur }■ le Saine t-Espril s'est reposé pour nmuniquer ses sept dons. Ce qui t très-bien représenté par cechan-' i*or avec ses sept lampes, qui esloit le tabernacle en l'ancienne loy et louvoit estre appelle une fleur, parce vases esloient disposez en guise de e lys.

ins maintenant quels sont ces sept le prophète les rapporte selon Torleur dignité ; et d'autant que le don snce est le plus excellent et relevé, il le premier, et les moins excellons tet les derniers. Mais nous qui en parler pour nous instruire, il nous •mmeDccr par les plus bas pour par après aux plus hauts , et puisas sommes en terre , commençons

%. VOL — (t) liale, XI.

par le premier degré , et quand nous serons par\'enus en haut , je veux dire au ciel , là nous pourrons puiser les thresors de la sapience infinie dans le sein du Pero éternel.

Voicy donc pour commencer à monter cette divine eschclle , que le premier don du Sainct-Esprit est le don de crainte de Dieu : mais quelle crainte? me direz- vous, car il y a deux sortes de crainte de Dieu, â sçavoir, crainte inférieure et crainte supérieure : Inilium sapientiœ timor Do»

mini (4). Le commencement de la sapience, c'est la crainte de Dieu , dit le psalmiste; et en un autre lieu : Timete Dominum.

omnes sancli ejus (2). Craignez Dieu , o vous tous ses saincts et esleus. Et le sage dit : On escrit tant de livres qu*on veut; mais l'abrégé de tous c^est la crainte de Dieu. Mais qu'appeltez-vous crainte info* rieure et crainte supérieure, dira quelqu'un? expliquez-nous en quoy elle consiste ?

La première sorte de crainte, que j'appelle inférieure, nous fait craindre Dieu en tant qu'il chastie les mal-faicteurs : mais cette crainte est servile , et semblable à celle des forçats de galère qui ne voguent que par force , et ne vogueroient jamais s'ils ne craignoient qu'on les acoablast à coups de nerfs de bœuf. De mesme il y a plusieurs personnes , lesquelles ne quitteroient jamais leur mauvaise vie , s'ils ne craignoient la mort, le jugement et les peines de l'enfer : et cette crainte est la plus générale entre les hommes, ainsi que 1 expérience le fait voir tous les jours ; car de dix mille penitcns, il n'y en a peutestre pas un qui ne commence son salot par cette crainte de la mort , du jugement et de l'enfer. C'est pourquoy le sainct pro* phcle David parlant à Dieu , luy dit : Vous assujettirez sous vostre empire les roys et les grands , et les emprisonnerez avec des menottes et des cliaisnes de fer ; Ad allU gandos reges eorum in compedilnu , 9t nobili'S eorum in manicis ferreiê.

Ces menotes et chaisnes do fer (dit S. Augustin), c*est la crainte d'estre damné , et cette crainte est bonne pour commencer son salut , parce que les hommes reconnoissant qu'il est impossible que Dieu ne se venge des pescheurs qui

(I) PmL a ti Protcrk. i. •• (i^ ^nL u»n i locl«4Ui.

SERIOIf

Tont offensé, ils craignent et redoutent ces chaslimens : et cette appréhension est naturelle ; car comme la nature nous enseigne qu'il y a un Dieu, aussi , dit S. Chrysostome , il est impossible de penser qu'il y a un monde rcgi et gouverné par sa providence , que sa justice ne soit exercée sur les hommes pour punir leurs péchez. C'est pourquoy les philosophes payens, comme Platon , Arislote, et les autres, ont craint et ont pen>é que Dieu après celte vie chastiei'oil les oiTenses.

Et ne lisC'Us-nous pas es actes des apostres, que Félix , président de Judée , trembla et fut saisi d'une grande crainte, nonobstant qu'il fust payen , entendant parler S. Paul du jugement dernier, et toulesfois il ne se convertit pas? Ainsi plusieurs craignent les divins jugemens ; mais leur cœur n'est pas transpercé de cette crainte. Il leur vient bien une certaine crainle, laquelle n'estant que dans la partie inférieure, et dans les sens, elle n'opère rien dans leurs âmes; ou au contraire la. crainte qui nous est donnée du Sainct- Esprit entre et penelre le cœur, et opère des fruicts dignes de pénitence. C'est pourquoy vous voyez d'ordinaire que ceux qui n'ont cette crainle que dans la partie inférieure s*en retournent d'ordinaire de la prédication mélancoliques, en leurmaison, comme au contraire ceux qui ont la crainte du Sainct-Esprit s'en retournent convertis et penitens.

C'est le subjcct pour lequel David faisoit cette prière a Dieu : Confige timoré tuo carnes meas , à judiciis enim timui; Je demande, ô Seigneur, di^oit-il, que vous lanciez dans mon cœur la sagette do vostre crainte , afin qu'elle le transperce , car je me suis espouvanté à la veuë de vos jugemens. Et S. Hierosme disoit que la crainte des jugemens de Dieu transperçoit si fort son am3. qu'il luy sembloit tousjours d'entendre retentir à ses oreilles cette voix espouvantable des anges : Surgite moriui, venile ad judicium; Levez-vous, morts, et venez au jugement. Mon Dieu ! combien de personnes ont quitté le pcché par cette crainte du jugement. C'est donc à très-juste raison qu'elle est dite le commencement de la sapience , et l'amour la consommation , qui nous fait monter au ciel pour nous joindre à Dieu : mais pour

arriver à ce bon-heur, n faut quitter k poché, et pour le quitter il le fautcraindrei. Et voilà ce que fait cette crainte Inférieure. La deuxiesme sorte de crainte, que j'appelle supérieure est celle qu'on a de perdre le ciel ; ce que je dy d'autant qu'il y a dei personnes si charnelles et attachées aux choses de la terre , lesquelles comme sll n'y nvoit point de paradis, ains seulemeat des peines d'enfer, ne se soucient point de le perdre, estant très- contentes de la possession de ce paradis mondain, terrestre, mal-heureux et infortuné , n'ayant point de prétention au paradis céleste. Or II crainte de Dieu ne comprend pas seulement l'appréhension des peines d'enfer, aim elle a encore celle de perdre le paradis. La générosité relevant donc nostre cœur apni ces biens éternels , nous fait dire avec le psalmiste : Inclinavi cor meum ad fur ciendas jusiificationes ttms in œtemum propter retributionem (4). Ah! Seigneur, ' j'ay incliné mon cœur à garder vos con- ■; mandemens , à cause des grandes recom* a penses que vous donnez à ceux qui lei observent. Mais que veut dire le psalmisie -• par ces parolles, sinon que la crainte noui fait cesser de mal faire, d'autant que voilà le paradis, qui doit estre la recompense du travail de l'ouvrier ? C'est pourquoy les âmes généreuses, pour s'encourager à travailler à l'exemple de David, se proposent la gloire éternelle. Pourquoy ne travailleray-je pas , disent-elles , pour entrer en possession de cet héritage céleste? ô Seigneur, j'ay incliné mon cœur à garder vos commandcmens, à cause des recompenseSt Hé quoy ! seroit-il bien possible que je voulusse perdre le paradis ! serois-je biei si lasche que de perdre le partage qui m'efil promis en cette patrie céleste.

Vous voyez donc bien maintenant qw cette crainte est divisée en deux parties, estant appellée inférieure et superieurOf parce qu'elle comprend ?a crainte des pdnes d'enfer , et la crainte de ))erdre le paradis : cette deuxiesme crainte estant appellée supérieure, d'autant qu'elle est pins noble et excellente que la première, bieo que neantmoins elle soit imparfaite, A cause qu'elle regarde nostre interest.

Or la crainte qui nous fait quitter le poché est un don du Sainct-Esprit, et luy MttI

(1) PmI. CXIXVIII.

POUR LA PEÎfTECOSTE.

Hi^

la peut donner; c'est pourquoy elle est apppjlée le commeocemenl de la sapicnce , parce qu'elle est d'ordinaire le commencement de Dostre salut. Et quoy que les hérétiques disent qu'elle est mauvaise , ils le trompent fort , et les parolles de Jesns- Ghrist les condamnent absolument. Ne craignez point (dit-il en S. Matthieu) ceux qui peuvent seulement luer lec^rps, mais craignez celuy qui peut cx)ndamner Tnme et le corps à la géhenne éternelle (1 ) : No- Utt thnereêos qui occidunt corpusy animam aulem non possunt occidere ; sed fotms eum timeie , qui potest , et ani- •am, ei corpus perdere in gehennam.

Ce qui nous fait voir que cette crainte de Tenfer est bonne , et que c*cst Dieu qui en ctt l'audieur, et la met dans nos cœurs poor commencer par icelle nostre salut.

Ledeuziesme don du Sai net-Esprit est le don de pieté. Le don de pieté est une icrta particulière , laquelle dépend do la jntice , qui n*est autre que Thonneur, le respect et l'amour que nous rendons à Dieu , ■OB seulement comme à nostre souverain, Cnaleur et nostre Père Ires-aymablc ; mais CMore à ceux que nous tenons pour supcrieurs, soit spirituels ou temporels, comme les pères, mères, prélats et magistrats. Le Siincl-Esprit donc venant au cœur luy communique le don de pieté , par lequel famé porte un très-grand honneur et respect à Dieu , accompagné d*unc crainte amoureuse et filiale , et encore à ceux qui loy sont donnés pour supérieurs de sa part.

Ne Toyons-nous pas que sa divine Majesté se plaii^t de ce défaut de crainte, d'a- Boar, d'honneur et de respect , par son prophète Malachie, disant : Si ergo Pater ffonim, ubi est honor meus? et si DoauRna ego sum, uln est timor meus? Si je sois vostre Père, où est l'honneur que voQsme rendez? si je suis vostre Seigneur, oé est la crainte que vous devez avoir de M'ofleDser? Le Gis sert comme fils , et non point comme serviteur, crainte d*eslre battu « ny pour la recompense , commo nercenatre , mais seulement alin de plaire i eon père, et luy tesmoigner son amour, d'autant que cet amour est imprimé au ceear filial. D'où vient que quand Tame a m la crainte de perdre le paradis (dont je

vous ny parlé) , elle passe outre , et dit : Quand il n'y auroit point de paradis , Dieu est mon Père , il m'a créé , me conserve , me nourrit, et me donne toutes choses; et partant je le veux aymer, honorer et servir parfaitement?

0 don de pieté , riche présent quo Dieu fait au cœur 1 bien-heureux est celuy lequel a cette correspondance de cœur filial envers le cœur paternel du Père céleste :et c'est à cela que Dieu nous veut faire tendre , en Toraison dominicale, quand il veut que nous le nommions nostre Père qui estes es cieux , nom de respect , d'amour et do crainte.

Et pour vous monstrer que ce don de pieté, c'est-à-dire cette crainte filiale, nous est donnée du Sainct-Esprit , l'apostre S.Paul escrivant aux Romains, leur dit:

Non accepislis Spiritum servitutis iterum in timoré, sed aecepistis Spiritum adoptionis fiiiorum Dei , in quo clama' mus : jihha^ Pater, Nous n'avons point receu Pesprit de crainte et servitude, mais Tesprit d'adoption des enfans de Dieu , par lequel nous l'apellons nostre Pure, comme voulant dire que nous dovenon:^ ain>i que dos petits enfans auprès do Nostre-Seigneur. Les petits enfans vivent en une i^rande confiance, ils ne pensent point que leur pero les veuille battre , ny qu'il leur prépare un héritage, ains seulement s'occupent à Taymer sans penser à autre chose, parce qu'ils sont portez entre ses bras , qu'ils sont nourris , dorlotiez , et enfin entretenus par le soin de leur bon père. Ainsi devons-nous faire, mes chères sœurs, envers Dieu , rhonorant comme nostre Père tres-aym^ble, le servant avec amour, sans appréhension des supplices, ni prétention dei recompenses, nous laissant porter entre les bras de sa sainctc providence, tout ainsi qu'il luy plaira.

Le troisiesme don du Sainct-Esprit en remontant, est le don de scienco qui nous est communiqué, non pour sça voir les choses humaines comme Âristote, Platon, Homère, Virgile et les autres philosophtïs qui ont eu cette science, qui ne leur a do rien servy, mais pour avoir la science des choses requises à nostre salut. Or il est nécessaire, pour bien exercer les deux premiers dons,que le Sainct-Esprit nous communique encore celuy de science , pour

MO

SRRMOff

sçayoir comment nous nous comporterons envers celui que nous voulons craindre et aymer, et pour descouvrir et sçavoir discerner le mal qu'il faut fuyr, et le bien qu'il faut suivre : Déclina d malo et fac dontffn, Detourncz-vousdu mal, et faites le bien, dit le prophète ; car c'est la science des sciences, et celle qui nous est donnée du Sainct-Esprit, laquelle les enfans du inonde n*ont point eue ; car bien qu'ils fui>eent grands philosophes, si n'onl-ils point pourtant appris à glorifier Dieu, ny à suifrela justice, parce qu'ils ont tenu la vérité captive et prisonnière en Tinjustioe, dit Tapostre : Ferilatem IJei in ivjuslitia ëêlinent» Ils avoient bien la vérité dans l'intellect, mais non pas en la practique, d*aulaot qu'ils n'avoient pas l'humilité chrestienne, qui nous fait prosterner devant le Sainct- Esprit pour recevoir ce don de science si nécessaire pour opérer nostre aalui.

La science du bien et du mal est naturellement désirée de tous, c'c.<t pourquoy Eve curicuï^ la désira. Dieu sçait le mal, mais pour le détester, et le bien iK)ur le practiquer : £ritis sieut dit, scientes èonum et malum ; Vous serez cemmo dos dieux, dit le serpent à nos ()remiers parons pour les tromper misérablement, en leur faisant practiquer le mal. S. Augustin, en 4me homélie de ce jour, dit que ies philosophes ont piirlé des vertus magniPupic»

ment, mais pour les mopriscr, et des vices pour les ])ractiquer, parce qu'ils estôient aveugles; d'aul^mt qu'il n'y a point do vraye science que celle du Sai net-Esprit, laquelle il ne départ qu'aux âmes humbles. N'avons-nous pas aussi veu plusieurs grands tiieolcgions qui ont dit merveille des vertus, non pour les exercer? Comme au contraire il y a eu tant de sainctes femmes qui ne sça voient pas parler des rertus, lesquelles neantmoins en sça voient (r86-bien Texercice ; car on a veu les unes «Ycc un soin extresme de conserver leur virginité, les autres avec un co&ur pur et «et en leur viduité, les autres vivre en Aa chasteté oonjQggle : et qui leur avoit donné ce don de science, pour discerner 4e bien et mal, le vice et la vertu, sinon le Soinci-Esprit? Mais, direz-vous , je ne êc«it point comme il fnnt practiquer les vcHua ; meUen^om en ta presenoo du

Scinct-Esprit, humiliez-vous, et il l'enseignera et vous rendra scavantes»

Certes on a veu des sainctes admirable» ment sçavantes en leurs ignorances ^ et admirablement ignorantes en leurs sciences. La peste de la science c'est la pre* 8om[>(ion, laquelle rend les esprits enfle* et hydropiques, ainsi que sont d'ordinaire les sçavans du monde. 0 quelle igncNwwe en cette science ! Ste Catherine nMrlyre fut fort sçavante ; mais sa science esCoit humble au pied de la croix. D'autres sahie* tes ont esté ignorantes , et en leur ignorance elles ont esté admirablement sç»- , vantes comme Ste Catherine de Genest mais c'estoit le Sainct-Esprit qui les rendoit sçavantes ; et parce qu'elles avoieot la crainte, la pieté et l'humilité, DitHi leor fît ce riche présent du don de ecienes qu'Eve a tant désiré, mais par orgueil pour estre Sf;mblable à Dieu.

Après le don de science s'ensuit le qintricsme, qui estcehiy de force, lequel wm est absolument nécessaire, parce qv'it as suffit pas de i^çavoir discerner le bien elle mal, si nous n'avons ta force pour éviter l'un et practiquer l'autre. Combien a4eB veu de personnes qui ont sccu le iHon et n'ont ))as eu io co<ir8!«c de le practiquer, ainsi que nous voyons encore aujourd'koy en la plupart dos ch restions?

Mais, me direz-vous, puisque nous recevons le Sainct-Esprit, et avec iuy Uns ses dons, lorsque nous recevoTis i(>s sacre' mons avec les dispositions requises, d'où vient que nous retombons si souvent an péché? C'est par lasclielé, d'autant que nous n'osons piis enlivprendre la guene contre le vice avec la formelé et le counfe nécessaires pour surmonter nos enneoM.

Par exemple, l'on vient à ïi\ confession,flù l'on reçoit le Sainct-Esprit, avec kiAHniesion des péchez; et neantmoins oombienf en a-t'il qui récidivent aux mesmes péchez après la confession : et d'où vient cda, sinon faute de courage? On pense : Qu'ertce qu'on dira de moy, si je deviens dtvoste, si je fais pénitence, si je quitte las conversations mondaines? On craint «ne parolle dite en l'air, et n'est-ce pas tout-àfait manquer do force que cela?

Or il faut remarquer qu'encore que aons ayons roceu les dons du Sanict-Espnt, ti nous ne sommes grandement sur 4Mn gar»

POUR LA PERTCGOSTE.

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dVv iMOB Ms pouvons perdre à tonte heure, qnoy que noue nous puissions servir des uns sans les autres, parce qu'ils ne sont en nous que par manière d'habitude, ce qui fait que bous ne nous en servons que quand nous voulons ; car ii n'est pas du coeur apiritnei comme du cœur charnel, lequel , combien que nous dormions* il ne cesse jamais d'agir, de veiller, et d'envoyer ses esprits vitaux au cerveau ; où au oentmire au coeur spirituel, la volonté, le eouragie et la générosité sont absolument aeecssaires, pour luy faire faire ses operations. Et c'est pourquoy le Sai net-Esprit BOUS communique le don de force par lequel tant de martyrs ont vaincu les tyrans, et surmonté les tourmens avec tant de constance que rien ne les a peu espou* vanter, ny faire deprendre de leurs resolutions, ainsi qu'on peut voir en lisant les histoires de leur martyre, comme d'une Ste i^ès, d'une Ste Agathe, et d'une infiatté d'autres.

Le don qui suit en remontant, est le don de conseil sur lequel la force seroit teaierité. Et comme vous voyeu qu'en une armée ordonnée, encore que les soldats •yentde la force, il estneantmoins requis ([u'ils ayent un c^ipitaine pour les eonéttire, et leur ordonner conseil afm de sçafoir comment ils se doivent comporter : demesme je dy, qu'encore que le Suinctfiiprit nous aye communiqué le don de forée, cela neantmoins ne seroit pas suffisant pour nous faire entreprendre la practique des vertus, s'il ne nous donnoilau;^! e^y<le conseil. La crainte nous fait quitter le péché, la science nous le fait dis<*eraer : mais outre cela nous avons besoin de aanseil pour venir à l'exécution do ce que la science nous fait oonnoistre; il reste donc la matière pour exécuter ce que le iamct-Esprit nous enseigne. Par exemple, fOus verrez une personne qui voudra saine la dévotion, qui dira en ello-Diesme : Qotl eon&eil suivray-je pour practiquer le bien que Dieu m'a inspiré, et pour éviter la mal qu'il m'a fait coanoistre? quel chemin tiendray-jeVquel conseil observeray- Je? sera-ce oeluy de la chasteté ou de la pauvreté? sera-ce robeyssance simple et aveugle? suivray-je la viduité ou le mariage? feray-je l'aumosne ou donneray-je laul mon bien aux pauvres? Le âaiiict.

Esprit , résidant dans nostre oosur, nous conseille et nous incite par ton inspira* tion à faire ce qui est plus pour la gloire de Dieu et nostre salut. Jusques à présent j'ay e8té avare, sensuel et subjet aux plai* sirs de la bouche, je vois que cela est mal, j'ay désir de m'en retirer : que feray-je donc pour me défaire petit à petit de cea meschantes habitudes et me mortifier? Le Sa inct -Esprit conseille les moyens qu'on doit tenir pour surmonter le mal et practiquer le bien.

Vous verrez des personnes dans le monde subjettes à la colère, lesquellefl s'adonneront au jeu, où ils se laissent emporter pour l'ordinaire à dire quantité de blas<^ phesmes et d'injures; que faire là? c'est qu'il faut quitter le jeu, leur dit le Sainct^ Esprit intérieurement. D'nulres aymeroni les conversations où la médisance règne, à laquelle ils se laissent facileaient emporter ; ils font résolution de ne plus mesdire, mais la conversation les emporte insensiblement à la médisance; que faire là? Le Sainct- Esprit leur dit à roreille du eoBur qu'il faut quitter ces conver^iioos» Combien y en a-t'il au monde qui scaventbien qu'on s'y perd, à cause que sou air est si infeclé qu'il donne la mort eteroello aux âmes dans lesquelles il entre, ou leur cause de grandes maladies; quel remède à c^la? Sortez, leur dit le Sainct-Espril intérieurement, puisque vous connoissez que vous n'y pouvez pas faire vostre salut. 11 nous conseille donc immédiatement par ses inspirations, ou bien il nous conseille do nous conseiller à nos supérieurs et à ceuK qui ont la lumière qu'il leur a oommuniquée.

Le don suivant est le don d'entendement, lequel n'est autre qu'une certaine clarté intérieure que le Sainct-Esprit conununi(iut) à nostre entendement humain, par hucidio nous voyons et pénétrons la beauté et bon lô des mystères de la foy ; et sans ccUo cliriJi il arrive souvent que l'on entend les picdications, on lit beaucoup, etlouteafoià on demeure tousjours dans l'ignorance de a^s saincts mystères, parce qu'on n'a pi)s ce don d'entendement. Une ame simple prosternée devant Dieu entendra le mystère de la tres-saincte Trinité, non pour le dire et expliquer, ainspour en tirer des maximes pour son salut, parce que le Sainct-Esprit

SERMON

luy a communiqué le don d'entendement. 1 veu aymer plus les larmes que la joie « la

J'ay accoustumé de dire que presque tous périssent, faute de suivre les maximes du christianisme, comme sontcelles-cy : Beati pauperes spirilu, quoniam ipsorum est regnum cœforum , Bienheureux sont les pauvres d'esprit , car à eux appartient le royaume des cieux ; Beati mites, quoniam ipsi possidebunt terram. Bienheureux sont lesdebonnaires, car ils possederontla terre. Mais qui est-ce qui void la beauté de ces maximes, sinon ceux à qui le Sainct-Esprit les fait voir?

Lorsque nous voyons les beaux palais dorez, les perles et joyaux : Ah ! disons- nous, que ces choses sont belles; mais à qui? aux yeux des mondains. Le monde le dit; et Nostre-Seigneur au contraire dit : Voyez cette perle de la pauvreté evangelique, et à travers d*ice)le, voyez le ciel et la félicité éternelle qui y est attachée : mais faute d'avoir fortement estably ces maximes dans nostre cœur , nous nous perdons , et le monde triomphe de nous , et nous séduit malheureusement par ses fausses maximes.

Ah I pauvres abusez que nous sommes, nous sçavons bien que le monde avec toutes ses richesses et ses vaines grandeurs ne vaut rien, et neantmoins nous y mettons nostre affection , et suivons ses maximes. Soyez faits comme petits enfans , dit Nostre-Seigneur , soyez simples comme colombes :

Estote simplices sicut columbœ (1 ); et cependant Ton n'a poinldecandeurny dcsimplicité. L'on veutestre prudent, mais d'une prudence charnelle, laquelle, comme dit le grand apostre, donne la mortà l'urne : Prudentia carnis mors est (2). Et d'où vient cela ? c'est que nous n'avons pas le don d'entendement pour voir et pénétrer la beauté et bonté des maximes de Nostre-Seigneur. 0 certes ! si nous les pénétrions bien, et si nous voyions leur beauté, nous quitterions et renoncerions pour jamais aux malheureuses maximes du monde, qui ne valent rien, pour suivre celle de nostre divin Maistre : mais particulièrement les âmes religieuses doivent bastir et fonder toute leur perfection sur ces sainctes maximes et les eslablir fortement en leur cœur, afm de n'y laisser jamais entrer des maximes contraires, suivant l'exemple de tant de sainctset sainctes, lesquels on a

(1) 8. Hatlk. fcviti.— (f ) Mo», vni.

tribulation que la prospérité, la pauvreté que les richesses.

Or après que le Sainct-Esprit nous • donné le don d'entendement , s'ensuit le don de sapience , lequel comble Tamede tout bien. Plusieurs sçavans sont fols en leur vaine science, ainsi qu'ont esté les philosophes payons ; mais la sapience esi une science par laquelle on savoure , on gonsle et pénètre la bonté de la loy de Dieu, et les choses les plus relevées des mystères de la foy et des maximes evangeliques, non pour en parler, ou prescher, ains pour les practiquer : et l'ame va dessus les fleurs de la loy evangelique, comme une abeille mystique, afm d'y succer le miel de la bonté de Dieu. Quàm dulcia faucibus meis eto»

quia tua stiper met ori meo (4) ! 0 Seigneur I combien vos parolles sont douces à mon gosier, dit le psalmiste;olle3surpassent la douceur du miel quand je le savoure en la bouche de mon cœur, lorsque vous me donnez à gouster vos divines maximes contre celles du monde. 0 que l'ame qui est parvenue à ce degré est heureuse I car c'est une marque qu'elle est remplie du Sainct-Esprit et qu'il luy a communiqué ses précieux dons.

Il reste maintenant à dire comment nous pourrons sçavoir ces sacrez dons. Je le dy en un mot, il ne faut sinon estre en santé. Les malades d'ordinaire ne savourent pas les viandes, à cause du catarrhe qui occupe les parties destinées au goust, ce qui fait qu'ils désirent souvent des choses con* traires à leur santé. Do mesme les malades spirituels veulent tout à rebours de bien; ils n'ont ny crainte, ny force, ny piété, ny science. Qui veut recevoir les dons du Sainct-Esprit, il se faut purger des humeurs peccautes : nous avons la langue , c'est-à-dire lame, chargée de catarrhe, il faut quitter les dons du monde pour rece* voir ceux du Sainct-Esprit. L'esprit du inonde a ses dons, il a la science poar parvenir aux honneurs, aux grandeurs et ri* chesses; la force pour aller en duel; la crainte de devenir pauvre, et de perdre le paradis du monde et ses faveurs : il faut quitter tous cesmal-lieureux dons, car ils sont incompatibles avec ceux du SaincU Esprit; puis il luy faut abandonner nostre

(I) PmL gstiii.

POUR LA PENTECOSTfi.

eoBUTy et le prier de nous départir ses precîeiix dons , et les conserver en nos âmes an péril de toutes nr^ affections ; le suppliaDl de nous donner le don d*une crainte filiale et amoureuse pour opérer nostre sahil, et d*oster de nos cœurs les autres craintes contraires que le diable nous suggère. Que tout le reste se perde , pourveu que nous ne perdions point Dieu , qu'importe. Que peut faire le monde? nous ester deux ou trois jours dévie temporelle? Hé ! que nous doit-il importer, pourveu que BOUS ne perdions pas la vie éternelle?

Plaise donc à la divine Majesté de nous donner le don d'une crainte Gliale, afin que nous le servions amoureusement ;. le don de piété , pour le révérer comme nostre Fere tres-aymable ; le don de science, pour connoislre le bien que nous devons iaire, et le mal que nous devons fuyr ; le

don de force , pour surmonter courageusement toutes les difficultez que nous rencontrerons en la practique de la vertu ; le don de conseil, pour discerner et choisir les moyens propres à nous perfectionner ; le don d'entendement, pour pénétrer la beauté, ta bonté et Tutilité des mystères de la foy et des maximes evangeliques , et enfin le don de sapience, pour gousler combien Dieu est aymable , et pour savourer et expérimenter les douceurs de son in compréhensible bonté. 0 que nous serons heureux , si nous recevons ces précieux dons ; car sans doute ils nous conduiront au sommet de cette eschelle mystique, où nous serons receus de nostre divin Sauveur, qui nous y attend les bras ouverts , pour nous rendre participans de sa gloire et félicité éternelle.

Ainsi soit-il.

IIP SERMON

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