POUR LE JOUR DE LA PENTECOSTE
Ktapp&nuruni illii diêpertitœ Hnguœ ianguam ignis^ ttdUque tupra tingulot eorum^ tt repfeli mmt OMfMf Sjnrilu saneio ; et eœperunt hqui tariis linguit proui Spiritut sanctut datai ehqui mu. AcT. II.
D« langues coftame de feu apptrarent à tous ceux quf estoient dans le cénacle , et s'eslant départies, elles se posèrent sur chacun d'eux, et ils furent tous remplis du Sainct-Espril, et parloîeni selon qa'il leur donnoit.
Nous célébrons aujourd'huy la feste de^» divins presens , et du don des dons , qui ttt le Sainct Esprit , lequel fut envoyé du Père et du Fils sous la forme et figure de langues de feu sur les apostres, et sur tous ceux qui estoient assemblez dans le cénacle. Mais en ce don incomparable sont endos sept autres dons , que nous nommons dons du Sainct-Esprit. Ce fut certes un très-grand don que celuy que le Père éternel fît au monde , lorsqu'il luy donna son propre Fils , comme Nostre-Seigneur dit hy-mesme : Sic enim Deus dilexit mutid«m, ut FUium iuum unigenitum dafit (I) ; Dieu a tant aymé le monde , qu'il iay a donné son fîls unique. Hé 1 pourquoy
donc (dit son grand apostre S. Paul) no luy donnera-t-il pas tout autre don avec celuy-là? Quomodo non etiam omnia cum Ulo nobiê donavit (4)?
Vous vous ressouvenez bien , je m'asseure, do cette belle histoire du sainct pa* triarche Joseph , qui a desjà tant de fois este dite , mais qui ne peut estre assez considérée, lequel estant vice-roy d'Egypte , ses frères qui estoient en la Mésopotamie le Tinrent visiter plusieurs fois , pour estre secourus de luy en l'extresme nécessité où leur bon père Jacob et eux estoient réduits à cause de la famine qui estoit en leur pays (2) : vous sçavez aussi conune il les renvoya tousjours à leur père
(t) MtHÊu luu — («) Qtm, auiiet sur.
^EIIVON
diar^ de Wed. Maïs lorsqu'on hiy pmrna lo petit Benjamin, il les renvoya non eommc les autres fois chargez de iirains et de vivres donnez seulement par mesure , ains encore accompagnez d« tres-riches dons , et nvec des chariots remplis de tout oe quMls pouvoient désirer. De mesme voyons-nous que le Père éternel fait en ce jour, car bien qu'en l'ancienne loy, il eust ftiit de très-grands presens à son peuple , toutesfois ce n'estoil que par mesure ; où au contraire en la nouvelle loy, dès lors qu'il vid son cher Benjamin , cVst-à-dire dès lors que Nostre-Seigneur fut rentré en sa gloire, il ouvrit sa main libérale pmir respandre tres-abondamment ses dons et ses grac^ dessus tous les fidelles , ainsi qu'il «voit dit par le pro|»hcto Joël , qu'il respandroit son Saiact-Esprit dessus toute chair : Effundam Spiritum meum super omnem carvem (4), c'est à iliro sur tous les hommes, et non seulement sur les apo-lres.
Or voussçavez ce qu'Isaye dit de Noslre- Seigneur, qu'il rcccut des grâces infinies, et que les dons du Saincl-Esprît reposeront sur son chof : Et requiescet super eum SpirUus Dotnini^SpiriiusêapietUiœ et inteUeclus , Spiritus consilii et forlitudinis, Spiritus scientiœ et pietatis, et rephbit eum Spiritus timoris DominU^); Et l'Esprit du Seigneur, dit-il, reposera dessus luy, l'Esprit de sapience et d'intellect, l'Esprit de conseil et de force, l'Esprit de science et de pieté , et il sera remply de la crainte du Seigneur. Mais pourquoy est-ce que le prophète dit (pie tous ces dons se reposeroient dessus Nostre-Seigneur , puisqu'il n'en avoit ny n'en pouvoit avoir aucune nécessité pour luy, comme estant la source mesme de la grâce? Ce ne fut donc sinon pour nous faire entendre que toutes les grâces et bénédictions colestos nous doitent estre distribuées par luy qui e.-t nostre chef, en les faisant découler sur nous qui sommes ses membres, je veux dire, enfansdo la saincte Eglise de laquelle il est le dief.
Et \f9nT preuve de cette vérité, «scoutez re qu'il dit, au Cantique des cantiques, à 8u bicn-aymée : Jferi mihi , sorer mem , amiea meuy qmim caput meum plénum est f0r4f H dneimni met guttiê nocHum;
(i}Joêl,u.— (i|4tfli,mi.
Oiivre-moî, mon espMf«o, ma «saur. Il rappelle espouse , à cause de la grandevr de son anoour, et sa sœur, pour tesmoignage de la purelé et candeur de cetamour. Ouvre-moy, luy dit-il, mais ouvre-mof promptenM?nt ; car j'ay mes cheveux et les flocons de ma chevelure tout pleins de la rosée et des gouttes de la nuîct. Oria roses et les gouttes de ta nuict ne sont qu'ans mesme chose. Que pensez-vous donc q«i veuille dire ce bien-aymé de nos âmes, par ces parolles, sinon qu'il désire ardemmeaC que sa bien-aymée luy ouvre promptemeat ia porte de son cœur, afin qu'il puisse res* pandre ses sacrés dons, et li^s grâces quH a receuë'st tres-abondammeni de son Père éternel , comme une ros(»c et liqueur tresprecieuse, de laquelle il luy veut faire présent.
Voyons maintenant comment Dieu ea^ voya son Sainct-Esprit dessus les aposlres, et dessus tous les autres qui se treuverent assemblez au cénacle , et ce qu'il opéra en eux, et ce que veut diro cette parolle de S. Luc , qu'ils parloient tous selon que le Sainct-Esprit leur donnoit. Mais, me direzvous, lesapostrcs ne l'avoient-ils pas desjà receu, lorsque Nosirc-Sd loueur soufflant sur eux après sa résurrection , il leur dit : Recevez Je Sainct-Esprit, Jccipilc Spir^ tum sanciujii, quorum remiseritis psecala , remilluntur eis , et quorum reiinueritiSy retenta sunt (1) , les constituaiH prélats de son E^jse, et leur donnant pouvoir de remettre les pèche? , tie lier et Jfisfier les amcs? Il est vray qu'ils lo recourent alors , mais ce ne fut pas toutesfois avec tant de plénitude, ny avec tant de gloire et de mugnifioence qu'ils le recourent aujourd'huy, ny ne leur laissa pas de tels effets. De mesme le Père éternel fit un Iresgrand don au monde, lorsqu'il luy donna son propre Fils ; mais ce fut un présent couvert , restreint et resserré dans nostii humanité et mortalité. Ce qui n'est pas ainsi du présent qu'il fait , ou qu'il envoyé aujourdliuy h son Eglise, lequel doit eslra estimé le plusexceUent don qui aye jamais esté fait aux hommes , d'autant que c'est te Père et le Fils qui l'envoyent ; et l'un sçait assez que les presens 'sont estimez grands, selon l'amour avec lequel ils sont fiiits : c'est pourquoy nous pouvons cou»
U)S.iMB»U. *'■
POUR LA PEUTCGOSTE
Jectm^er de l'exceilence de cettuy-cy, puisqn .1 n'est pas seulement fait avec un grand amour, aîns que c'est l'amour mesme qui se lionne et qui est donné; car chacun doit sçavoir que le Sainct-Espril est Tamour du P^ et du Fils; et ce que nous disons que le Saînet-Esprit nous a esté donné par le Pfere et par le Fils ne se doit pas entendre qo'il soit séparé de l'un ny de l'autre ; car cela ne peut estre, n'estant qu'un seul fray Dieu indivisible avec le Père et le Fils. Hais nous voulons dire que Dieu nous • donné sa divinité , bien que ce soit en la personne de son Sainct-Esprit : et de cecy Ëen faut peu parler et beaucoup croire.
Or nous pouvons considérer la grandeur do don do Sainct-Esprit avec tous ses effets , en tant qu'il est envoyé par le Pero éternel et par Nostre-Scigneur Jesus- Christ , à son Eglise , ou bien en tant qu'il est envoyé à un chacun de nous en particulier ; et il est vray que nous ne saurions «Bsez remercier Dieu de ce qu'il a fait ce singulier présent à son Eglise, à cause des biens qui nous en résultent. Certes co fut tres-convenablomont que le Sainct-Esprit fui envoyé sous la forme et figure de langoesde feu, puisque c'est en la langue que rE;:lise a toute sa force. Eh! qui ne sçait qu'elle opère tous ses plus grands mystères par la langue? la prédication se fait par la bng;ue; le sainct baptesme, sans lequel nul ne peut estre sauvé, il est aussi nccoslaire que la langue y intervienne , pour doiner la force à l'eau de nous lavor do ses péchez et iniquitez, par les paroles sacrées qu'on prononce dessus : de mesmc le trFi-sainct sacrifice de la messe ne se peut œlehror que par le ministère de la langue ; et ainsi des autres mystères.
Mais considérons ^ je vous prie , ce don sacré et précieux du Sainct-Esprit , en tant qoli est fait à. un chacun de nous en partieolier. Nous avons desjà dit qu'il y a sept ictresdons enclos dedans ccttuy-cy, que le prophète Isaye appelle : Spiritus safienliœ et iniellectus , Spiritus consitii e! fartitudinis , Spiritus scient iœ et pietatis, et Spiritus timoris Domini^ l'Esprit de sapience , d'entendement , de consfcil , de force , do science , de pieté et de crainte : et par la suitte que nous ferons 6e u» sept dons , en remontant comme fur un» MdieUo mystique » nous conno»»
trons si nous avons receu le flainet^Esprit ou non , puisqu*il a accoustumé de les corn muniquer aux âmes dans lesquelles il des» cend , et qu'il trouve préparées pour le recevoir.
Commençons premièrement par le don de la crainte, quoique le prophète !• nomme le dernier. Le don de crainte est le don le plus universel de tous ; car nous voyons que les mesdhans mesmes ont do la crainte et frayeur, entendant parier de la mort , du jugement et des peines éternelles de l'enfer: mais pourtant cette crainte ne leur a point fait éviter le péché et l'iniquité, parce qu'ils n'avoient pas receu le Sainct-Esprit ; car la crainte qui s'appelle don du Sainet-Esprit ne nous fait pas seulement redouteriesdivins jugemens, la mort et les peines d'enfer ; mais elle nous fait craindre Dieu , comme estant nostre souverain juge: et partant, cette crainte nous fait éviter le poché , et tout ce que nous sçavons luy ostre désagréable.
Remarques , je vous prie , ce que dit Isaye, que tous les dons du Sainct-Esprit qu'il rapporte de suite , ainsi que nous avons dit , reposèrent sur le dief de nostre divin Sauveur, concluant après qu'il fut' rempli de la crainte du Seigneur. Mais qu'est-ce que veulent signifier ces paroles I car il est certain que Nostre-Seigneur n'avoit point besoin de crainte , veu qu'il estoit impeccable par l'union hypostatique de son ame et de son humanité avec la divinité. Nous devons donc sçnvoir que Nostre-Seigneur fut rempli de crainte , non tant pour luy que pour la respandre sur tous les hommes tant parfaicts qu'imparfaicts , parce que tous ont besoin de crainte , et ceux qui sont parfaits doivent craindre de deschoir de leur perfection , et les imparfaits doivent craindre à cause de leurs défauts de ne pouvoir acquérir la perfection. El comme nousvovon:; oM'iTf!
fiole est remplie d'eau , sans qu'elle en aye nécessité , veu qu'elle est si dure , que mesme elle n'en est pas humectée ; ainsi nostre beny Sauveur fut r<»mply de crainte, non point pour luy , d'antatit qu'il ne s'en pouvoit servir , ains il la reoeut pour la respandre sur ses frères, e'estrà-dire sur les hommes.
Pauwaw aux autres daa» { aar Maa fini
SERMON
paâ beaucoup parler de la erainte , principalement au lieu où je suis , puisque l'on ne s'en doit servir que pour venir au secours de Tamour , quand il le requiert : et ne se faut pas tenir dans la crainte , pour se gesner, ou mettre en peine , parce que cette crainte est servile et nuisible ; mais nous devons avoir celle qui est filiale , et ia tenir dans nos cœurs , afin qu'elle soit preste pour secourir l'amour , quand il en aura besoin , ainsi que j'ay dit.
Venons maintenant au don de pieté , qui est le second. La pieté n'est autre chose qu'une crainte non servile comme est celle qu'ont plusieurs personnes , ains filiale et amoureuse, laquelle ne nous fait regarder Dieu comme nostre juge , ains nous ie fait regarder comme nostre Père tres-aymable, auquel nous ne redoutons pas seulement de desplaire , ains auquel nous desirons de plaire et d'agréer.
Mais il nous serviroit fort peu d'avoir le désir de plaire à Dieu , et la crainte de luy desplaire , si le Sainct-Esprit ne nous donnoit le troisiesme don qui est celuy de science , par lequel nous apprenons à connoistre et distinguer la vertu d'avec le vice , ce qui est agréable à Dieu d'avec ce ^ qui luy est désagréable. Plusieurs des anciens philosophes ont bien sceu faire celte distinction. Àristote a traité admirablement bien des Vertus , lequel nonobstant cela ne laisse pas de tenir tous les docteurs en doute de son salut , parce qu'ayant reconnu le chemin de la vertu , il ne l'a pas voulu suivre. Mais le don de science qui nous est donné du Sainct Esprit nous fait embrasser la practiquo des vertus reconnues , et nous faire éviter le vice.
Apres ces trois premiers dons, il est ires-necessaire que le Sainct-Esprit nous donne lequatriesme qui est celuy de force; car autrement il semble que ces dons precedens ne nous serviroient de rien , puisqu'il ne sufiit pas de craindre Dieu , et d'avoir la volonté d'éviter le mal et faire le bien , et encore moins de connoistre Tun et l'autre , bi nous ne venions à la practique , et ne mettions la main à l'œuvre ; et pour cela nous avons une grande nécessité (lu (Ion de force : mais il faut que nous sçachions en quoy il consiste.
Le don de force negist pas à faire conune Aleundre » qu9 les mondains appellent le
Grand, lequel conquit presque touis la terre par ses armes ; car pour cela il n'avoitpasledon de force,* combien qu'on luy attribue vainement par la conquesto qu'il fil du monde , d'autant que sa force ne consistoit qu'au grand nombre de soldats qu'il avoit, et aux instrumens d& guerre esquels il se servoit ; et avec lesquels il fracassoit les murailles des villes , et abattoit les chasteaux pour assujettir tous les peuples sous son empire , de sorte qu'il ne doit point estre loiié pour sa force, et moins encore pour son courage, puis* qu'au rapport de ceux-mesmes qui ont escrit de luy , et qui en font mention en leurs histoires , il n'avoil pas le pouvoir sur soy de s'abstenir de boire un verre de vin , et s'enyvroit bien souvent. Et pour marque de sa foiblesse , voyez-le pleurer comme un enfant lorsqu'un certain philosophe flatteur luy vint dire qu'il y avoit encore plusieurs autres mondes, outre celuy qu'il avoit subjugué et assujetty sous sa domination ; il eut un tel regret de ne les pouvoir tous conquérir , qu'on ne le pouvoit consoler, tant son ambition estoit grande. Or faisons un peu , je vous prie , comparaison du courage et de la vaillance d'un S. Paul , premier hermite, ou plustost du grand aposlre S. Paul , avec cet Alexandre, et vous verrez que celluy-cy , après avoir ruiné les villes , abattu les cliasteaux , et s'estre assujetty tout le monde à force d'armes , il se laisse enfin vaincre par soymesme. Où au contraire nostre grand apostre , remply de la force du Sainct-Esprit, semble vouloir subjuguer et parcourir toute la terre pour renverser non les murailles des villes, mais les cœurs des hommes, afin do les assujettir par sa prédication au service de son divin maistre : et non content de cela, voyez , je vous prie, le pouvoir qu'il a sur moi-mesme , faisant une continuelle guerre à sa chair , assujet* tissant toutes ses aflections , mouvemens passions et inclinations à la règle de la raison , et le tout à la Ires-saincte volonté de la divine Majesté. Et c'est on quoy consiste le don de force et la grandeur de courage , de se surmonter soy-mesme , pour s'assujettir à Dieu , en mortifiant et setranchant de nostre esprit toutes les superfluitcz et imperfections que produit nos* treaooouf'propce, aansaucune reservepov
POUR LA PEIfTEGOSTE.
petites qu'elles soient , entreprenant courageusement de parvenir à la plus haute perfection , sans craindre les difficultez qu*il y a d'^ Tacquérir.
Mais estant ainsi bien résolus et fortifiez pour entreprendre la vraye practique des yertus, iiesttres-necessaireque nous ayons le don de conseil , pour choisir celles qui nous sont les plus nécessaires , selon no3tre vocation ; car bien qu*il soit tousjours tres-bon de practiquer toutes les vertus , si faut-il pourtant les sçavoir practiquer par ordre et avec discrétion. Que sçay-je, mty , dira quelqu'un , si en telle occasion il ne sera point plus utile, ou plus expédient pour moy ou pour les autres , que je ne practique la vertu de patience , sinon intérieurement, et non pas extérieurement , ou bien si je dois joindre Tune avec rautre?Pour connoistre cela , il faut avoir le don de conseil , afin de poursuivre Pexerdce que le don de force nous a fait entreprendre , afin que nous ne nous trompions point nous-mêmes en choisissant Texercice des vertus selon nos inclinations , et non selon nostre nécessité, regardant seulement à Tescorce des choses , et non à la vraye essence des vertus.
Or après le don de conseil vient celuy d'entendement , lequel nous fait pénétrer la bonté et la beauté des mystères de nostre foy par le moyen de la méditation , nous faisant choisir les maximes de la perfection intérieure dans le fond desdits mystères. Mais remarquez , je vous prie , mes chères âmes , que je dy par la méditation et oraison , et non par le discours et sim- |>le spéculation de Tentendement, comme font les théologiens dans les cscholes ; car cela ne seroit pas méditation , ny oraison , ains estude , d'autant qu'il faut que la méditation aye pour fin l'amour de Dieu : et pour cela la science naturelle ou acquise n'est nullement requise ; car une pauvre et simple femme, pourveu qu'elle soit bumble et qu elle aye la foy , sera plus capable de faire la méditation que les plus grands docteurs qui auront moins de pieté ; de façon que sans science , ny doctrine , elle s'en ira promptement remarquer , en regardant la croix du Sauveur, celte maxime de la perfection chrestienne :
Bienheureux sont les pauvres d'esprit; ooy mesme jusques dedans le cœur de
Dieu : et au mystère de llncamation , ello y remarquera encore la mesme maxime, et de plus celle de l'humilité et amour de l'abjection.
Vous voyez donc bien maintenant quels sont les effets du don d'entendement , le* quel, outre ce que nous avons dit, nous fait encore pénétrer et comprendre la vérité des mystères de nostre foy ; et combien il nous est nécessaire de regarder à la vraye essence des vertus, et non à l'apparence extérieure salement , et comme il nous est utile de suivre les veritez connues , les* quelles nous discernons par le don de conseil.
Mais le Sainct-Esprit n'a pas accoustumé de laisser l'ame , à laquelle il a bien voulu donner ces six dons que nous venons de dire, sans y adjouster le septiesme, qui est celuy de sapiencc, c'est à dire de la savoureuse science des choses de Dieu , luy donnant un goust, une saveur, une estime et un contentement indicible en la practique des maximes de la perfection chrestienne , lesquelles elle a reconnues par le don d'entendement, qui la porte tout au contraire des personnes du monde, qui n'estiment bien-heureux que les riches, et ceux qui sont honorez, ou qui vivent délicieusement contre les maximesdu Sauveur, lesquelles ayant reconnues par le don d'entendement, elles n'estiment bien-heureux que les humbles de cœur, et ceux qui portent et font paroistre en leur extérieur la mortification procédante de l'intérieure renonciation et mcspris d'oux-mesmes, et de tout ce que le monde estime : d'autant qu'elle puise ces maximes dans le cœur mesme de Nostre-Seigneur; car en vérité la sapience n'est autre que l'amour, lequel nous fait savourer, gouster et expérimenter combien Dieu est doux et suave : Guslaie et videle quoniam suavis esi Dominus , Gouslez et voyez que le Seigneur est doux, dit le prophète.
Or ce dernier don du Sainct-Esprit nous représente le dernier eschclon de cette mystérieuse eschelle que vid Jacob , au sommet de laquelle Dieu estant penché devers nous il donnera le baiser de paix à nos âmes , leur faisant gouster la suavité de ses sacrées mammelles meilleures mille
. fois que le vin des délices mondaines.
I Je finis par cette considération que je
SERMOn
fais pour nostre instruction , sur ce que S. Luc dit aux Actes des apostres, que tous ceux qui estoient dans ?e cénacle receurent !e Sainct-Esprit, et parloient tous diverses langues selon que le mesme Sainct^&ipnt leur donnoit : Prout Spiriluê tanctusdabat etoqui ilïis ; mais non pas tous d*une mesme façon, parce que tous ne furent pas commis pour prescher l'Evangile , comme S. Pierre et les autres apostrcs ; car nous ne pouvons pas nier qu'il n*y eust des femmes, puisque S. Luc dit qu'ils esfoient environ six vingts assemblez dans le cénacle, et que là estoit Marie More de Jésus avec les autres femmes en oraison; et neantmoins ils parloient tous selon que le Salnct-Esprlt leur donnoit, c'est à dire que ceux qui ne preschoient pas publiquement 8*encouragoient les uns les autres à lotler et magnifier Dieu. Mais outre cela, Il faut que nous sçachions qu'il y a une certaine manière de parler d'une grande efficace, qfti se fait sans dire mot, qui n'est autre que le bon exemple que nous donnons à nostre prochain.
David dit que les deux annoncent la gloire 4e Dieu : Cœli enarrant gloriam Dei\ et opéra manuum ejus aununliat firmamentum. Et comment cela? car les cicux ne parlent point, c'est à dire, que la beauté des cicux el du firmament invite les hommes à admirer la grandeur de Dieu et prescher ses merveilles. Ce qu'il nous veut encore faire enlcndre , quand il dil au mesme psnlme , que les jours et les niiicts se laissent la charge l'un à Fautre d'annoncer la gloire de Dieu : Vies diei éructât verbum, et nox nocti indicat icientiam ; car qui ne sçayt que lorsque nous regardons la beauté du ciel en une Tiuict bien sereine, nous no sommes pas
sicins excitez à admirer et adorer la toutepuissance eisapience de celuy qui Ta parsemé do tant de belles estoiles, que lorsque nous voyons un beau jour bien esclairé de la lumière du soleil, ouy mesme quand Nostre - Seigneur nous envoyé la pluye t attendu qu'elle sert à féconder la terre pour produire les plantes.
Mais quelle conséquence devons-nous tirer de cela, mes chères âmes, sinon que nous qui sommes beaucoup plus que les cieux, et que tout ce qui est créé, puisque le tout a esté fait pour nous et non pour eux, sommes bien plus capables par le boD exemple que nous donnons à nostre prochain d'annoncer la gloire de Dieu y que les cieux et les astres, le bon exemple estant une prédication muette de très-grande efficace? et si bien tous n'ont pas receu le don des langues pour prescher, tous neanb* moins le peuvent toujours faire très-utilement en cette sorte ; car n'est-ce pas une plus grande merveille de voir une ame ornée do plusieurs gi andes vertus , que de voir le ciel décoré de tant de belles es* toiles?
Les jours se donnent charge l'un à l'autre d'annoncer la gloire de Dieu, dit le prophète; et qui ne sçayt que les saincts en ont fait de mesme, se resignant cette charge les uns aux autres? lié! ne voyons-» nous pas qu'à S. Anthoine succéda S. Hiiarion, et à S. Hilarion un autre? El ainsi consécutivement ils iront tousjours persévérant de siècle en siècle, .j bénir, aymer, loiier et magnifier cette infinie bonté de Nostre Seigneur , lequel je supplie , avec le Père, vous donner aboirdamment les grâces de son Sainct-Esprit .m cette vie, et la jouyssance de la félicité éternelle en l'autre. Ainsi soil-il.
POUR LA SAIHCTE TRimUt.
SERMON