POUR LE JOUR DE LA SAINCTE TRINITÉ
SItfim Pmirifêt Filio, et SpiriM $ameh, Sieui erat in prineipio, et nune et têmper, ei in imuTm
MtBeulorum. Âmen.
31oire loU ta Père , aa Fils et au Sainct-Esprit, elA.
Entre les signalées faveurs que la bonté de Dieu fit à son bon serviteur Abraham, l'âne des plus grandes, à mon advis^ fut (orsqu'en k vallée de Mambré , sa divine Hi^esté le vint visiter en son tabernacle visiblement, ainsi que raconte la Gcncse; car quel homme estoit-ce qu'Abraham, afin que Dieu le visitast ? JpparuU ei Ihminui in convalle At ambre (^). Le Sei-
rur lui apparut en la vallée de Mambré. fut le Sainct des Saincts^ce fut Dieu mesnie qui luy apparut ; mais en quelle forme? Cumque levasset oculos, appû' Tuerunt ei truviri; Gomme il esievoit ses yeux, il luy apparut troitt hommes, et sous lapparence de trois , ccluy qui est unique Seigneur vint visiter son serviteur. G mystère des mystères 1 le Sei<j;neur unique apparoist en trois personnes à Abraham. II est rapporté au commencement de la Genèse que Dieu dit: Faciamus hominem dd iauiginem et similitudinem nostram^ Faisons Tliomme à nostre image et semblance : par lesquelles paroUcs de la trinitéce facteur estoit monstre, mais jamais Tapparition n'en avoit esté faite auparavant Abraham , dont avec mérite , on a appelle justement Abraham , père des croyans, comme ayant eu une si signalée révélation de ce mystère fondamental de nostre foy : Apparuit ei Dominus, tre$ mdti , et unum adoravit ; Le seigneur luy a{»parut, il en vit trois, et en adora un. Et aÛQ que nous n'ignorions pas que ce fut une apparence d'un Dieu en trinité, après qu'Abraham eut veu ces trois, il en adora luoité: Tre$ mdt'l, et urxum adoravit ; lien vit trois et en adora un; et Abraham
leur parlant, dit : Domine^ si inveni grth tiam in oculis fuis, ne transeas servum tuum, sed afferam pauxillum aquœ^ et lavale pedes vestroe , et requiescite $ub arbore j Seigneur, si j'ay trouvé grâce en vostre présence, ne vous retirez pas de vostre serviteur , mais que j'apporte un peu d'eaUj-et lavez vos pieds, et vous reposez sous cet arbre. Tantost à tous trois il parle en singulier, et tantost en pluriel, pour monstrer l'unité en la trinité. Voilà l'histoire et le mystère. Maintenant, chers auditeurs , le mesme Seigneur se présente à nous pour nous visiter, un par essence, en trinité de personnes , non plus par une extérieure apparition, mais par une interne illumination de la foy en cette bonne vallée de l'Eglise, puisqu'aujourd'huy l'Eglise célèbre une grande solemnité à la gloire de toute la puissante , toute bonne et infinie trinité,Pere, Fils etSainct-Esprit, afin de graver en nostre cœur l'honneur et rhommage supresme que nous luy devons, Gloria Patri , etc. Nous luy rendons la gloire , si nous croyons , espérons , et aymons cette supresme essence en sa tresglorieuse trinité , si nous prions les trois personnes de demeurer avec nous, si nous lavons leurs pieds, si nous les invitons sous l'arbre ; je prétends vous le monstrer briefment, comme on le doit faire, mais pour cet effet il nous faut faire tous ensemble comme Abraham , lequel leva les yeux en haut, et autrement n'eust pas eu cet honneur. Ainsi levons les yeux vers cette lu* miere éternelle, à celle fin qu'elle daigne nous illuminer de son Sainct-Espnt , et qu'en sa clarté nous puissions voir de ce sainct mystère ce que nous en devons coq*
SERMON
noistre, et ce» qu*il luy plaira nous en faire voir, afin de le croire, le croyant y espérer, y espérant l'aymer, et qu'ainsi vrayement gloire soit au Père, au Fils et au Sainct-Esprit. Ce que pour obtenir avec plus d'abondance , emplcyons^y le crédit de la Fille du Pero , d« la Mère du Fils , et de TEspousedu Sainct-Esprit , luy disant : Ave Maria,
C'est l'article fondamental denostre foy chrestienne et catholique que celui pour la célébration duquel TEglise solemnise cette journée, à sçavoir la saincle trinité des personnes divines; car encore qu'il senible que cotte saincle trinité se doive réduire à l'unité de l'essence, d'autant que selon noslre façon d'entendre l'un soit premier que l'autre; si est-ce que l'article de l'unité d'un Dieu n'est pas si propre aux chresticns queceluy de la trinité; d'autant que plusieurs ont connu Dieu et son unité, qui n'estoient pas chrestiens, sur quoy se fondant S. Paul, il dit aux Romains, cliapitre premier : Invisibilia Deiperea quœfacta sunt à creatura mundi intellecta compieiuntur, sempitema quoque ejus virtus et divinitas, itaut sint inexcusabiles, quia eàm Deum (^ognovissent , non tanquam Deum glorificaverunt; Que les choses invisibles de Dieu, mesme sa puissance éternelle et sa divinité, se voyent et se connoissent par les créatures ; et partant ils sont sans excuse, parce qu'ayant connu Dieu, ils ne l'ont pas glorifié comme tel. Mais quant â l'article de la tres-saincte trinité, il est tellement particulier aux chresticns, que mesme le peuple hébreu n'en avoit pas pour la plupart connoissance expresse, non que jamais les payens y soient arrivés , ce qui a occasionné S. Hierosme à s'écrier en Tepistre ad Pauîinum : Hoc doctus Plato nescivit, hoc eloquens Demoêthenes ignoravit; Le docte Platon ne Ta point sçeu, et l'éloquent Demosthenes Ta ignoré. Sur cet article de la trinité est fondée l'incarnation, et sur rincarnation toute nostre salvation ; sur cet article est fondée la mission du Sainct-Esprit, etsur icelle toute nostre justification. Voicy donc Tarticle des articles, de croire un Dieu en unité d'essence , et trinité de personnes: Fides ergo catholica, hœc eslunum Deum, etc.
A cette occasion, Nostre-Seigneur, premièrement, puis son Eglise , en l'adminls-
iration du sacrement fondamental, qui ait le baptesme , nous met en avant oe aaînci mystère par ces paroles : In nomine Peh tris, et Fï/tt, et Spirituê saneti. C'est pour>
quoy l'Eglise, sous le pape Damase, par l'exhortation de S. Hierosme, institua qu'à la un de chaque pseaume on chantast Glorta Patri, et Filio, et Spiritui ianeto, etc. Et c'est pourquoy aussi du temps de Charlemagne, s'eslevant plusieurs hérésies contre lasaincte trinité, on institua cestesaincte feste particulière pour la protestation de neutre foy. 0 comme Aous devrions donc encore en te temps misérable célébrer ce ttesaincte feste, et dire : Gloria Patri^ etc. Pensezvous que nos adversaires se soient contentez de troubler l'Eglise? 5uper6ia eoruM qui te oderunt ascendit semper, La superbe de ceux qui hayssent la vérité va tousjours s'augmentant. Sunt gradus ai impietatem^ et nemo repente fit pessimui. Il y a desdegrez pour arriver au comble de l'impiété, et on n'y va pas tout d'un coup. Lestrinitairessortisdel'escholecalvinienne sont-ils pasencore en laTransylvanie,n'ontils pas escrit, les uns avec Arrius, les autres avecSabellius? Un Valen tin gentil, un Servet, un Faret, un Viret, ont du tout infecté cette saincte doctrine, là où Calvin et Beze, faisant les fins, s'entre-mettent parmy . Si donc cette feste a esté instituée pour tant et de si justes raisons, avec combien de dévotion la devons-nous célébrer mainnant, que les Ciiuses de son institution sont renouvellées. Gloria Patrie etc..
Je trouve que nous pouvons souhaiter la gloire au Père, au Fils et au Sainct-Esprit, en deux façons, ou la gloire qui leur est naturelle et essentielle, ou l'extérieure et denominative. Premièrement Dieu le Pare, en l'abyme inexcogitable de toute son éternité , plein de son infinie essence , bonté , beauté et perfection , se regardant soy-mesme , avec son entendement trèsfécond, entendit et comprit ^i bien sa nature, qu'en une seule conception et appréhension il exprima toutb sa grandeur, et cette conception, cette parolle , ce Verbe^ 1 cette diction de son cœur fut un autre hiy- . mesme. Desjà de soy il estoit glorieux , il ; estoit toute la perfection divine : mais I quoy I voicy sa gloire, c est qu'il se voit, il prend connoissance de soy-mesme, et s'en* j tendant, engendre son Fils tout esg^l à luy-