‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 7 sur 356 · DB LA FIN EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DB LA FIN EN GÉNÉRAL

La fin est la maîtresse cause de toutes choses ; c'est elle qui émeut l'agent et l'action , car tout agent agit et pour la fin et selon la fin ; c'est elle qui donne mesure à la matière et à la forme : selon le dessein qu'on «I de bûlir une grande ou une petite maison , on prépare la matière , on dispose l'ouvrage

(1) Est-ce qoe roos ? oolex épronrcr la puissance de Jé~ sus-€hri«t, qui parle par ma booctie? II. Cur. c. iiii, t. S.

(S) Tiinique je nuis dans le moude. Je suis la laoïière du monde. Joan. c. tiii, t. s.

(S) Dieu dite Tlmpio Pourquoi te méleMn d'avnooccrmcs préceptes el do parler de m-m alliance T Pf. ujf, T. 18.

('•) Je châtie mon eorpi et Je le réduis à U setTitude, dr pour quay.ml pré^bé aux autres, Je d6 iuii rcprouTé I mol mime. I coa. c ix, f . 27.

TRAITÉ

ÀRTIGLEn.

BB LÀ rm DU PRÉDICATBUl.

Quelle donc est la fin du prédicateur en faction de prêcher? sa fin et son intention doit être de faire ce que notre Seigneur est Tenu pour faire en ce monde; et. voici ce qu'il en dit lui-même : Egoveni utviiam habeant, et abundant^ts habeanU^). La fin donc du prédicateur est que les pécheurs morts en Tiniquité vÎTont à la justice, et que les justes qui ont la Tie spirituelle raient encore plus abondamment, 8è perfectionnant de plus en plus, et comme ii fut dit à Jérémie : Ut evellas et deitruas (%) les vices et les péchés , et œdifices et plantes les vertus et perfections. Quand donc le prédicateur e^t en chaire, il doit dire en son cœur : £go veni ta Uti vi am habeant , et abundàntiéê habéant (3).

ARTICLE m.

DES MOYENS QUE LE PIliDIGATEUR DOIT BH- PLOTER POUR PARVENIR A SA FIN.

SECTION I

n doit tnstniire et éiBonv«lr.

Car pom* Chévir de cette prétention et dessein , il faut qu'il fasse deux choses : c'est enseigner et émouvoir ; enseigner les vertus et les vices ; les vertus , pour les faire aimer, affectionner et pratiquer ; les vices, pour les faire détester, combattre et fuir : c'est tput en somme donner de la lumière à l'eDlendement et de la chaleur à la volonté.

C'est pourquoi Dieu envoya aux apôtres , le jour de la Pentecôte , qui fut le jour de leur consécration épiscopale, ayant déjà eu la sacerdotale le jour de la cène , des langues de feu ; afin qu'ils sussent que la langue de l'évêque doit éclairer l'entendement des auditeurs et échauffer leurs volontés.

(1) Je tm\§ Teno tnn qm bim br«bli alMt It Tto tt Tatont tboodamnent. Joan. c. x, t. 11.

(t) Jbiih. c. I. T. 10.

(t) ie tnii Teou dans cette châtre. aSn que eee peuples qei «uni préaeata aieat la vie, et qu'Us Talenl aboadamiwat

SECTION II

S'il faat plaire, et par quel endroit.

(Je ferai deax pararraphes de cette section, poordoBter plus de Jour a cette matière.)

• $ i. Qu'il faut plaire par la laloteté de la doctrine, et par lea pieuses affections propres à réunir les rœurs.

Extension de la première section.

Je sais que plusieurs disent que, pour le troisième , le prédicateur doit délecter ; mais quant à moi , je distingue , et dis qu'il y a une délectation qui suit la doctrine et le mouvement. Car qui est cotte ame tant insensible qui ne reçoive un extrême plaisir d'apprendre bien et saintement le saint chemin du ciel, qui no ressente une consolation extrême de l'amour de Dieu? Et pour cette délectation, elle doit être procurée ; mais elle n'est pas distincte de l'enseigner et émouvoir , c'en est une dépendance.

% II. U fsvt éf Iter de plaire d*uiie aanlère profaM.

Il y a une autre sorte de délectation, qui ne dépend pas de l'enseigner et émouvoir, mais qui fait son cas à part, et bien sou* vent empêche l'enseigner et l'émouvoir.

C'est un certain chatouillement d'oreilles, qui provient d'une certaine élégance séculière, mondaine et profane, de certaines curiosités, agencements de traits, de paroles, de mots, bref qui dépend entièrement de l'artifice : et quant à celle-ci , je nie fort et ferme qu'un prédicateur y doive penser; il la faut laisser aux orateurs du monde, aux charlatans et courlisuns, qui s*y amusent. Us ne prêchent pas Jésus- Christ crucifié , mais ils se prêchent euxmêmes. Non sectamur lenocinia rheto* rum, veritates piftcatorum (1).

S. Paul déteste les auditeurs prurientes auribus (2), et par conséquent les prédicateurs qui leur veulent complaire : cela est un pédantisme. Au sortir du sermon je ne voudrois pas qu'on dit : 0 qu'il est grand orateur! ô qu'il a une belle mémoire! ô qu'il est savant! ô qu'il dit bien ! Mais je vQudrois que l'on dit : 0 que la pénitence est belle! ô qu'elle est nécessaire ! Mon Dieu , que vous êtes bon , juste, et semblable chose ; ou que

(1) Nous ne nous amusons point aux charmes des rbéleurs, mais nous nonsatiacbons aux Térltés des pécheurs. (1) U. Tui. e. IT, T. t.

DE LA PHËDlCATIOrf.

Fauditeur, ayant le cœur saisi, ne pût témoigner de la sufEsance du prédicateur que par ramcndement de sa vie. Ut vitam habtanty et abundantiùs habeant.

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