‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 75 sur 356 · POUR LE XIU DIMANCHE DIAPRÉS LA PEIITECOSTE · texte numérisé non relu

POUR LE XIU DIMANCHE DIAPRÉS LA PEIITECOSTE

èÊmieorum itw9têra$H in têrtû aliéna?

Fmikms-nous eslre ensevelit^ en Egvpto ? WgreéerBy fgredere in fortitudine tua , lion. N'attendons plus, hora estjam nos fêtmHno êurgere , L'heure est venue de

nous leVër du Bômmeil , puisqtie nous sçavonB qu'il reçoit les pécheurs, les artges attendent nostre pénitence, les saincts prient pour icelle, etc.

SERMON

POUR LE XII- DIMANCHE D APRÈS LA PENtEGOSTB.

Bêûti ocuii qui vidini fum 9Qi ^idêtit* Lat. x. Bleii-litfurèdk §atit IM ^feui qui rojent ce que t6Uk TO|tt.

te délectable séjour que Dieu prépara |RMr nos pt^miehs parons , et puis pour ■M9 aUti*ed , fli le péché ne Adtis en eust AH9et, il y àvoit un fleuve pour arrouscr aile benisle contrée, lequel soMànl de là, Hdeparloit en quatre diverses coiifses.

iyitti il ftie settibie, messieurs, que TGvangile d*aujourd'huy soit un vruy fleilve , Irruusant eh c«tte johrnée toutd l'Eglise , fffljr paradift terrestre, de célestes pensées, de oonsidefalions devostes, et divines con- Mlations, duquel fleuve nous pouvons bien £re '. Fluminis impètus Icttificat eiviid- Ml i/ei. L'impétuosité du fleuve rcsjouyt boité de Dieu. Les quatre bras par lesquels U se sépare sont quatre principaux doCunens qu*il contient. Le premier , de blcfi croire : Beati oculi, etc. Bien-heureux les jwa qui voyent ce que vous voyez. Le Moad, de bien espérer et désirer : Vomhie^ifuid /itfdffido? Seigneur, que ferayje? etc. Le troisiesme , de bien aymcr et gM^der les commandemens : In legs qnid 9ciHplufn eit ? DiUges Dominum Veum twmn, Qu'esirll escrit en la loy? Tu ay- ■eraa le Seigneur ton Dieu. Et fltialcment deTiieage des sdcremehi^ : Samùrilanus mUêriewrdia motus alligavit vulnera 4ns infundens oleum et vinum , Un Sa- ■iritaiti esroeu de compusr^ion resserra ■esplayes, et y mit de Thuile et du vin. Cest de ces quatre fleuves que je voudrois faifti vous faife boire maintenant; mais ny Jise Ib puis faire, hy il ne vousproGleroit

de tlën, si Nostre-SeigneUf n*y apporte sd bénédiction , pour laquelle impetrèr, employons la faveur dô la glorieuse Vierge, disant : Jvé Maria, etc.

C'est une chose bien certaine, et (]ut iiOus dcvrolt grandement consolof, que Jcsus-Christ Nost^c-Seigneur et Maistfô, en toute rlgllcd^ de justice , et avec un juste prix, a payé ct satisfait d t)icu son Père tout ce que nous avions méh'té do pdihd pour nos pedhez , et non seuldmeht pour tous les nostrcs , mais pour tous cent de tout le tnonde. CVst ce que le gMhd docteur de nostrd gdrltilismo, aux Romains 8 , proteste , disiitit , qu'où le péché a abon ié , la grâce a surabondé, Uoi nbundavit delictum , superabundâtit et gratin ; il y avoit, Vc(it-il dire , des pechex en abondance , mais dos glaces il y en a eli en surabondance , prenant la grâce pou^ Cette salisfiiciion.

Le gentil-homme, saisi (lo l'amour d*une dàmoiselle, voyant qu'elle desifc dxlresmement une biiguo riire , ou seule en toute la province , surplis d*affection , ne demandera pas de quel prix est f etle buguo, mais de prirtie abofd en présentera prodigueront plus qu'elle no vaut, ne regardant aucunement au pHx, pourveu qu'il ayc ce dont il pense contenter sa chore dame : ainsi nostre Siiuvcur voyant (](ie la divine Majesté do son Pero avoit cxtrcsmenient à cœur cette bague ou dragme , la nature humaino , sans s'informer ny du pf tk , Hy

SERMO?f

d'autre chose , de premier abord pour nous rachepter, il présente , d'une tres-pure et trcd-liberale affection , un prix que nous ny les anges ne valons pas , une satisfaction beaucoup plus grande que tous les péchez du monde n'avoient pu mériter ; d'où S. Paul a dit : Ewptiesiispretio magno{^) , Vous avez esté racheptés avec un grand prix ; le prix certes est grand , au respect de la valeur de la chose. Ou bien disonsque Nostre-Seigneur a fait comme le bon mary, lequel voyant sa chère moitié atteinte de peste , sçachant quelque expert médecin qui en sçayt guérir avec des tablettes , il va y et poussé d'une exlrcsme affection de voir sa compagne guérie, il offre cent escus de ces tablettes, sans s'amuser à considérer que tes ingrediens d'icelles ne valent pas trois sols : ainsi Nostre-Seigneur voyant la nature humaine empestée du péché , pour la délivrer il donne Tinestimable thresor de ses bontez , sans regarder que toute la nature humaine ne vaut pas la moindre pièce d'iceluy. Mais en cette similitude se rencontre une grande dissimilitude, c'est qu'encore que la tablette ne vaille pas les cent escus , Tespouse neantmoins vaut cent mille fois et infmiment plus, au lieu que la nature humaine, laquelle doit estre guérie, ne vaut rien au prix du sang de Nostre- Seigneur. Disons donc plustost que Nostre- Seigneur a fait comme le cavalier , lequel ayant un cheval fait à son gré , et qu'il ayme fort , l'appelant son favory , ce cheval estant picqué ou foulé, ou bien ayant quelque aposthesme , ce cavalier pour le guérir, sans regarder à la valeur du cheval , employé en drogues plus que le cheval ne valut jamais. N'avez-vous jamais ouï dire : Je voudrois avoir rachepté ce cheval de trois fois autant qu'il valoit? n*avez-vous jamais veu des dames tuer des moutons pour nourrir-un petit chien coUard et cai* gnard qui ne valoit pas l'un des pieds du pauvre mouton? qui fait cela? l'affection , non la valeur et juste estimation.

* Ainsi on peut dire que Nostre-Seigneur avoit un cheval , qui estoit l'homme, lequel a esté comparé aux chevaux qui n'ont point d'entendement, Comparatui estjumeniis insipientibw ; et ailleurs: Ut jumentum facius 8um apud fe, et ego êempertecum: ce cheval estoit perdu par son péché; que

fait Nostre Sauveur , sans regarder à I valeur de ce cheval , il donne un prix qi vaut inBniment plus, et pour nourrir c meschant chien, il tue l'agneau, qui ei luy-mesme. Ou bien disons que Nofltn Seigneur ressemble au père , qui voyai son fils saisy pour quelque crime , tu regarder à autre chose , donne au priée pour délivrer ce fils plus que toutes k amendes à toute rigueur ne pouvoientmcN ter. Ou bien plustost disons que le cavaNc voyant son cheval saisy par les mains d la justice, c'est son bon cheval, c'est ta sauve-l'amy , il va , il consigne tout incoi tinent trois et quatre fois autant que I cheval vaut, afin qu*il n'amaigrisse. Grand consignation fut celle par laquelle Noatn Seigneur consigna ës-mains de la justie paternelle tout son précieux sang , duqve la moindre goutte valoit mieux que IM les mondes que nous pourrions imaginer ■ sçauroient valoir. Ce n'est pas donc ont veille si Nostre-Seigneur ayant fait ua il payement, il a rompu le décret par leqfl nous estions livrez ës-mains du diaÛi Delem , dit le grand vase d'élection , pm adversus nos erat chirographum ê$ creti.

Mais, s'il vous plaist , escoutez un peal raison theologique de cecy. La satisfactîoi est d'autant plus grande et plus valabto que la personne qui la fait est grande, « gnalée , et de plus de mérite. Exemple : i j'ai receu une injure d'un prince , et j m*envoye un laquay pour se réconcilier t moy , et me fait satisfaction , ce n'est pi un grand honneur; mais s'il m'envoya M fils propre, lequel me fait satisfaction ,c me prie de ne me plus tenir pour offensé c'est un grand honneur , cette satisfactio est plus grande que l'injure ne pouvoitfll tre. Aristote en ses Ethique^ dit qoi i quelque grand personnage frappe , il nel faut pas frapper : si on le frappe , il Cm estre non-seulement refrappé, mais eneoi griefvement chastié; pourquoy? d'autai qu'injurier un grand est un péché plusgri qu'injurier un petit, et la moindre attî faction que fait un grand vaut mieux qi toutes les injures qu*il peut faire : ail quand on auroit receu un soufflet d'i grand , s'il monstre d'en estre fasché, c*( assez. Et de vray qu'est-ce faire saiiaCi tioQ d'honneur sinon faire et rendre 1m

POUR LE Xlle DIMANCHE D*APRÈS LA PENTECOSTE.

)r est-il que Thonneur est plus proportion de celuy qui le rend ; dindre honneur que fait un prince s sans comparaison que tous les s que sçauroit rendre un homme 3 condition , d'autant que Honor morant$. L'honneur est dans celuy nd.

s donc, si l'honneur est d'autant nd que celuy qui le fait est grand, isfaction est d'autant plus grande y qui la fait est grand , quelle dee la satisfaction , quel honneur de li est infiniment gnind ? Thonneur t la satisfaction faite par un perinfiny ne peut estre sinon infinie, maintenant où nous en sommes.

Seigneur estoit une personne infisalisfait pour nous , sa satisfaction »sté infinie. Et ne me dites pas que e Dieu a satisfait selon la nalure ) ; car je vous l'accorde , pour paracholastique , si vous dites ui quo; dites ut quod , je vous le nie , ue les actions appartiennent aux 3, Quia actioneê, dit le philosoint êuppositorum. Ce n*est pas la qui a enduré , c'a esté la personne ilure ; ce n'est pas l'ame qui disi'est la personne par Famé. Je sçay e l'offense a voit quelque infinité à le la personne offensée qui estoit mais c'est une infinité qui n'est pas rineipio intrinseco , d'un principe , comme celle qui se prend de l'adonc que David pouvoitbien dire :

pud Dominum misericordia , et [ apud eum redempdo , Vers Nos- ;neur il y a une grande miséricorde, satisfaction ample et excellente.

ien infini , avoit esté offensé , Jesusbien infiny, a satisfait, l'hommes'es- »vé par superbe contre Dieu mesme, Seigneur s'est humilié sous toute e. Non rapinam arbiiratus est , ^qualem Deo^sed semetipsumexû Iformam servi aecipiens ; et puis :

'avit semedpsum facius obediens %d morletn , mortem autem crucis.

r guod et Deus exaltavit illum , tiUi nomen , quod est super omne y ut in nomine Jesu omne genu fsr. Entendez bien ceci , estant csgal ^We > il s'abaissa et anéantit jusques

à la mort, qui n'est rien que privation , et partant Dieu son Père luy donne un nom qui est au-dessus de tout nom , à sçavoir le nom do Jésus , qui signifie Sauveur , comme s'il disoit : Il est justement Sauveur, puisqu'estant infiny , avec son infinie satisfaction , il a payé en toute rigueur.

Jamais vous ne vous trouvasles plus cstonnez que si vous lisez deux passages qui sont en Job , l'un est au chapitre 6 , où il dit : Uiinam appenderentur peccata mea, quibuê iram merui^ et ealamitas , quam patior in étalera , quasi arena maris hœc gravior appareretj A la mienne volonté que mes péchez, pour lesquels j'ay mérité la peine que je souffre , fussent mis à la balance , elle les surpasseroit comme le sablon de la mer ; quelle hardiesse ! L'autre pnssage est au 9* chapitre , où Job dit : Fere scio quod non jusli/icetur homo compositus Deo , Je sçay véritablement que si l'homme est mis en comparaison avec Dieu il ne sera pas justifié. Accordez l'un avec Tautro ; mais au dernier chapitre c'est bien chose plus admirable de voir que Nostre-Seigneur dit que Job a parlé droiclement et justement devant luy, et commande à ses amis qu'ils le prennent pour intercesseur. Je ne sçaurois que vous dire , sinon que ces parolles sont dites en la personne de Nostre-Seigneur (ainsi qu'estime S. Grégoire au septiesme de ses Morales), lequel, à raison de son intinie dignité, pouvoit bien dire que la moindre de ses peines estoit sans comparaison plus considérable que tous les péchez des hommes qu'il appelle siens.

C'est ce qui fait dire à Hieremio que Nostre-Seigneur sera appelé Dominus justus noster (4), Nostre juste Seigneur; il l'est bien justement , puisqu'il a payé si chèrement nostre rançon; voicy la belle et preignante raison pour laquelle Noslro- Seigneurdit : Beali oculi qui vident quœ vosvidetis. Bien-heureux senties yeux qui voyent ce que vous voyez , comme s'il disoit . Quel bon-heur est-ce a vous de voir le thresor duquel on doit tirer la rançon de tout le monde?

Huguenots, que dites-vous de nous autres? vous semble-t'il pas que nous reconnoissons comme il faut la grâce de Nostre-

SERMON

Seîg;neur, sa rédemption et médiation? A vostre advis cslte fuçon de discourir de la rédemption re^^sent-elle pas do la vrayo Espouso de Jésus-Christ? Nous parlons bien plus magnifiquement de ce mystère que vous, et vous fuites les bons valets. C*est ainsi que piirlcnl los deux luminaires de la théologie , S. Thomas , docteur angelique , et mon fervent et scrapbique père S. Bonaventuro , desquels le dernier dit que la rédemption de Nostre-Soigneur a esté mesme surabondante, çt plus que ^uffisante.

La seconde raison pour laquelle Nostre- Seigneur a dit : Beati oculi^ etc., est prise encore de ce mcsmo docteur seraphiquo , pource que la gloire principale des yeux corporels sera de voir Jesus-Chriàt , et celle de louyo , de Ton tendre : en l'autre mond0 sera parfaicte pour lors cette gloire qui n*a esté icy que commcnoéo , dont Job a dit ; Credç guod Jiedemptor meu$ viti7, et in came mea videbo Deum Salvatorem meum^qttem oculi meiconspccluri sunt^ Je croy que mon Rédempteur est vivant , et qu'en ma chair je verray Dieu mon Sauveur, et que mes yeux le regarderont. Mais surtout c'est de la foy que se doit entendre : lieati oc\itit Bien-heureux ]PS yeux , comme s'il vouloit dire : Bienhcurpux estes- vous ; car vous avez parmy vous le désiré et tant attendu Rédempteur : bien-heureux de ce que vous avez lubject de vostre béatitude que vous commencez do regarder ; mais vous n*aurez pas c^lle béatitude , si vous ne croyez ce que vous voypz • qui voit et ne croit, n'est bien-beureqx que comme les Juifs ; qui croit et ne voit est bien-heureux , comme il fut dit à S. Thomas : Bead qui non viderunt et crediderunt y Qui voit et cnût est bienheureux, encore cop[ime S. Thomas qui vid premièrement, et puis crçut; mais qui croit et voit. Beali oculi ^ etc.

Dooo le fondement de touto béatitude, c'est la satisfaction de Nostre-Seigneur surabondante, la veuë du corps de Nostre- Scigneur sera la béatitude de nos yeux corporels. Mais ny l'un ny l'autre ne nous proOleront de rien, si nous no l'appliquons à noiis-mesmes par la foy, espérance, charité, et pur les suer omens. Donc pour venir ÇLU (winct : Beati oculi qui vident quœ voê videtis , Bien-heuroux apnt les yvux

qui voyeni ce que vous voyex ; il y a q^ endroicts par lesquels Dieu peut vor nous, l'entendement, la mémoire, 1 lonto , et les sens extérieurs. Di^u dans Tontendement par la foy, etvei première application du sang de Dieu âmes. S. Jean dit bien que NoetrerSeil dédit eis potestatem filios Dri fier donné ^\lx bommes la puissance d faits enfans de Dieu, mais qu'adjou^ lis qui credunt in nomine ejm, A qui croycnten luy , et ailleurs : Sic dilexit mundum, ut Filium iuum u nitum daret, ut omnis qui crédit in non pereai , sed habeat vitam cpter Dieu a tani aym<^ le monde, qu'il donné son Fils unique , afin que lou9 quicroironten luy ne périment poin(| ayent la vie éternelle,

H no faut donc pas dire ; Ah 1 I*^' Seigneur est mort, il suffit vraymçnt, cette mort n'cflectuc ny opero rien, ne se l'applique. Comparaison du pour le ladre, etc. U.y faut nostre cpc tion de laquelle le premier fondeme la foy, suivant le dire de Tapostre : , dentem ad Deum oportet cred$r$ , e$t , Il faut quo ccluy qui s approc Dieu croye en luy. Donc quoy que le immaculé de Jesus-Clirist soil prest, ne serions jamais si heureux si noi croyions, c'est le commencement de i bonheur : Didte invitât is quia jN eunt omnia^ Dites aux invitez que I choses sont préparées; mais pour ce plus ny moins, si l'on n'y va, etc. Vo direz si cette parolle s'entend do U comment vient à propos ce qui s'oi Vico ^nim vobië quod multi proplu reges voiuerunt vider e quœ vos vi Je vous dy que plusieurs roys ot pro( ont désiré de voir ce que vous voyeî il n'y a point eu de prophètes qui n' creu. Je vous ay desjà dit que cette tudo s'entend principalement de la I vorisée de la présence, et confirmé expérience , et je vous dy davanti»^ s entend d'une foy distincte et bien quée, et partant il ne dit pas, omneg^ mais, muUiy plusieurs, d'autant que qucs prophètes ont eu si particulière lation des mystères evangoUquca semblent ])ln5tosl evangelis(e& qaa phcles.

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