POUR LA FESTE DE S. JEAN PORTE-LATINE
ealioeT dit Nostre-Seigneur ; ne pensez pas que ce soit d'avoir des dignilez, honneurs, preemiDences et consola lions. 0 non certes 1 ce n'est point cela; mais boire mon calice c'est participer à ma passion, à mes peines, à mes souffrances ; à mes doux et à mes espines ; c'est boire du fiel et du vinaigre, et enfin mourir sur une croix avec mpy. 0 que c^est une grande faveur ! et que nous devons estimer à grand bon-heur de porter la croix , et estre crucifiez avec Dostre doux Sauveur.
Des martyrs beuvoient ce calice sacré en peu de temps ; car quelques-uns le beu- Toient tout d'un coup, d'autres le beu- Toient en une heure, les autres en deux ou trois jours, et d'autres en un mois : mais BOUS autres pouvons estre martyrs et boire œ calice, non en deux ou trois jours, ains dorant tout le cours de nostre vie mortelle, BOUS mortifiant continuellement, comme Imt et doivent faire tous les religieux et lelîgieuses, que Dieu a spécialement appeliez en la religion pour porter sa croix et estre crucifiez avec luy. Hél n'est-ce pesun grand martyre de ne faire jamais n propre volonté, de sousmettre continuellement son jugement , cscorcher son cœur et le vuider de toutes sortes d'affections impures, et de tout ce qui n*est point Dieu, pour ne plus vivre selon les inclinations et humeurs, mais selon la raison et selon h volonté divine? Certes c'est là un martyre d'autant plus excellent , qu'il est fort long, et qu'il doit durer toute nostre vie : mais si nous persévérons avec fidélité, nous obtiendrons à la fin d'icclle une grande couronne, après nouscstre crucifiez avec Kostre-Seigneur en retranchant fidellement tout ce qui est en nous qui luy peust desplaire; et pour nous y exciter et encourager, il veut que nous voyions qu'il est mort d'amour pour nous.
Lorsqu'il meurt quelque prince ou grand seigneur d'une mort inopinée. Ton a aceoustumé d'ouvrir promptement son corps pour sçavoir de quelle maladie il est mort; Nbstre-Seigneur estant mort , mais d'une mort d'amour sur l'arbre de la croix , il voulut que son costé fust ouvert pour nous taire voir qu'il estoit véritablement mort, . et que sa mort ne provenoit point d'autre maladie que du grand amour qu'il avoit pour nous, afin que par cette connoissance ,
nous fussions excitez à l'aîmer; et pour nous monslrer que c'ostoit l'amour qui luy ostoit la vie, et non les tourmens, voulant expirer, il dit, mais d'une voix si haute, si esclatante et si ferme : Pater, in manus tuas commendo spiritum meum; Mon Père , je recommande mon esprit entre vos mains, qu'il ne sembloit pas qu'il deust si-tost mourir : de sorte que pour sçavoir s'il estoit véritablement mort, l'un des soldats luy donna un coup de lance, et luy ouvrit le costé à l'endroict de son cœur, et son costé estant ouvert l'on vid qu'il estoit veriUiblement mort, mais de la maladie de son cœur, c'est-à-dire de l'amour de son cœur.
Il y a plusieurs raisons pour lesquelles Nostre-Scigneur voulut et permit que son costé fust ouvert après sa mort , mais je n'en diray que deux. La première est que nous vissions les pensées de son cœur, qui ne sont que des pensées d'amour et de dilection pour tous les hommes. Ego cogito cogitationes pacis et non afflictionis; Mes pensées, dit-il par son prophète, sont des pensées de paix, et non d'yffliction. Il voulut donc que son costé fust ouvert, afin que nous connussions le grand désir qu'il a de nous donner les grâces cl bénédictions do son divin cœur, et son cœur nicsme, conuno il fit à Sle Catherine de Simne, luy faisant c^4le grâce incomparable de changcT de cœur avec elle ; do sorte que code saincle, laquelle auparavant d'avoir receu celte faveur luy disoit : Seigneur, je vous recommande mon cœur, luy di^oil depuis : Seigneur, je vous recommande vostrc cœur.
0 quel bon-heur powr celte saincle d'avoir ainsi changé son cœur avec celuy de son divin Sauveur 1 Certes elle pouvoit bien dire comme le grand apostre : f^iw ego jam non ego , vivit vero in me Christus ; Je vis, mais non pas moy, ains c'est mon Jésus qui vil en moy, puisque le cœur de Nostre-Seigneur estoit le sien. 0 certes les âmes de\ estes ne doivent point avoir d'autre cœur que celui de Dieu , point d'autre esprit que le sien, point d'autre volonté que la sienne, point d'autres affections que les siennes , ny d'autres désirs que les siens ; en somme elles doivent estre toutes à luy sans reserve quelconque.
La seconde raison pour laquelle Nostre-
SERIIO?!
Seigneur voulut qu'on luy ouvrist le costé nous est signifiée par ces paroles du Cantique des cantiques, qu*il dit à Tame de- Voste : F^^l, ûolumba mea^in forami- Hiihui pettcBj in cdverna maeeriœ (4); Vehez, âia toute belle, venez ma bienliymée, vous rétif ef comme une chaste colombe dans les troua de la mazure et dans les pertuis de ta pierfe : paroles par lesquelles il nous convie d^alter à luy avec toute <iônflàri(*e , peut nous cacher et reposer dans 6oh divin costé , c'est-à-dire dans son fcOeur qui ^st Ouvert pour nous re^îevoir aveô un amour et une bénignité tïoh pareltlO, afin do nous servir de refuge et do retraite asscurée on toutes nos tribulations , pourveu quo nous nous donnions tout à luy, et que nous nous abandonnions entièrement à sa saincte providence.
Vous me demanderez peul-estre pourquoy les cœurs des hommes sont si cachez qu'on ne les peut voir : je vous diray que pour deux raisons il est expédient qu'il soit ainsi : La première est, à cause des meschans et grands pécheurs, d'autant que si leur cœur estoit ouvert on y verroit des choses si sales et si abominables , qu'on en auroit horreur, ainsi que nous lisons de Sle Catherine de Sienne, laquelle avait rcceu ce don de Dieu de voir les consciences et connoistre les péchés les plus secrelsdes personnes, dequoy elle avoit lanl d'horreur qu'il fnlloitqu'ellesedostournast pour s'em-
Ï>escher de les voir. Le bienheureux S. Phiippc de Kery avoit aussi receu cette mesme grâce de Dieu ; ce qui faisoil que lorsqu'il alloit par les rues, et qu*il rencontroil des personnes on péché mortel, il se bouchoit le nez ne pouvant supporter la grande puanteur qui sortoit de leur conscience. La seconde raison pour laquelle il n'est
Sas à propos qu'on voyo les cœurs des ommes est, crainte que les bons ne lonobent en vanité et complaisance d'euxmesmes, et que cela ne donne de l'envie et de la Jalousie aux autres. Mais pour Nostre- Seigneur il n'y avoit rien à crain-
vanitc, luv qui estoit «utheur d« la ijkilif. Il voulut donc quo son cœur fust ouvert a6n quo nous vissions en iceluy l'amoar qu'il nous porte , et que par cette connoissance nous fussions exdtei à l'aî&ier tt à boire son calice.
Po(€ttit bibere ealioêm^ quwm ëgo Nbituruê ium? Pouvez-vous boire lecnlitt que je boiray ? dit Nostre-Selgneur I ûH deux apostres. Poêêumuê^ Nous le poe- Tons, rospondirent-ils, poussez d'tiD mb* timent do ferveur dans lequel ils estolefil. Lors(]ue nous avons de la ferveur el de bons sentimens en l'oraison, il nous sel» ble que nous ferons des merveilles ; mib aux plus petites occasions nous choponsek donnons du nez en terre, et si l'on flM louche tant soit peu, nous nous relirons aussi-tost, et ne pouvons souffifr qu'on nous dise une pet lie pah>le qui sa soit point H nostre gré , que soudain noM nous en offensons , et faisons comme tel soldats d'Ephrem, lesquels pensoient faln de grands exploits de guerre, et avoieak tant de courage en imagination , quHl croyoient massacrer tous leurs < nnemis : mais comme remarque rfiscriture saiode»
quand ce vint à donner lu bataille, ilsftl* rent si lasches qu'ils perdirent courage, SI tournèrent le dos par une fuite honteuse, FUii Ephrem intendentcs et mHientU arcum^ eonversi suni in die beUi (4), L6 mesme nous arrive souvent ; car nous faisons do beaux exploits et de belk^ resola^ tiens en pensées, nous imaginant que nool ferons des merveilles pour Dieu, tandis que la ferveur nous dure : mais quand ce vient aux occasions, nous tournons le doB| et manquons de courage et de fidélité, si ressemblons à S. Pierre qui faisoit tant le courageux , entendant parler Nostre Selgneur de sa passion , et qui luy disoit : Domine^ tecum paralm sum, et in eateerem, et in morlem ire; Seigneur, je suis prest do vous suivre en la prison et de mourir avec vous pluslost que de vodl abandonner, et qui après cela no laissa
ire que l'on vist son cœur, parce qu'il nV P»» neanlmoins , à la seule voix d une se^
avoit rien en luy qui pu.- 1 donner de Thor- 7^"^®' ^^ *^ ^^^^^^ P"/ ^''^'^ ^^^^' ^ ^^^^ reur, puisqu'il estoit la pureté et la saine- '^rsque nous sentons des désirs de faire de teté mesme : il ne pouvoit ainsi tomber en grandies choses pour Dieu , nous devoni
alors plus que jamais nous approfondili