‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 89 sur 356 · SIS · texte numérisé non relu

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y point de pleurer, jusqu'à ce que je raye treuvé. Ouy, mais vous y avez treuvé des anges? Cela ne me console point, dit-elle; car ce n'est pas les anges que je cherche, ains mon Maistre. Voyez, je vous prie, comme elle nous apprend à ne chercher que Dieu, et à ne pleurer sinon pour son absence causée par nos péchez, ou bien de quoy il est tant oflensé, et si peu connu et glorifié du prochain : voilà les subjets pour lesquels il faut jetter les hrmes, et non pour des choses vaines et inutiles.

Mais ce n'est pas assez, il faut encore offrir à Nostre-Seigneur le parfum. Mais quel est ce parfum ? c'est Testime de nousmêmes, parfum qui est si commun entre les hommes qu'il n'y a personne qui s'en puisse dire exempt, parce que l'une des grandes misères de l'esprit humain est que chacun s'en fait accroire. L'on se souvient encore des extractions et de ce que l'on a esté au monde , et pour cela l'on se air-eslimo par dessus les autres ; vanité certes insupportable Enfin cette estime de nv-mesme est le parfum qu'il faut encore offrir à Nostre-Seigneur Jésus-Christ.

Il faut donc, mes chères filles, faire un acrifice entier et parfaict de vos amc-s, de m cœurs, de vos yeux, de vos cheveux, de vos paroUes et de vos parfums à Nostre- Sôgneur. 0 que vous serez heureuses si 1008 faites ce sacrifice entièrement et parfeictement, ne vous servant plus de toutes ces choses que pour le service de la dilection de vostre divin Espoux. Quant à ce qui est de l'estime de soy-mesme, ô ne niDi souvenez-vous plus de ce que vous avez esté? Escoute, ma fille, preste-moy roreille, oublie la maison de ton père, ta fitrieetton extraction, et le roy convoitera ta beauté, dit le psalmistc;^i«(/i/f/ta. If tiie, et inclina aurein tuam, et oblitUeere populum tuum et domum pains fut, et cancupiscet Rex decorem fiiiim(4).

Faites donc une ferme resolution de mourir à toutes choses et à vous-mesmes pour ne plus vivre qu'à Dieu , renoncez à vouMnesmes, portez vostre croix, et me faivez, dit Nostre-Seigneur. La religion est on mont de Calvaire où il se faut tousjours crucitter avec Nostre-Seigneur, faisant (i)rMLuiv.

mourir la nature , pour faire vivre et regner la grâce. Hn somme il se faut despoiiiller du vieil Adam , pour se revestir du nouveau, et cela ne se fait \yas sans souffrir; on ne vous le celé point, la perfection ne s'acquiert pas sans difficulté: il faut donc avoir bon courage en une si haute entreprise; car il faut de nécessité faire une parfaite abnégation et renonciation de toutes choses pour parvenir à la perfection, et ne faut plus penser au monde, ny aux maisons desquelles vous estes sorties, ny à vos parens; je n'entends pas toutesfois que vous oublyiez de prier Dieu pour eux, mais hors cela il n'y faut plus penser.

Ressouvenez-vous de ces parolles du grand apostre : J'ay tellement mesprisé le monde, dit-il, que je le tiens comme un pendu ; Mihi aulem absit gloriariy nisi in cruce Domini nostri JeêU-Christi ^ per quem mihi mundus crucifiœuê m/, et ego mundo (1). Je suis crucifié au monde, et le monde m'est crucifié, je n'ay point de vie pour moy ny pour le monde; car si bien je vis, je ne vis pas moy, mais c'est Jesus-Christ qui vit en moy. Considérez, je vous prie, les parolles de ce sainct apostre : Christo crucifixus sum. Je suis crucifié avec Jesus-Christ ; c'est pourquoy je peux dire maintenant que je vis, non point moy, ains que c'est Jesus-Christ qui vil en moy, rivo autem jam non egOj vivit vero in me Christus (2). 0 que vous serez heureuses, mes chères filles, si vous mourez de la monde S. Paul, pour vivre de sa vie, mourant à vous-mesmes, afin que Jesus-Christ vive en nous.

Mais pour conclure ce discours je vous demande quel nom vous voulez que je vous donne? Marie, me direz-vous. Marie signifie estoille de mer, ou mer amero, dame exaltée, ou illustrée. Puissiez-vous donc, mes chères filles, selon la signification de ce beau nom, estre toutes des Maries, c'està-dire, des lumières par vos bons exemples, et par vos prières aydez les autres à parvenir au port de salut. Soyez aussi des mers, pour recevoir les amples bénédictions que Dieu communique aux âmes qui se dédient totalement à son service; mais soyez aussi mers amcres avalant et dévorant toutes les dillicuttez que vous rcn-

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SÈRMOM

conlrerex en l'exercice de la vie spirituelle. Soyez donc daines exaltées par une excellente mortification de toutes vos passions et appétits, et de vos sens et inclinations, leur commandant d'un pouvoir absolu; soyez encore illustrées par la lumière céleste, et illustratrices par une ▼raye humilité et mortification.

En somme je vous souhaite, mes chères filles, les bénédictions de Ste Marie Magdelene, non point ses extases et ravisscmens, ny d'astre eslevées tous les jours au ciel par les anges, comme elle estoitàla saincte Baume, ny de jetter une grande abondance de larmes, ny celle du don trèsexcellent de la contemplation, non, mes chères filles. Mais ce que je vous souhaite, c'est que vous demeuriez tout le temps de vostre vie à son exemple petites et humbles aux pieds de Nostre-Seigneur, et que vous ayez un grand courage pour dévorer toutes les difficultez qui vous pourroient empescher de jouyrde sa divine présence ; ou qui vous pourroient tant soit peu séparer de luy : cherchez-le donc tousjours et ne cessez jusqu'à ce que vous l'ayez treuvé, cherchez-le pondant celte vie mortelle, non point glorifié, mais mort et crucilié, préparez vos espaules pour porter amoureusement sur icelles lu croix et le crucifié; cela sera pesant, il est vray, mais bon courage, l'amour vous fortifiera.

Considérez la grande Ste Magdelene , qui vous provoque par son exemple ; elle le cherche dans le monument, et voyant ce divin Sauveur en la forme d'un jardinier : Hé! monsieur, luy dit-elle, si vous l'avez oslé, diles-moy où vous l'avez mis, *et je Temporteray ; Domine, si lususfulisti eum, dicito mihi ubiposuisli eam, et ego eum tollam. Mais qui luy cust dit : Celuy que vous cherchez est {uirmy des soldats et vous n'estes qu'une femme , comment ferez- vous pour l'emporter? 0 Dieu, euit-eile dit, ne craignez point; car

je l'iray prendre eh quelque lieu qii*il soit, et l'emporteray . Mais celiiy que ^bus cherchez est mort, comment le t)ourrez-vons porter ; car un corps mort est grandement pesant? 0 certes, eust-elle res^iondu, l'amour me donne assez de force ik>ur Taller prendre et pour l'emporter. Ehfiti ce jardinier qui estoit celuy-là inesmè qu'dlè cherchoit ne pouvant voir plus long-tempS le cœur de sa fidelle amante navré dé sÀ amour, l'appela par son nom de Marie, et elle tout illuminée le recognoissant, lûj respondit : Raboni, Mon Maistre, demeurant après tout pacifiée et remplie de joye.

Allez donc à la bonne heure, mes cheirés filles, avec Ste Magdelene chercher le Sauveur crucifié, ne craignez point de remporter, et de vous en saisir partout ob vous le treuverez ; ne vous estonnez point de sa pesanteur ; car si bien il vous semHé que vos espaules soient trop foiblés potir emporter un mort crucifié , aggr^ndisëëi vostre courage et ne laissez de prester vofe espaules ; car la glorieuse Ste Magdelettè viendra à vostre secours , et joignant M espaules aux vostres, et son amour avée le vostre, vous triompherez et demeurerei victorieuses de toutes les difliculteï; et serez bien-heureuses si le divin Sauveilf de nos âmes, qui sera tesmoin de vos la^ beurs et travaux pris pour son amoàr; vous appelle enfin du nom de Mdrie, qui veut dire ame forte, vaillante, couragëuflé et persévérante , et vous, comme Ste Magdelene, luy respondrez : Raboni, Moh Maistre : Maistre que nous devons suivre; et auquel nous nous devons conformer, et avec lequel nous nous devons crucifier pendant celte vie, pour estre glorifiez aveft luy en l'éternité do la vie bien-hevreuse^ pour avec la grande Ste Magdelene ohaih ter le cantique do l'amour éternel par todi les siècles des siècles. Ainsi soit-ii«

POUR L'ASSO

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