‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 90 sur 356 · LE JOUR DE L'ASSOMPTION DE L'ANNÉE · texte numérisé non relu

LE JOUR DE L'ASSOMPTION DE L'ANNÉE

rf itU que iue$ndû de det$rio ieUeiii affluent, innixa tuper dilectum tùkm? CAKf. Viir. I eât celte-cy qui monte du dedeit abondante en délices, appoyée sur son blen-djmé?

lie de ràlliance avoifc longuement s lès tentes et les pavillons, quand grand roy Salomon la fit mettre riche et magnifique temple quMl t préparé. Et lors lu rcsjouyssance rande en Hierusalem , que le sang *îflees ruisseloit par les rues, Tair nxyert des nuages do tant d'encen- , et les maisons et places publiques ioîent des cantiques et pseaumes \ i chantoit partout en musique, et sstrumens harmonieux. '

tiïon Dieu, si la réception de cette e arche fut si solemnolle , quelle nous penser avoir eslé celle de ta 5 arche ; je dy do la tres-glorieuse llïere du Fils do Dieu , au jour de »iùption? 0 joye incompréhensible I )Ieinède merveilles, et qui fait que 5 devostes, les vrayes filles de Sion, Qt par admiration : Quœ est Uia rendit , qui est cclle-cy qui monte rt? et pour vray, ces poincts sont iles; la mère de la vie est morte, la st ressuâcitée et montée au lieu de et ceux-cy sont pleins de con^olaï'est qu'elle est montée pour Thon- 5 son Fils, et pour exciter en nous tnde dévotion. C'est presque le snblequcl j'ay à parler devant vous, ô mais que je ne puis bien traitter si tiens l'assistance du Sainct-Esprit.

iria.

lieu mit au ciel deux luminaires au

•rmon . prU tar l'orisinal eserlt de U nwlD de fut pruAoucé par lay «a l'ecliM de SalncU ;re«e, à Paris. Tan 1602.

tolBinaYttrct deBMira an m amula après l'aa- • laaFUi»

commencement, l'un desquels fat dppëllé par excellence le grand luminaire, et i autre fut nommé le moindre ; le grand pàHr esclairer et présider au joiir, et le rhoitidre pour esclairer et présider à la nuict ; car encore que nostre Créateur vouliist qu'il y eust vicissitude de Jour et de nuict , et qUe les tenebfes succédassent à la luinit^rë ; s! est-ce qu'estant lumière Iny-mèsme, il ne voulut pas que les ténèbres et la îiulct demeurassent du tout privées de là lumière. Donc ayant créé le grand Itlmihàîre |)0u^ le jour, il en créa un moindre pour la nuict , afin que l'obscurité des ténèbres fust encore mesléo et tempérée par le moyen de sa clarté.

Ce mesme Dieu îivec sa saincte providence, voulant créer le monde spirituel de son Eglise, y a mis comme en un divin firmament doux grands luminaires ; mais l'un plus grand, l'autre moindre : le plus crand c'est Jesus-Christ nostre Sauveur et Maistre , abysme de lumière , source do splendeur, vray soleil de justice ; le moindre, c'est la très- saincte More de ce grand Fils, Mero toute glorieuse, toute resplendissante, et vrayment plus belle que la lune. Or ce grand luminaire , le Fils de Dieu, venant icy-bas en terre, prenant nostre nature humaine, comme le soleil sur nostre hcmisphoro, fît la lumière et le jour ; jour bien-heureux et tant désiré, qui dura trente-trois ans environ, pendant lesquels il esclaira la terre de l'Eglise par les ' rayons de ses miracles, exemples, prédications, et de sa saincte parolle ; mais enfin quand l'heure fat venue en laquelle ce prei deux soleil devoit se ooudier, et porter ses

SElUfOH

rayons à l'autre hémisphère de I*Eglise, qui est le ciel et la troupe angelique, que pou voit-on attendre sinon les obscurités d'une nuict ténébreuse? La nuict aussi arriva tout aussi-tost , et succéda au jour ; cah tant d'afflictions et persécutions qui survinrent aux apostresqu*estoit-ce qu'une nuict? Mais cette nuict eut encore son luminaire qui Tesclaira , afin que ces ténèbres fussent plus tolerables ; car la bienheureuse Vierge demeura en terre parmy les disciples et fîdelles. De quoy nous ne pouvons aucunement douter, puisque S.

Luc, au 2« chapitre des Actes, et au premier, tesmoif^ne que Nostre-Dame esloit avec les disciples au jour de la Pontecoste, et qu'elle perseveroit avec eux en oraison et communion : dont quelques errans sont convaincusde faute en ce qu'ils ont estimé qu'elle mourut avec son Fils, à cause des parollesde Simeon, qui avoit predict que le glaive transperceroit son ame ; mais je declareray bien-tost ce passage ; et monstreray par le vray sens que Nostre-Dame ne mourut pas avec son Fils pour trois raisons Cependant voyez les raisons pour lesquelles son Fils la laissa après luy dans ce monde : 4^ Ce luminaire estoit requis pour la consolation des Gdellcs qui estoient en la nuict des afflictions. 2<> Sa demeure icybas luy donna loisir de faire un grand amas de bonnes œuvres, afin qu on pust dire d'elle : Plusieurs filles ontass mblé des richesses, mais tu les a toutes surpassées. 3* Quelques hérétiques dirent tout aussi-tost que Noslre-Seijçneur fut mort et monté au ciel , qu'il n'avoit pas eu un corps naturel et humain, mais fantastique. La Vierge sa Mère demeurant après luy servoit d'un assuré tesmoignage pour la vérité do sa nature humaine, commençant par là à vérifier ce que nous chantons d'elle : Cunetas hœreses interemisli. Tu as ruiné. Vierge, et détruit toutes les hérésies. Elle vescut donc après la mort de sa vie, c'est-à-dire de son Fils, et après son ascension, et vescut assez longuement, bien que le nombre des années ne soit pas bien asscuré, mais le moins ne peut estre que de quinze ans, qui auroit fait arriver son aagc à soixante- trois ans; c'est le moins, dis-je, d'autant que les nutres, avec beaucoup de probabilité, la font passer jusques à septante-deux : miais cela

importe bien peu. II nous suffit de flçsvoir que cette saincte arche de la Douveïle aî liance demeura ainsi en ce désert da monde sous les tentes et pavillons après l'ascension de son Fils. Que %\ cela est certain comme il l'est, il est aussi trèsce^^iin qu'enfin cette saincte Dame mourut (4), non que l'Ëscriture le tesmoigne; car je ne trouve aucune parolle en I'Escth ture où il soit dit que la Vierge soit morte, la seule tradition ecclésiastique est celle-IÉ qui nous en assure, et la saincte E^îseUquelle le confirme en l'oraison secretle qu'elle dit au saint office de la messe de cette feste. Il est vray que l'Ëscriture nous enseigne en termes généraux que tous lei hommes meurent, et n'y en a pas un qoî soit exempt du trespas : mais elle ne dit pas que tous les hommes sont morts, ny que tous ceux qui ont vescu soient defljà trespassoz : au contraire elle en exempte quelques-uns , comme Helie , qui sans mourir fut transporté sur le charriotde feu, et Enoch qui fut ravy par Nostre-Seigneur, avant qu'il aye senti la mort; ft encore S. Jean l'evangeliste , comme je pense estre le plus probable selon la parole de Dieu, ainsy que je vous ay monstre cy devant, le jour de sa feste en may. Ces trois saincts ne sont pas morts, et néantmoins ils ne sont pas exempts de la loy du trespas, parce qu'ils ne sont morts, ib mourront au dernier temps, sous la persécution de l'ante-christ , comme il appert au chapitre onziesme de l'Apocalypae.

Pourquoy ne pourroit-on pas dire de mesmc de la Mère de Dieu, à sçavoir qu'elle n'est pas morte encore , mais qu'elle mourra cy-après? Certes si quelqu'un vouloit maintenir cette opinion, on ne sçauroit le convaincre par l'Ëscriture, et selon vos principes, ô adversaires de l'Eglise catholique, il seroit bien fondé : mais la vcrité est telle qu'elle est morte el trespassée aussi bien que son Fils et Sauveur; car encore que cela ne se puisse prouver par l'Ëscriture , si est-ce que li tradition et TEglisc, qui sont d'infaillibles tesmoins, nous en asseurent.

Asscurez donc qu'elle est morte, méditons, je vous supplie, de quelle sorte de mort elle mourut. Quelle mort fut tant hardie que d'oser attaquer la Mère de la vie, el (I) «it

POUR L^ASSOWnOll.

erile de taqiiella le Fils avoit vainca et la mort et sa force qui est le péché. Soyez at» lentifs, mes très-chers auditeurs, car ce poinct est digne de considéra lion.

J'aoray bien-tost respondu à la demande, mais il ne me sera pas si aisé de la bien prouver et déclarer (4). Ma response est en un mot que Nostre-Dame Mère de Dieu est morte de la mort de son fils; la raison fondamentale est parce que Nostre-Dame n'avoit qu'une mesme vie avec son Fils, elle ne pouvoit donc avoir qu'une mesme mort ; elle ne vivoit que de la vie de son Fils, comme pouvoit^elle mourird'autre mort que de la sienne?C'estoient à la veritédeux personnes, Nostre-Seigneur et Nostre-Dame, mais en un cœur, en une ame, en un esprit, en une vie ; car si le lien de diarité lioit et unissoit tellement les direatiens de la primitive Eglise, queS Luc

ure qu'ils n'avoient qu'un cœur et une y aux actesdeuxiesmes, combien avonsnous plus de raison de dire et de croire que ie Fils et la Mère, Nostre-Seigneur et Nostre-Dame, n'estoient qu'une ame et qn'uDB vie.

Oyez le grand apostre S. Paul, il sentoit Grtte union et liaison de charité entre son Maistre et luy, qu'il fait profession de n'avoir point d'autre vie que celle du Sauveur: Fito ego, etc. , Je vis, mais non jà moy, ains Jesus-Christ vit en moy. G peuple ! cette union, ce meslange et liaison de cœur «toit grande, qui faisoltdire telles parolles à S. Paul ; mais non pas comparables avec celle qui estoit entre le cœur du Fils Jésus ctœluy de la mère Marie ; car l'amour que Nostre-Dame portoit à son Fils surpassoit celuy que S. Paul portoit à son Maistre, d'autant que les noms de mère et de fils lont plus excellons en matière d'affection, fie les noms de maistre et de serviteur : ^eet pourquoy si S. Paul ne vivoit que de h vie de Nostre-Seigneur, Nostre-Dame ausi ne vivoit que de la mesme vie, mais plus parfaictement , mais plus excellemaenty mais plus entièrement que si elle \ vivoit de sa vie ; aussi est-elle morte de sa i sort.

Et certes le bon vieillard Simeon avoit loog*temps auparavant predict cette sorte de mort à Nostre-Dame quand tenant son eofant eo ses bras il luy dit : Tuam ipiiui

4t ta Btri te tM rOf.

animam perirantMi glaiim^ Ton ams

sera transpercée par le glaive, le glaive transpercera ton ame; car considérons ces parolles, il ne dit pas : Le glaive transpercera ton corps; mais il dit : Ton ame, quelle ame? la tienne mesme, dit le prophète. L'ame donc de Nostre-Dame devoit estre transpercée , mais par quelle cspée? par quel Cousteau ? et le prophète ne le dit pas; neantmoins puisqu'il s'agit de l'ame, et non pas du corps, de l'esprit, et non pas de la chair, il ne faut pas l'entendre d'un glaive matériel et corporel, ainsd'un glaive spirituel et qui puisse atteindre l'ame et l'esprit.

Or je trouve trois glaives qui peuvent porter leurs coups en l'ame. Premièrement le glaive de la parolle de Dieu , lequel , comme parle l'apostre, est plus pénétrant qu'aucune espée à deux taillans. Secondement le glaive de douleur duquel l'Eglise entend les parolles de Simeon : Tiiam , dit-elle, iptiiu animam doloris gladius pertraniivit ; cujus animam mcBrentew^ eontristantem et dolentem, pertransivii gladius. Troisiesmement le glaive d'amour, duquel Nostre-Seigneur parle :

^on veni mUtere pMem sed gladium^ Je ne suis pas venu mettre la paix , mais le glaive, qui le mesme que quand il dit : Ignem veni mittere^ Je suis venu mettre le feu. Et au Cantique des Cantiques, TEspoux estime que l'amour soit une espée par laquelle il a esté blessé, disant : Tu as blessé mon cœur, ma sœur, mon espouse.

De ces trois glaives fut transpercée l'ame de Nostre-Dame en la mort de son Fils, et prïncipalemenldu dernier qui comprend les deux autres.

Quand on donne quelque grand et puissant coup sur une chose, tout ce qui la tou* che de plus près en est participant et en reçoit le contre-coup : le corps de Nostre- Dame n'estoit pas joinct et no toucboit pas à celuy de son Fils en la passion ; mais quant à son ame, elle estoit inséparablement unie à l'ame, au cœur, au corps de son Fils , si que les coups que le beny corps du Sauveur receut en la croix ne firent aucune blessure au corps de Nostre- Dame, mais ils firent des grands contrecoups en son ame, dont il fut vérifié ce que Simeon avoit predict.

L'amour a aocoustumé de faire recevoir

SERlfOlf

' les contre-coups des afflictions de ceux que l'on chérit : Quis inftrmàlur, et èg'o non infirmer? Qui est malade, que je ne le sois? qui reçoit un coup de douleur, que je n'en i^^ive le centre -coup? dit le sa i net nposlre; et neantmoins Tiime de S. Paul ne touchoit pas de si près au reste des fidellcs, comme Tame de Nostre-Dame touchoit et attouchoît de fort pr(^s , et de si presque rien plus, à Nostre-Seif^cur, à fcon ame et à son corps, duquel elle estoit la source, la racine, la more. Ce n*estdonc pas merveille si je dy que les douleurs du Fils furent h*s espées qui transperceront l'amede In Mère. Disons un peu plus clairement : Une fleschc dardée rudement contre une personne, ayant outro-percé son corps, perceiii encore celuy qui se treuvera tout touchant et joinct à hiy. L*amode Nostre-Dame estoit joincle en parfaite union à la personne de son Fils, elle estoit collée sur elle : Jnvna Jonaihœ conglutinata eêt ad animam David , dit l'Escriturc.

Jfeg. 48. L'ame de Jonalbas fut liée ou collée â c«lle de David , tant leur amitié estoit estroite; et partant les espines, les doux , la lance qui percèrent la teste, les mains, les pieds, le coslé de Noslre-Scigneur passèrent encore et outre-percerent i'ame de la Mcre.

Or, je puis bien dire avec vérité, ô Ste Vierge, que vostre ame fut transpercée de ]*amour, de la douleur et des parolles de voslre Fils; car quant à son amour, à comme il vous blessa, lorsque vous voyez mourir un Fils qui vous aymoit tant , et que vous adoriez tant? Quant à sa douleur, comme elle vous toucha vivement, touchant si mortellement tout vostre plaisir, vostre joie , vostre consolation ? et quant à ces parolles si douces et si aigres tout ensemble, hclas! ce vous furent autant de vents et d'orages pour enflammer vostre amour et vos douleurs, et pour agiter le navire de vostre cœur presque brisé en la tempeste d'une mtT tant amere ! l'amour fui l'archer; car sans iuy la douleur n'eust pas eu assez de mouvement pour atteindre vostre ame; la douleur fut Tare qui lançoit les parolles intérieures et extoriourcs , comme autant do dards qui n'avoient d'au« tre but que vostre cœur, lielas 1 comme fut-il possible que des sagclles tant amou* reuses fussent si douloureuses :S ainsi les

esguillons emmiellez dos abeillefl font extresme douleur à ceux qui en sont picquez^ et semble que la douceur du miet avive la douleur de la poincté. C'est la vérité, A peuple! plus les parolles de Vfostrc-Sb|. gneiir furent douces^ plus furent-elles cuisantes à la Vierge sa Mère, et le senoîénl à nous si nous aymiohs'son Fils.' Quelle plus douce parolle que celle qiiîll dit à p Mère et à S. Jean, parolles (esmoîns*9&seurez de la constance de son apiour, 'î)e son soin, de son affection à celte sàîncte Dame; et neanlmoins ce furent des pi* rolles qui sans doute Iuy furent extra)* moment douloureuses. Rîen ne nous fiît tant ressentir la douleur d^un amy que'Ies nsseurances de son amour : mais re^enofis â nous, je vous prie. Ce fut donc alors' que l'ame de Nostre-Dame fut transpercée do glaive. '■ •■■

Et quoy! me direz-vous, mourust-eïïe alors (4)? J'ay desjà dit que quelqui^uœ qui l'ont ainsi voulu dire ont fort èrrë, él que rEscriture tesmoigne qu'elle estoit 'encore vivante au jour de la Penteçoste, jjt qu'elle persévéra avec les apostres m exercices de l'oraison et communioij|il de plus que là tradition est qu'elle a vescu plusieiirs années depuis. Mhis ôy^, jo vous prie , n'arrive-t'il pas souvônl qu'une biche est blessée par le veneur, et que neantmoins elle s'eschapï>e avec â(m coup et sa playe, et \f\ mourir bien foin du lieu où elle a été blessée, et plusieui? jours après? Ainsi certes Nostre-Dame fnl blessée et atteinte du dard de doul(e*in*'eh la passion de son Fils sur le montde Céfvaire, et ne niourut toutesfois pas àPheure. mais porta longuement sa playe de' (aquelle enfin elle mourut. 0 playe amoureuse! 6 blessure de charité, qiié vous fustes chérie et bien aymée du cœur qù6 vous blessastes. ' ' "

Aristote raconte que les chèvres sîuh vages de Candie (Pline en dit de mesme dès cerfs) ont une malice et ruse, ou plulostiVn instinct admirable ; car estant transpercée» d'une flescho elles recourent au dictniric parle moyen duquel la flescho est cxpulélîc et rotiriM» du corps. Mais qui est le cfireiS^ tien qui n'aye o«ité quelqiiesfois blessé du dard de la passion du Sauveur? Qui esilt cœur qui ne soit atteint considérant son

(i) Qaoy qoe non p«i •■ mine luttai qM ••■ Flli. ~

POUR L'ASSOMPTIOIf.

Ssaveor Mette , tourmenté , garotté , ekHié, Gooronné d'espines, crucifié ? Mais jo pe BQay ai je le dois dire que la plupart des elirestiens ressemblent aux hommes do Quidie, desquels parle Tapostre; il dit : Çr§tmue$ mendaces, ventri pigri^ mdlœ he$iiœ. Les Candiots sont menteurs , von- Iras coiiards, mauvaises bestes : au moins puiflrje bien dire que plusieurs ressemblent ipx chèvres sauvages de Candie, car ayant 0Bté blessez et atteints en leur amo de la pBasion du Sauveur, ils recourent inconlineift au dictame des consolations mondaines , par lequel les dards de Tamour divin sont rejettez et repoussez de leur mémoire : au contraire la Ste Viergo se sentant blessée, chérit et garda soigneusement lea traicts dont estoit outre-percée , et no voulut jamais les repousser. Go fut sn gloire , ce fut son triomphe ; et partant •Ue désira d*en mourir, et en mourut enfin , si qu'elle mourut do la mort do son Fils, bien qu'elle n*en mourust pas sur l'heure.

Or si ne faut-il pas s'arresler icy, ce inbjet est agréable à mon advis , Nostre- Oune mourut de la mort, do son Fils, mais un Fils du quelle mort mourut-il (I)?

Toicy des nouvelles flamnicr., ôchresticns . Nostre^igneur souffrit inlinimont en son •me et en son corps, ses douleurs ne trouveront point do comparaison on co monde. Yoyez les afflictions de son cœur, voyez les passions de son corps : considérez, je vous supplie , et voyez qu'il n'y a point de dou- Iflùns esgales aux siennes : mais neantmoins toutes ces douleurs , toutes ces affictions , tous ces coups de main , de ro- NBU , d'espines , de foiiet , de marteaux , de lance, ne pouvoicnt le faire mourir. Lu pNt n'a voit pas assez de force pour se rendre victorieuse sur une tcllo vie , elle ' l'y avoit poinct d'accez : comme mourutil donc?

0 chrestiens , l'amour est aussi fort que h mort, Fortis ui mors^ dUectio L'amour Mroit que la mort entrnst en No:%tre- Sdgncur, afin que par sa mort il pust se nspandre en tous les hommes. La mortdedroit d'y entrer, mais elle no pouvoitd'ollenetme, elle attendit rheuro, houro bionbenreuse pour nous, à laquelle raniour luy h l'entrée , et luy livra Nostre-Scigneur

pieds et mains cloiiez. Si que ce que la mort n'eust peu faire , l'amour aus^ilfort qu'elle l'entreprit et le fît. Il est mort d'amour ce Sauveur de mon amo, la mort n'y pouvoit rien que par le moyen de l'amour *. Oblatus est, quia ipse voluit. Il a esté p(fert, parce qu'il Ta voulu.

> Ce fut par esloction qu'il mounit, et non par la force du mal : Ego pono animqm meam , nemo iollit eam à me , sed ego pono eam. Tou^ autre homme fust'mSrt de tant de douleurs ; mais Nostre-Seigneur qui tenoit en ses mains les clefs de la mort et de la vie , pouvoit tousjours ompeschér les efforts de la mort et les effécts des douleurs : mais non, il ne voulut pas ; l'amour qu*il nous portoit comme une Dalila fuy osla toute sa force , et il se laissa volontairement mourir ; et partant il n'est pas dit que son esprit sortit de luy, mais qu'il le rendit, Emisit spirifum. Et S. Athanase note qu'il baissa la teste avant que de mourir, Inclinato capite , emisit spirt' tum, pour appeller la mort, laquelle autrement n'eust osé s'approcher. C'est cela qui le fait crier à pleine voix en mourant', pour monstror qu'il avoit assez de forbé pour ne mourir pas s'il luy eustpleu. C'e^jl la resolution qu'il donne luy-mesme : Mcùjorem charitatem nemo hahet, quamut animam suam ponat quis pro amiéii suis^ Personne n'a plus grande charité que de donner sa vie pour ses amis.

Il est donc mort d'amour, et c'est ce qui fait que son sacrifice de la croix fut un holocauste, parce qu'il y fut consumé par ce feu invisible , mais d'autant plus ardent , de sa divine charité qui le rend sacrificateur en ce sacrifice , et non les Juifs ou Gentils qui le crucifièrent , d'autant qulï^ n'eussent sceu luy donner la mort par.

leurs actions, si son amour par le plus excellent acte de charité qui fut oncques , n'en eust permis et commandé le derhîef eiïect , puisque tous les tourmens qu'ils luy (iront fussent demeurez sans effort s*îf n'eust voulu leur |)ermpttre la prise sur sa vie , et leur donner force sur luy r JVoH haberes potestatem adversum me , hi$i lihi datum esset desuper; Vous n'auriez aucune puissance contre moy, si elle n6 vous estoit donnée d'en haut.

Or puisqu'il est certain que le Fils est mort d'amour, et que la mère est morte àê

ttO

SERMON

la mort du Fils , il ne faut pas douter que la Mère ne soit morte d*amour (4). Mais comment cela ? vous avez veu qu'elle fut blessée d'une playe d'amour sur le mont de Calvaire voyant mourir son Fils ; dèslors cet amour luy donna tant d'assauts , elle ressentit tant d'eslancemens , cette playe receut tant d'inflammations , qu'enfin il fut impossible qu'elle n'en mourust , elle ne faisoit que languir ; sa vie n'estoit plus qu'en défaillance et ravissemens , et se fondoit en elle-mesme par tant de chaleur, si qu'elle pouvoit bien dire ordinairement : Stipate me floribus , fulcite me malii^ quia amore langueo; Âppuyezmoy de fleurs, environnez-moy de pommes, car je languis d'amour. Âmnon espris de l'amour infasme de Thamar, en devint si malade qu'on le voyoit mourir et desseicher. 0 que l'amour divin est bien plus actif et puissant 1 son object, son principe est bien plus grand, c'est pourquoy ce n'est pas chose, estrange , si je dy que Nostre- Dame en mourut , elle porta tousjours en son cœur les playes de son Fils, pour quelque temps elle les souffrit sans mourir, mais enfin elle en mourut sans souffrir. O amor vulneris ! 6 vulnus amoris !

0 passion d'amour 1 ô amour de la passion 1

Hélas 1 son trésor estoit au ciel, c'est-àdire son Fils, son cœur n'estoit donc plus en elle; là estoit le corps qu'elle aymoit tant, estant os de ses os, chair de sa chair, là voloit ce sainct aigle : (Jlncumque fuerit corpus, ibi et congregabuntur aquilœ. Bref, son cœur, son ame , sa vie estoit au ciel, comme cust-elle peu demeurer en terre? Donc enfin après tant de vols spirituels , après tant de suspensions et d'extases , ce sainct chasteau de pudicité , ce fort d'humilité ayant soutenu miraculeusement mille et mille assauts d'amour, fut emporté et pris par un dernier et gênerai assaut : et l'amour qui en fut le vainqueur, emmenant cette belle ame comme sa prisonnière, laissa dans le corps sacré la pasle et froide mort. 0 mort, que fais-tu dans ce corps, estimes-tu de le pouvoir garder? ne te souvient-il point que le Fils de cette Dame, dont tu possèdes le corps, t'a vaincu, t'a battu , t'a, rendu son esclave? Àh I jà n'advienne qu'il te laisse en la gloire de

cette tienne Tictoire , tu lortifw tantoU autant honteusement comme tu y es superbement, et Tamour qui t'a logé en cette saincte place par un certain excès, revenant à soy-mesme dans bien pen, t'en estera la possession.

Le phénix meurt par le feu , et cette saincte Dame mourut d'amour. Le phénix assemble des busches de bois aromatique, et les posant sur la cime d'un mont , fint sur ce buscher un si grand mouvement de ses ailes, que le feu s'en allume aux rayons du soleil. Cette Vierge assemblant en son cœur la croix , la couronne , la lance de Nostre-Seigneur, les posa au plus haut de ses pensées, et faisant sur ce buscher on grand mouvement de continuelle méditation, le feu en sortit aux rayons de lumière de son Fils. Le phénix meurt en ce feu-là; la Vierge mourut en celuy-cy, et ne faut pas douter qu'elle n'eust en son cœur gravé les armes de la passion. Àhl si tantda Vierges, comme Ste Catherine de Sienne, Ste Claire de Montefalco« ont bien eu cette grâce , pourquoy Noslre-Dame , laquelle ayma son Fils , et sa mort , et sa croix , incomparablement plus que ne firent oncques tous les saincts et les sainctes ? Aussi n'estoit-elle plus qu'amour, et en nostre langage l'anagramme de Marie n'est autre chose qu'aymer, aymer c'est Marie, Marie c'est aymer. Allez, allez heureux, 6 beau phénix ardent et mourant d'amour, dormes en paix sur le lict de charité I

Amsi donc mourut la Merc de la vie (4). Mais comme le plienix ressuscite bien-tost après la mort, et reprend une nouvelle et plus heureuse vie ; ainsi cette bien-heureuse Vierge ne demeura gueres (ce ne fut au plus que trois jours) sans ressusciter, son corps ne fut point subjet à la corruption après la mort , son corps qui n'en receut jamais pendant sa saincte vie. La corruption n'avoit point de prise sur une telle intégrité. Cette arche estoit de bois incorruptible de Sethim , comme Tautre ancienne. Âh! cela se croit des corps d'Helie et Enoch, lesquels, comme il est dit en l'Apocalypse, mourront, mais pour trois jours seulement et sans corruption : combien plus de la Vierge, de laquelle In chair immaculée a une si estroite alliance avec celle du Sauveur, qu'on ne sçauroit

<i) >tiB «lie renuMiU biMlM api^i.

POUR L*ASSOMPTIOFI.

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■■giner aneune imperfection en l'une que $ déshonneur n'en rejaillisse sur l'autre. ^1 es poudre et tu retourneras en poudre ; eia fut dit au premier Adam et à la pre- BÎere Eve, le second et la seconde n*y ont loinl eu de part: etc*estune règle certes liao générale , mais, non point sans exeption, comme j'ay monstre d*Helie et "Enoch. La ville de Jéricho fut g;enerale- Mml pillée et saccagée, mais la maison de laab fut privilégiée et exempte du sac, qu'elle avoit logé une nuict les esdu grand-duc Josué. Le monde et tous ei habilans sont subjels au sac et pillage, i au feu gênerai ; mais ne vous semble-t'il ISS qu'il y aye raison d'excepter Nostrelame en son corps I corps qui receut et Bgea non les espies, mais le vray Josué, e vray Jésus ; et non pour une nuict, mais lîen pour plusieurs : Deattu venter, beata liira. Les vers butineront nos corps, maiç la ont révéré celuy qui a produit le corps te leur créateur.

Le pontife Abiathar s'estoit rangé à la selîtion d*Adonias, et estant descouvert et iorpris : Tu devois mourir, dit Salomon ; nais parce que tu as porté Tarche de Tallîance devant mon père, tu ne mourras pas. ÛBrtes selon les loix générales, la Vierge Mdevoit pas ressusciter avant le jour de la générale résurrection, ny mesme estro exempte de la corruption : mais l'honneur qa'elle a eu de porter devant le Père éternel, non Tarche de l'alliance, mais le Fils Qoique, le Sauveur, le Rédempteur, la rend exempte de toutes ces règles. N*eslil pas vray que, nonobstant ces règles, pkttieurs ressusciteront au jour de la renrrection, MuUa corpora sanctorum qui éormierant resurrexeruni? Et pourquoy son la Vierge? à laquelle dit le grand An- Nlne, nous ne devons refuser aucun privilège, ny honneur qui soit accordé à aucune mature simple.

Mais enfin si Ton me presse pour sçai\ir quelle certitude nous avons de la rcainrection de la Vierge, je respondray que Mmsen avons tout autant que de son trèspas. L'Bscrilure, laquelle ne contredit ny ii l'une de ces deux veritez, ny à l'autre, a'eoeatablit aussi ny l'une ny l'autre par parolles bien expresses; mais la saincte tiadition qui nous enseigne qu'elle est de- Bidéo, nous apprend avecesgale assurance

qu'elle est ressuscitée; et si quelqu'un refuse crédit à la tradition pour la cesurreo» tion, il ne sçaurolt convaincre celuy qui en fera de mesme pour la mort et trespas. Mais nous qui sommes chrestiens, croyons, assurons, et preschons qu'elle est morte, et bien-tost ressuscitée, parce que la tradition le porte, parce que l'Eglise le tesmoigne : et si quelqu'un veut contredire, nous avons à luy respondre, comme fit en cas pareil l'apostre : Si quis videtur eontentiostu esse^ nos talent consuetudinem non habemus , neque Ecclesia Dei ; Que s'il y a quelqu*un qui semble estre contentieux, nous n'avons point telle coustume, ny aussi les Eglises de Dieu.

Or ce n'est pas assez de croire qu'elle est ressuscitée (4) ; car il faut encore establir en nostre ame qu'elle n'est pas ressuscitée pour mourir l'autre fois comme fit Lazare, mais pour suivre son Fils au ciel, commefirentceux qui ressusciterentau jour que Nostre-Seigneur ressuscita (ATa^A.^.

Le Fils qui receut son corps et sa chair do sa Mère venant en ce monde, ne permit pas que sa mère demeurast icy-bas , ny selon le corps, ny selon ''ime, mais bien tost après qu elle eust paye le tribut gênerai de la mort, il la tira après soy au royaume de son sainct paradis. C'ei^t ce que tesinoigne TEglise , appellant celte feste Assomption , fondée sur la mesme tradition , par laquelle elle est asseuréede la mort et résurrection.

El certes les cigognes ont cette naturelle pieté envers les pères et mères desja caduques et vieux, que lorsque l'aspreté de la saison et du temps les contraint à faire passage et retraite en lieu plus chaud, elles les saisissent, s'en chargent, et les portent sur leurs ailes, pour en quelque façon contre-eschanger le bien-fait, qu'elles ont receu en leur éducation. Nostre-Seigneur avoit reçu son corps de celui de sa mcre, et avoit esté porté longuement en son sacré ventre, entre ses chastes bras, et mesme lorsque par l'aspreté de la persécution il fallut faire passage et retraite en Egypte. 0 Seigneur, dit la cour céleste après la mort do la Vierge : Exurge in prœcepto quod mandaslif Vous avez commandé l'assistance des enfans à Tcq* droict de leurs pères vieux, et l 'avez gra*

(1) Kl Boou tm cM.

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SERMON

Tée si avant en la nature, que les cigognes mesmes en practiquent la loy ; levez- vous en ce commandement, que vous avez fait, et ne permettez pas que ce corps qui vous a engendré sans c-orruplion en reçoive innintonant par la mort; mais ressuscitezle, et le saisissez sur les aisles de voslre puissance et bonté, pour le transporter du désert en ce bas monde on ce lieu de félicité immortelle. Il ne faut pas douter que le Sauveur n*ayc voulu observer ce commandement qu'il a fait ù tous les enfans, au plus haut poinct de perfection que Ton peutima;;iner. Mais qui est Tenrant qui ne ressiiscilast sa bonne mcre s*il pouvoit, et ne la misl en paradis après qu'elle seroit decedée? Cette Mère de Dieu mourut d'amour, et Tamour de son Fils la ressuj^cita, et en cette considération laquelle comme vous voyez, est toute raisonnable, nous disons aujourd'huy : Quœ est ista quœ ascendit de déserta deliciis alfluens, innia:a super dilecium suum; Qui est cellecy qui monte du désert si abondante en délires, estiint appuyée sur son bien-aymé? C'est le subjet de noslre feste, c'est l'occasion de celte grande allégresse que tous les saincts célèbrent de Tligliàe militante et triomphante.

(1) Quand le patriarche Joseph receut son pero Jacob au royaume d'Egypte en la cour de Pharaon, outre le favorable accueil que le roy mesme luy fit, ne doutez pas que les principaux courtisans ne luy allassent au-devant: et ne fissent toutes sortes de démonstrations d'une grande resjowyssance, et comme douterons-nous qu'à l'Assomption de la tres-?aincte Mère du Sauveur, tous les anges n'ayant fait feste et célébré sa venue par toutes sortes de cantiques de joye? auxquels joignant nos vœux et alTeclions, nous devons faire une solemnelle feste avec des voix et chants de triomphe, disant : qui est c<îlle-cy qui monte du désert abondante en délices?

Aussi fut-ce la plus belle et magnifique entrée qui fut jamais vue au ciel après celle de son Fils; car quelle ame y fut jamais receuo si pleine de perfections, si richenient parée en vertus et privilèges? Elle monte du désert du monde inférieur, mais neanlmoins tant parfumée de dons spirituels, que le ciel, hors la peraonne do son

(1) VieijM d«.B«rll«s «t àê (rtcca.

Fils , n*a rien de oomparable. Bll» mMli, sieut virguHa fumi tx arommHèmê mfr» rhœetthuriê. Qui est eolle (f«tpil dit att Cinlique des cantiques) qui monte du d«* sert comme une colonne de fumée, parfnmée de myrrhe et d^encens, el de toutes les poudres d'un parfumeur? La reyne de Saba vint, comme vous sçavex, vjaiter k roy Salomon pour considérer sa aageftie et le beJ ordre de sa cour, et à son arrivéo elle luy donna une grande quantité d*or,da parfums et de pierres précieuses : iViM sunt allata ultra iam muUa aromate quam ea quœ dédit regina Stiba rs§i Salomoni^ Mais la Vierge montant aa ciel en la cour de son Fils, y porta taat d'or de charité, tant de parfums de deve» tion et vertus, tant de pierres precieusM de patience et souffrance, qu'elle avoît supportées pour son nom, que toutcelars» duit en mérites , on peut bien dire que ja^ mais on n'en porta tant au ciel, jamais oa n'en présenta tant à son Fi Is comme ûtoetll saincte Dame.

Voulez-vous voir clair en cette doctrioat Sçnchez qu'en matière de bonnes csuvreSi il n'y a personne qui commence si-tost à en faire, ny qui continue si diligemment, comme fist Noslre-Dame ; car quant à nous autres, nous commençons bien tard à aa faire , et si nous en faisons bien souvent nous les perdons par le péché, et ne continuons pas, si que l'amas ne s'en treuvs pas fort grand , car bien qu'à l'odventuri nous assemblons quelques deniers de mérite, ce n'est que quelquefois, et bien souvent nous jouons et dissipons nostre ar* gcot en un coup de péché : et si bien par la pénitence nous sommes restubiis, ù voyez-vous qu'il y a bien du mauvais ma* nage en nos affaires; car nous perdons beaucoup de temps, et si nos forces demeurent afibibiies après le péché, et mesme après la pénitence, si que nostre amas M peut cstro grand. Mais parlons des plus parfaicts. S. Jean-Baptiste mesme, vostre grand patron, ô peuple, n'a pas esté exempt de péché véniel. Or le péché véniel alentit nos œuvres, retarde nos progrez, empea»

che nostre advanc^ment. Mais noslre saincte Dame ayant esté comblée de gruoaa en sa conception dès qu'elle eut l'usage de sa raison , n'a jamais cessé de profiter el croistre de plus en plus en toutes aorteeé»

POUR L^ASSOfePTION.

et grâces, si que l'amas dMcelles en omparable : Muïfœ filiœ congretnt div{ti(i$9 sed tu supergressa verêaSj Plusieurs âmes ont assrm- . richesses, mais vous les avez toutes sées.

l'elle fut abondante en délices, puisavoit esté si abondante en bonnes i et travaux en ce monde , aussi futablie au plus haut lieu de la gloire ncls(l). Pharaon défera tant à Joue son père estant arrivé en Egypte, il : Ton pore et les frères sont venus ff le pays d'Ei^yple est à ton comnent , fais habiter Ion père et tes à la meilleure terre (2). Mais en lincte journée en laquelle Nostroirriva au royaume de son Fils, penimo lo Pore éternel luy aura dit :

nà gloire est tienne, ô mon bienils, ta mère est venue vers loy; faiser au plus haut grade, en la meil- (t plus emm inente place de ce e. Il ne faut pas douter de cela, ns, Nostre-Scigneur vi'nant en ce chercha la plus basse place qui y n'en trouva point de plus basse par S quo la Vierp;e ; maintenant il la ) en la plus haute du ciel par gloire; donna place selon son désir , il la ne maintenant selon son amour, it sur les chérubins et séraphins, voyons le reste de la sentence que

sommateur : SoU Deo honor et glùtia, A

Dieu seul honneur et gloire , tout revient à ce poinct. Si elle est saincte, qui a sanctifié, sinon son Fils? si elle est sauvée, qui en est le Sauveur, sinon son Fils? Innixa super dilêctum suum. Tout son bon-heur est fondé sur la misericerde de son Fils. Voulez- vous que Nostre-Dame soit un lys de pureté et innocence? ouy elle Test â la vérité , maïs ce lys a sa blancheur du sang de Tagneau auquel elle a esté blanchie, comme les estolles do ceux qui dealbave^ runt eas in sanguine agni, Çai les ont lavées au sang de Tagneau. Si vous l'appelez rose pour son extresme charité, s :'n vermei; ne sera quo le sang de son Fils. Si vous dîtes qu'elle est une colonne de^umée soiiefve et gracieuse, dites tout aussi-tost que le feu do cette fumée c'est la charité de son Fils, * le bols c'est la croix d'iceluy. Bref en tout et partout ello qpt appuyée sur son bien aymé. C'est ainsi, ô chrestiens, qu'il faut eslre jaloux de l'honneur de Jesus-Christ, non pas comme les adversaires de l'Eglise qui pensent bien honorer le Fils, refusant l'honneur deu à la Mère : où au contraire l'honneur |)orté â la Mère estant rapporté au Fils, rend ma.Lrniflque et illustre la gloire de sa miséricorde.

Et pour tesmoigner la pureté de l'intention de rii;j;lise en l'honneur qu'elle rend à la Ste Vierge, je vous représente deux ho-

.^j ^„^ ; fPsies contraires, qui ont esté contre le

ons choisie pour subjet, elle dit ' juste honneur de Nostre-Dame , Tune par

e cetto saincte Dame montant du i ^'cxcez qui nommoit Nosire-Dame déesse

bondanto on délires , est appuyée ■ ^" ^'®[' ^^ ^"ï offroit sacrifice, et celle-cy

bien-aymé (3). Cest la conclusion " ^"t n^aintenueî par les Colliridiens; l'autre

bien

s les loliani^es que l'Eglise donne lent aux sainct-i, et surtout à la car nous les rapportons tousjours eur de son Fils, par la force et quel elle monte et a receu la ple- .*s délices. Avez- vous pas remarqué reyno de Saba , portant tant do rerieuses en llierusalem, les offrit Solomon? Ah ! tous les saints en mesme , et parliculierem^înt la toutes ses perfections , toutes ses oulcs ses félicite/ sont rapportées, es et dédiées à la gloire de &on Fils at la source , l'auleur et lo con-

'al-elle établie aa plus haut liea da paradia.

um.

t rtvUat a la f loin da Fila.

par le défaut qui rejottoit l'honneur que les catholiques font à la Vierge, et celle-cy fut des Anti iicomarites. Les fols tiennent tousjours les exlresmitez. et sont contraires ensemble. L'Eglise qui va tou-jours parle chemin royal, et se tient dans le milieu de la vertu , ne combattrt pas moins les uns que les autres , mais détermina contre les uns que la Vierge n'estoit que créature, et que psirlant , on ne devoit luy faire aucun sacrifice; elle establil contre U»s autres, que neanlmoins cette saincte D.îmc , pour avoir esté Mero du Fils de Dieu , devoit estre reconnue d'un honneur siM»cial, infi* niment moindre que celuy de son Fils, mais inliniment plus grand que celuy do tout ks autres saincts. aux uns elle remoBstr*

SERMOV

que la Vierge est créature', mais si saincte, mais si parfaicte , mais si parfaictement alliée, jointe et unie à son Fils, mais tant aymée et chérie de Dieu , qu*on ne peut bien aymer le Fils , que pour Tamour de luy on n*ayme extresmement la Mère, et que pour Thonneur du Fils on n'honore excellemment la Mère. Mais aux autres elle dit : Le sacrifice est le supresme honneur de lalrie, qui ne doit estre porté qu'au Créateur; et ne voyez- vous pas que la Vierge n'est pas la créatrice, mais une pure créature, quoy que très excellente? 'Et pour moy j'ay accoustumé de dire qu'en certaine façon , la Vierge est plus créature de Dieu et de son Fils que le reste du monde, pour autant que Dieu a créé en elle beaucoup plus de perfections qu'en tout le reste des créatures, et qu'elle est plus rachetée que le reste des hommes , parce qu'elle a esté rachetée non seulement du péché, mais du pouvoir et de l'incffhation mesme du péché, et que racheter la liberté d'une personne qui de voit estre esclave avant qu'elle le soit, est une grâce plus grande que de la racheter après qu'elle est captive. Tant s'en faut que nous voulions mettre en comparaison absolue le Fils avec la Mère, comme nos adversaires croyent ou font semblant de croire pour le persuader au peuple.

Bref , nous la nommons belle , et belle plus que tout le reste des créatures , mais belle comme la lune qui reçoit sa clarté de celle du soleil ; car elle reçoit sa gloire de celle de son Fils. L'espine appelée Âspiilatus, dit Pline, n'est pas de soy odoriférante: mais si Tare en ciel vient fondre sur elle , il luy laisse une odeur de suavité incomparable La Vierge fust Tespine de ce buisson ardent, mais non bruslé, que vit le grand Moy se, Jiubum quein viderai Afoysesj conservatam agnovimui tuam ianetam virginitatem, dit l'Eglise, et certes de soy elle n'estoit pas digne d'aucun honneur, elle estoit sans odeur; mais puisque ce grand arc du ciel, ce grand signe de la reconciliation de Dieu avec les hommes, vint petit à petit fondre sur cette saincte espine , premièrement par grâce dès sa conception , puis par filiation se rendant entièrement son Fils « et reposant en son précieux ventre , la suavité en a esté si grande , que nulle autre plante n'eo a

jamais tanteue;8iiaTitéqnieBttaBt«gretl)l à Dieu , que les prières qui en iont par6 mées ne sont jamais doutées , ny Im tiles; mais tousjours l'honneur en reviei à son Fils , duquel elle a receu son odev Son Fils est nostre advocat , elle no;?ti advocate , mais bien diversement ; je Ta dit cent fois. Le Sauveur est advocat d justice ; car il plaide pour nous , alléguai le droict et raison de nostre cause : il pn duit nos pièces justificatives , qui ne m autres que sa rédemption, que son saai que sa croix : il confesse à son Père qa nous sommes débiteurs; mais il fait vd qu'il a payé pour nous. Mais la Vierge c les saincts sont advocats de grâce, ils sq plient pour nous qu'on nous pardonne, c le tout par la passion du Sauveur ; ils n*oi pas pourmonstrer de quoy nous justifia mais s'en confient au Sauveur. Bref, ils a joignent pas leurs prières à l'intercessioi du Sauveur; car elles ne sont pas 6 mesme qualité , mais aux nostres. Si II su&Christ prie au ciel, il prie en sa verta mais la Vierge ne prie que comme nous a la vertu de son Fils, mais avec plus de en dit et de faveur. Voyez-vous pas que toi cela revient à l'honneur de son Fils, et a magnifie sa gloire.

(0 C'est pourquoy toute l'antiquité poo honorer Nostre-Seigneur a tant honorés Mère. Regardez le christianisme, detroi églises les deux sont sous TinvocatioD d la Vierge, ou ont des marques signalées d la dévotion du peuple en son endroict. Fi deruni eam filiœ Sion , Les filles de Sîoi les âmes des fidelles, les peuples l'ont coi sidérée, et l'ont loUée pour tres-heureuK Et reginœ laudaverunt eam y non-seuil ment le peuple , mais les âmes les plusn levées, les prélats, les docteurs, les prii ces et monarques l'ont louée et magnifiée et comme les oiseaux commencent à p zoUiller, chacun en son ramage à la poind du jour, ainsi tous se sont évertuez à ceh brer 6es honneurs , comme elle-mesmel^ voit preveu, disant que tous la bcniroien Beatam me dicent omnes generatiam à la suite desquels tous les fidelles doives et vous le devez plus particulièrement, Parisiens, Tinvoquer et luy obeyr, qui so les deux premiers honneurs que nous h

(1) EiborlallM à rUiTo«ii|oa ti

POtR VASSOHPTIOIf .

MMimm rendre, et qu'elle nous a inyitez I nj rendre.

ie ireave que Nostre-Drme ne p^rla que leox fois aux h( mmes pour ce qui en est vdté en l'Evanpile, Tune qu: nd elle saltia SUeabeth, lorsc'estsans doiiie qu'elle pria xrar elle, ear le salut des fidelles se fait «rprieres ; la seconde fut quand elle parla m serviteurs des noces en Oina de Ga* iUe, el lors elle ne dit sinon : Faites tout m que mon Fils vous dira. En ces deux Ides est compris rcxercice de la charité it Tolonté de la Vierge à Tendroict des MMnmes, c'est de prier pour eux. Et parmi nous la devons invoquer avec grande soofiance, en tous dangers , en tous oragBS. 0 Parisiens, regardez cetieestoile le ner , invoquez-la , à sa faveur vostre HTire arrivera au port sans bris et sans

laafrage.

Vais si vous voulez qu'elle prie pour rooSy oyez sa seconde parolle; obeyssez I ses oommandemens : or ses commandenens sont en un mot, que vous faisiez la vokmfé de son Fils ,- Omnia quœcumque Uac€riivobis,facite. 0 chrestiens, voulons-nous que la Vierge nous exauce? exaocons-la ; voulez - vous qu'elle vous cseoute? escoutez-la ; elle vous demande de tout son cœur el pour tout contre-eschange de ses affections , que vous soyez obeysms serviteurs de son Fils. Un jourBetsabée vint à David avec beaucoup d*humilité 0t de révérence , pour luy faire une reqoeste et supplication ; mais enfin elle ne demandoit pour tout, sinon que son Fils Silomon fust roy après son père, et succesmr de la couronne. Cette Vierge, ô peuple, vous demande sur tout pour la plus aneurée démonstration de vostre dévotion «0 son endroict , que vous ayez son Fils four roy de vostre cœur et de vostre ame, fii'il règne en vous , et que ses commandeaens soient mis en execuXion : faites-le, ô

Cple, pour vostre devoir, pour vostre sael pour l'amour de Nostre-Dame, laqaelle, comme vous avez veu , après Tasmmoù de son Fils, demeura encore pour

quelques années en terre, et mourut néantmoins après quelque temps et de la mort de son ¥\h , c'est-à-dire d'amour : mais elle ne demeura gneres morte , mais fut ressuscitée, et monta du désert de ce mon de là haut en paradis, où elle est au su presme degré de toutes les créature^; et tout cela pour la plus grande gloire dg son Fils , pour laquelle elle prie pour nous, et nous demande que nous luy soyons fidelles serviteurs.

0 tres-sacrée et très- heureuse Dame, qui estes au plus haut du piiradis de félicité, helasl ayez pitié de nousqui sommes au désert de misère ; vous estes en l'abondance des délices, et nous sommes en l'abysme des désolations ; impetrez-nous la force de bien porter toutes afflictions, et que nous soyons toujours appuyez sur vostre bien-aymé, seul appuy de nos espérances, seule recompense de nos travaux, seule médecine de nos maux. Hé! Vierge glorieuse, priez pour l'Eglise de vostre Fils, assistez de vos faveurs tous les supérieurs, le S. Père, les prélats et evesques, et particulièrement celuy de vostre ville de Paris, soyez propice au roy. Vostre grand père David fit du bien au fils* de Jonathas pour la mémoire des services et offices receus de Jonathas ^ et ce roy est petit-fils d*un de vos plus fidelles et dévots serviteurs, le bien-heureux S. Louys : nous vous prions de luy donner vostre protection au nom de ce sainct roy. La reyne qui a Thonneur de porter vostre nom soit tousjours à l'abry de vos sainctes faveurs. 0 lys celestes , arrousez les lys de vostre France de vos sainctes bénédictions, afin qu'ils soient blancs et purs en unité de la vraye. foy et religion : vous estes une mer, prestez les ondes de vos grâces à ce jeune dauphin ; ' vous estes estoile de mer , hé ! soyez favorable au navire de Paris , afin qu'il puisse surgir au sainct havre de gloire , pour y loiier le Père , le Fils et le Sainct-Esprit es siècles des siècles. Àins^ % soit 4L

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AUTRE SERMON

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