‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 92 sur 356 · POUR L^ASSOMPTION · texte numérisé non relu

POUR L^ASSOMPTION

nVroitqnun seul soin, qni estoitde se Miren sa présence et e^couter ses divines jnrolles. Il f>embloit de mesme que neutre ligne Mnistresse n'eusl qtt*un seul soin ; rryez-IA dans la ville de Belhlecm, où Ton U tout ce que Ton pusl pour luy treuver in logis, et ne s'en ireuvant point , elle l'en dit mot, ny n*en fait aucune plainte, lîns entre dans l'estable, où elle produit et Mifante son Fiisbicn-nymé, puis le couche ians la cresche : quelques jours âpre:) les poys le vinrent adorer, où Ton peut penser quelles hman.j;es ils donnèrent cl au Fils et i la Mère; neantmoins elle ne dit pas un laul mot : elle le porte en Egypte et le rapporté sans qu*elle parle, ny pour exprimer Il douleur qu'elle a de Ty porter, ny pour tesmoigner la joie qu'elle pouvoit avoir de Ten rapporter. Mais ce qui est plus admirable, voyez-la sur le mont de Calvaire, aile ne jette point d'eslans , ny ne dit pas on seul mot; ains elle est au pied de son iÎTÎn FiU, encoutant ses parolles, c'est cela Itul qu'elle désire, se tenant en une par- Ucte indifférence de tout le reste : arrivo iMit ce qu*ii voudra, qu'il me console ou qu*il m'alllige (dit celte Sle Vierge), pourvu que je sois tousjours auprès do luy, et que je le possède, je suis cunlenle, puisque je ne veux ny ne cherche que luy seul.

Bemurquez, je vous prie , que Nostre- Seigneur reprit Marthe de ce qu'elle se troubloit et s'empressoit, et non pas de co <|Q'elle a voit du soin. Certes, Noslre-Damo iToit un grand soin pour le service de nosbre divin Maislro ; mais un soin sans trouble et sans empressement. Lessaincts qui lont au ciel ont du soin pour glorifier et iotier Dieu , mais sans trouble; car il n'y ti peut avoir en ce lieu ; les anges ont iMn de Dostre salut , et Dieu mosmo a soin dises créatures, mais avec paix et tranquillité. Mais à nous autres, nous sommes û misérables, que rarement avons-nous du soin sans empressement etsans Iroubie. Vous \ errez un homme qui a une grande aflection de prescher, deliendez-lui lu predicalioo, le voilà trouble; un autre qui voudra prendre soin de consoler et visiler les malades, il ne le fera pas sans s'empresser, Dymedine sans se troubler, s'il c^tempes- :béde le faire ; un aulre qui aura grande Ubciion à l'oraison mcnlaio , bien qu'il iemble que cela ne regarde que Dieu, il ne

laissera pas neantmoins de s'empresser, ot d'estre troublé, si on Ton retire pour l'occuper à quelqu'autre chose.

Or dites-moy maintenant, si Marthe n'eusteu d'autre soin que de plaire à Nastre-Seigneur, se fust-elle Umt empre.'aisée? 0 non certes , car un seul mets bien appresté suffîsoit pour sa nourri lure , veu mesme qu'il prenoit plus de plaisir qu'on Tescoulast, comme faisoit Marie : maia Marthe avec le dessein et le soin de pourvoir à ce qu'il falloilà noslre divin Maistre, avuit encore un peu de propre estime qui la poussoit à désirer qu'on visl la courtoisie et l'aiïabiiité avec ln(]uelle elle recuvoit ceux qui luy faisoient l'honneur de la visi* ter, s'e^panchant toute au service du trait» tement ezUTieur de Nostre-Seigneur , et la bonne flile pensoit par ce moyen eslre une grande) servante de Dieu , et s'estimoit estre quelque chose de plus que les autres; et parce()u'elle aymoit grandement sa sœur, elle desiroit qu'elle s'em[>r&ssiist comme elle pour servir son tres-cber Maistre, estimant que par co moyen elle meriteroit davantage; lequel neantmoins prenoit bien plus de plaisir en l'exercice de Marie, dans le cœur de laquelle il disttiloit des grâces incomparablement plus grandes que nous ne sçaurions dire ny penser, par le moyen de ses divines parolles; et cery correspond à la response qu'il fit à cette femme, laquelle voyant les merveilles ({u'il operoil, toute trans()ortéeU'admi ration, se prit à dire : Beatus venter qui le portavil, et ubera quœsuxisti (4); Bienheureux est le ventre qui t'a porté, et les manunelles que tu as succées : il est vray, luy dit ce divin Sauveur, ô femme, ce que tu dis , que bienheureux est le ventre qui m'a porté, et les mammelles que j'ay succées : mais moy je te dy ; Que bienheureux sont ceux qui escoutent la parolle de Dieu, qui la garilent, Quin immo beati quiaudiunl verOum Dei et custodiunt illud.

Or ces personnes qui s'atleclionnent et s'empressent ainsi que fui-soitSle Marthe à fiiire quelque chose pour No&tre -Seigneur, pensent estre bien devostes, et croyent quo cet em))ressem(;nt soit un ctcio de vertu , eu qui n'est poursuit pas, comme Nostro- Sei,;nuur le luit cnleiidro , disant : Purro uiuim est neccisariuin , Une seule ciiuij

SERMON

est nécessaire, qui est d'avoir Dieu et le posséder. Si donc je ne cherche que luy, que me doit-il importer que Ton me fasse faire cecy ou cela? si je ne veux que sa volonté, que m'imporlera-t'il que Ton m'envoye en Espagne ou en Irlande? El si je ne cherche que sa croix, pourquoy me faschera - t*il que Ton m*envoye aux Indes parmy les iirfidelles, puisque je suis assuré que je Ireuveray Dieu partout?

Enfin nostre glorieuse Maistresse fit excellemment bien, non seulement Toffice de Marie, mais encore Todice de Marthe, recevant avec une extresme afleclion et dévotion, dans ses entrailles mesmes, Nostre- Seigncur, et le servant avec tant de soin tout le temps de sa vie, qu'il n'y en a jamais eu de pareil.

Reste maintenant à voir, pour la seconde partie de ce discours, comme son Fils Nostre-Seigneur en contre-eschange la receut au ciel, avec une affection non pareille, luy donnant un degré de gloire incomparable, en sorte que cette réception se fit avec une magnificence d'autant plus grande au-dessus de tous les sa i nets , que ses mérites nnrpassoient les leurs. Mais avant que de dire comme elle fut rcceuë* au ciel, il nous faut dire comment elle mourut et de quelle mort.

L'histoire de son glorieux trespas dit que Nostrc-Dame et tres-digne Maistresse, estant parvenue à Taage de soixante-trois ans, selon la plus commune opinion des docteurs, elle mourut, ou pluslost s'endormit du sommeil de la mort. Il s'en trouvera peut-estre plusieurs qui s'estonneront et diront : Comment est-ce que Nostre- Scigneur qui aymoit si tendrement et si fortement sa saincte Mcre, ne luy donna le privilège de ne point mourir, puisque la mort est la peine du péché, et qu'elle n'en avoit jamais commis aucun? Pourquoy estce donc qu'il la laissa mourir ? 0 mortels, que vos pensées sont contraires à celles de Dieu, et que vos jugemens sont esloignez des siens ! Ua ! ne sçavez-vous pas que la mort n'est plus ignominieuse , ains qu'elle a Cî-té précieuse, des que Nostre-Seigneur se laissa attaquer par elle sur l'arbre de la croix? Certes, ce n'eust point esté un avantage ny un privilège pour la tres-saincte Vierge de ne point mourir : aussi avoit-elle tousjours désiré la mort, dès qu'elle la vid

entre les bras, et dans le cœur mesme ût son sacré Fils sur la croix, lequel a rendu la mort si suave et si désirable, que les anges s*estimeroient heureux de pouvoir mourir; et les saincts ont estimé à grand bonheur de la pouvoir souffrir, et y ont ressenti beaucoup de consolation ; parce que depuis que nostre divin Sauveur qui est nostre vie, s'est laissé en proye à la mort, il a vivifié la mort, en sorte que pour ceux qui meurent en la grâce , elle est le commencement d*une vie qui n'aura point de fin.

Et si l'on a accoustumé de dire que telle qu a esté la vie, telle est la mort. I)e quelle mort donc pensez-vous que mourut la tressaincte Vierge, sinon de la mort d*amourt c'est une chose assurée qu'elle mourut d'amour; car de quelle mort eusl peu mourir celle qui estappellée en l'Escrilure saincte: Mater putchrœ dilectionis , La Mère de belle dileclion, sinon de la mort d*amourT Et la cause pour laquelle Ton ne remarque point de ravissemens ny d'extases en sa vie, c'est parce que ces ravissemens ont tousjours continué ; elle a aymé Dieu d*un amour tousjours fort, tousjours ardent, mais tranquille , et accompagné d'une si grande paix, que combien qu'il allast tousjours croissant, cet accroissement neantr moins ne se faisoit pas par secours ny eslans ; ains comme un fleuve qui retourne doucement au lieu de son origine , elle alloit tousjours s'escoulant presque imperceptiblement du costé de cette union tant désirée de son ame avec Dieu.

L'heure donc estant venue* que la tressaincte Vierge devoit quitter cette vie , l'amour fit la séparation de son ame d'avec son corps, et cette tres-saincte ame estant séparée de son corps , s'envola droict aa ciel à cause de son incomparable pureté; car qu'est-ce, je vous prie , qui Ten euat peu empescher , veu qu'elle n'avoit jamais contracté aucune souillure de peclié? Totê pulchra es , arnica mea , et macula non est in te (4 ) ; Ma bien-aymée , vous estes toute pure et sans macule , dit l'Espoux sacré du Cantique parlant de la très* saincte Vierge. Certes ce qui nous empesche, nous autres, d'aller droict au ciel, quand nous mourons comme fit Nostre- Dame , c'est que nous ne sommes pas

I (1) Ctat. iT.

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