‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 94 sur 356 · POUR ^ASSOMPTION · texte numérisé non relu

POUR ^ASSOMPTION

•onnonteroit ce cruel Goliath : et qu'ainsi ne soit, escoutez les promesses que le Père éternel luy fuit par son propiiele : Dabo Ubi gentet hœreditatem tuam, et po$tesêionem tuam terminas terrœ (4) ; Je le conslitueray roy, dit-il, et luy donneray plein pouvoir sur tout ce qui est au ciel et en la terre. Mais Nostre-Seigneur n'eust pas esté content de cela, si Ion n'eusl enopre adjoiisté que le roy avoil promis qu*il luy donneroit sa fille en mariage : or la fille du roy, c'est-à-dire la fillo de Dieu , n'est autre que la gloire. Cerlo-^, il est vray que Noslre-Seigneur fut tous;our8 parùiictement glorieux , et pos>eda tousjours la gloire, quant a la partie supresme de son ame, d'autant qu'elle fut tousjours oonjoÎDCte et unie inséparablement à sa diviniLé dès Tinstant de son incarnation : mais la gloire qu'on luy promettoit estoit hgiorifîcation et résurrection de son corps, lieantaiûinsil semble que ce divin Sauveur n'eust pas encore esté content de cela , si l'ea n'eust adjousté que sa -maison, c'està^ire le corps de sa tres-saincte Mère, dans lequel il devoit demeurer neuf moiâ, Uroit exemple de tribut ; par où nous voyons qu*il mérita très-bien la rtsurnetion de la tres-saincte et virginale chair de Noslre-Dame, avant qu*elle eust reeau aucune corruption dedans le sepulchre. Elle fut donc exempte de payer ce tribut commun à tous les hommes, par les neritesde son Fils, et ressuscita glorieusi^ et triomphante, montant au ciel en corps et eaame, où elle fut colloquée à la dcxtre de ion Fils bien-aymc, le troisicsme jour après lOD trespas.

Que nous reste-t'il maintenant à dire, sloon de considérer si nous ne pourrons point en quelque façon imiter l'assomplion glorieuse de Nostre^Dame et très-chcre Ibtâtrcsse. Or quant au corps il est certain qtê nous ne le pouvons pas faire, jusques 00 jour du jugement dernier que les coqis di» bienheureux ressusciteront pour jouyr de la gloire , et ceux des réprouvez pour tttre cternellenient damnez : mais quant iriroe de la saincte Vierge, qui à l'instant de ion trespas s'alla unir et conjoindre in- (eparablemcnt à la divine Majesté, considérons comment nous pourrons faire pour rittter en cela. 11 est dit dans l'£vangiie

que Marthe, en la maison de laquelle entra Nostre-Seigneur, s'empressoit et se troubloit do plusieurs choses, allant deçà et delà par la maison, pour le bien Iraittcr, tandis que sa sœur Marie estoit assise à ses pieds gù elle cscoutoit su parolle, Maria sedenê secna pedes Vomini , audiebat verbum iUius ; et pendant que Marthe s'employoit pour nourrir le corps de Nostre-Seigneur, Mnrie quittoit tout autre soin pour nourrir et subslanter son ame, ce qu'elle fuisoit en escoutant ies parolles sacrées de son divin Maistre; de quoy Marthe touchée d'un petit traict d*envie, comme il y en a extresmcment peu qui ne soient atteints de ce vice pour spirituels qu'ils soient, se plaignit à Nostre-Seigneur; et d'autant plus que l'on est spirituel, Tonvie est plus fine, et comme imperceptible, faisant ses actes si dextrement que l'on a assez de peine de les remarquer : or ces traicts d'envie sont des productions d^ nos- Ire amour-propre, lesquels comme dos petits renardeaux, vont gastant et ruinant la vigne de nostre ame. Par exemple, quand on loue quelqu'un , et que nous reservons un peu de la loiiange que nous sçavons luy cslre due, qui est-ce qui fuit cela , sinon l'envie que nous avons de ses vertus?

Mais Ste Marthe jeté son petit traict d'envie par forme de joyeuseté, qui est la plus fine: Maistre, dit-elle, permettez-vous que ma sœur ne m'nyde point, et qu'elle me laisse tout le soin de la maison? commandcz-Iuy qu'elle vienne m'nyder, Dicergo itli ut me adjuvel. Or Nostre-Seigneur qui est incomparablement bon , encore qu'il connust son imperfection, si no la repritil pas pourtant sévèrement, ains tout doucement en l'appcUant par son nom, comme la caressant amoureusement ; car cet Evangile est tout d'amour; et l'evangeliste remarque qu'il luy dit: Marthe, Marthe, tu t'empresses do beaucoup de choses; et neantmoins une seule est nécessaire, Marie a choisi la meilleure part qui ne luy. sera point ostéo; Mariha, Mariha^ sollicita eSj et turbaris erga plurima; porrô unum est necessarium , Maria optimam partem elegit^ quœ non auferetur ab ea*

Certes nous sommes si misérable?, que rarement pouvons-nous faire quelque chose ^ sans empreieement , ny «voir aucua sein

as?

SCRMOU

qui ne soit accompagné de trouble quant à noBtre homme eiterieur ; car il y a deux parties en nous qui ne font qu'une seule personne, à sçavoir le ccfrps et l'esprit, que Ton peut appeller l'homme extérieur, et rhomme intérieur. L'homme intérieur, qui est l'esprit, eslceluy qui tend tousjours à l'union avec Dieu, et qui fait les discours nécessaires pour parvenir à cette union. L'homme extérieur, qui est le corps, est celuy qui regarde, qui parle, qui touche, qui gouste et qui escoute : or c'est celuylà qui s'empresse, lorsque par l'instinct de l'homme intérieur, il s'exerce à la praclique des vertus, spécialement à celle de la charité, afm d'observer le commandement de Tamourdu prochain en s'occupent à le servir, comme Thomme intérieur observe le commandement de l'amour de Dieu , en s'employant à l'oraison, et autres exercices de dcvolion : et par ainsi le corps et l'esprit s'exercent en l'observance des deux principaux commandemens, sur lesquels, comme deux colonnes, est fondée toute la loy et les prophètes.

Les anciens philosophes ont dit qu'il faut . tousjours regarder à la fin de Tœuvre plutost qu'à son exercice . mais nous faisons (out au contraire ; car nous nous empressons à l'exercice de l'œuvre que nous avons entreprise, plutost que de considérer quelle en doit eslre ia fm. Mais pour dire cecy plus clairement , la fin de nostre vie c'est la mort : nous devrions donc penser soigneusement quelle doit estre nostre mort, et ce qui en doit réussir, et nous doit arriver après icelle, afin de faire correspondre noslro vie à la mort que nous desirons faire, estant chose très-assurée que telle qu'est nostre vie, telle est d'ordinaire neutre mort; et telle qu'est nostre mort, telle a esté nostre vie.

Or voyons maintenant comment cet homme extérieur ne sçauroit rien faire sans un extresme soin et sans s'empresser, non pas mesme de s'exercer en la practique des vertus. Les anciens qui en ont voulu faire la recherche, en ont remarqué un grand nombre, et à la fin ils s'y sont encore trouvez courts ; mais entrons un peu dans cette OBConomie des vertus, pour voir si nous en pourrons trouver quelqu'une qu'on puisse practiquer sans un grand soin. Quel aoin ne

fàut-i) pas avoir pour se tenir en mie «m» tinuelle modestie, afin de ne point eachapper en quelque action qui ressente la légèreté? Quel soin ne faut-il pas auasl avoir pour p'ractiquer la patience, et pour ne sa point laisser surprendre à la colère et n'en point produire d'actes ensuite t Mais povr pracliquer la vaillance spirituelle, et ne se laisser jamais décourager à la pon^ suite du bien, quelque difficulté qu'on y , rencontre, cela ne se peut faire qu'avee un très-grand soin et attention sur aoymesme : et enfin la constance, la persévérance, l'affabilité, la prudence et la tempérance ne se peuvent aussi practtquer qu'avec un grand soin , principalement pour la tempérance en ses parolles: quelle bride ne faut^il pas mettre à sa langue, afin de l'empescherde courir comme un cheval eschappé par les rues, et d'en» trer dans la maison du prochain , voin mesme dans sa vie, ou pour la censurer et conlroller, ou bien pour luy oster touajouif un peu de la louange que nous sçavons I117 estre due?

Mais quel remède, me direz-vous, pow ne point avoir tant de soins , puisqu'il fout que je m'exerce en la praclique des verlust 0 certes ! ce soin , pourveu qu'il soit saos anxiété et empressement, est tres-loUable. Un remède neanlmoins pour nous délivrer de tant de soins et de sollicitudes, est de practiquer l'exercice de Marie, puisque Nostre -Seigneur dit qu'elle a choisi la meilleure part, et qu'une seule chose est nécessaire. Porta unum est necessarium , Maria optimam partem elegit. Or cette seule chose et necessiiire que Marie a choisie , n*est autre que l'exercico du sainct amour, lequel contenant en soy la perfeo* tion de toutes les autres vertus , il en |Ht>duit les actes en temps et lieu , selon lei occurrences qui se présentent. C'est pourquoy je conclus, etdyen un mot: Ayez la saincie charité , et vous aurez toutes lef vertus ; car elle les comprend toutes : et qu'ainsi ne soit , escoutez le grand apos* tre (4) : La charité , dit^il, est douce , patiente, bénigne, condescendante, humble, atfable , et supporte tout ; bref, elle contient en soy la perfection de toutes les antres vertus ; beaucoup plus excellemment qu'elles ne font pas ellea-mesmes , et noua

(1)1. Cor. sut.

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