POUR LE JOUR DE S. AUGUSTIN
DiruffUii vimêutû wuû^ Uhi êoeri/Uabo hotiUm UmdU, Psal. cxv. 0 Stlgaenr, Yout avet ronpo ol brisé mes liens, Jt vous ottHuj un sacrifice dt 1olaB|ê.
Apres que S. Augustin a raco*«té, au livre huictiesmc dç ses ConfessiuiiS , ce grand combat et cette grande contention qu*il avoit sur le poinct de sa conversion , es doux parties de son ame , inférieure et supérieure, combat le plus grand et le plus <]ifficile à surmonter qui se puisse dire , sppercevant enBn les yeux de la divine miséricorde qui le rejiçardoient, ils'escrie : 0 mon Dieu, je confesse que je suis vo-tre serviteur, et le Gis de vostro servante , vous avez rompu les liens dont j'estois lié; Domine , ego servus tuus et filius ancillœ iuœ, dirupisli vincufa mea. Je vous offriray un sacrifice de ioUange, Sacrificabo tibi hosliam taudis. Maintenant donc que mon cœur et ma langue vous louent , et que tous mes os diseni * Seigneur, qui est semblable à vous** Domine, guis similis tibi? Qu'ils vous fassent cette demande , et vous leur respondrez et direz à mon ame : Je suis ton salut, Salus tua ego sum. Qui suis-je moy, et quel mal n'ay-je point fait et commis , quoi peclié y a-l'il au monde auquel je n'aye offensé Dieu par œuvres, ou si ce n'a esté par mes œuvres, c'a esté par mes parolles , ou si je me suis gSrdé de l'offenser par mes parolles , quel mal y a-l'il que je n îjye fiiilpar ma volonté? Tu autem, Domine , bonus et misericorSy et dextera tua respiciens prolunditatem mortis meœ; Mais vous, Seiji^ncur, vous estes bon et plein de miséricorde, et de vostre dextre vous avez regardé la profondeur de ma mort, et m'avez délié des liens de mes péchez ; c'est pourquoy je vous offriray un sacrifice de loiiange.
Quel meilleur subject pourrois-je prendre ,' pour rentrctien que j'ay a vous faire aigourd'buy, mes obères sœurs , que ces
parolles du psalmiste , Dirupitti tineiA mea , tibi saerificabo hostiam lauiU
Mais pour rendre mon discours pluslani lier, je le diviseray en deux poincts. A premier nous verrons quels sont les liei desquels S. Augustin estoit lié ; et au i cond , quel sacrifice de louange il a otto à Nostre Seigneur.
Quant au premier poinct, c'est une cha admirable de voir comme ce grand saine au livre de ses Confessions , parle de li|] mesme , et comme il raconte d'un sty tout divin les liens desquels il estoit mis rablement lié, sur lesquels toutesfois je i m'arresteray pas beaucoup ; ains ne fera que les marquer en passant, d'autant qi: vous les pourrez lire avec beaucoup pli de plaisir que de les entendre dire : c'ei pourquoy je me conienteray de vous raj porter seulement ce qui sert à mon propoi J'estois , dit le grand S. Augustin, liéi enchaisné des cliaisncs et des liens d'uc maudite volupté , avec une volonté enfe rée qui faisoit que, de mon plein gré, je n vautrois dans mes vicieuses habitudes.
Les théologiens parlant des liens do| les hommes sont liez, disent qu'il y en ad trois sortes : Premièrement le diable a d< liens et deschaisnes, avec lesquels il tiej les hommes liez et enchaisnez, et les rcîi ses subjets et ses esclaves. Or ces liens i sont autres que le péché qui nous rend noi seulement esclaves de nos passions, aii encore du diable ; et nul ne nous peut d( lier de ses liens, que la main toute pu ii santé de Dieu; et ces liens, comme dit mesme S. Augustin, nous sont merveillei sèment bien représentez par les liens c S. Pierre , lorsqu'il fut lié dans la prise avec des chaisnes et menottes de fer ; a bien qu'il fust lié et emprisonné par lajii
POUR LE lOUR M S. AUGUSTUf .
», ses lieu neantmoins Délaissent pas I nous représenter le péché , qui comme enottes etcliaisnes de fer tient le pécheur estroitement lié , qu'autre que Dieu ne peut délier.
Les seconds liens sont les liens de la 13 ir, qui ne sont autres que la sensualité volupté , liens certes qui sont grandeent dangereux et difficiles à rompre.
Les troisiesmes liens sont ceux du tonde qui lie les âmes des liens d'une maleureuse convoitise , d*où vient un désir ereglé d'acquérir des richesses, des boneurs et dignitez, d*où procède encore Tor- ^11, l'ambition et la vanité.
Mais Dieu a aussi des cbaisnes et des tens desquels il lie et encliaisne lésâmes, Ipntles uns sont de fer et les autres d*or ; ît comme dit le grand S. Auj^uslin , ces ions et chaisnes de fer. ne sont autres que licrainte du jugement, de la mort et des peines éternelles dont il menace les pecbeurs en pluiÈ^ieurs lieux de TËvangile : menaces par lesquelUfs Tapostre S. Paul B^nuvanloit les princes et les roys, les pclils et les grands , on leur annonçant qu'il
ta un juge souverain qui est Dieu , qui it venir juger les vivans et les morts , et luquel tous les hommes doivent rendre compte de toutes leurs actions, et de tous lea péchez qu'ils auront faits ; et par telles et semblables parollcs que disoit ce grand ipostre, plusieurs redoutant les terribles jngemens de Dieu, et les peines éternelles doDt il punit les meschans, faisoient pénitence , et se laissant lier des liens d'une forte crainte, et d'une vive appréhension ities divins jugemens, ils se convertisloient.
Outre ces liens de fer , Nostre-Seigneur •encore des liens d*or, qui sont des liens Anour et de liilection, desquels il lie plu- Âeurs âmes , et les rend ses esclaves , mais d'an esclavage si suave et amoureux, qu'il nut mille fois mieux que la misérable lilierlc, que les enfans du monde estiment tant. Or les âmes qui sont liées de ces liens, sont celles q^i sans aucune crainte ny considcralion du jugement, ny des pein<^ (Tenfer viennent à Noslre-Seigneur, attirées par les doux et aimables ultraicls de a dilection , so dédier et consacrer cntièment a son divin service.
El pour revenir à S. Augustin, il estoit
lié de troii liens , à êfê^ftltr, de la^npté, de la vanité et de l'avarice, ainsi qu'il raconte lui-mesme dans ses Gonfessioniî; mais certes de telle manière qu'il fait pieu* rer ceux qui les lisent avec attention, voyant qu'il estoit tellement embarrassé et si fort pressé dans ces liens du vice, qu'il ne s'en pouvcit deprendre. Considérez le engagé dans ce misérable lien de la volupté, il y estoit tellement plongé, qu*it luy sembloit impossible de vivre sans commettre ce détestable péché; il vouloits'en retirer, et ne le vouloitpas. Cest pourquov sa bonne mère et ses amis luy conseilloiont de se marier ; mais la providence de Dieu, qui le destinoit àautre chose, dissipa tous ces conseils. Vostre conseil , ô Seigneur, dit ce grand sainct, demeure ferme et stable éternellement, ConsUium Domini in œtemum manet, conseil éternel par lequel vous vous mocquez des nostres et de tous nos desseins, disposant etordonnant tontes dioses selon vostre bon plaisir. Je confesse, ô mon Dieu , qu'il falloit vostre sages>e, vostre bonté et vostre main toute puissante pour me faire changer de vie, et me délier des liens de mes péchez, et m'arracher d^ griffes de mon ennemy entre lesquelles je m'estois volontairement jette.
Le second lien duquel ce grand sainct estoit lié, c'estoit la vanité ; il Confesse luimesme qu'il avoit ce défaut. 0 pauvre Augustin, vous estiez maistre de la rhétorique, et parmy ces belles phrases , ces proses et ces déclamations , vostre esprit estoit vain et enflé de superbe; car les sciences humaines enflent, dit l'aposlrc, Scientia inflat. Il estoit un grand docteur et orateur, il faisoit des oraisons de rhétorique belles à merveille, et par sa grande science il se foiioit tellement craindre et redouter, qu'on ne Tosoit aborder, ny entrer en diâpute avec luy, crainte d'en sortir avec confusion ; ce qui l'enfloit toujours davantage, voyant l'estime qu'on faisoit de son bà esprit, qui estoit grandement subtil.
J'ay accoustumé de dire qu'il y a la mesme différence entre les beaux et les bons esprits , qu'il y a entre le paon et l'aigle. Le paon, comme chacun sç.îiyt, est un tres-bol oysoou, il a un plumiij^ extres» meinent beau et agréable à voir, pour la variété do ses couleurs; mais cela le rend grandement superbe ut orgueilleux ; voyox
SERMON
coxnme il fait la roi)8,e6teBdant ses plumes pour se mirer dedans et les faire voir : mais quelles sont ses oeuvres , et à quoy 6*amuse-ril? certes à rien autre qu*à prendre des mouches et des araignées pour se nourrir : c'est pourquoy le laboureur n'en tient point en sa maison ; car outre que cet animal luy est rnulilo, il luy apporte encore du dommage , parce qu'il monte sur les toicts et les découvre , pour chercher des araignées afin de se nourrir. Mais l'aigle , qui n'a point celte beauté en son plumage, fait des œuvres bien plus solides et plus nobles : car on ne le void presque jamais sur la terre , ains il se guindé tousjours en haut vers le ciel : c'est pourquoy les naturalistes disent qu'il est le roy des oyseaux, non par sa beauté, ains pour sa générosité.
Il en est de mesmedes beaux et des bons esprits, que du paon et de l'aigle : les beaux eiprits estant remplis de vanité ne s'amusent qu'à des vaines imaginations, et pour peu qu'ils fassent , ils deviennent vains et enflez de superbe et d'estime d'eux-mesmes, pensant toujours qu'ils font beaucoup, et qu'ils sont fort capables : au contraire les bons esprits font des œuvres généreuses et solides et ne s'en enflent point , ains en deviennent toujours plus humbles et rabaissez. Or c>st ainsi que fit S.Augustin après sa conversion , lequel changea la beauté de son esprit en bonté , ou plutost joignit la beauté avec la bonté ; car c'a esté un phénix entre les docteurs, et Ton partage la gloire des beaux et des bons esprits, entre S. Augustin et S. Thomas d'Aquin , pour ce qui est de la saincte théologie , et profonde science des choses de Dieu.
Le troisîesme lien duquel S. Augustin estoit lié, c'estoit l'avarice; car il enseignoit pour le gain temporel, et il confesse luymesme qu'il esloit avaricieux et attaché au gain : 6 que c'estoit un puissant et dangereux lien que celuy-làl parce qu'il avoit beaucoup d'ambition et de grandes prétention^ et espérances de s'enrichir et advancer dans le monde par ce moyen.
0 certes I il falloit bien une main toutepuissante pour délier S. Augustin de tant et de si forts liens. Hé Dieu 1 qui pourroit concevoir les combats etconvulsionsqu'enduroit sa pauvre ame, lorsqu'il vouloit re-
prendre sa liberté, et sedelUredeaférf et menottes desquels il estoit enferré ; traisnant tousjours mon Wen^' dlUlL JSgrola' bam et exeruciabar , J'etoia combattu et tourmenté intérieurement jusques à en eitre malade; parolles qui font bien voir la peine et le combat de son ame. Mais lorsque Dieu, par son infinie miséricorde, ent touché et rompu ses liens et qu*il se sentit en liberté , il commença comme tout ravy, et transporté hors de luy-mesme, à chanter le cantique de la divine miséricorde; et s'escriant saisy d'un sainct estonoement, il dit ces parolles : Dirupistivineula tibi saerifieabo hosiiam laudis « 0 neur , puisque par vostre bonté vous m'avez délié des liens de mes péchez, passioaa, mauvaises coustumes et habitudes, je vooi sacrifierav un sacrifice de louange.
0 Dieu 1 que grands et admirables tout les eiïects de vostre puissance et miséricorde. Plusieurs , comme S. Augustin, eitanl déliez , par le secours de vostre gracii des liens du péché , viennent par aprèa consacrer le reste de leur vie en la religîoB, afin de servir vostre divine Majesté , ea saincteté et justice. Il y en a d'autres qui y viennent chasteâ*et libres de toutes vth luptez : 6 qu'ils sont heureux de nes'estra point engagez dans les liens de ce pecbél Il y en a d'autres qui ne sont point avaricieux, lesquels quittent volontairement tout ce qu'ils possèdent, afin d'embrasser la pauvreté : l'on quitte bien la terre et autres telles bagatelles; mais ce n'est pai assez pour estre parfaict, il faut pam outre. Plusieurs à la vérité quittent biet les choses extérieures, mais il y en a fort peu qui quittent leurs vaines pretentioas: l'on a encore tant de belles espérances de cecy et de cela, l'on ne se vuide point entièrement de son propre interest. Mail quant à ce qui est des liens de la vanilé, ô certes il est très-difficile de s'en défaire, et je ne sçay s'il n'y en a pas un qui n'ea soit lié ; car ce mal est si commun et universel entre les hommes, qu'il ne s'en trouve quasi point qui ne soient enlaoei dans ses filets; et S.Augustin, après sa conversion, parlant de ce défaut, dit ces parolles : Je ne sçay s'il s'en trouve quel-
1 qu'un qui soit exempt de vanité, de complaisance de soy-mesme et de sa propre estime, si cela est je n'en sçay rien ; qpugt