‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 99 sur 356 · POUR LE JOUR DE U NATIVITÉ DE NOSTRE-DAME · texte numérisé non relu

POUR LE JOUR DE U NATIVITÉ DE NOSTRE-DAME

Qui vult vinirê foit «m, ahneget ttruetiptum. Matth. xti. Celui qui teai ttnUr «prêt mol, qu'il nqoihm à •oyHOBeMMi.

C'est une chose qui a tant et tant de fois esté dile et redite par les anciens pères, et qui est si souvent répétée dans l'Escriture 8aincte,queia perfection chrestienne n*est autre chose qu'une parfaicte abnégation du monde, de la chair etdesoy-mcsme, qu'il semble qu'elle n'aye plus besoin d'es- Ire redite. Cassian, ce grand père de la vie spirituelle, parlant de la perfection chrestienne, dit que la base et le fondement d'icelle n'est autre chose qu'une parfaicte abnégation de toutes les volontcz humaines, et S. Augustin parlant de ceux qui se consacrent à Dieu en la religion pour tendre à la perfeclion, dit que c'est une armée et une assemblée de personnes qui vont à la guerre et au combat contre le monde, la chair et soy-mesme, de laquelle boslre divin Sauveur est le chef, le défenseur et le capitaine. Or bien que le Père éternel l'aye déclaré et constitué le chef et gouverneurd*icelIe,et qu'il en soitl'unique et souverain roy ; si est-ce que dans le cœur de Nostre-Seigneur il y a tant de douceur et de clémence, qu'il a voulu que d'autres ayent aussi participé à cet honneur et â cette qualité; mais particuliere- Bient la sacrée Vierge (la nalivité de laquelle nous célébrons aujourd'huy), l'ayant constituée et establie reyne et conductrice de tout le genre humain, spécialement du sexe féminin.

Lorsque Dieu créa Adam, il le fit père, chef et conducteur de tout le genre humain, des hommes et des femmes esgalement : et neantmoins il créa Eve, que nous appelons nostre mère, afin de participer en quelque façon à ces qualitez.

Quand Dieu voulut retirer les Israélites de l'Egypte, pour les mener en la terre de

promission, il les mit sons la puissanoA da Moyse , lequel fut déclaré capitaine tk conducteur de ce peuple ; et lorsque par inspiration divine il commanda à toute toa armée de passer à travers, et par le milin de la Mer-Rou^e, {)Our oschapper à la furie et tyrannie de Pharaon qui les poursuivait avec son armée, la mor se sépara, et lai^ sant le chemin sec et libro aux Uraëlile% elle en<:;loutit et submergea tous les,Egyp« tiens. Ce que voyant Moyse, \^t un ressentiment intérieur des miséricordes etdM merveilles de Dieu, il entonna ce bew cantique avec des fiffres, hautbois, tam" bours et flageolets : Cantemus Domina gloriosé enim magnificatusest; equumti ascensorem dejecii in mare (4 ) ; Cbantoi» au Seigneur, célébrons sa gloire et magoi' fîcence ; car il a jetlé dans la mer le dia» val et cavalier, et nous a délivrez de dûs ennemis : et ^E^c^iture remarque, qu'eo mesme temps Marie , sœur de Moyse, chanta le mesme Cantique avec celles dl son sexe, comme conductrice et capital nesse d'iceluy, avec des fiiïres, des flageo* lets etautres instruments de musique; car encore que Moyse fust gouverneur et ooQducteur do toute l'armée csgalement, des femmes comme des hommes ; neantmoins Marie sa sœur participoit à sa gloire, d'autant qu'elle esloit comme la maislresse et conductrice de celle de son sexe. Ce qui ne se faisoit pas seulement pour la bienséance et civilité, mais encore par une spéciale providence de Dieu qui le permettoit ainsi , pour raonstrer , par diverses figures et exemples, les prérogatives , les faveurs et les grâces qu'il de voit faire à la sacrée Vierge Nostre-Dame, qui da* (1) Eiod. xr.

POUR Là HATIYlie.

Mt

■tn ia reyne et conductrice du liumain, mais spécialement du sexe

ivine providence ayant permis que yez demandé, mes chères filles, rëcoués à la saincle profession en •ande festî , et que voslre entreprise ntrer daas le combat dont nous tarie , et d*arqucrir la perfection par jncement parfaict du monde , de la t de vous-mesmes, sous Testondart action de cette saincte Vierge ; con* w , je vous prie, comme elle a vailnl triomphé du monde, de la chair B-mesme en sa saincto nativité ; car ;lorieuse Dame nous est proposée un miroir et abrégé de la perfection enne que nous devons imiter. Et ue Dieu Tnye fuit passer pur tous its et degrez qui se trcuvcnl purmy unies, pour leur s?rvir à tous pies ; si esl-eile neantmoins le par- ' modèle et exemplaire de la vie re-

msidere premièrement qu*elle a esté a à un père et à une mère , pour er aux enfans l'honneur, la sujétion eis-^ance qu'ils doivent rendre à arens , et avec quel eî»prit et respect olvent tenir en leur maison. Seconl elle fut menée au temple pour cstre et présentée à Dieu, n'ayant encore is ans, pour monstrer aux pores et avec quel soin ils doivent eslever nfuns, et avec quelle aiïection ils /ent instruire en la crainte de Dieu, orter à son divin service. Elle fut , au temf)9 de sa présentation , 3le des filles qui entrent en la reli- ►ur se cx)n8acrer à la divine Mnjosté; e fut mariée, pour estre le miroir de li vivent on cette condition. Enfin

veufve , pour servir d'exemple à |a1 sont en la viduité , Dieu l'ayant tser par tous ses eslats <ifin que toutes do personnes puissent puiser , comme en une mer de grâces, ! qu'elles auroient besoin pour se rmer et dresser en leur vocation , I volonté de Dieu. Mais il est vray loins qu'elle a esté parlirulierement

j'ay dit le miroir de ia vie reli- , avant pracliqué tres-oxceliemment arfalete abnégation du monde » de

la chair et de Boy-mesme , qui se doitprac* tiquer en la religion.

Quant à ce qui est de l'abnégation du monde, citte sacrée Vierge, en sa nativité, en a fait le plus parfaict et le plus entier renoncement qu'il se puisse faire. Qu'est* ce que le monde? le monde se doit entendre de ceux qui ont une aiïection desre^^lée aux biens, à la vie , aux honneurs, di}<;nitez, prééminences, propre estime et semblables bagatelles, après lesquelles tous les mondains courent et s'en rendent idolâtres ? Certes , je ne s^ay comment cela estarrivéi que le monde, ou pluslost la mondanité, est tellement entrée dans le cœur de ThonH me , pur aflection,que l'homme est devenu monde , et le monde est devenu homme. Ce que les anciens philosophes semblent avoir voulu dire lorsqu'ils ont appelé l'homme un micronome, c'est-à-dire un petit monde.

Et S. Augustin, parlant du monde, dit:

Qu'est-ce que le monde? le monde n'est autre chose que l'homme ; et Thomme , qu'est-ce autre chose que le monde? Comme s'il vouloit dire que l'homme a tellement mis et attaché tous ses désirs, ses aflectlons et ses pensées aux honneurs . aux piaisirsi aux richesses , dignitez et propre estime^ que pour cela il a perdu le nom d'homme » et*a reçu celuy de monde ; et le monde a tellement tiré à soy les aOettions et ap()e^ tits de l'homme , qu'il ne s*est plu-^apiiclé monde , mais homme. C'est de ce monde , ou plustost de ces hommes mondains, que le glorieux S. Jean parle , quand il dit que le monde n'a point connu Dieu , £t mun^ dus eum non cognovit ; et pour ce , il ne l'a point receu , ny n'a pomt voulu entendre ses loys , ny les garder , d'autant qu'elles sont entièrement contraires aux siennes. Et Nostre-Sei ineur mesme parlant du monde , dit . A^on pro mundo ra^ gOn Je ne prie point mon Père pour le monde , c'est-à-dire d'une prière eflieace ; c^r le monde ne me connoist pus , et je ne leconnois piis aussi.

0 que c'est une chose diffieile que de se rcndro bien quitte du munde ; car |K>ur Tordinaire nus affections sont tellement plongées et engagées en iceluy , et nosire cœur y est tellement attaché , qu'il faut avuir un grand suin pour l'eu retirer entièrement. C'A^rtes plusieurs se treuveroot bien trompez , qui pensent que j^ur avoir

SCRVON

cpiitté le inonde , ils ont dcsjà beaucoup fuit, et Iravaillc on Texercice du renoncement, et abnégation d*iceluy »l de toutes ses convoitises. Mais après cela , pour peu que Ton se considère de près , l'on se trouve encore apprentif en ce renoncement, et que tout ce que Ton a fait n*est rien au prix de ce que l*on doit faire. Tous les chefs et fondateurs des ordres religieux , dans lesquels Tesprit de Dieu regnoit , et qui estoient guidez par son inspiration en ce qu'ils faisoient ou enlreprenoient , ont commencé par ce renoncement. Le grand S. François entrant un jour dans une église , et entendant dire ces parolles de rÉvangile : Fade , vende quœ habes , et da paupenbu8,et veni, sequereme (4 ) ; Va, vends tout ce que tu as, et le donne aux pauvres , puis viens et me suis. 11 obeyt à l'instant , et commença sa règle par cette abnégation et renoncement du monde.

S. Antoine entendant le mesme Evangile, quitta semblablement tout ce qu'il possédoit. Et le glorieux S. Nicolas de Tolentin, la feste duquel se trouve dans Toctave de la festo que nous célébrons aujourd'huy , cntrr.nt en une église, où un religieux de S. Augustin traittoit en une prédication ces parolles de Nostre-Seigneur : Cœium tt terra transibunt (4) , Le ciel et la terre passeront, et exhortant vivement le peuple à ne (.«oint s'arrester au monde , ny à ses pompes et vanitez , leur disoit : Mes trèscners frères, je vous prie, ne vous arrestez point au monde de cœur ny d'alTpction, Cœlum et terra tranêibunt ; car i^ ciel et là terre passeront, et tout ce que le monde vous présente n'a qu'un peu d'apparence , et ressemble à des Qeursqui passent en un moment, et sont aussi to^t flestries que fleuries : si vous voulez demeurer au monde , 6eivez-vous des choses du monde, usez-en i*r en pieuezce qui vous est requis pour vostre usage ; mais ne vous y affectionnez fims , ny ne vous y attachez pas, en sorte que vous veniez à oublier les biens célestes et fi(ernels pour lesquels vous avez esté créez, i>ar toutes c«s choses passeront; ce que le grand S. Nicolas entendant, il quitta tout, et se fil religieux de Tordre do S. Augustin, où il vescut et mourut sainctoment.

11 est vray que quitter le monde et son tracas pour se mettre en quclquo bonne

(I) s. lUtih. SIS. — (1) Ib. jLUf.

religion , c*est beaucoup ; mais eerlas e» . n*est pas assez d*cn tirer le corps , « Toii n'en retire aussi le cœur et ses affections. Plusieurs entrent dans des monastères qui ont encore leur affection )>armi les honneurs. dignitez, prééminences et plaisirs du monde, et ce qu'ils ne peuvent plus posséder en effect , par un extresme malhpur , ils le possèdent de cœur et d'affection. Il me souvient d'avoir leu qu'un cef^ tain grand seigneur , du temps de S. Bisyle , quitta le monde et son e^tat de sénateur , pour se faire religieux : mais ce qu'il no possedoit plus en efft'Ct, il le possedoit tousjours de cœur et d'affection , et alioit promenant ses pensées et désirs parmy les délices, plaisirs et honneurs du monde; ce que le grand S. Basile sçachant , il luy escrivit une lettre où il luy parle en ces termes : 0 mon cher frère , qu'avez-vous fait? vous avez quitté le monde , et vostre cstatde sénateur, pour vous faire religieux. Mais, hélas! qu'avez-vous fait? car voos n'estes maintenant ny religieux , ny sénateur ; vous n'estes plus sénateur , d'autant que vous avez quitté cet estât pour vous faire religieux , et partant il n'est plus à vous , ny vous n'estes pas religieux , parce que vostre rœur et vos aiïections vont en* core courant après les choses du monde. Ha ! qu'il se faut bien garder de cela :ô certes , il ne suffit pas , pour estre religieux , d'en porter l'habit, si l'on ne retire encore toutes ses aflcciions du monde, par une parfaicte abnégation de toutes ses vanitez.

0 Dieu 1 que la sacrée Vierge a fait admirablement bien ce renoncement en sa saincte nativité. Approchez-vous de son sacré berceau, considérez ce qu'elle fait} et vous trouverez qu'elle practique toutes les vertus d'une façon tres-eminente : in* terro.j;ez les anges , les chérubins et séraphins qui l'environnent , et leur deniandei s'ils esgalent cette petite fille , et ils vous respondront qu'elle les surpasse infiniment en vertus , grac?s et mérites ; voyez-les à l'entour de son sacré berceau, et oyea comme tous esmorveillcz de sa grande beauté et de ses rares perfections , iisdh sent ces parolles du Ciin tique des Cantiques : Quœ r»( ista quœ ascendit de deserto sicul virgutta juini ex aromalitmi myrrhœ^ et thurisj et universi puivris

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