‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 10 sur 450 · LE PRÉSIDENT FAVRE, A S. FRANÇOIS DE SALES · texte numérisé non relu

LE PRÉSIDENT FAVRE, A S. FRANÇOIS DE SALES

(Tirée de ta tta do Saint, par Cli.-Avc. de Sales.)

Il raverilt qu'on a dessein de le rappeler du Chablais,mai8 qu'il dépend de lui de décider s'il préfère y continuer ses travaux, ou bien revenir

à Annecy.

Annecy, an ISSS.

Habebo, ut spero, crebriores post hàc tabellarios, qui meas ad te litteras pcrfcrent,

(1) Cùm perfcrent (Eliat ef Eli$mu»), ei incedentes ■ermocloarenlur. eoee cnrme Ignenf eteqnl Ifnei dirUerant ntmnqne, «1 asMadlt Elias per toiMae» in eciIaBi IV. Rs«* u» 11*

LETABS

non in istam solitudinem in quâ nuncdegis, sed in urbem hanc , ad quam te brevi , ut pra; video, rcvocabit non solùm parcntis nostri observantissimi votum, scd etiam episcopi amantisâimi jussus : sic enim intcr C03 , me praescnto , mullis sermouibua actum est do to revocando, tibique dando successore. Miram animadverti patris impalienliam, dùm et saluti tua) dinidit, et sediutiùs tantis baronis nostri erga to beneficiis , aut potiùs ofUciis , onerari premique molostè fort.

Episcopus pro suA prudentiâ verebatur ne mullùm de tuis laudibus detraheretur, si, quo temporo magis cnitendum csset ut pietatis industriaRquc fructus aliquis constarct,eam de te homincs opinioncm conciperent, ut peragondi animum tibi potiùs quàm facultatcm defuisse suspicarentur.

Bgo verô , cujus maxime intereât , non tantum tesalvumesse, sed etiam sic de me scn* tire , ut neque minus te amare videar quàm à parente ipso amaris , nequc minus prudens providensqucquàm scnatoremdoccat, id unum verebar , ne aut minus te amaro ▼idear parenti nostro si cum episcopo sentirero , aut minus prudens episcopo si parent is consilium approbarcm.

Dixi tandem yideri mihi totam rem istam tui esse dcbere consilii et judicii ; ut, si nihii istio proGci posso vidcres, majorom saiutis tuœ patemique desiderii quàm tuas laudis rationem habcres. Neque enim dubito quin ex conatibus istis , tamelsi (quod abominer) irriti forent, eô major tibi laudis materia paretur, que longiores erunt, et, ut ità dicam , quando tibi cum obstinatissimis res est, obstinatiores : sin verô benè spera- Tes, non committeres ut ex prsecipuis labo* ribus et victoriis tuis successori tuo , quisque ille futurus sit, triumpbus quaereretur ; aut etiam, quod te magis, utscio, movebit, ut tanti momenti res prospère inchoata , sucocssoris tui sive inscitiâ, sive minus felici industrie , concideret.

Vides quam egerim ex bonâ Gde et ut amicum dcccbat, qui adversùs mca commoda pro tuâ dignitate etiam contra patrem laboravi ; in quo tamon satis mihi fui officie paruisso , succubuisse verô etiam perjucundum. Placuit enim communibus utriusque parentis volis , nec me valdô répugnante , ut jamjam redirai » et auccessorem accipere jubereris.

Cupio ex tuis litteris intelligere , quid tu aut feceris, aut facere constitueris. Mihi probabuntur omnia quœ tu è re et dignitate tuâ esse putabis , si tamen primam salutit tuœ, quee mihi meâ carier est, habueris, ut par est, rationem. Benô vale, mi suavis* bime , et me ut soles ama.

Tespère avoir par la suite un plus grand nombre de messagers pour vous porter mea lettres, non pas dans cette solitude où voua êtes maintenant , mais en cette ville d*Annecy , où vous serez rappelé dans peu de temps, comme Je le prévois, non-seulement selon le désir de notre très-honoré père (1), mais encore par le commandement de notre très-cher évoque ; car c'est ainsi qu'il a été résolu en ma présence, après plusieurs discours , de vous rappeler et de vous donner un successeur. J'ai remarqué une merveilleuse impatience en notre père, qui est dana l'appréhension qu'il ne vous arrive du mal, et en même temps fûché de se voir obligé à notre baron (2) , à cause des grands bienfaits que vous en recevez , ou plutôt des services qu'il vous rend.

M. révéque , i)ar sa prudence ordinairoi craignoit qu'il n'y allât trop de votre honneur, si, dans le temps qu'il auroit fallu faire tous ses eflbrts, afin qu'on vît quelque fruit de votre piété et de votre industrie, la monde venoit à soupçonner et à croire que le courage vous a manqué plutôt (]iie le moyen de réussir. Mais moi , qui suis inté< ressé , non-seulement à ce que vous vous portiez bien , mais encore à ce que vous soyez persuadé que je ne vous aime paa moins que notre père vous aime , et à ce que je ne paroisse pas moins prudent et moins prévoyant qu'il ne convient à un sénateur de Fétre , je craignois de sembler à notre père vous aimer moins si j'élois de l'avis de monseigneur, et à monseigneur manquer de prudence si j'approuvois le désir et le dessein de notre père.

Cest ix)urquoi j*ai dit que mon avis étoît qu'on laissât toi^t cela à votre jugement et à votre discrétion, afin que, si vous voyiez qu'on ne puisse rien faire en ce pays-là , vous ayez plus d'égard à votre vie et aux désirs d'un père qu'à votre réputation ; car

(1) V. dt BoUf.père da 8. -François de Sain.

(t) Françoia-Melclilor de Sainie^tolre , baron d*lltr- DaBce.coovemear da Cbâblali, qol avoll rendu à 8. Prti- «Oit lontM •ortea de bMt ofltoM pMdnt m nlalM»

je ne doute nullement que ces travaux ,

qooique perdus ( ce qu'à Dieu ne plai^ ! ) ,

foorniront une matière d'autant plus grande

i votre gloire , qu'ils seront plus longs et pius opinislitres , pour ainsi dire , puisque rdos avez affaire à des obstinés. J'ai eu aussi en vue que , si vous pensez qu'il y ait gucique jour aux affaires et quelque espélance d'y réussir , vous ne permettriez pas que vos travaux et vos victoires , qui doivent être si considérables, servent à acquérir l'honneur du triomphe à votre successeur , quel qu'il puisse être , ou (ce que je sais qui vous touchera davantage} qu'une entreprise de si grande importance , et si heureusement commencée , vienne à manquer par l'ignorance ou par Tindustrio moins heureuse de ce même successeur.

Vous voyez combien j'ai agi à la bonne foi, et comme il convient à un ami d'en agir ; moi qui , sans considérer mon propre intérêt, ai pris le parti de votre gloire contre notre père : en quoi toutefois il a suffi que j'aie fait mon devoir, et il m'a été trèsagréable de n'avoir pas été écouté ; car la commune résolution a été de vous rappeler cl de vous donner un successeur , à quoi je a*aTois pas beaucoup de répugnance.

Je désire fort d'apprendre par vos lettres ce que vous aurez fait ou résolu de iairo. Tapprouverai toujours tout ce que vous trouverez à propos , eu égard à la dignité de votre ministère, et principalement à i^otre santé , qui m'est plus chère que la mienne propre, comme il est juste que cela soit. Adieu , mon très-aimable frère , portez-vous bien , et continuez de m'aimer toujours.

LETTRE Vm.

s. FRANÇOIS DE SALES, AU PRÉSIDENT FAVRE.

ttfM*» (te U vto 4« SilBl , ptr Ck.-Avf . 4t SalM.)

B lai rend compte des serrices que lai rend le f»avemear da Cbablais dans sa mission, et se ^laîBt ae Popiniitraté des habitanu de Tbonon.

Anim.

Nbn anteà potui , mi frater , illis tuis litteris respondere , quàm hic idem , qui tuas attulerat, Camberiacura versus rediret.Fed^em îd quidem libentissimè : nulla enim eogitatlo me dulciùs recréât, quam ex quâ (potidiè te mihi pAesentem, quoad exprès* Mme fieripotestiefficio.Enimver^tùmi j traftavaniquerikoinmequilesavoilappor''

post densissimas tehebras , miht lux quas damoboriri videtur; ade6 mihi caliginosus est hic aer, cui procul dubioprinccps tenebrarum harum de quibus loqueris praeest. ^

Post tuum enim discessum non cessavît * animos horum hominum in détenus quod- ^ que obvolvere. Gubemator cum cœteris his catholicis rusticos necnon cives secretis suasionibus ad concioncs nostras convocavit, rem christianam rectè ac impensissimô promovit. Sed quamprimùm vidit daemon ; enimverô tune , advocato suorum concilio, per summam perfidiam, fidem vicissimTunonenses, quotquot sunt ex primariis, sibî faciunt nullis se unquàm adfuturos catholicis praedicaiionibus : nimirùm salis non esset privata cujusque pertinacia , nisi nefariâ ac communi cohortatione in suam perniciem, principis desiderio ac nostris conatibus illudant, acomninô ccrvices opponant temulcntas.

Id aclum est nudius tertius in urbis îpsius axlibus publicis, cum jam anteà agissent in concilium impiorum , hoc est , per speciem matrimonii cujusdam, uti solet, dirimendi, convenissenl in suo quod appellant consistorio , in quo idem jam plcrique inler se decreverant.

Quid faceres, mi frater? Induratum est cor eorum. Dixerunt Deo : Non serviemus , recède à nobis , viam mandatorum tuorum nolumut. Noluni audire nos, quia nolunt audire Deum. Mihi autem videre videor quô hujusmodi perditissimi homines tendant. Nimirùm vellent nos , tandem rerum agendarum spc aniissâ, ad discessum quodammodo compcUere. Âtqui nos contra : quandiù per inducias et principis utriusque, tiim ecclesiaslici , tùm sccularis , licuerit voluntatem , operi instandum, nullum non movcndum lapidem, obsecrandum , increpandum , in omni quâ nos Deus donaverit patientiâ et doctriuâ, omnino ac firmissimè statutum est. Âtque non modo concioncs, imô verô sacrificia, si quis, me judice, cerliire in hâc ])alestrâ velit , quamprimùm fieri poterit , instituenda sunt , uti non tam animos demere nobis quàm addere suis artibus sentiat inimicus homo. Verùm eâ in re magnam requiri video prudentiam.

Mon frère , je n'ai pu répondre à vos lot-

tées s'en retournât à Chambëri. Certes, je Faurais bien fait volontiers plus tôt ; car je n*ai point de pensée qui me fasse plus de plaisir que celle par laquelle je tâche tous les jours de vous rendre présent à mon esprit le plus vivement qu'il m'est possible, parce qu'alors il me semble qu'une certaine lumière vient m'éclairer après de trèsépaisses ténèbres ; tant cet air est pour moi plein de brouillards, cet air, dis-je, où préside le prince de ces ténèbres dont vous parlez.

Après votre départ il n'a point cessé de pousser toujours les esprits de ces gens-ci à quelque chose de pis. Le gouverneur avec les autres catholiques, par des persuasions secrètes, ont fait venir les paysans, et même quelques bourgeois à nos prédications , ce qui a fort avancé l'affaire de la religion. Mais le diable s'en est aperçu aussitôt ; car ayant assemblé un conseil, il a fait on sorte que les principaux de Thpnon, par une trèsgrande perfidie , se sont donné leur parole, les uns aux autres , de n'assister jamais à aucunes prédications catholiques ; comme si ce n'étoit pas assez que l'obstination particulière de chacun d'eux , sans se moquer ainsi de leur prince et de nos travaux par une commune et très-méchante convention contre leur bien propre, ersans s'y opposer opiniâtrement comme ils font.

Cela fut arrêté l'autre jour dans la maison de ville , sous prétexte d'invalider , selon leur coutume , certain mariage , et en conséquence d'une assemblée convoquée antécédemment dans le conseil des impies, qu'ils appellent leur cx)nsistoire , où plusieurs avaient déjà résolu la même chose entre eux.

Que feriez-vous à cela , mon frère ? Leur cœur est endurci (4). Mi ont dit à Dieu : Nous ne vous servirons pas (2). Retirezvous de noiM, nous ne voulons pas suivre la voie de vos commandements (3). Ils ne veulent pas nous entendre , parce qu'ils ne veulent pas entendrelavoixde Dieu (i). Certes , il me semble voir où tendent les desseins de ces hommes perdus : ils voudroient nous ôter l'espérance de rien faire ici, et par ce moyen nous en chasser ; mais les choses ne se traitent pas ainsi chez nous ; car tant que les trêves nous le per-

(I) t%'», m. st. JtiKH. &TI1, rt, — {%) JBaBM. n,

(1) lOB. XI, 1*. — (4) ElBQM. m , 7.

mettront , et que la volonté du prince , tant ecclésiastique que séculier, ne nous sera pas contraire , nous avons absolument et tout à fait résolu de travailler à cette œuvre, d'employer tous les moyens imaginables pour la conduire à sa perfection , de prier , de conjurer , d'exhorter , d'inculquer les vérités, de reprendre , de crier , de prêcher , avec toute la patience et toute la doctrine que Dieu donnera. Mais, sans s'arrêter aux prédications , je soutiens à quiconque voudra disputer avec moi sur cette affaire , qu*il faut célébrer le sacrifice de la messe le plus tôt que faire se pourra ; afin que l'ennemi voie qu'il nous inspire d'autant plus do courage qu'il fait plus d'efforts pour nous l'ôler. Mais en ceci je vois bien qu'il faut user d'une grande prudence.

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