LETTRE CLVII
s. FRANÇOIS DE SALES, A M. l'ÉVÊQUB DE MONTPELLIER.
(Tirée da monastère de la VlsttaUon de SL-Jacques |
Paris)
Marques d'amitié, d'estime, de respect et d'iiumilité.
AtHI 1609.
Monseisîieur , C'est de tout mon cœur que je vous écns
égatenieiitafeerespecl et confiance : celle* ci procède de la connoissance que j'ai de la sincérité de votre bienveillance en mon endroit, et celui-là de la multitude des riches qualités qui décorent le rang que vous tenez en TËglise de Dieu ; auquel , bien que jo vous aie devancé quant au temps , je vous vois néanmoins devant moi en tout autre façon, que c'est le moins que je veuille et doive faire , que d'user exactement d'une réciproque révérence en votre oidroit. Et si vous ne vous étiez pas mis à Textrémité du plus haut point d'honneur envers moi , je me fusse essayé de vous en rendre plus que vous ne m'en donnez; mais il faut que je demeure vaincu , tant parce que vous savez tout mieux faire que moi, que d'autant que le lieu d'où sort rhonneur que vous me faites lui donne un poids si excessif que je n'ai rien qui le puisse égaler. Mais c'est assez. Continuez , je vous supplie , monseigneur, d'aimer cehn qui vous souhaite toute sorte de bonheur en la grâce de Dieu , et qui est , d'une aflection inviolable, votre, etc.
LETTRE CLVm.
s. FRANÇOIS DE SALES , A UNE DAME.
OcMuent i ao voyage qoe cette dame et aa sœur ■abde deroient faire pour venir le voir, et flxe tefCondillODi qu'il met à ce consentement.
to mai 1609.
Je réponds brièvement mais exactement è votre lettre, que le curé de Seyssel m'a leadue. Je vois l'esprit de notre chère sœur , qui désire do venir faire un voyage, et s'en promet un grand allégement. Encore faut-il un peu condescendre à cette pauvre fille, qui est vraiment bonne , quoique infirme; et pour cela, je lui dirois volontiers qu'elle vf nt , si je no craignois Tioquiétude et la diversité des sentimens que messieurs vos parents en prendront.
Hse peut néanmoins faire qu'ils l'auront agréable , et si vous connoissez que ce soit à la bonne foi et simplement qu'ils l'auront agréable, vous pourrez fort librement lui donner courage de venir , et venir vous- Dème sous les mêmes conditions.
Je vais aussi réserver en ce dessein , parce que je doute que les congés qu'ils accordent ne soient pas donnés de ce bon CQurj et là-dessus se disent millo choses.
Or, quand elle se résoudra de venir, i) faut que ce soit sans bruit et tout simplement, comme pour venir à Saint-Trivier et à Saint-Claude, et vous aussi, et la bonne mademoiselle do N. aussi , si elle est de la troupe , afin d'éviter les curiosités de ceux qui voudront tout enquérir.
Et si, il no faut pas que ce soit sitôt, parce que nous avons un peu do soupçon de guerre qui s'évacuera , et que monsei» loueur le duc de Nemours doit passer ici pour quelques jours, pendant lesquels je ne pourrai pas l'abandonner : en sorte que si vous preniez cette résolution , il faudra prendre le temps un peu bien avant vers le mois d'août , sur la fin ou sur le commencement de septembre ; car avant le mois de juillet je serai hoi^ d'ici: et si, il me faudra aller consacrer un digne évéque , que nous avons à Belley ; action , laquelle bien qu'elle soit courte , si estrce qu'elle me tient en suspens , parce que je ne sais pas le temps précisément.
Au demeurant , croyez que j'aurai bien de la consolation si je vous puis voir entre nos montagnes , qui sont toutes en fort bon air. En un mot, prenez garde que vos congés soient donnés franchement; et, cola étant, ce me sera un grand contentement de vous voir parmi nous, quoique vous n'y serez nullement bien traitées , encore que nous le voulussions ; mais vous serez reçues par certaines sortes de cœurs qui ne sont pas vulgaires.
Quant à la méditation , les médecins ont raison , tandis que vous êtes infirme , il s'en faut sevrer; et , pour réparer ce manquement, il faut que vous fassiez au double des oraisons jaculatoires , et que vous appliquiez le tout à Dieu , par un acquiescement à son bon plaisir, qui vous sépare aucunement de lui , vous donnant cet empêchement à la méditation ; mais c'est pour vous unir plus solidement à lui par l'exercice de la sainte et tranquille résignation.
Que nous importe-t-il que nous soyons avec Dieu ou d'une façon ou d'autre ? En vérité, puisque nous ne cherchons que lui , et que nous ne le trouvons pas moins en la mortification qu'en l'oraison , surtout quand il nous touche de maladie , il nous doit être aussi bon de l'un que do l'autre; outre que les oraisons jaculatoires et lea élancemens de notre esprit sont vraie!
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continuelles oraiscms , et la souffrance des mauï est la plus digne offrande que nous puissions faire à celui qui nous a sauvés en souffrant. Faites-vous lire quelque bon livre parfois , car cela supplée.
Quant à la communion, continues lou* jours; et il est vrai ce que je vous dis, qu'il n*étoit nul besoin d'ouïr la messe pour communier les jours ouvriers, ni même les jours de fêles , quand on en a ouï une devant , ou quand on en |)cul ouïr une après , quoique entre les deux on fasse beaucoup d'autres choses ; cela est vrai.
Ne vous inquiétez point de ne pouvoir pas servir Dieu selon votre goût ; car , en TOUS accommodant bien à vos incommodités , vous le servez selon le sien , qui est bien meilleur que le vôtre.
Qu'à jamais soit-il béni et giorifiô ! Vive Xésus; et je suis en lui d'un cœur irôsfidéle tout entièrement vôtre.
Je salue très-liumblement le P. Gentil.