LETTRE CLIX
a. FBAlfÇOIS DE SALES , AU PARS CLAUDE DE GOBX , PRIEUR DE l'ABBATE DE TAJLLÛI- BE9 , ORDRE DE fi. BENOIT (4).
(Tlré« de la vfe do Stint. par Ch.-Aaff. de Sales.)
ABoeer. 10 Jaiilei te09.
Monsieur, puisque rfieu a choisi un nombre de personnes fort petit, et enr/)re des moindres de la maison , en ige et en crédit, il faut que le tout s'entreprenne avec une très-grande humilité et siuïplicité , sans que ce petit nombre fasse semblant de reprendre et censurer les autres
(1) s. FraDÇoif. ayant réaole de réduire Ie« reliprleax de ratettaye de Talloires, ordre de S. Benoît. * U diielpline réFeilcre. et eyant obiean ^or rela vne conaUe- •ion du pape Paul Y, se transpurla à ladite abbaye, et proposa la rCronne. ,
Le père Claede-Lcnie-Mlcolat de fioéx, prieur daeMraJ, homme de Mee. et qui dé»iruit bcaucuup cette réforme. le seconda de loui son poorolr; mais nalKré font son tèle, Dotre Saiei se tttcoiiraliitd'aliQadoiiBerle neeeetcre ; et ces moines pouasorooi leur rage Jusqu'à atlenier e sa vie en loi tirant dcek enu)is de plitulet.
Cependeet. coesidéreut les Milles ràclieusea qie cet attentat pourroit avoir, ils %itirciii prciirjuo aussitôt implorer la miséricorde «ie leur évéquc et dn tear prieur, et tt'earent pas fraiid'peiue d'oliieair leur pardon ; «nia ou $e liâta d'ajuuicr a l'auturilé du p.ipo celle dn sénat, qui Ht m«^ire aeiémlion les ordres de sa sainteté.
(Urs relie iuux fureat sommée d'embrascer la réforae ou (!c TiJvr h niona.olere dans trois mois. Il y en eut qnl se retire leiil. et d'eatrcs qni ac<-ept6rent Le prtenr eonjora ft- 1 rançoiede lui «arojeriiarécni les avis qui lui étoleel iié(V9»nircapoDr U direction de ses raJlfleux. Cette lettre «et fa fèpotofé dt eatMévé^lM.
par parolei , ni par gBBtefi eitMenra ; mail
que simplement il les édifie par bon exemple et conversation.
Le commencement étant si petit , il faut avoir une grande longanimité à la pour* suite , et se ressouvenir que notre Seigneur» après trente^lrois ans, ne laissa que six* vingts disciples bien assemblés, entre les^ quels il y en eut beaucoup dediscoles. La palme, reine des arbres, ne produit son fruit que cent ans après qu'elle est plantée. Il convient donc être doué d'un cœur gêné» reux et de ionique haleine en une oeuvre de bi grande importance. Dieu a fait des réformations par de moindres commence»
mens ; et il ne faut rien moins prétendre qu'à la perfection.
Pour venir au particulier, mon avis est que votre sainte brigade soit soigneuse de communier dévotement à tout le moins une fois chaque semaine; qu'on lui apprenne i bien et dûment examiner sa conscience tous les soirs ; qu'on lui montre à faire conve* nablement l'oraison mentale, selon la disposition des sujets : surtout qu'on lui enseigne à obéir au directeur très-volontairement, très-fermement et très-conlinucllement.
Quant à Thabit, je ne pense pas qu'il soit à propos de le changer qu'après que l'année sera expirée : bien désireroià<-je qu'il fiit en tout le plus uniforme qu'il se pourra faire, tant en la façon qu'on la ma- 1ière,etque le froc fût large, ô la façon des bénédictins réformés. Il me semble qu'on doit garder la chemise pour l'honnêteté , pourvu toutefois que le collet ne soit pas immodérément étendu, mais fort ftobivmont et d'une même manière. Chacun au?fti portera la ceinture et le bonnet de même façon , et le tout bien proprement.
Pour le regard des lits, pins ils seront simples, plus aussi seront-ils à propos : que chacun ait le sien, et qu'ils soient tellement diî<p05és, qu'en se couchant et levant on ne se voie point les uns les autres^ nfiq que les yeux mènuîs soient mondes et nets. J'approuverols fort que ceux qui ont de la barbe fussent rasés à la tète et au menton, selon lesanciehnes coutumes des bénédictins; et que, tant qu'il sera pos*ible,on n'allât plus seul À seul, mais toujours avec un compagnon.
DK S. PRAllÇdtS ne SALES.
n sera expédient qu'au divins olBcès le | petit troupeau entre et demeure, et sorte ! ensembiement, avec mémo contenance et :
cérémonie, d'autant que la composition ex- j téricure, soit aux oflices, soit à table, soit en public, est un puissant motif pour beau^ coup de bien.
A ce commencement il n*est pas née«;s* saire d'ajouter aucune abstinence à celle des vendredis et samedis, sinon celle des mercredis, selon la vieille coutume et mitigation observée au monastère.
Voilà mon petit avis pour ce commencement; la Gn prétendue sera bien autre chose. Dieu aidant , car, comme vous savez, la première chose en intention est la iimiére en exécution. Mais , pour bien servir en cette bcsoy^e , il faut avoir un j courage inexpugnable, et attendre le fruit en patience. Je sais et vois votre règle qui dit merveille ; il n'est pas pourtant expédient de passer d*u&e extrémité à l'autre mis milieu.
Plantez bien avant , monsieur, cette affection dons votre cœur, de rétablir les murs de Jérusalem; Dieu vous assistera de sa main. Surtout prenez garde d'user do lait et de miel, parce que les viandes no pourroient être encore mflichées par les foibles dents des invités. Âdiou, et ayez bon courage d*élrc Pun de ceux par lesquels Il salut sera fait en Isra^H.
letthe clx.