riAVÇOIS DB aALBS, A M. DB8HAVE
(Tirée da monastère de la VislutfoD de la fille de
Renée).
Le Saint est demandé par M. de Perrochel , curé daSaint-GarTait, pour prêcher le carême iuh vanten aa paroisse; il marque qu'il n'y a point d'apparence qu'U le puisse, à cause dea différends des princes; il en témoigne cependant une grande envie. Éloignement de M. de Charmoisy pour l'esprit de la eoor, dont il se relira avee madame son épouse, et où il avoiidesenuemiA. S. Frjnçois promet d'aller à la Saint -Baume, il M. Deshayeay Ta. Seconde édiUon deaon /iilroémeHon à la 9iê décote, 11 fait présent à deoi damas d'un exemplaire.
fart le mob da déeembia IMt.
Monsieur, puisque je sais que vous croyez la vérité que je vous ai si souvent juré d'être très-absolument et invariablement vôtre par inclination , par élection et par un extrême amour, je ne vous ferai point d*excuso du long temps que j'ai mis à vous écrire ; car je suis assuré que vous ne rintcrpréterez nullement en mauvaise part. Laissant donc en arrière toute sorte de préface , je vous remercie humblement du soin que vous avez d'acheminer le dessein de me faire jouir encore une bonne fois de votre présence en votre Paris. Je dis de votre présence, qui m'est désirable sans fin , et en votre Paris, où elle me seroit concédée plus à souhait qu'ailleurs. Mais , monsieur , dites-moi la vérité , je vous supplie ; ces obédiences et mortifications de n'oser pas être libre , quand on n'est pas serf, ne sont-elles pas comparables à celles de ceux qui ne sont pas libres , parce qu'ils sont serfs? U faut néanmoins s^ accommoder, et tout doucement, qoi est l'importAice.
Que j'étois aise en cette petite ombre
d'espérance que j'avois conçue de me trou-
ver«i Paris auprès de vous , comme jefbisois
. souvent par l'imagination , avec laquelle la
LETTRES
prévcnois le temps de cette jouissance désirée I Et puisque je suis sur ce sujet , je dirai encore qu'il y a trois jours que je reçus une lettre de M. de Santeuil , qui de bpartdeM. Perrochel, me semond à la chaire de Saint-Gervais pour Tan 4644 , et me ditque l'on en a parlé avec M. Deshayes, mon arcb'intime. Voyez-vous , monsieur , ce mot d'arch'intimo ne m'avoit point encore été devant les yeux : mais sur une si grande vérité , il a été reçu de mon cœur trés-intimement, et le bon M. de Santeuil ne me dit jamais un mot plus à mon gré.
Or je reviens à ce que je disois : c'est que je n'ose encore dire que non , tandis que j'espère que l'accommodement des princes accommodera peut-être ces affaires; ni aussi je ne veux dire qu'oui, ne pouvant avoir nulle assurance. M. de Santeuil dit que, si je veux , le roi en écrira à son altesse ; mais, comme savez, ce seroit un petit trop chaud et pesant pour moi : c'est pourquoi j'attendrai encore un peu avant que d'en donner la dernière résolution audit sieur de Santeuil , et cependant lui dirai chose pour laquellp il devra conseiller à ce seigneur de ne point s'attendre à moi; comme aussi bien en tout événement , si j'avois ma liberté pour ce tempslâ, il no nianqueroit pas de chaire en une ville où il y en a tant.
Au demeurant, voyant que Dieu le veut, je m'arrête de très-bon cœur ici, et prends, en échange de la satisfaction que j*aurai de vous voir, l'aise que j'ai à penser à vous, à parler de vous avec ceux qui vous honorent, et surtout à vous chérir d'un amour tendre et respectueux autant qu'homme du monde.
Encore faut-il que je vous dise que nous avons depuis peu notre M. de Charmoisy, avec lequel je me suis entretenu ce matin trois grosses heures sur son départ de la maison de Monsieur, et ai trouvé que certes il a ou plusieurs bonnes raisons de le faire , qui seroient trop longues à déduire ; néanmoins il m'a dit que toujours il s'accommoderoit à ce que ses amis, et surtout vous et moi lui conseillerions. Certes, Monsieur a perdu un trés-bon, très-utile et très -digne serviteur; et Mademoiselle sa maîtresse eût eu en madame de Charmoisy une fort vertueuse servante.
Je vais pensant comme je pourrai (aire
pour servir d'instrument à la réparation de tout cela , mais je vois la chose malaisée; car les oreilles de Monsieur se remplissent tous les jours de plus en plus do {ici'suasiens contraires, que ceux qui n'aiment pas M. de Charmoisy ont tout loisir et avantage de faire ; et après une séparation si entière , il sera malaisé d'ôter un peu d'aversion des cœurs de l'un à l'autre : et celui de Monsieur, comme vous savez, aime d'avoir ses coudées franches, et celui de M. de Charmoisy esi courageux , qui no peut souffrir le dédain au passage de Monsieur.
Je me fourrerai le plus avant que je pourrai en cette entreprise , et aurai bien loisir d'y penser, puisqu'on ne l'attend que sur la fin du mois auquel nous sommes. Je ne crains sinon d'oflenser ma conscience en cela : car je n'ai pas si bonne opinion de la cour, que je ne pense que Dieu soit mieux servi hors d'icelle qu'en icelle ; et S. Augustin avoit cette solennelle résolution de ne jamais conseiller à personne la suite des cours. Toutefois la vertu de M. do Charmoisy est déjà fenne pour n'être pas ébranlée à ce vent-là.
Mais, si vous continuez de vouloir faire le voyage à la Sainte-Baume , ne doutez pas que vous ne m'ayez pour associé à votre pèlerinage ; car ce n'est pas sortir de Savoie , d'aller à Marseille , pourvu que ce soit sous le Rhône , auquel nous contribuons tant d'eaux et tant de sables ; et notre cher petit évêque (4) , mais grand prélat, sera bien aise de nous faire l'hospitalité en passant, moyennant un sermon que je ferai à son peuple , qui , oyant parler de Genève , y viendra tout entier, huguenots et catholiques pèie-mèle. Je m'en donne déjà au cœur joie.
Madame votre chère partie me fait trop d'honneur de me vouloir du bien et se ressouvenir de moi ; mais en particulier étant avec madame la marquise de Ménelay, une des dames du monde de laquelle j'honore le plus la vertu et constance en la piété.
Et puisqu'elles favorisent ce chétif livret de rintroduclion à la vie dévote , je vous supplierai dans trois semaines de leur faire à chacune un présent do ceux que je vous enverrai de la seconde édition , autant que
(1) H. réréqM é% llQaip«Ultr.
ma oommodîté me permettra , à laquelle fai ajouté beaucoup de petites chosettes , sdoQ les désirs que plusieurs dignes juges m'ont- témoigné d'en avoir, et toujours regardant les gens qui vivent en la presse do monde.
récris cette lettre sans loisir et sans esprit, mais non pas sans cœur; car mon cœur est toujours où il peut regarder. Notre Seigneur vous conserve , prospère et 1 bénisse, monsieur : c*est le souhait de votre, etc.
LETTRE aXXXIV.