‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 128 sur 450 · LETTRE CLXXXIX · texte numérisé non relu

LETTRE CLXXXIX

s. FEANÇOIS DE SALES, A UN ABSi.

Il loi raconte lei commencemens de l'ordre de la Visilalion : il approuve le dessein do son ami pour U referme de son abbaye.

s aTril 1611.

Monsieur mon très-cher frère, l'incroya* ble parfum d'une amoureuse suavité , dont votre lettre nonpareille en douceur pour moi est pleine, me force doucement à condescendre à vos fraternels désirs de savoir ce que je fais en ce recoin do nos montagnes, dont vous dites que Todeur est montée jusqu'à vous. Je le crois facilement, mon très-cher frère; puisque j'ai

(t) Le aaKlde la sesalie de li

mis des holocaustes (4) sur TauteldeDieu, falloit-il pas qu'elles jetassent une odeur de suavité? Voici donc, non pas ce que j'ai fait, mais ce que Dieu a fait i*été passé.

Mon frère de Torens alla quérir en Bourgogne sa petite femme , et amena avec elle une belle-mère , qu'il ne mérita jamais d'avoir ni moi de servir ; vous savez déjà quelque chose comme Dieu donc Ta rendue ma 611e. Or sachez que cette Glle est venue à SOD chétif père , afin qu'il la fit mourir au monde , selon le dessein que je vous ai communiqué à notre dernière entrevue.

Pressée des désirs de Dieu , elle a tout quitté ; et , avec une prudence et force non commune à son sexe fragile , elle a pourvu à son désengagement ; en sorte que les bons trouveront beaucoup de choses à louer en cela, et les enfans malins du siècle ne sauront sur quoi s'attacher pour former leurs médisances.

Nous renfermâmes le jour de la trèssainte Trinité , avec deux compagnes et la servante que je vous fis voir , qui est une ame si bonne dans la rusticité de sa naissance, que, dans sa condition, je n'en ai point vu de telle. Depuis il vient des filles de Chambéri, de Grenoble, de Bourgogne , pour s'associer à elles; et j'espère que celte congrégation sera pour les infirmes un doux et gracieux refuge ; car , sans beaucoup d'austérités corporelles, elles pratiquent toutes les vertus essentielles de la dévotion.

Elles disent l'office de Notre-Dame , font Poraison mentale ; elles ont une police de travail , silence , obéissance , humilité , exemple de toute propriété , extrêmement exacte ; et , autant qu'en monastère du monde , leur vie est amoureuse, intérieure, paisible et de grande édification ; après leur profession elles iront servir les malades , Dieu aidant , avec grande humilité. Voilà , mon très-cher frère , un petit sommaire de ce qui s'est fait ici.

Quant à la réforme que vous projetez , Je la passionne ; et , faut avouer la vérité , votre inclination m'incline et me tire tout à soi, vos raisons sont preignantcs, et votre autorité toute puissante pour moi.

Non , pour Dieu , ne craignez point de m'importuner. J ai sacrifié ma vie et mon

(1) Cn boloctattes «ont let religieiuM de la Viiliatlbn, %ul biioiMii Itv M? lotoi tlon.

ame à Dieu et à son Ëglise. qii1mporte-i4l que je m'incommode , pourvu que j'accommode quelque chose au salut des amcs ?

traitez-moi donc fraternellement , puisque vous savez qu'entre nous tout se fait en charité et pour la charité. Or , la charité n'a point de peine qui ne soit bien aimée : Ubi amatur , non laboratnr ; vel si /oboraïur, labor amatur.

Si ce pauvre garçon ne m'eût rencontré ici pour se confesser à moi , il s'en alioit à Rome , ne trouvant personne à son gré à qui ouvrir confidemment son ame , où à la vérité j'ai trouvé moins de mal que je ne pensois , et incomparablement moins qu'il ne croyoit. 0 mon Dieu ! mon très-cher frère , si Dieu , qui incline tant de personnes à me remettre la clef de leurs cœurs , voire à enlever la serrure devant moi , afin que je voie mieux tout ce qui est dedans , pouvoit si bien fermer le mien que rien n'y entrât jamais que son divin amour , et que rien ne l'ouvrit que la charité , hé ! que vous m'aimeriez suavement 1 Priez fortement pour cela , et croyez fermement que je suis votre , etc.

Je vous recommande à vos sacrifices la mère-abeille (4) de notre nouvelle ruche; elle est grandement travaillée de maladie, et notre bon mon-ieurN. , quoiqu'il soit l'un des doctes médecins que j'aie vus , ne sait qu'ordonner pour ce mal , qu'il dit avoir quelque cause inconnue à Galien , docteur des médecins.

Je ne sais si le diable veut nous épouvanter par là , ou si elle n'est point trop âpre à la cueillette.

Et loutefoisje sais bien qu'elle n'a point de remède à son gré que de s'exposer au soleil de justice. Quoi que c'en soit , j'ai tant à cœur cette entreprise, qui ne vient que d'en haut, que rien ne m'étonne en sa poursuite , et je crois que Dieu rendra tout à fait cette mère une sainte Paule , sainte Angèlc , sainte Catherine de Gènes , el telles saintes veuves, qui , comme belles et odorantes violettes , ont été si agréables à voir dans le sacré jardin de l'Église. De telle épouse de Jésus-Christ il est dit : Myrrha , et gutta, et casia à vestin\€nti$ (uw, à domibus eburneis (2).

(1) La nère de ChtnUl , première supérieure de la Vlsi- Utloo de Sainte-Uarie.

(t) U mn «M o4Mir 4« «irrhat «"Uoia M et wb-

DE S. FRAUÇmS DE SALES.

MS

LEmiBCXC.

•• rmARÇOlS DE SALES , A UN CUBÉ DU DIO- CiSB DE GENÈVE.

n lai rerommaode la confersion d'an médecin hérétique qai traitoit madame de Chantai, et qui refosoit de se convertir.

Monsieur mon cher confrère et mon parfait ami , c*est par le retour de co pauvre médecin (4) qui n*a su guérir notre mère (2) , et que je n'ai pu guérir. Ah! feat-li qu*un fils empêche de vivre Terne de son père ! Que notre chère malade don- Deroii de bon cœur sa vie pour la santé de son médecin ! Et moi , pauvre chélif pasteur , que ne donnero!s-je pas pour le lalutde cette déplorable brebis 1 Vive Dieu, devant lequel je vis et je parle, je voudrois donner ma peau pour le vêtir , mon sang pooi* oindre ses plaies , et ma vie temporelle pour rôter de la mort étemelle.

Pourquoi vous dis -je ceci, mon cher ami , sinon pour vous encourager, de peur que les loups voisins ne se jettent parmi Tos brebis, ou pour vous dire plus paternellement, selon le sentiment de mon ame, sur ce pauvre Genevois : Prenez garde que quelque brebis galeuse n*infecte le cher etbien-aimé troupeau? Travaillez doucement tout alentour de cette bergerie , et dites-leur souvent : Caritas fratemiialis maneai in vobis (3) ; et surtout priez celui qui a dit : Ego sum bonus Pastor (4) , afin qu'il anime notre soin , notre amour et nos paroles.

Je recommande à vos sacrifices ce pauvre médecin malade. Dites trois messes à cette intention, afin qu'il puisse guérir notre mère et que nous le puissions guérir. Elle est bien malade , cette bonne mère, et mon esprit un peu en peine sur sa maladie; je dis un peu en peine , et c'est beaucoup. Je sais néanmoins que si le souverain ar. ihitecte de cette nouvelle congrégation

Mlto, de Toe haktu «t de toi malioiu d'irolre. Pi.

UIV, V. t.

Ce* «altOM dlf olr» élolent Mm donta deg espèces de •eA«> oM d'amoiret ea forme de mtlKODS, et dont h mt- Uircélolt d'ifoire. On l'en lerToit pour serrer les habite « les ckoeee précieoses. et on tfolt soin de les parromer ^ediversee odeurs, aussi bien qne les habits.

(1) C'est-à-dire, je toos écris par l'occasion do reloar dicepaofre médecin, etc

(1) Madame de Chantai, alors fort malade, et qoe aa ioaffréiatlon crairnolt de perdre.

(t) itm la «harlté fratertielle demeare en tous. IUb«.

& JUIt, T. I.

Il) Je Hia le ke« yaiiev. liAM. 0. SI, V. nr.

veut arracher da fondement la première pierre fondamentale qu'il a jetée , pour la mettre en la sainte Jérusalem, il sait bien ce qu*il veut faire du reste de Tédifice; dans cette vue , je demeure en paix ^ et votre , etc.

LETTRE CXa.

s. FRANÇOIS DE SALES , A UN ÉVÊOUB.

(Tirée da monastèia de la VIslUUon de la Tille da

Meanz.)

Il loi recommande un domesUque qui désiroii entrer à son ser? ice, et en rend un icmoignage avaiilageux.

Il avril 1611.

Monseigneur,

Cet honnête homme, Parisien, a servi longuement, fidèlement et agréablement M. le premier président de Savoie ; et pour quelque sujet hors de lui , il quitte maintenant ce service , et a désiré de moi cette lettre pour faire la révérende en vous la présentant, estimant que si d*aventure vous aviez besoin de quelque serviteur de sa sorte , par cette occasion il pourroit entrer au bien de Tètre. Or, Monseigneur, c'est ainsi sans artifice que jevousdis l'artifice louable de ce bon personnage , auquel je sais bon gré de quoi par ce moyen je puis me ramentevoir en votre sainte, sacrée et inviolable bienveillance , à laquelle je me recommande très-humblement f lui dédiant mon obéissance et service perpétuel. Dieu vous conserve et vous comble de ses grâces, Monseigne^lFf-e^ suis votre , etc.

LETTRE CXCn.

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