LETTRE CXCIV
nnini«a>alMsliicllngilan«,ei laper dani leblen.CaDi«il>r«lai)rilqQeiqu psrUcuiiitH aa menai lère.
Or sus, ma ctiérc sœur, ma fille valfl VOIT* écrire tant que je pourr sujet (le votre lettre, qui ni'aété re la sœur que vous aimez tant, et
DE S. FRAIf9i(ll0 »B SALES.
diôrit rédprtffumeBt de tout son cœur.
n est vrai , nous l'avons enfin cette chère sœor ; tMs ce n'est pas moi pourtant qui TOUS l'ai ôtée , c'est Dieu qui nous Ta donnée , ainsi que, Dieu aidant , la suite le tëffioignerft. Je ne doute nullement que celte petite observation que vous eûtes ensemble à Bcrurbilly ne vous fût bien douce ; car e'cgi une heureuse rencontre que deux esprits qui ne s'aiment que pour mieux aimer Dieu : mais il ne sepouvoit faire que cette sensible présence durât longtemps , pui^ que notre commun maître vous demande Tune là , l'autre ici, pour son service. Nous ne laissons pourtant pas d*être toujours joints et unis, nous entretenant les uns aux autres ^ par la commune prétention entreprise que nous avons.
Je suis bien aise de quoi vous manquez peu aux exercices que je vous ai marqués ; eai* cela montre que ces fautes que vous y faites ne proviennent pas d'infidélité, mais de fèiblesSe ; et la foiblesse n*est pas un paudmal, pourvu qu'un fidèle courage k redresse petit à petit , ainsi que je vous êoBjurede faire , ma chère fille, pour la vô^ Ira, sans vous affliger nullement de ce que vnus n'avez ni sentiment ni goût ordinai-; ivmeiit en tous vos exercices ; car notre Seigneur ne requiert pas cela de nous : Boni ne dépend-ii pas de nous de Tavoir 00 dette l'avoir pas.
G*est pourquoi il nous faut mettre sur le solide , et considérer si notre volonté est bien affranchie de toutes mauvaises affections , comme seroit toute dureté de ccBur envers le prochain, impatience, mépriâ d'autrui , amitiés trop ardentes envers les créatures et semblables choses. Que si nous n'avons point de réserve d'être tout à Dieu ; si nous avons le courage de plutôt mourir que de rofienser» et moyennant que telles soient les résolutions de nos cœurs , et que BOUS les sentions toujours plus fortes en 001» , il n'y a rien à craindre, ni à prendre de la peine pour n'en sentir pas les dégoûts ei les sentimens.
Or voici une bonne preuve do la fortification de ces chères résolutions que par la grâce de Dieu vous avez persévéré à conserver ce que je vous dis en confession , ainsi que vous m'assurez ; car cela vaut mieux que cent mille goûts spirituels. Faites donc toujours ainsi.
Je dirai la messe que vous me demandez , bien que jamais je n'en dise point qui ne soit très-expressément vôtre : mnis je n'ai pu me remettre en mémoire le sujet que vous dites que je sais ; aussi n'en cst-Sl pas besoin.
Sî madame Thenîée persévère à ne vouloir pas se ranger, vous n'aurez point de part à sa coulpe : cependant je me réjouis de quoi le reste de nos articles s'observe. Et pour la particulière qui ne veut pas s'accommoder à la communauté , il faut user de support et de bénignité envers elle , et Dieu la réduira au train des autres.
Hé bien, ma chère fille , la multitude des difficultés vous fit peur, et vous eûtes des pensées de tout quitter ; cependant vous avez vu que tout est fait : il en sera de même en tout le reste; la persévérance vaincra tout.
Pour les pensions , elles sont bien entre vos mains , puisque nul autre ne s'en peut charger ; mais vous pourrez bien faire tenir compte d'icelles à une des filles. Vous m'avez bien fait rire , quand vous m'avez écrit que vous eussiez remis lesdites pensions^ à chacune desdites religieuses la sienne , si vous n'eussiez eu peur que je ne me fâchasse à vous. Da , ma chère fille , quand m'avez-vous vu fâcher à vous? Je suis pourtant bien aise que l'on craigne un peii do déplaire à un pauvre chétif père, car vraiment vous ne me déplairez jamais , ma chère fille, que quand vous déplairez à notre Seigneur, et que vous vous éloignerez do don pur et saint amour.
Il faut vraimentaller au chapitre, malgré toute la répugnance que vous y avez; et, après la lecture do la règle , il faut dire quelque chose, quand ce ne seroit que : Dieu nous fasse la grâce d'observer ce qui nous a été hs.
En la Fête Dieu , je ne vois nul inconvé^ nient que l'on fasse le tour du cloître; car cela ne tire point à conséquence , à cause de la grandeur de la solennité.
Hélas ! ma fille , si personne ne servoit aux amcs que ceux qui n'ont point de difficultés es exercices , et qui sont parfaits , vous n'auriez point de ))ère en moi ; et il ne faut pas laisser de soulager les autres, encore que l'on soit soi-même en perplexité. Combien y a-t-il de bons médecins qui ne sont guère sains? et combien se fait-il
LETIRBS
de belles peintures par des peintres bien laids? Quand donc vos filles viennent à vous , dites-leur tout bellement et en charité ce que Dieu vous inspirera, et ne les renvoyez point vides d'auprès de vous.
Vous faites bien de faire venir ainsi des pères minimes de temps en temps ; car cela élargira le cœur auY filles, et soulagera leurs amcâ. Je suis marri avec vous du dégoût qu'elles ont de votre chapelain ordinaire ; mais Fentremise des minimes peut suppléer à tout cela , puisque , comme vous dites , il est certes malaisé de trouver des prêtres bien conditionnés , et que celui-ci est assez capable. Enfin , ma très-cherc sœur, ma fille très-chère, il faut reprendre votre premier courage, et plutôt mourir que de démordre.
Tenez-vous le plus que vous pourrez auprès de vos filles ; car vos absences ne leur peuvent donner que des sujets de murmurer, et rien ne leur peut tant adoucir leur sujétion que la vôtre; rien ne les peut tant retenir dans l'enclos do l'observance, que de vous y voir avec elles; et c'est en cela qu'il faut se crucifier pour celui qui a été crucifié pour nous. Que vous serez heureuse si vous aimez bien votre petit troupeau ! car après l'amour de Dieu , celui-là tient le premier rang.
Je vous écrirai toujours quand je pourrai , et tant que je pourrai ; et sans varier je persévérerai à jamais en raffection que je vous ai une fois de si bon cœur dédiée. Demeurez ferme en cette créance ; car elle est, Dieu aidant, infaillible. Non, ni la mort , ni les choses présentes , ni celles qui sont à venir, ne me sépareront jamais de cette dileclion que je vous porte en Jésus notre Seigneur, auquel soient honneur et gloire. Votre, etc.
Mais voyez-vous , ma très-chère fille , ce que je vous dis , je vous le recommande bien étroitement, car la sœur m*a dit que vous vouliez que je parlasse ainsi.
Ma chère sœur, assurez toutes vos bonnes et bien aimées sœurs et filles , que je les honore et chéris très-intimement, et spécialement madame votre très-chère sœur, marri de ».^ .l-u: pouvoir écrire maintenant : el pour vous humilier encore un peu, saluez de ma part M. Lafon , et ces bonne filles qui servent Dieu eu la personne de es servantes; car tout ce'a m'est cher.