FRANÇOIS DE SALES , A LA MÈRE DE DRECHARD
fttrét de la rie de la mère de Brechard, par la mère de
CUangl.)
Il la console sur les peines elles aflliclions qu'elle icssoDioii de son absence elde cellede madame
de ChanUI, alort en BowsogMpMr its afaton de famille.
▼en le mois do tcptanlri Mil.
Ma très-chère fille , il faut prendre da repos, et du repos suffisamment, laisser amoureusement du travail aux autres , et ne vouloir pas avoir toutes les couronnes; le cher prochain sera tout aise d'en avoir quelques-unes. L'ardeur du saint amour, qui vous pousse à vouloir tout faire, vous doit aussi retenir, et laisser faire quelque chose aux autres pour leur consolation. Dieu nous sera bon , ma fille ; j'espère qu'il vous menace pour ne vous point frapper, et que la chère personne de notre mère ira au-devant de son arrivée, avec sa trèschère lieu tenante sa fille très-aimée , que je désire qui travaille avec un esprit ardent, mais doux; fervent , mais modéré ; attendant le bon succès des maladies et affaires, non de sa peine, non de son soin, mais de l'amoureuse bonté de son époux. Qu'il la veuille bénir éternellement , avec toute la troupe de ma très-chère mère absente , et qui nous est sj présente au cœur, on la présence de celui qui est l'unique tout du cœur de la mère et des filles: priez-le aussi qu'ainsi soit du père , afin que tout soie Sîiintementégal en votre pauvre chère petite Visitation. Amen.
LETTRE CCIL
s. FRANÇOIS DE SALES , A MADAME DE CHAN* TAL , ALORS EN BOURGOGNE POUR LES AF- FAIRES DE SON FILS.
Il rexhorte A ne se poini troubler de la multiplicité et de la dinrirulté de ses a ITa ires, mais é expédier l'une après l'autre tout doucemeaU
TbonoD, lOaepleoibre 1611.
Me voici à Thonon depuis troi-i jours , ma très-chère fille , où je vins fort heureusement, et sans ressentiment d'aucune lassitude. 0 Dieu ! ma très-chère fille , je ne sais quel chemin j'ai fait, ou celui de Thonon , ou celui de Bourg02;ne ,• mais je sais bien que je suis plus en Bourgogne qu'ici. Oui, ma fille, puisqu'il plaît ainsi à la divine bonté , je suis inséparable de votre ame; et pour parler avec le Saint-Esprit, nous n^avons meshui plus qu*un cœur e* qu*une ame (4) : car ce qui est dit de tous
(1} Maltliudlnii credentiuai «rat cor waia ot aaioM aat. AoT., o. iT, T. st.
les chrétiens de la naissante Église, se trouve, grâces à Dieu, mainlenant entre nous. Or , demeurons donc bien ainsi en notre Seigneur, ma très-aimée.
Je suis toujours attendant des nouvelles du succès de votre voyage , que je me promets avoir été bon , mais non pas sans crainte pourtant , à cause de la foiblesse de votre santé, et l'excessive chaleur qui a régné quelques heures de ces jours passés ; mais je veux croire que ces jours-là TOUS aurez séjourné, et aurez employé les matinées et les soirs, qu'il a toujours fait on peu de vent. Je prie Dieu qu'il vous conserve chèrement et saintement comme ma propre ame.
Hé ! je vous supplie , ma très-chère fille, tenez-vous bien à Jésus-Christ et à Notre- Dame, et à votre bon ange , en toutes vos affaires, afin que la multiplicité d'icelles ne vous trouble point, et que leur difficulté ne vous étonne point. Faites Tun après Tautre au mieux que vous pourrez , et employez pour cela fidèlement votre esprit, mais doucement et suavement. Si Dieu vous en donne Tissue, nous Ton bénirons; s'il ne lui plaît pas, nous l'en bénirons aussi. Et il vous suffira que tout à la bonne foi vous vous soyez essayée de réussir, puisque notre Seigneur et la raison ne requièrent pas de nous les eflets et événemens , mais notre fidèle et franche application , emploi et diligence : car ceci dépend de nous, mais non pas le succès.
Dieu bénira votre bonne intention en ce voyage , et en Tentreprise qua vous avez faite de mettre en ordre les afluires de cette maison-là pour votre fils, et vous récompensera , ou par une bonne issue , ou par une sainte humiliation et résignationr Mon cœur fera cependant mille millions de bons désirs pour le vôtre , comme pour soi-même, et ne cessera point d'implorer les prières de la très-sainte Vierge en ce lieu , qui est tout consacré à son honneur.
Je renvoie cejourd'hui notre M. Michel auprès de nos filles , afin qu'elles ne demeurent pas lout a fiiit privées de quelqu'un en qui elles aient confiance. J'écris à notre sœur de Brechard une le tire pour toutes, afin de leur donner conrago. Ma petite sœur se porte bien; car la vôtre {yetite , ma cousine , me l'écrit par une fille de chambre qu'elle a envoyée ici. Ce sont
toutes vos nouvelles , ma chère fille. De jour à autre je vous tiendrai avertie de ce que je ferai.
Monsieur de Blonay dépêchera sa fille pour votre retour. Je la vis le jour de Notre- Dame ; elle a toujours sa bonne mine et les marques de vertueuse fille. Ce jour-là je préchai devant un grand peuple et force étrangers; et la glorieuse reine du ciel m'assista , pour dire quelque chose de bon à sa gloire. Je me dépêcherai au plus tôt on faveur de nos filles.
A Dieu, ma chère fille; à Dieu soyonsnous à jamtiis I que son amour soit éternellement l'unité de notre cœur.
Je salue d'une afieclion extrême ma trèschère grande fille (4), à laquelle je recommande toujours la santé de notre douco mère, et lui porte bien envie , sans lui désirer la privation de ce qu'elle possède : elle vaquera cependant à rendre son cœur un peu fort et généreux contre la tendreté et délicatesse qui le tenoit à tout propos sujet au dégoût. Vous savez , ma fille , que notre cœur aima d'amour celui de cette grande fille. Saluez-la donc amoureusement de ma part, comme je la prie de saluer de la mienne mon cher frère (2), auquel je recommande le service de sa mère , sa santé et sa consolation. M. de Boisy a été un peu étonné de la chaleur; mais il se remet, Dieu merci.
Vive Jésus et Marie I Dieu vous bénisse , ma très-chère fille. Je suis en lui^^ que lui seul sait.
LETTRE Cail.
s. FRAlfÇOIS DB SALES, A MA0A31E DE CIIAiNTAL.
Même f Qjet qae la précédente.
li lepiembra 1611.
0 Dieu ! ma très-chère fille, si est-ce que je vous écris soigneusement à toutes les occasions. Or sus, béni soit Dieu , qui vous a fait arriver au lieu où les afiuires qu'il vous avoit laissées sur les bras vous ont appelée. Ma très-chère fille, appliquez le travail et traciis que vous y soutFrirez à la gloire de la divine majesté, pour la gloire de laquelle vous les subissez ; traitez des aflaires de la terre avec les yeux fiphés au
(1) La mire rarre.
(1) H. I« baroo de Torens, qol avott tcoMvptf aé ■•• dUM d« Cbtolal. et éloli aos fftodit.
LKmES
del. Je serai toujours présent à votre chère ame comme vous-même , et répandrai soigneusement la bénédiction des sacrincx*8 divins sur votre peine , afin qu'elle vous soit douce et utile au saint amour, pour le* quel mieux pratiquer vous êtes allée terminer les occasions de vos distractions. Ma chère ûlle, tout ce qui se fait pour Tamour est amour; le travail, oui mémo la mort n'est qu'amour, quand c'est pour Tamour que nous les recevons. Or sus, parlons de nos affaire9.
J'ai achevé ce bout de visite assez beq^ reusement, et avec espérance de quelque fruit pour les âmes.
Je me porte extrêmement bien, à mon avift, et ci^wrye soigneusement vos ordonnances pour ma santé ; mais pour ma sain» teté qui est ce que vous atfectionnez le plus, je nefais guère de choses, sinon mille continuels désirs et quelques prières parti- Qulières, afin qu'il plaise à notre Seigneur 1^ rendre utiles et fructueux pour notre Q(aur; et presque ordinairement je me trouve plein d'une douce confiance que sa divine bonté nous exaucera : et puisqu'on vérité nous désirons, en vérité nous parviendrons ; car ce grand ami de notre cœur ne le remplit, œ me semble , de désir que pour le combler d'amour, comme il ne charge les arbres de ficurs que pour les recharger de fruits.
Ah 1 Sauveur de notre ame , quand serons-nous autant ardens à vous aimer que nous le sommes à le désirer? Il me tarde, ma très-chère fille , que ce cœur que Dieu vous a donné soit uniquement et inséparablementdonné et lié à son Dieu parce saint amour unissant qui est plus fort que la mort et que tout.
Mon Dieu, ma très-chère fille, remplissons notre cœur de courage , et faisons désormais des merveilles pour son avancement en cet amour céleste; et remarquons que notre Seigneur ne vous donne jamais de violentes inspirations de la pureté et perfection de votre cœur qu'il ne me donne la même volonté , pour nous faire connoitro qu*ilne faut qu*une même inspiration d'une même chose à un même cœur, et que, par l'unité de l'inspiration , nous sachions que Gûttaaouvaraine Providence veut que nous soyons une même ame , pour la poursuite
d'une même oeuvre, et pour la pureté d^ notre perfection.
Or sus , ma très-chère fille , ma mère , 0 faut finir. C'est aujourd'hui le Jour de la sainte croix ; ô Dieu * qu'elle est belle et qu'elle est aimable! On donne des batailles pour en avoir le bois , et on l'exalte sur le mont du Calvaire. Ma très-chère fille, hélas! que bien heureux sont ceux qui l'aiment et qui la portent ! Elle sera plantée au ciel quand notre Seigneur viendra juger les vivans et les morts, pour nous apprendre que le ciel est l'autel des crucifiés. Aimons donc bien les croix que nous rencontrons en notre chemin.
Dieu vous bénisse en l'amour de la sainte
croix.
LETTRE CCiV.
li. FBANÇOIS DE SALES, A UN RELIGIEUX.
U Iqi (émoigne une g rando «mitié, «I lui4M|Andi des nouvelles d'une personne nouvelleiaeiil entrée en religion.
iiootokffiMi.
0 mon très-cher père ! que mes yeu^ portent d'envie à ceux de N. et de ce garçon mon neveu , car ils vous verront : mai| je ne porte point d'en vie au cœur de qui que ce soit; car jamais il n'y en aura qui vous aime et vous chérisse plus que le mien fait, et si je ne craignois d'olTenser celui de ma très-chèro fille (dites-moi son nom moderne), je dirois absolument, ni tant que Iq mien fait et fera jamais.
Or sus, que fait-olle, cette chère fille? M. N. et M. N. me firent un grand cas de quoi toute la cour de Madame, des sérénissimes princes vl princesses , furent à sa réception au noviciat; et moi je me réjouis en la créance que j'ai de quoi Notre-Dame, lea anges et les saints du paradis y furent, et l'honorèrent de leur attention , et Dieu notre Seigneur de sa bénédiction.
Nous sommes à faire les formalités pour le prieuré. 0 mon Dieu ! que le monde est fâcheux en ces saintes occasions !
Mais dites-moi , je vous prie , mon trèscher père, puis-je loisiblemcnt oser vous supplier de faire très-humblement la révérence de ma part à nos sérénissimes dames infantes, ou du moins à la sérénissimc princesse Catherine? car, mon père , si cela est bonnement permis à mon indignité , faitesle , je vous en prie de tout mon cœur, ol
anM-imr qm js les réfère grendenent , A cause de leure altesses , que je regarde avee toute extrême soumission ; mais que je les révère encore davantage, à raison de la «rofonde bumilitâ qu'elles pratiquent en leur sérénissime yltesse et grandeur. Au noins , mon révérend père , taites bien aa- TOÎrà la sérénissime infante Catherine, que Je lui souhaite les bénédictions àes plus Bérénissimes princesses qui rurcnl jamais, et nrtout la persévérance aux désirs fervens d'aimer de plus en plus Jésus-Christ cruciGé , qui est la bénédiclion des bénédictions-
0 mon père I on me prp-sse , ot il faut ftirc partir cet enfant , qui est vôtre , puisqu'il est mien , Ris de mon frère , qui me le
(T'rt* du moaiiU» 4n DJKi ds U VMitUin 11 TOf
Il l« consols par le inPliFds rinroniUncS dC* cbom dd mande, et rmgtRC 1 Jeter U Tue da *«n etpril lat l'étemlls al «ur li oroii de Jt«N-
n ne fandrott pas vous aroir au milion de mon cœur, ma trts-cbère fille, pour ne pas avoir avec vous part à vos alQicIton»; mais il est tout vrai qu'étant ce qito je vous suis et à votre maison, jo compatis gnindemont à toutes vo» adliciions, et dt madauia b baronne voira chère «ccur. H<^
donna, mourantlout^-fttitcommcunsaint las! ma irès-clière IJIle, il r.
entre ma bras, comme l'autre mourut entre les vôtres.
Je suis vôtre, mondiar père, je dis tout vAtre , sans séserve.
LETÏTIE CCV.
». puttooia DB MtBs, A M. sa aADm-
CATHBlINl.
tTMt* MMitM ta BilaMUHUlUnJk tut.)
Hoiuleur Parlât eat substitué pour allqr 4 Aix, Je vous prie de faire tenir les pr^ •entas à M. de Blonay, et lui écrire que s'il hii [datt que sa Bile vienne sans attendre le retour de madame de Chantai, elle sera la bien-venue ; ce que je dis parce quo madame de Chantai peut-ètro ne viendra pas ■vint NoHi , puisqu'elle est résolue d'achever et démêler toutes ses a Obires avant que ds revenir, afin de n'avdr plus sujet de distraction.
Je TOUS prie de faire la commission que Je VOUS laisse , et de dire à M. de Châlillon qu'il fasse pour tes reccmnaissances selon qu'il m'écrivoit.
J'envoie à madame d'Allemand ud livre, selon que je lui avois promis.
Je prie Dieu qu'il vous bénisse, et ms refnmrpiiiiiift ^ VOS prlàre». Votre , etc.
mbio qui
vous êtes un peu plus susceptible des consolatlons qne celte chère soeur j c'e^t pon^ quoi Je vous dis que nous avons torl q nous regardons nos psrena, nos ami*, noï falisfactions et conteniemens commo choses sur lesquelles nous puissions établir nés cœurs. Somme* nous, je vouiprie. en co monde, qu'avec le* conditionidesautivs hommes , et de la pernéluellA inconstance dans laquelle il est élabli^ Il faui a'arrélnlâ, ma chèro G'Ie, et rrp<>fer nos intentions en la Balnlo élernilé, à laquelle nous aspirons. 0 paii du ronir humain ' on ne te trouvo qu'en la gloire ^t rn la rrori de Jéaus-nhri-<l Ua Irè* rhèro We, vivei oin»), et rpjoiiis*4>i souvent votre cœur bien-ain» en lu vcritiblo espéroneo de jouir un jour éternellement do la bienheureuse et iiD- Diuablo éternité. Je suis pressé, mn trèschère lj]la,et il no mo reste do loisir que pour vous dire que js suis à jamais tjot vûlre, etd.
Et madame do Priançon , comment se porle-t'rlle? Je lui érrirai tout a la fine l^emiérccommodiu). La nièce qui estidi est bien heureuse d'étro si bonne et m douce religieuse connu elle est.
LETTBB CCVU.
». nuufODD DB SUES, A. CK ummn.
I 5*i)nIU de U DBanlIe aanM.
Fraaiir Jmi M ru IHL
Noniieur, à t» oammoncemmit de nouf velle année, je voua supplie de recevoir
LETTRES
agréablement le renouvellement des offres de mon bien humble service, qu'avec beaucoup d'afieclion, de sincérité et de reconnoissance je vous ai ci-devant faites. Que si notre Seigneur exauce mes vœux, cet an vous sera Fan de prospérité , do contentement et de bénédiction sur vous, monsieur, en vous et tout autour de vous , qui par après en verrez une si grande suite de pareils, fesquels enfin aboutiront à Tannée éternelle, en laquelle vous jouirez immortellementde Fauteur de toute vraie prospérité et bénédictiop. C'est le souhait, monsieur, de votre, etc.
LETTRE CCVIII.