FRANÇOIS DE SALES, A MADAME DE CUANTAL
La cbair de Jétos-Christ dans la sainte communion est une tablette cordiale. II faut conscrvrr k pailencedans les abandons sensibles de Dieu, sans aucun retour sur soi-même.
7 janTler 1611.
Voilà M. Michel qui va un peu plus tôt que Fordinaire, afin que vous puissiez prendre votre tablette au moins une heure avant dîner. Mais, ma très-chère fiilc, toutes ces deux prises que vous forez sont des tablettes cordiales; surtout la première, composée de la plus excellente poudre qui fût jamais au monde. Oui, ma chère fille ; car notre Sauveur a pris notre vraie chair, qui est, en somme, poudro : mais en lui elle est si excellente, si pure, si sainte, que les cieux et le soleil ne sont que poussière au prix de cette poudre sacrée. Or, la tablette de la sainte communion est cela môme qui a été mis en tablette, afin que nous la puissions mieux prendre; bien que ce soit lu très-divine et très-grande table, que les chérubins et séraphins adorent, et de laquelle ils mangent par contemplation réelle, comme nous le mangeons par réelle communion.
0 Dieu 1 quel bonheur, que notre amour, en attendant cette manifeste union que nous aurons avec notre Seigneur au ciel, s'unisse par ce mystère si admirablement à lui 1 Ma très-chère fille, tenez votre esprit en paix , ne regardez d'où sa petite maladie lui vient, ni ne vous mettez nullement en peine de lo guérir, mais divertis*
sez-le, tant qu'il vous sera possible, de re>
tourner sur moi-môme.
Le grand saint Antoine, duquel les intercessions font une extraonlinaire influence cette journée, vous fera , par la bonté de Dieu, lever demain toute brave. C'est une grande joie au canir, de s'imaginer ce grand saint entre ses ermites, tirer de son esprit des sentences graves et sacrées, et les prononcer avec une vénération incomparable, comme des oracles du ciel ; mais, entre autres, il me semble qu'il dit à notre ame ce qu'il disoit parmi ses disciples, pris de l'Evangile : Ne soyez en souci de voire ame^ ou, pour votre ame (4). Non, ma chère fille, demeurez en paix ; car Dieu, à qui elle est, la soulagera.
Cependant , ma bien aimée fille , je ne laisse* pas, dans le fond de mon esprit, de prendre des saintes espérances qu'après que par ces petits abandonnements Dieu nous aura éprouvés et exercés en la mortification intérieure, il nous vivifiera par ses consolations sacrées. Il ne nous abaisse, ce doux amour de notre cœur, que pour nous élever : il se musse et cache, et regarde par les treillis quelle contenance nous tenons (2) Hé ! Seigneur et Sauveur, j'entrevois, ce me semble, la clarté de votre œil débonnaire, qui nous promet le retour de vos rayons, pour faire renaître un beau printemps en votre terre. Ah 1 ma fille, nous en avons bien passé de plus âpres, pourquoi n'aurons-nous pas le oœur de surmonter encore cette difiiculté? Croyez, ma fille, que je prie notre Seigneur pour vous avec tout mon cœur : car mon ame est collée à la vôtre, et je vous chéris comme mon ame, ainsi qu'il est dit de Jonathas et de David (3). Dieu soit à jamais propice à ce cœur tout voué, tout dédié, tout consacré au céleste amour.
Bonsoir, ma très-chèrement unique fille; tenez bien Jésus-Christ crucifié entre vos bras ; car ré[xjuse l'y tenoit comme un bouquet de myrrhe .4), c'est-à-dire d'amer* tu me ; mais, ma très-chère fille, ce n'est
(1) Ne «ollintl fcilli anima restrœ. Mattb.. c. vi. t, m. (1) Sint post pnrietem, re«picioiui per caacellot. Cani.,
G. Il, >. 9.
(S; Aalma Jonatlia» ronriotinata est aniina Darid, at dlleiii euin ionaihas qu^si aiiimam laam. I. Rto. , o. x\iii. r. I.
(4) FaiclcDlnt myrrha dllectus maas niU. Gavv. «^
pM hd ([tn aooB nt amer, c'est lui seulemrat qui permet que nous nous soyons amers à nous-mêmes, f^oid, dit EïéchiBs, quenianmoittê, parmi met travaux, ma Irit-amère amertume eit en paix (\). Oh! le Dieu de douceur veuille adoucir, votre cœur, ou au moins faire que votre amertume soit en paix. Cette bonne rcli^ncuse déaire vous communiquer un peu su large ■on cœur, mais elle dit qu'elle ne sait comme faire:!] faudra donc l'aider; et lui pourrez dire que je vous l'ai dit. Dieu loit béni. Amen.
Maia enfin je vous remercie de la diaritablo communication qu'il vous en a plu me laire ; continuez loujours celle de vos prières, puisque de tout mon cteur je suis, mon révérend père, votre, etc.