‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 139 sur 450 · LETTRE CCXII · texte numérisé non relu

LETTRE CCXII

s. FRANÇOIS DE SALES , A UNIt DA3IB.

Un confesseur peut retrancher U fréquente eonb inunion à certaines per)»onncs, soit pour la éprouver, soit pour les oblii^crde se 'corriger dl leurs (lèf.-iuli^ : il faut supporter cette privatioi avec une humble obèitsanee, pour la rendre avantageuse. Ne pas s'en tenir au doiïir qu'on a U'clf? tout à Dieu, cl au goût que l'on sent pour l'oraison, mais avec cela travailler à racquisition def vertus.

11 féTrler 1611.

Vous avez maintenant, ma très-chère fille , mu ré{)oni^e à la lettre que N. m'apporta ; et voici celle que je fais à I9 vélre du quatorzième janvier. Vous avez bien fait d'obéir à votre confesseur, soit qu'il vous ait retranché la consolation de communier souvent, pour vous éprouver , soit qu'il Tait fait }iarce que vous n'aviez pas assezdespin do vous corriger de votre impatience; et moi jo crois qu'il l'a fait pour l'un et gour l'autre , et que vous devez persévérer en cette patience tant qu'il vous ronlonnere, puisque vous avez tout sujet de eroirequ'l

«Mtriwqia'aveo m» Jnfla oonsidéraloa^etsJvonsoMtBME humblement, une ommuoioB voua sera plus utile en elTut oedcnz on troia faites autrement; car il Y a rieo qui nous rende la viande si pro> table, que de la prendre avec appétit et près l'eierdce : or la retardatioa nous Muera l'appétit plus grand , et l'exercice ne TOUS ferez à mortifier votre impaliecoe nigorera votre eelomao spirituel.

HumilJez-TOus cependant douoemant , et dtet Eouvent l'acte de l'amour de votre Nipre abjection. Demeures pourun peu en t Jioature de la Cananée 1 Oui, Seign«ur, 'm0 tui$pa$diffnt do manger lepainde»

■/'(»u(1), si je Buis vraiment unecbienne il rechigne et mord le prochain sans ropoB par mm paroles d'impatience. Mais

tes chiena ne mangent le pain entier , bu lOiiis ont-ils les miettes de la tablede leurs latlres. Ainsi , A mon doux mattrel je vuun emande , sinon votre corps , au moins le? énUlr.tions qu'il répand sur ceux qui en pprochent par amour. C'est te sentiiiiunt ue vous pourrez faire , ma trts-cliiTc Tillo, ) jours que vous Boulics communier et que DUS ne communiiez pas.

Le sentiment que vous avez d'être toute

Dieu n'est point trompeur ; mais il rc- |uiert que vous vous tiiiiuiiei un peu plu^

l'exercice de la vertu , ot que vous ayez laioin spécial d'acquérir celtes esquellcâ ous vous trouvez pluâ déraillante. Relisez i Combat ipiritvel , et faites une spéiile attenllon aux documens qui f sont ; I nus sera fort à propos.

Les senlimens de l'oraison sont bons ; iifs il ne faut pas pourtant s'y complaire illeinenl qu'on ne s'emploie diligemment nvcKus et mortillca lions des passions.

I prie toujours pour la bonne m6re des b^res filles. Do vrai, puisque vous êtes en lin de l'oraidon , et que la bonne mère armelioB vous assiste , il sufllt. Je me iCOmmaDde â ses prières et aux vèircs ; I suis sans Gn ni réserve, trèfr-parfaite* leat vAtre. Vive Jésus, ^mtn.

L^mtBccxni.

nrclfl d'jToir rtmii l'cfllN M(i«t«a ien il«>li«iiteldMbisn»B«*|iifti' I** Cl de l( reliKioD lilonatt.

Madame , après {ivoir rendu grâces ft Dieu du rétablissement de son église es

lieux et biens ri-devant occupés et détenus par les ministres de la religion prétendue au baillJago de Gei , j'en remercie trèshumblement votre majesté , de la royale providence et piété de laquelle ce bonheur nous est arrivé. Dieu éternel veuille à jamais établir la royauté du roi votre flis, puisque vous avez si grand soin du rétablissement de celle de son Fils, Bol des rois. Dieu remplisse volr^ royale personne de ses bénédictions, puisq:ic, par l'autorité qu'il vous a donnée , vous faites bénir son saint nom en tant d'endroits, èsquels il étoit profané. Ce sont les continuels souhaita que, par une îuimortelLe obligation, fait et fera toujours , madame , votre , etc.

LETTRE CCXIY.

:i doGei,*! !•

irlul I

rtcommiBiti.

liHcr. >• 1* MnMc liiK Madame, ce porteur est le prédicateur ordinairo de Gex , religieux fort zélé , dévot , discret, extrêmement sortablo su lieu etâla cause qu'il sert. Ce petit peu(de catholique et moi le présentons en toute humilité à votre majesté , comme un cahier animé , contenant les moyens les plus convenables pour la réduction de ceux de la religion prétendue, et pour l'accroissennent de la foi catl^olique au bailliage de Gex ; afin que si tel est le bon plaisir de votre majesté, dont Je la supplie très-humblement , elle en saclie par lui toutes les par* ticularités plus clairement ; et tandis j'invoquerai notre Seigneur, â ce qu'il soit la couronne et la gloire de votre majesté , au ciel et en la terre, selon locontiuneldÔ£i| madame, de votre , etc.

UETTRE CCXV.

Il IdI dtmiDde le

Madame, les catholiques de Gex, qui no peuvent respirer qu'ion l'airde volro royale faveur, Bâchant qu'en leur ville il y avoit jadis un monastère de carmes, lequel étant rétabli rcndroit beaucoup de bons elTets pour l'accroissement de la foi , ils supplient très- humblement volro majeatô d'ogréer les poursuites qu'ils en font, et de les faire réussir selon le saint zèlo dont elle est animée;et je joins ma tr6s-humble supplication  la leur, avec mille souhaits qu'il plaise à notre Soigneur combler de ses grâces et bénédictions votre mjijcsté , de laquelle je suis sans Go , madame , etc.

LETTIIE CCXVI.

Il iDl

la c*nanifctUoD do bicnlicumii Ainêdte III, due de Si voie.

Monseigneur, il y a quelque temps que j'envoyai ô voli-o altesse séréni^sime plusieurs mémoires touchant l'estime et véritable opinion que tout ce pays do deçà svoit toujours eue do la sainte du bienheureuïducAmédée troisième: et jecroyois que votre altesse, considérant ces honorables témoignages de l'éminenlc sainteté d'un prince auquel elle iipparlient de si près, scroit suflisamment incitée à en <lé- GÎrer la canonisation.

Mais , attendant do jour à autre qu'on fit quelque bon dessein pour cela , et n'ayant point de toiles nouvelles, je supplio trèshumblement votre altesse de pordonn^^r si avec un peu de chaleur je lui représente ma pensée sur ce sujet; car en une grande affection on no se peut pas bien retenir.

Ce grand saint et votre altesse ave/, un devoir mutuel l'un à l'autre : carvotre altesse lui succédant, et selon le même sang, et selon le même sceptre, elle lui appartient comme fils à son père. Votre altesse donc le doit honorer en tout ce qu'elle peut.

comme sa charité l'oblige oe pratepr, a» courir et élever votre altesse : ni ces liem réciproques ne sont point rompus par b mort ; ce sont des liens de l'amour sacré, qui est aussi fort pour les conserver qu« la mort |)Our les dissoudre.

Or, les miracles que Dieu a faits en bveur de ce grand prince , la grande estînis de la Eainieté d'icelui que sa divine V'vndcnce a nourrie dans le cœur des peupki qui ont le bonheur d'être sousaa couronna et do plusieurs autres ci rcon voisins , la historiens qui célèbrent si hautement li piété de sa vie; ce sont, monseigneur, tout autant de sommations que ce saint prince vous fait de lui faire tes honneun qui sont dus à son excellente sainteté. Nil ne lui a ce devoir en pareil degré avecvi>tre alles>e , nul n'a le pouvoir si grand d6 le lui rendre , ni [)ar conséquent nul a'ei doit avoir un vouloir si ardent.

Je prie Dieu qu'il comble do rélesU bénédictions votre altesse, dolaquelleit suis inGniinent, monseigneur, etc.

LETTRE CCXVa.

(T1i4a d« h ri* «H S

:h.-«i(. it tehL) »ACbirDbtri,«l1i4

Ci'im Cambcrium sempcr Sabaudiai fu^ rit mctropolis, in qud ^natus rcsidet et consilium stutâs, ample ornala gymnasio, multisquo ccclesiis , sivo sscularibus, sîva regularibus ; in quù multus sit concursus, ratione transitù^ Fraocorum , Anglorum et Bcigarum in IUili:)iU : non est mod6 congriium , scd neccssarium , ut in eâ sit episcopus rcsidcns, qui statum occlesiasticum in urbc tam celebri cocrceat.

Vicariusenimforaneus, pro iis lantiim rébus quœ ad forum rontentiosum spcctant constitutus , non sat habet auctoritutis , ut |)opulum in revcrentiû et cccicsiastieos in ollîcio conlincat. Prfcterquàm quAJ S£pissimè opus est ut reciirrat Gratianopolim , ad accipiendam episcopi inlenti^nem quod inrebusurgentibussineniagnisincommodis Rcri nequit.l Gratianopoliianuseutcm epi- Ecopatus adeo vastus est , et in diveraas

proviadaft, lamque adminîstratxmedifildUs,iit differri plerùmque Sabaudica negoda necessum si t.

Gravîssimum pitetereà incommodum (cxsorgit) ex eo quèd domina tiones temporales diversœ sint ; undô fit ut in populis morum et modi agcndi diiïerentia sit , nccnon 8a*pè invidîjB , exprobationes , et Cacinoro»B rixae.

Incommodum (est) ex eo quôd nimiùm distet Camberio Grutianopolis , qiiippe per anum diurnum etdilTiciilimum, prœserlim hieme, rationo torrentum , iler. Undè Gt ut sacramenta confirmalionis ei ordinis , licut et ccclesiarum et calicum coiisecra* tiones, ganctumqueoleum, \ix abcpiscopo GraUono])olitano , in sua jam civitate satis occupsilo , accipi queant.

Incommodum ex eo quod cùm Gratianopolitanus episcopus caput si et pnrpositus comitiorum et conventuum sœcularium et timiporaliumOelphinalûs ; indo fii, utquandocumque maie habcbunt corona) Francica et Sabaudica , immo etiam ^ubernalores SabaudisD et Deiphinatùs, |K)pulorum commercium valdô sit difficile , et episcopi transitus magnissuspicionibus obnoxius ex utrJiqae parte , cùm non tantùm ut communis utriusque populi pastor, sed ut sectariuset ei apud quem residet, estque princeps , addictus consideretur.

Q\m rationes tanti sunt momenti , ut Duiia légitima vis praetermitti debeat ad erectionem episcopatûs in eà urbe , tùm ex paris serenissimi ducis; cùm sedis apostolies y ad quam pertinet praîcipuis urbibus et|)roviciis de eis congruentibus conservanda) pietati , etexercitis religioni catholirx per episcoporum conslitutionem deoentis rationibus providere.

Postremocredibile est rcvcrendissimum Gratianopolitanum episcopum in oà .esse mente, ut cupiat liûc su® diocccsis parte eionerari , qu6 faciliùs et accuratiùs reliquat, quœ etiamnùm magna , ne dicatur maiima , erit, possit incumbere.

La ville de Qiambéri ayant été de tout temps la capitale de la Savoie, où résident le souverain sénat et le conseil d'état , et étant ornée d'un grand collège et de plusieurs églises, tant séculières que régulières ; d'ailleurs , comme il y a en cette ville un trèd-grand concours de François ,

d'Anglois ei d'Allemands , qui y passent pour aller en Italie , il est non-seulement convenable , mais encore nécessaire qu'il y ait un évéquo qui fasse sa résidence ordinaire , et qui tienne en ordre et en respect tout l'état ecclésiastique dans un lieu d'une telle conséquence.

Car un vicaire forain , établi seulement pour les choses qui regardent le for contentieux, n'a pas assez d'autorité pour tenir le peuple en respect et les ecclésiastiques dans le devoir , outre qu'en la plupart des occurrences il faut qu'il envoie à Grenoble, ou qu'il y aille lui-môme , pour apprendre l'intcnlion do l'évôquo , ce qui ne se peut faire sans un grand inconvénient dans les choses pressantes. D'ailleurs i évêché de' Grenoble étant d'une administration si dif« ficile , a cause de la grande étendue de pays et la diversité des provinces qu*il comprend , cola fait que les affaires de Savoie sont le plus souvent différées.

De plus, la diversité des dominations temporelles causant toujours entre les peuples quelques différences d'humeurs et de façons d'agir, il en résulte quelquefois des jalousies, des reproches, des mésintelligences ( et la dépendance spirituelle en est aussi souvent altérée, et rendue incommode)

Ajoutez à cela que Chambéri étant éloigné de Grenoble d'une journée, et le chemin étant très-difficile , surtout en hiver, à cause des torrens dont le passage est impraticable , il est presque impossible, dans les occasions où il s'agit du sacrement de confirmalion, des ordres, de la consécration des églises, des calices et des saintes huiles, d'attendre ces choses du soin pastoral et de l'assistance de l'évêque de Grenoble, déjà assez occupé et embarr<')ssé dans sa ville.

Autre inconvénient : comme l'évêque de Grenoble est le chef des états , et qu'il préside aux assemblées séculières et temporelles du Dauphiné , toutes les fois qu'il y aura des troubles, qu'il se rencontrera des guerres, qu'il y aura de mauvaises intelligences entre les deux couronnes de France et de Savoie , ou môme entre les deux gouverneurs de Savoie et du Dauphiné , coqui peut fort bien arriver, le commerce qui doit étro entre les peuples des deux provinces en deviendra fort incommode ^i

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