LETTRE CCXXVI
s. FRANÇOIS DE SALES , A MM. LES CIUNOI1T0 COMTES DE LYON.
Il s'excuse auprès d'eux de ne pouroir prédMf l'averiict le carême dnns leur raibedrale, sar la diniculle d'en obtenir la permission àm diK de Savoie.
Annecy, 15 Jnin isil.
Messieurs, je prends à tant d'honncnr la recherche qu'il vous a plu do faire de mes prédications pour l'avcnt et le carême prochain, que si votre rang en TËglise, et le mérite de tant de personnes signalées desquelles votre compagnie est composée* ne m'avoicnt déjà obligé à vous honorer df* respecter, je ne laisserois pas de l'être extrêmement par cette favorable semonce* que de votre grâce vous m*avez laite i À
je TOUS supplie de croire que j*ai ni correspondu par un sincère ' satisfaire.
set ciïel, ne pouvant bonnement î cette province où ma charge me , sans Tagrément do son altesse , lement j*ai fait supplication pour , mais j*ai conjuré un de ceux que s être plus pro])res , aGn d'en soiliilérinement.
)yant que jusqu'à présent je n*ai réponse , et que si par aveniure je ois négative dans ({uelquc temps , ' que vous m'avez faite de me souiroit suivie du déplaisir de n'avoir ermons, ni peut-être ceux des aulicaleurs sur lesquels , à mon déus pourriez avoir jeté les yeux,
que cependant ils se pourroient ailleurs ; cela , messieurs , fait que upplie de ne plus continuer envers nneur de votre attente , et de coUoui de votre choix en quelque autre lus de liberté que moi pour Tacceps ne pourrez que beaucoup gagner ;e, si Ton a égard à la sufGsanco, n cette partie-là je suis inférieur à >rédicateurs qui hantent les bonnes et montent es grandes chaires a nôtre. Mais quant à l'affection de dre du service et du contentement, que malaisément éviteriez-vousde , puisqu'on vérité j'ai le cœur tout unour et de révérence pour vous, !ur et de zèle pour l'avancement de piété en votre ville.
, après ces longueurs , qui sont ores cours , la réponse de son altesse lit selon votre désir et le mien , et 13 plût me conserver Télection que iez faite de moi pour une autre e vous assure, messieurs, que je serverai de mon côté la volonté que rise de suivre la vôtre ; volonté que offre dès maintenant avec bien
remerciement, pour demeurer I vie f messieurs , votre , etc.
LETTRE CCXXVn.
s. FRANÇOIS DB SALES, A MOXSEIGXBUl:
L'ARCOIDUC de FLANDRE.
Rogat ut proiecUone suà piai quasdam rirglnet , rcligiusum vilsgenui méditantes, ab obvieuti* bus iinpcdimeniis derendat.
Gex, 19 Joln I6ls.
Cùm hoc tempus asstivum, augustissime princeps, in recensendis rébus ecclesiasticis hujus regionis Gaïanaî impenderem, ecce à fini timo oppido Sancti-Claudii , vinea qua)dam parvulœ, ut antcà suavissimum pietatisodorem , istaî nunc amarum mentis suie doloremdederunt.
Aliquot enim illius loci virgines devotissimœ, cùm summoperè cuperentreligiosum vita genus aggredi , viderentque se tam longé à monasteriis mulierum at)esse, ut vix possentsperare se expetitis sponsi co»* lestis nuptiis aliquandè potituras, de mo* naster io ibi construendo cogi tare cœperun t ; cùmque res bonis omnibus grata jamjam initium habitura videretur, repente ab hominibus venit turbatio. Solemne namque est omnibus regnum et gloriam Dei paulô pressiùs quxrentibus, pericula in mari,pericula in terra , sed maxime à falsis fratribus , hoc est, à vulpibus parvulis quse demoliuntur vineas, experiri.
Ergô , serenissime princeps , congregatio illa virginum , quamvis institutum Ècclesiae judicio probatum, et in Burgundiû jampridem incœptum , colère veilet , multis tamen contradicentibus hujus sœculi ûliis , qui et interdùm , per horrendam astutiam , pietatem pietatis praetextu evellunt , nuUû ratione hùc usque negotium iilud sacrum conficere valu! t.
Yerùm in tantâ difficultate , etsi plerique simplicissimis virginibus desperationem injicerent , non potuerunt nihilominùsill® non reclè speraro, dùm videlicet in ceLsi* tudinis vestrse summam pietatem oculos mentis conjiciunt, arbitrât® sanè meritô seab eâ facile praesidium impetrare posse» quo omnia impedimenta dispellantur.
Et quia sexui et virginitati pudor naturâ individuus comes est , non sunt ausœ ad pedcs celsitudinis vestras , nisi aliquo sacerdote duce, accedere : undème , tanquam ex antistibus viciniorem, rogaverunt, ut eus earumque sanctum desiderium eidem piissimae celsitudini vestne per lilteras Gommendarem.
sw
LETTEK8
Qaod dùm Impensissimisprecibusfacio, non certè proptereà me vello ambularc in magnis (4) existimare quisquam dcbct idcè namque ambulo confîdcnler (2) , quia ambulo simplicilcr, confisus nîmirùm procès meas à plorisqno magnœapud vostram cclsitudineoi auctoritatis , intcrcessoribus, auxilium accopturas. Posluiabit onim mocum id ipsum quod cxpclo , innata vestrsD ccisitudinisbonignitas, infusa rciigio, parla devotio , ac dcnique horum Icinporum migeranda condilio, quœ ca est, ul preces plurimas, ac proinU6 procatores multos requirat.
Quare novum hoc mysticum ciamen apum I oralionis meiiinciiim mcditanlium , eègratiuâceUitudini vcslra}futuruin duxi, quô locuplctiorcm et utiliorcm huic œtati opcram navarc constituit. Vivo porrè , col- Missimo et sorcniasimo princeps : vive quàm diulissimô, quàm fcliciâttimô) acsanctissimè y et sacrarum harum virginum humillimanim faventibus oculis aspice, excipo, perfîce votum, quod liumillimè exposait serenififiimaB celsitudini vestrsB , etc.
Il It tapplle d'interposer ton autorilé pour faire cesier I'emp<M:bemcniqoe l'on meiloit à un élablissemeni de religieuses annonciades dans le bourg de Saint -Claude au comté de Bour- «ogno.
Monseigneur, penciant celte saison , lora* quo j^élois au pays do Gex pour y régler les afluircs ecclésiastiques, quelques filles de la ville de Saint-Claude , qui , semblables à des vignes en fleur, répandent partout la douce odeur de la piété , sont venues m'cxposer la douleur amèrede Icuranre.
Elles ont un ardent désir d*élre religieuses; mais, voyant qu^elIcs sonlsi éloignées de tous les monaslcres de (ilics, qu'elles désespèrent de pouvoir jamais contracter la sainte alliance qu'elles souhaitent avec le saint époux de leurs âmes , elles ont dessein do faire bâtir un monastère en ce lieu. La maison mémo est déjà commencée avec Tapprobalion de tous les gens de bien. Cependant on s'avise de les troubler ; car il est ordinaire ô ceux qui cherchent le royaume et la gloire de Dieu, d'avoir des traverses sur mer et sur terre , et d'être persécutés par les faux frères, je veux dire
(t; Vê. Lxxx, f. t.
(t) PlOTBlB. ,a t,v t.
par ces renardeaux qui détraisent les t1*
gnesderÉglise(4).
Oui , monseigneur, quoique cette congrégation désinit choisir un institut approuvé par rÉgliso , et depuis long-tempi établi en Bourgogne , néanmoins , à cause des oppositions que forment les enfansdo siècle, qui souvent, par une rusediaboliquo , détruisent la piété, sous préteste de la piélé môme , celle œuvre si sainte n'a encore pu réussir selon l'intention de ces pieuses filles.
Dans un si grand embarras , plusienrs, abusant de leur simplicité , ont tenté de les jeter dans le désespoir; mais elles, consl* dérant la grande piété de votre altesse, eti ont auguré qu'elle pourroit leur procarer un libre accès auprès de vous, et elles se sont persuadées en môme temps qu'elles en obliendroient sans peine la protection né* cessaire pour vaincre les obstacles que foi met à leur établissement.
Or, comme la pudeur qui est naturelle au sexe est inséparable aussi de la virginité , elles n'ont pas eu la hardiesse d'aller vous faire la révérence sans avoir ft leur tète un prôtre pour les introduire ; et, comneje suis l'évoque le plus voisin des environs, elles m'ont prié d'écrire en leur faveur, et d'appuyer leur requête de ma recommsi.dation auprès do votre altesse.
Mais , quoique je me sois chargé do celte commission , «?tqueje m'en acquitte par les plus instantes prières , l'on ne doit pas s*i' maî^iner que je présume assez de moi-même
l)0ur croire que ma sollicitation auprès de vous soit suflisante; c^ir ce qui fait mon assuranc^î , c'est que je marche avec simplicité , et que mes prières seront soutenues de ceFles de plusieurs personnes qui petivent beaucoup sur l'esprit de votre altesse; mais je compte encore plus sur sa bont^ naturelle , sur la religion dont Dieu l'a gratifiée, et sur sa dévotion signalée partant d'actions de piélé. Enfin votre propre inté* rôt, qui se trouve attaché à cette œuvre d^ charité, me répond de la prolection de votr9 altesse; car ta malheureuse condition de» temps où elle se trouve, exige bien des» prières, et par conséquent elle a besoin d'un grand nombre d'intercesseurs auprès de la majesté divine.
C'est pourquoi, monseigneur, j'ai pc*nsé
(1) Gaiiv. , Oi ■ c t. il.
DE S. FRAMÇOIS IIB SALES.
que ce noirvel essaim d*af>eillesspirituelles, qui t'eiercent à composer le miel de Torai- 8un, V0U3 seroit (l*aulant plus agréable , qu'elles ont résolu de travailler plus ulilcroent et plus fortement , eu égard aux nécessités présentes. Grand et sérénissime prince, je vous souhaite une longue, heureuse et sainte vie , et je vous supplie de eomblcr les souhaits de ces très-humbles et très-dévotes filles , que vous a exposés , nonseigneur, votre , etc.