‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 143 sur 450 · I. PRAKÇOIS DE SALES , A V^E DE SES SOEDUS · texte numérisé non relu

I. PRAKÇOIS DE SALES , A V^E DE SES SOEDUS

Le S*intlai recommande la douceur cl la paii dans les contre- temps de cette vie.

SOjtiIn ICIl.

Ma très-chère sœur, ma fille, je suis marri que je n'aie plus tôt reçu la salutation que maître Constantin m'avoit apportée de votre part, car j'eusse eu plus de loisir de TOUS écrire selon mon cœur, qui est si plein d'aiTeclion pour vous, et vous chérit si fort, qu'il no peut se contenter de vous entretenir pour un peu. Je vis avec beaucoup decontentementdesavoirque votre ame est toute dédiée à Tamour de Dieu, auquel vous prétendez de vous avancer petit à petit par toutes sortes de saints exercices. Mais je TOUS recommande toujours plus que tout oelui de la sainte douceur et suavité, es rencontres que cette vie vous présente sans doute sou ventefois. Demeurez tranquille et tout aimable avec notre Seigneur sur votre coeur. Que vous serez heureuse , très-chère soeur, ma fille , si vous continuez de vous tenir à la main de sa divine majesté , entre k soin et le train de vos alHiires , lesquelles réussiront bien plus à souhait quand Dieu TOUS y assistera! et la moindre consolation que vous en aurez sera meilleure que les plus grandes de celles ^ue vous pourriez avoir de la terre.

Oui , ma chère fille ma sobur, que je vous lime , et plus que vous ne sauriez le croire : mais principalement dès que j'ai vu en votre ame le digne et honorable désir de vouloir aimer notre Seigneur avec toute fidélité et sincérité , à quoi je vous conjure de persévérer constanunent, et dem'aimcr toujours bien entièrement, puisque je suis d'un cœur tout entier et fidèle , ma trèschère die y votre , etc.

LETIBBCCXXIX.

s. FRANÇOIS DE SALES , A UNE DEMOISELLE.

Pour entrer en religion ce ne sont pas les parens qu'il faut consulter, mais ceoi que Dieu a établis pour conduire les amcs. L'iospiralioa de Dieu, continuée au milieu des oppositions, est une preuve de la vocaUon; mais il faut en tout cela corriger ce qui est excessif et Imparfait »et non pas reculer ni rompre son dessein.

Annecr.leSJaUletfllf

Mademoiselle, vous avez opinion que votre désir de vous retirer du monde ne soit pas selon la volonté de Dieu , puisqu'il ne se trouve pas conforme à celui de ceux qui de sa part ont le pouvoir de vous commander et le devoir de vous conduire. Si c*est de ceux à qui Dieu a donné le pouvoir et imposé le devoir de conduire votre ame et vous commander es choses spiri • tuclles , certes vous avez raison , car, en obéissant à ceux-là , vous ne pouvez pas faillir, bien qu'eux se peuvent tromper et vous mal conseiller, s*ils le font principalement regardant ailleurs qu'à votre seul salut et avancement spirituel. Mais si ce sont ceux que notre Seigneur nous a donnés pour directeurs es choses domestiques et temporelles, vous vous décevez vous-même de les croire es choses èsqueile ils n'ont point d'autorité sur vous. Que s'il falloit . ouïr les avis des parens , la chair et le sang, sur de telles occurrences, il se trouveroitpcude gens qui embrassassentla perfection de la vie chrétienne. Voilà le premier point.

Le second est que , puisque non-seulement vous avez désiré de vous retirer, mais que vous le désireriez encore s'il vous étoit permis de ceux qui vous ont retenue , c'est un signe manifeste que Dieu veut votre retraite, puisqu'il continue son inspiration parmi tant de contradictions, et votre cœur, touché de l'aimant, a toujours son mouvement du côté de la belle étoile, quoique rapidement détourné par les cmpèchcmens terrestres. Car enfin , votre cœur, que diroit-il s'il n'étoit empêché? Vous diroit-il pas : Retirons-nous d'entre les mondains? Il y a donc encore cette inspiration; mais, parce qu'il est empêché , il ne le peut ou ne l'ose pas dire. Rendezlui la liberté avant qu'il la dise, car il ne vous sauroit pas mieux dire; et cette pa« rôle secrète qu'il dit tout bellement en soi*

2St

LETTRES

mémo : Je voudrois bien, Je désireroisbien sortir d'entre les mondains , c'est la vraie volonté de Dieu.

En quoi vous avez tort (et pardonnez à ma naïve liberté de langage) , vous avez tort , dis-je , d'appeler les empêchemens qui vous sont donnés à Texécution de cette inspiration , volonté de Dieu , et le pouvoir de ceux qui vous empochent, pouvoir de Dieu.

Le troisième point de mon avis est que vous n*étes nullement en difiercnce devant Dieu , puisque le désir delà retraite , qu'il vous a donné, est toujours dedans votre cœur, quoiqu'il soit empêché de faire son effet ; car la balance de votre esprit tend do ce côté-là, bien qu'on donne du doigt de l'autre côté pour empêcher le juste poids.

Le quatrième , c'est que si votre premier désir a été excessif en quelque chose , il le faut corriger, et non point le rompre. L'on m'a fait entendre que vous aviez ofifert la moitié de vos biens, ou bien le payement de cette maison , qui est maintenant dédiée à Dieu. Peutrètre fut<:8 trop , eu égard que vo;«s aviez une sœur chargée de grosse famine, à laquelle, selon l'ordre de charité, voii4 eussiez plutôt dd appliquer vos biens. Or •'Uis , il faut corriger cet excès , et venir en cette maison avec une portion de votre revenu, autant qu'il est requis pour vivre sobrement , et laissant tout le reste à qui vous voudrez, et même réservant la portion susdite , après votre mort, pour ceux à qui vous voudrez faire du bien. En cette sorte , vous corrigerez l'excès et conserverez votre dessein ; et il n'y aura rien en cela qui n'aille gaiement , doucement et saintement.

EnGn , prenez courage à faire une bonne résolution absolue; et, bien que ce ne soit pas péché de demeurer ainsi en ces foiblesses , si est-ce que sans doute on perd beaucoup de commodité de bien avancer, et recueillir des consolations grandement désirables.

Je vous ai voulu familièrement éclaircir de mon opinion, estimant que vous me ferez le bien de no le point trouver mauvais. Dieu vous donne les saintes bénédictions que je vous souhaite, et la douce corr^pondance qu'il désire de votre cœur : et je guis en lui avec toute sincérité , mademcifielle^votrOyOtc.

LETTRE CCXXX.

s. FRANÇOIS DE SALES , A UNE DAHB MAEIÉB.

Avantages d'un saint mariage; on doit, par m motif de reconnoissance envers Dieo, y vifvt dans la pratique de laTerta, et contioierà pratiquer les bonnes résolutions qu'on «veil prises auparavant.

Lt veille de Notre-Dame, à Lyon, Mil.

Madame, l'espérance que j'ai toujoam eue dès une année en çà , d'aller en France, m'a retenu de vous ramentevoir mon inviolable affection à votre service par lettre» puisque je croyois que quelque heureuse rencontre me donneroit le moyen de vous rendre ce devoir en présence; mais maintenant que je n'espère presque plus ce bien, et que ce digne porteur me donne une commodité si assurée , je me réjouis de tout mon cœur avec vous , ma très-chère fille ; car ce mot est plus cordial.

Je me réjouis et loue notre Seigneur de votre si estimable et aimable mariage , qui vous servira de fondement pour bâtir et élever en vous une douce et agréable vie en ce monde , et pour heureusement passer cette mortalité en la très-sainte crainte de Dieu , en laquelle , par sa grâce , vous avez été nourrie dès votre berceau ; car tout le monde me dit que monsieur votre mari est un des plus sages et accomplis cavaliers de France , et que votre liaison est non-seulement nouée à la sainte amitié qui la doit serrer de plus en plus , mais aussi déjà bénie de la fertilité par laquelle vous êtes à la veille de vos couches , ainsi que N. m'assure.

Il faut donc correspondre à toutes les faveurs du ciel, ma très-chère fille; car elles vous sont sans doute données afin que vous les fassiez profiter à la gloire de celui qui vous gratifie, et à votre salut. Je ne puis que je ne croie, ma très-chère fille , que vous n'employiez votre courage à cela, el que vous ne le fassiez comme sachant que le bonheur de votre maison et de votre personne dépend de cela en cette vie passagère, et l'assurance de l'immortelle après celle-ci.

Or sus , en ce nouvel état de mariage auquel vous êtes, renouvelez souvent les résolutions que nous avons si souvent laites de vivre saintement et vertueusement , de quelle condition que Dieu nous fît être.

El si vous ravez agréable, continuez à De&voriser de votre bienveillance filiale, eommeje vous assure, ma très-chère fille, qne d*un cœur tout rempli d'affection paternelle, je ne célèbre jamais la très-sainte mese que très-particulièrement je ne vous recommande à Dieu avec monsieur votre nari, auquel je suis et serai toujours, ainsi qne je suis pour vous, madame, votre trèstanble, etc

LETTRE CCXXXI.

t. rBANÇOlS DE SALES, A UNE DAME.

BiliKéiigiiaUon dans les peines el de ia donceor cbréiieone.

17 tout 161S.

Or sus, que voulez- vous que je vous dise, ma très-chère fille, sur le retour de K» misères, sinon qu'autour do rennonii i faut reprendre et les armes et le coulage pour combattre plus fort que jamais? ie ne vois rien de bien grand au billet. Vais, mon Dieu^ gardez- vous bien d'entrer en aucune sorte de défiance : car cette eélèste bonté ne vous laisse pas tomber de ces chutes pour vous abandonner, ains ptmr vous humilier, et faire que vous vous teniez plus serrée et ferme à la main de sa aiséricorde.

Tons faites extrêmement à mon gré de eootinuer vos exercices parmi les sécheresses .et langueurs intérieures qui vous sont revenues. Car, puisque nous ne voulons servir que pour Tamour de lui, et que le service que nous lui rendons parmi le travail des sécheresses lui est plus agréable que celui que nous faisons parmi les douceurs, nous devons aussi de notre côté Tagréer davantage, au moins de notre volonté supérieure; et, bien que selon notre gpût et Tamour-proprc, les suavités et tendretés nous soientrplus douces, les sédieresses néanmoins, selon le goût de Dieu et son amour, sont plus profitables, ainsi que les viandes sèches sont meilleures aux hydropiques que les humides , bien qu'ils aiment toujours plus les humides.

Pour votie temporel, puisque vous vous êtes essayée d*y mettre de Fordre, et que vous n'avez pu, il faut donc maintenant user de patience et de résignation, embrassant volontiers la croix qui vous est

arrivée en partage ; et selon que les occasions se présentent « vous pratiquerez l'avis que je vous avois donné pour ce regard.

Demeurez en paix, ma Irès-chèro fille; dites souvent à notre Seigneur que vous voulezôtro ce qu'il veut que vous soyez, et souffrir ce qu'il veut que vous souffriez. Combattez fidèlement vos impatiences, en exerçant non-seulement à tous propos, mais encore sans propos, la sainte déboniiaireté et douceur à Tendroit de ceux qui vous sont plu<» ennuyeux; et Dieu bénira votre dessein. Bonsoir, ma très-chère fille : Dieu soit uniquement votre amour.

Je suis en lui de tout mon cœur, votre, etc.

Page 1