FIAMÇOIS DB SALB8, A UNI! COUSINE
Il lai apprend la mort de son mari, et lui adresse dea consolations spirituelles à ce sujet.
98 feptembre 161S.
Mon Dieu 1 que cette vie est trompeuse, madame ma très-chère cousine ! et que ses consolations sont courtes 1 Elles paroissent en un moment , et un autre moment les emporte : et n'étoit la sainte éternité , à laquelle toutes nos journées aboutissent, nous aurions raison de blâmer notre condition humaine.
Ma très-chère cousine, sachez que je Yous écris le cœur plein de déplaisir, pour la perte que j*ai faite , mais plus encore pour rimagination vive que j'ai du coup que le vôtre recevra quand il entendra les tristes nouvelles de votre viduité ai prompte , si inop!hée , si lamentable.
Que si la multitude de ceux qui auront part à votre regret vous en pouvoit diminuer Tamertume, vous en auriez tantôt bien peu de reste : car nul n'a connu ce brave cavalier décédé, qui ne contribue une particulière douleur à la reconnoissance de ses mérites.
Mais, ma très-chère cousine , tout cela ne vous peut point soulai;er, qu'après le passage de votre plus fort sentiment , pendant lequel il faut que ce soit Dieu qui soutienne votre esprit, et qu'il lui soit refuge etsupport. Or, cette souveraine bonté sans doute, ma très-chère cousine, s'inclinera fera voua, et viendra dedans votre cœur, pour l'aider et le secourir en cette tribu- UiUon,8i vous vous jetez entre ses bras, et tous résignez en ses mains paternelles.
Ce fut Dieu , ma très-chère cousine , qui WQ» donna ce mari : c'est lui qui l'a repris, retiré à soi : il est obligé de vous être pro- [Hce es afflictions que les justes aiïections lesquelles il vous avoit élargies pour votre mariage vous causeront mesbui en cette privation.
C'est en somme tout ce que je vous puis dire. Notre nature est ainsi faite, que nous BKNirons à Theurc imprévue , et ne saurions échapper cette condition : c'est pourquoi il faut y prendre patience , et employer notre raison pour adoucir le mal que nous ne pouvons éviter ; puis regarder Di«u et son
éternité, en laquelle toutes nos pertes seront réparées, et notre société désunie par la mort sera restaurée.
Dieu et votre bon ange vous veuillent inspirer toute sainte consolation , ma trèschère cousine. J'en supplierai sa divine majesté, et contribuerai au repos de l'âme du cher trépassé plusieurs saints sacriûces . et à votre service , ma très-chère cousine, je vous fais très-sincèrement offre de tout ce qui est à mon pouvoir, sans aucune réserve. Car je suis , et veux encore plus puissamment que jamais faire profession d'ôtre, madame ma très-chère cousine, votre , etc.
LETTRE CCU.
s. FRANÇOIS DE SALES, A LA MÈBB DB CnABfTAL.
(Tlrie de la Tle de la mère Blooay. (1) par CharlM-A«n*M
de salas.)
21 norembre iKMw
Quand ma mauvaise jambe me le per-
(l}La mère de aïonay. étant encore dana la monde chea aon pire, reçut sept psutres, les assista, et en pansa (rois d ulcères fort déguûtans (a).
Qaelqae temps après sa profession relif iense, étant malade delà fliTre, un matin, après ses prières, et en attendant l'accès de son mal, elle s'endormit, et sMmagina voir en songe cas sept paurres qu'elle atoit logés et pansée cbes son père. « Hélas, dit-elle en sa pensée, je suis rell- » giease. et, m'étaut une fuis déponUlée de tout. Je n'ai » plus rien pour faire l'aumône, a
iiur cela le premier pauvre, répondant à sa pensée, loi dit : « Ma sœur Marie-Almèe de Blooay, tous êtes vériia- » blâment religieuse professe, et tous stm tout quitté; » aussi nous ne Tenons pis toi pour tous rien demander, » mais pour tous donner ; b et lui serrant la main idoata : « Celui qui Talncra roanireradu fruit de l'arbre de Tle qui B est dans le paradis de mon Dieu (6). »
Le second, en la toucbant de même, lui dit i « Qnicon- • que sera Tainquaur ne recoTra aaoune atteinte de la se- ■ vonde mort (c). »
Le troisième . en usant de même, dit a « Le Tictorfenx s aura de la manne carbée, et uae pierre blanche sur laa quelle sera écrit on nom nouveau , qu'aucun antre ne » connoU que celui qui le reçoit (d). »
Le quatrième dit en marquant une joie parClenlière : « Dieu donnera pnlssance snr les peuples à qolconqna » sera Ticiorlenx (a). »
Le cinquième dit t « Celai qnl sera falnquenr aéra vêts
(a) Apoealypiiê JaasHCftrtalt.... ioannf aapfem Ec cleiiis qu9 tunt in. Aêià : Gratta vAt» al pam ab êO qui ê$t, et gui erat, et fui ventunu tst, tt à $ept9m $piritibus qui in contpectu throni tôuê êunt. kpoa. , a. I, T. 1 et ♦.
(6) Àngelo Ephêii Eeele$i9 acrt&a... Vtneenti 4abo tdtre de ligno vitm, quod eêt in paradisç ûei mei Apuc. ,0. Il, T. 1 et 7.
(c) Angelo SmymcÊ Eecletim $crtbe Qui vieerit,
non ladetur à morte iecundâ. Ibid., t 8 et 11.
(d) Angelo Pergami Ecclesice scribe.... Vincenti dabo manna ahsconditum.et dabo illi calcuhtm candiduns, et in calculo nomen novumscriptutn,quod nemo scif. nisi qui accipit. Ibid.. t. IS et 17.
{e) Angelo ThyatyrœEccleiiaêcribe... Qui vieerit, 1 dabo iUi poteêtatemeuper gentee. Ibld., t. 18 et al.
LETTRES
mettra , j*irai voir la bonne sainte et le bon cœur do notre chère cadette. Si ces pauvres qui lui ont parlé sont de la terre ou du ciel , je no sais, Dieu le sait ; mais je sais bien qu'ils lui ont parlé le langage de Jésus- Christ (1), et do saint Jean écrivant aux évoques d'Éphèso, de Smy rne, de Pergame, de Thyatire , de Sardes , de Philadelphie et de Laodicée. Dites à cette chère ûlle qu elle n*examine point curieusement le songe qu'elle a fait, mais qu'elle proûte soigneusement et humblement de sa santé de cœur et de corps pour le service et la gloire de Dieu. L'humilité et la fidélité intérieures , jointes 'à la vraie charité et constance au bien , sont les véritables marques des véritables grâces surnaturelles.
» d'habits blancs, son nom ne sera point eCTicé do II- » Tre de vie; et, de plus, notre maître et,Toire éponz » confPMora son nom devant le Père éternel et derant » les anges (/). »
I.n str.icme ajonta t « Quiconque sera rainqnenr devlen- » lira u:<c feniie colonne dans le temple de mon Dien , » et ne xnriira plus. Il portera écrit sur son front le nom » de mon Dieu et le nom de la ville do mon Dieu, qui est » la nouvelle Jérusalem (g). »
Le sppiiviiie eriQn lui serra fortement U main, en Inl dlsnot ; « Jésus noire roi fera asseoir relui qui rempor- » tera la rlctoiro, dans la gloire éternelle de son propre » trOne, comtne 11 est asais lul-mèmo sur le IrOne de » son Père (h). »
Il est ki remarquer qoe, lorsque ce songe arriTa à la m^re do Ulonny. elle n*a«oit Jamais lu ni entendu lire de suite tes sept possafres. et que celle vérité a été bien re> connue par ses supérieures, comme l'assure l'auteur de sa Tio, qui la conuoissuii fort bien, ayant éié son éTéqueet iou «upérieur immédiat.
Apre» ces paroles. Us se retirèrent tous, excepté le premier, qui lui »erra le» deux mains et lui dit : • Ma soeur » Maric-Aluicc de Dlooay.soyei généreuse et Ticturieuke. » car qui est semblable an prand Dieu des armées pour » qui nous combatiunsT • Sur cela la mère de Blonay s'éveilla sans ancun frUson ni ressentiment de nèvre. et avec de très-grandca lumières dans le fond de son ame.
Elle flt récit de son beureose aventure à la mère de Chanlnl . et le mit par écrit au saint fi>ndatcur, qui éloit alun ublf(;é de {tarder la cbauibre pour un mal do Jambe. Le saint prélat lui écrivit en répon«>e celle lettre.
(l) Les passages latins qui soûl cl-Uossus JustiÛent ce que dit le Saint.
(/) Augt>lo Ecclcfiœ Sardii icribe,.. Qui vteertt... r«stieiurvetlimenitê albit. et non dclebo nomen ejui de libro viiœ. et confiiehor nomen fjui coram Patrè meo, et coi'am angeliê ejus. ibid., c. m, t 1 et 13.
(g) Angeh l'hiladetfihiœ ICeclciiœ scribe Qui »i-
cerit,faciam illum columnam tn tcmplo Uei mei : et forât non egredieiur ampliut : et icrtbam iuper eum i nomen Uci mei, et nomen civitatii Det met nova Je- ' ru»alem. Apoc, t. Tclif. |
(A) Angclo Laodicia Lcclesia tcribe.... Qui vicerit j dabo et sedtre mecum in throno nteo. itcut et ego ; luci, et $edi cum Pâtre meo in throno ejtu. Apog. a i lu, T. 14 ei lU
LETTRE œLn.