‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 3)Chapitre 170 sur 450 · FRANÇOIS DE SALES, A MADAMB DE CIUNTAL · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DE SALES, A MADAMB DE CIUNTAL

Dans la vie spirituelle nous devons chaque jour croire que nous ne Taisons que commencer, et ne nous point décourager de ce que nous iroa- Yons toujours quelque chose à corriger en nous. 11 ne faut jamais parier de soi-m^me , s'il se peut : sobrement de son directeur, seulement lorsqu'il y va de la gloire de Dieu.

Février tW.

Croyez-moi, ma très-chère mère, comme vous<môme : Dieu veut je ne sais quoi de grand de nous.

Je vois les pleurs de ma pauvre sœur N. , et il me semble que toutes nos enfances ne procèdent d'autre défaut que de celuici : c'est que nous oublions la maxkne des saints qui nous ont avertis que tous les jours nous devons estimer de commencer notre avancement en perfection , et si nous pensions bien à cela nous ne nous trouverions point étonnés de rencontrer de la misère en nous , ni de quoi retrancher. Il n est jamais fait: il faut toujours recommencer et recommencer de bon cœur. Quand Vhomme aura acheté^ dit l'Écriture, alora il commencera (1 ). Ce que nous avons fait jusqu'à présent est bon, mais ce que

(1) Com coasaniinaTsrlt hono, tane Inclplti Bocm-

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LETTRCS

nous allons commencer sera meilleur ; et quand nous raurons achevé, nous recommonccrons une nuire chose qui sera encore meilleure, et puis une autre, jusqu'à ce que nous sortions de ce monde , pour commencer une autre vie qui n*aura point de fin , parce que rien de mieux ne nous pourra arriver. Allez voir donc cette chère mère , s'il faut pleurer quand on trouve de la besogne en son ame , et s*ii faut avoir du couraQ;e pour toujours aller plus avant , puisqu'il ne faut jamais s'arrêter , et s'il faut avoir de la n'^solution pour retrancher, puisqu'il faut mettre le n\so\r jusqu* à la diuision de Vame e' de l'es[trit , des nerfs et des tendons (4).

Certes , ma très-chère mère , vous voyez que uïon cœur et le vôtre propre est plein de ce sentiment, puisqu'il verse ses paroles, quoiqu'il soit sans loisir et q\i1l n'y eût p;is ponsè. Mr.is , mn très chère mère , observez donc bien le précepte des saints, qui tous ont averti ceux qui le veulent devenir, de parler ou peu ou point de soimême et des choses qui sont nôtres. Ne pensez pas que pour être à Lyon voussoyez dispensée du pacte que nous avons fuit , que vous seriez sobre à parler de moi, comme de vous-même. Si la *;loiro du maître nr le requiert, soyez courte , et exacte ob-icrvalrice de la simplicité. L'amour de nous-niêuies nous éblouit souvent : il faut avoir les yeux bien fermés |)Our n'être pas déçus à nous voir nous-mêmes. C'est pourquoi le grand ai»ôtre s'écrie : Celui qui se recmnmufide soi-même n est pus approuré , mais celui que Dieu reconi^ mande 2).

Le bon i^èreGranzer parla bien, et le Saiut-I^)rit lui en siuira gré. Je suis bien ai -e qu'en votre ruche, et au milieu de cet erwnnl nouv(»au , vous ayez votre roi , voiiv mi» l et votre tout. La pré-ence de celte sacrée hunuinité remplira toute votre maison de suavité, et c'e&t une grande consoh>tion aux âmes (|ui sontatteMti\esà la foi, d'avoir ce trésor de \ie proche. J'ai prié ce matin avec une ardeur |):»rliculiere |K)ur noire avancement au suint amour de Dieu,

(I) Vlvod e<t rnlm STmo De i. et rlDcAt. ei p^netrabiUor oniil Klidio antiplii. et |i«rlliiK**ii» u que nd (Jifi»i«item anln.c ei »piritùs. compaguiijquuquaavmedullttruiu etc. Ai> lli aa., u. IV, v 11.

fi) KoQ qui Mipaam commandât, IH6 probaloa tat; f«d IMM «VttlUtlldtL 11. C4MU,0. X, V. it.

et me sens de plus grands désirs que jamais au bien de votre ame. Âh ! ce dis-je , à Sauveur de notre cœur, puisque nous sommes tous les jours à votre table , pour manger non-seulement votre pain, mais vous-même , qui êtes notre pain vivant et suressentiel , faites que tous les jours nous fassions une bonne et parfaite digestion de cette viande très-parfaite, et que nous vivions perpétuellement de votre sacrée douceur, bonté et amour. Or sus , Dieu ne donne pas tant de désir à notre coatir, qu'il ne nous veuille favoriser de quelque efièt correspondant. Espérons donc, ma trèsunique mère, que le Saint-Esprit nous comblera un jour de son saint amour; et, en attendant, espérons perpétuellement, et faisons place à ce sacré feu , vidant notre cœur de nous-mêmes , tant qu'il nous sera possible. Que nous serons heureux, ma tr{»s-chère mère, si nous chan;2;eons un jour notre nous-mêmes tt cet amour , qui, nous rendant plus un , nous videra parfaitement de toute multiplirité, pour n'avoir aa cœur que la souveraine unité de sa trèssiiinte Trinité, qui soit à jamais bénie aa siècle des siècles. Âmen.

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