FRANÇOIS DE SALES. AU PRÉSIDENT DU PARLEMENT DE BOURGOGNE
friré« de la vie dn Saint, par Ch. Aug. de Salea.)
II se piiintdes liabiianls de Secelles, qui refusoient la dlme à son chapitre de Genève, et réclame contre eux rauiohté du parlement de Bourgogne, pour faire rendre justice à rÉglise.
Après le 4 mart 1611.
Monseigneur mon frère, il faut que je vous parle à cœur ouvert : car à qui donc? Depuis que je suis en cette charge d*évêque, rien ne m*est arrivé qui m*ait tant affligé que ce mouvement fait par les syndics et plusieurs des habitants de Secellcs, contre la piété et la justice.
Ils ont depuis peu un procès avec mon chapitrera raison des dîmes qu'ils prétendent ne devoir payer, quantaublé,quede trente gerbes Tune, et quant au vin, de soixante charges Tune (\). J'ai tâché de tout mon pouvoir d'accommoder ce différend à l'amiable; mais il n'y a jamais eu moyen, ces bons habitants ne voulant subir ni sentence ni expédions, sinon que Ton fasse à leur volonté.
Pendant ce procès, ils ont estimé que la foice leur seroit plus favorable que la justice; et, après plusieurs menaces qu'ils ont faites, ce que le sieur lieutenant de Bellay aura, je m'assure, remontré, si je ne me trompe, il y a eu un extrême mépris du devoir que l'on a aux magistrats, et une trop furieuse passion contre les curés et ec lésiastiques. Je suis donc allligé si cette violence n'est réprimée; car elle croltroit tcus les jours davantiige : d'ailleurs je suis aussi aflligé si on châtie cette mutinerie, parce que les mutins sont mes diocésains et enfans spirituels.
(1) Daoa la latla, U f • 9ê»ûff(nta equi oturihu
Toutes choses bien considérées, je désire le second, d'autant qu'enfin il faut un peo d'afllictions aux enfans, à ce qu'ils se oo^ rigent, puisque les remontrances n'ont servi de rien : et vaut mieux que je pleure leur tribulation temporelle, que s'ils se précipitoient en l'éternité. Tout plein de boas personnages de ces lieux-là sont marris de ce soulèvement ; ils n*ont pu toutefois ar^ rêter le torrent de ce désordre. Or, forcé de mon devoir, j'envQÎe ces deux porteurs, qui ont été plus que témoins oculaires de ce fait, surtout M. Rogès, doué d'une incomparable probité (4), prédicateur fort capable, contre lequel ils émurent les femmes, pour le faire jeter dans le Rhôoe par ce sexe facile à s'émouvoir, conune s'il eût parlé contre Thonneur de toutes : de quoi s'excusant , Hélas! dit^il , j'avois si grande peur parmi ces gens, que, quand j'eusse parlé mal toute ma vie, je me fusée bien tu alors.
En somme, il me semble que cette insolence est trop publique pour être dissimulée, trop fâcheuse pour demeurer impunie,' trop dangereuse pour n'être pas réprimée. Me remettent néanmoins entièrement à votre prudence, je vous supplie seulement qu'il vous plaise, monsieur mon frère, me favoriser à ce que mon église subsiste pn ses droits, et que désormais ces gens-là demeurent en devoir.